CHAPITRE PREMIER
Historique
Un fait aujourd’hui incontestable et dont l'énoncé peut sembler superflu, c’est la propriété pour l’arthrite blennorrhagique de se manifester incidemment, au cours de la puerpéralité, chez une femme contaminée. Et cependant il a fallu bien du temps pour s’en convaincre.
C’est en 1866, dans cette fameuse discussion, soulevée par Peter, à la Société medicale des hôpitaux, sur le rhumatisme blennorrhagique, que Lorain réclama l’individualité du rhumatisme blennorrhagique dont M. le professeur Fournier venait de défendre la spécificité, dans le Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques.
Lorain, établissant une comparaison fort judicieuse entre le rhumatisme blennorrhagique et le rhumatisme sarvenant au cours de la grossesse, en arriva à cette conclusion que, d’après lui, ces deux rhumatismes ont
une mème étiologie : l’état de gestation n’est que secon-
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daire et il n'agit qu'en prédisposant la femme à des écoulements leucorrhéiques et ce sont ces écoulements, se produisant par les organes génitaux, tant dans la blennorrhagie que pendant la gestation, qui provoquent ce rhumalisme. Le rhümatisme puerpéral est donc pour Lorain analogue au rhumatisme blennorrhagique maisil ne lui est pas encore identique. A son inspiration différents travaux sont publiés sur ce sujet. En 1867 parait la thèse de Vaille : Da rhumaltisme puerpéral. Pour Vaille «il existe un rhumatisme spécial à la puerpéralité, se développant sous son influence et ayec des caractères en général modifiés par elle. Ce rhumatisme coïncide peut-être constamment avec des écoulements leucorrhéiques ou autres, et serait analogue par conséquent au rhumatisme blennorrhagique. Pendant la grossesse, l'allaitement et aussi au moment de la menstruation, il tend à prendre la marche subaiguë du rhumatisme blennorrhagique. Il produit volontiers des hydarthroses et peut à la rigueur se terminer par suppuration ou par une tumeur blanche, »
En 1868, Vachée traite : Des symptômes et du dia gnostic du rhumatisme uro-génital. Il donne à cette forme du rhumatisme, le nom de rhumatisme uro-génital.
En 1870, Braunberger prend pour sujet de dissertation dans sa thèse inaugurale : Les manifestations rhumatoïdes de la puerpéralité. Il se résume ainsi : « L'évolution générale, la marche, la terminaison de ces manifestations rhumatoïdes puerpérales, ne permettent
pas de les confondre avec le rhumatisme vrai, ni avec
AUS les arthrites de l’infection purulente, et en font une espèce à part. »
Peter combattit à la Société médicale des hôpitaux les idées de Lorain, et il soutint l'identité de ce rhumatisme avec le rhumatisme articulaire aigu. Pour lui la blennorrhagie réveille la diathèse rhumatismale. Il croit que tout est occasion pour le rhumatlisme, aussi bien le froid, qui est un traumatisme général, que la contusion qui est un traumatisme particulier, aussi bien la maladie blennorrhagique de l’urèthre que la maladie leucorrhéique de l'utérus, aussi bien l'état de gestation que l’état de parturition.
Quinquaud publie un travail dans la Gazette médicale, paru en 1872, dans lequel il dit : « La femme enceinte peut être prise d’arthrites à caractères cliniques spéciaux : marche lente, rebelles à tous les traitements et ne disparaissant qu'après l'accouchement. Pour moi ce sont des arthropathies nées sous l'influence de l’état puerpéral.
« Après l’accouchement on voit aussi apparaître des arthrites : ce sont des manifestations du puerpérisme infectieux.
« Enfin pendant l’allaitement il peut survenir des arthrites qui sont fréquemment d’origine génitale, car en examinant les malades au spéculum, on trouve un col utérin granuleux, de la leucorrhée plus ou moins abondante. »
Les idées et les arguments de Lorain furent repris et développés en 1875 dans la Gazette des hôpitaux.
« Avant l’accouchement il existe chez la femme en-
ceinte un état morbide des voies génito-urinaires qui,
plus ou moins marqué, peut les prédisposer à des ar-
thrites analogues aux arthrites blennorrhagiques. Le col utérin, le vagin ne sont pas seuls en cause. Chez la plupart il est aussi facile de constater un certain degré d'uréthrite. En ellet, ayant examiné à ce point de vue toutes les femmes qui étaient entrées dans le service pour y accoucher, M. Lorain nous a montré que, même fort, peu de temps après la miction, on pouvait faire sourdre de l’urèthre, en pressant d’arrière en avant une goultelette d’un liquide blanchâtre semblable à du pus. Quelques-unes accusent de la douleur en urinant. Ce ne serait point dû à la coïncidence de quelque : ancienne blennorrhagie réveillée par la congestion gé- È nérale de la muqueuse. Le pus uréthral, de même que le pus qui s'écoule, en quantité parfois considérable, du col utérin et qui baigne le vagin, serait le résultat normal de l’état de grossesse.
« M. Lorain n’en doute pas, car il a obtenu ces mê- | mes écoulements chez des jeunes femmes de sa clien-
tèle incontestablement très saines. Il a mème vu, chez
Fe l’une d'elles, des végétations qui s'étaient produites par le contact de ce liquide irritant se transmettre au mari. $ Aussi la femme enceinte est à ses yeux toujours une “, | femme malade, en ce qui touche les organes génito- ‘ : - urinaires.
« Le rhumatisme génital est donc aussi peu surprenant chez elle que chez un homme qui vient d’être sondé. »
Dans l’Union médicale du 16 septembre 1875, Henri
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Huchard reproduit deux observations d’arthrites géni- . tales qu'il considère comme des manifestations durhumatisme. De ces conclusions il dit que ces manifestations rhumatismales ou rhumatoïdes son! provoquées par des causes génito-urinaires (blennorrhagie, vagi-. nite, uréthrite, etc.). Pour lui l’état génital éveille la diathèse rhumatismale qui était à l’état latent et qui ne demandait qu'une occasion favorable pour se développer.
Tison, dans sa thèse de 1876, semble aboutir aux mêmes conclusions ; il considère ces manifestations articulaires comme étant de nature rhumatismale. Pour lui la grossesse agirait de deux manières dans la production du rhumatisme : par le changement profond que la fécondation amène dans l’état général de la femme et par les écoulements qui existent chez le plus grand nombre de femmes enceintes. Cependant forcé d'admettre l’analogie clinique du rhumatisme puerpéral et du rhumatisme blennorrhagique, il ajoutait aussitôt: « On pourrait nous objecter que le rhumatisme tenait autant à la blennorrhagie qu'à la grossesse :nous ferons seulement remarquer que le rhumatisme blennorrhagique est très rare chezla femme et que, dans plusieurs exemples cités par les auteurs qui l'ont étudié, il y avait en mème temps grossesse. »
Georgiades, dans sa thèse inaugurale de 1883, donne à ces arthrites le nom de génitales et admet une prédisposition spéciale créée par la grossesse etayant son origine dans des modifications du système nerveux.
Alexandre, la même année, dit qu’il y a lieu de dis-
tinguer une forme de rhumatisme vrai de la grossesse
: AT ee et une forme génitale dont la cause directe réside dans les excitations réflexes des parties de l’utérus modifié
ou dans l'écoulement leucorrhéique que présentent souvent les femmes enceintes.
Mercier, dans sa thèse de la même année, écrit : «L’ar-
thrite qui offre le plus d’analogie avec cet accident ar-
- ticulaire de la grossesse, est à coup sûr l’arthrite blen-
norrhagique. » Mais pour lui il n’y a cependant pas identité car : l’arthrite blennorrhagique a son origine dans un écoulement uréthral et c’est à la grossesse, en général, et non exclusivement à un accident local de la grossesse, le flux génital, qu'est due l’arthrite, survenue
pendant la gestation.
Un de ceux qui ont pressenti l'identité de l’arthrite puerpérale et de l’arthrite blennorrhagique fut Nélaton. Voici ce que disait l’illustre chirurgien dans son Traité de pathologie chirurgicale : « Les arthrites qui succèdent à l’état puerpéral présentent deux variétés, l’une fcanchement inflammatoire, assez semblable à l’arthrite blennorrhagique, l’autre suppurative, extrêmement grave, que l’on peut considérer comme un symptôme
d'infection purulente. »
M. Bouchard s’exprime ainsi : « On a décrit, sous le nom de rhumatisme de la grossesse, une inflammation le plus souvent mono-articulaire tenace, avec tendance à l’ankylose, qui ressemble singulièrement au rhumatis me blennorrhagique, qui n’est certainement pas le rhumatisme vrai et que j'ai bien de la peine à considérer comme gravidique. Je me fonde sur l’extr ème rareté de
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