PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE
MM. A. LE DENTU et PIERRE DELBET
MICHEL GANGOLPHE,
Chirurgien-major titulaire de l'Hôtel-Dieu Professeur agrégé à l'Université de Lyon.
Dans la rédaction de ces pages je me suis exclusivement attaché aux données cliniques et opératoires.
Placé dans des conditions exceptionnelles d'observation et de pratique en raison de la richesse et du recrutement relativement spécialisé de mes services hospitaliers, j'ai pu faire une ample moisson de faits.
Les dix années d'expérience qui me séparent de la première édition de ce travail (1) n'ont pas été perdues; elles m'ont amené à modifier certains principes et, sur d'autres points, à être plus affirmatif.
La plupart de mes malades appartiennent à la classe ouvrière ou agricole besogneuse; la plupart sont des adultes ; c'est dire que je me suis trouvé le plus souvent en présence de formes graves ou déjà avancées de tuberculose, articulaire. De là, les conclusions fréquemment opératoires auxquellesj'aboulis.
Allez donc parler de séjours prolongés, réitérés à la montagne, à la mer, de suralimentation à de pauvres gens qui viennent le plus souvent, à bout de ressources, échouer dans des services encombrés déjà de bacillaires. Ils ont hâte d'être guéris et radicalement débarrassés de leurs maux.
L'immobilisation, la compression localisée, les pointes de feu, la bande de Bier, les injections sclérogènes,... doivent trop souvent faire place au bistouri. Faut-il ajouter qu'il n'y a aucune parité à
(1) Traité de chir. clin, et opérât., 1896, t. III, p. 547 et suiv.
Chirurgie. VIII. 1
2 MICHEL GAXGOLPHE. — ARTHRITES TUBERCULEUSES. établir entre les enfants et les adultes ; que les premiers peuvent, doivent être guéris sans intervention sanglante, que les seconds opposent aux éradieations les plus complètes une facilité de repullulation fongueuse déconcertante. Ceux-ci édifient de nouveaux et excellents tissus, ceux-là se défendent avec peine.
Faut-il aussi que j'insiste sur la variabilité d'allures de l'infection tuberculeuse ; la gravité des formes à localisations multiples évoluant simultanément ou apparaissant successivement, vous forçant à choisir parfois l'amputation pour sauver le sujet...
Ce sont tout autant de points qui sont indiqués dans le fascicule I.
Les généralités consacrées, dans un autre fascicule du Nouveau Traité de Chirurgie (I), à la tuberculose chirurgicale me dispensent d'insister sur la structure microscopique, histologique, des tissus morbides, leur mode de généralisation. Mais il est un point sur lequel je désire attirer l'attention du lecteur.
// n'existe pas d'arthrite tuberculeuse étalon.
Il ne faut pas considérer comme étant seules, de nature tuberculeuse, les arthrites, ou ostéoaithriles, reproduisant le type clinique bien connu de la tumeur blanche avec fongosités et fistules. A côté de ce type, il en est d'autres plus difficiles à diagnostiquer, simulant soit le rhumatisme aigu, soit le rhuma lisme chronique, évoluant seules ou associées à d'autres manifestions osseuses, articulaires, cutanées ou viscérales typiques, se terminant soit par la résolution, soit parla formation de fongosités ou de pus, ou directement, quoique plus rarement, par l'ankylose.
Ce sont là des faits exceptionnels.
Les maladies infectieuses, depuis la grippe jusqu'à la pyohémie, sans oublier les fièvres éruptives, la diphtérie, la fièvre typhoïde, la syphilis, la morve, la blennorragie,... s'accompagnent ou peuvent s'accompagner de manifestations articulaires allant de l'arlhralgie à la suppuration. Pourquoi la tuberculose ferait-elle exception?
Pour être difficile, le diagnostic n'est pas impossible. J'ai démontré jadis l'absurdité du terme de pseudo-tumeur blanche syphilitique, sous lequel on avait décrit soit des ostéoarthrites gommeuses, soit d'autres ostéoarthrites tuberculeuses survenues chez des sujets atteints de syphilis.
Uneostéoarlhrite gommeuse ne ressemble pas aune ostéo-arthrile tuberculeuse : il s'agit ou de l'une, ou de l'autre de ces deux lésions ; pourquoi ce mot nébuleux de pseudo-lumeur blanche syphilitique?
De même lapolgarthrile tuberculeuse aiguë ou la polyarthrite tuberculeuse chronique d'emblée sont susceptibles d'être différenciées du rhumatisme aigu ou du rhumatisme chronique.
Une autre raused'obscurité peut encore venir de la coexistence sur
(I) Nouveau Traité de Chirurgie, fasc. I, p. 411 et suiv.
le même sujet de deux affections susceptibles uV s'accompagner de Lésions articulaires. A laquelle des deux maladies arthropalhiques appartiendra la lésion? Scra-t-ellepure, modifiée, ou mê.Tie hybride?
Un tuberculeux ne peut-il pas être rhumatisant ou goutteux, ou syphilitique, ou gonococcien?
Notez que j'ai vu tout cela.
Direz-vous que ce tuberculeux rhumatisant a un pseudo-rhumatisme tuberculeux ? ou que ce rhumatisant tuberculeux a une arthrite rhumatismale pseudo- tuberculeuse ? Non, vous diagnostiquerez soit une arthrite tuberculeuse, soit une arthrite rhumatismale.
Un goutteux avéré, classique, tuberculeux pulmonaire non moins avéré, aura-t-il une arthrite tuberculeuse pseudo-goutteuse, ou de la goutte pseudo-tjberculeuse ? Non, il aura soit une manifestation goutteuse, soif une manifestation tuberculeuse.
Vous éviterez la confusion des mots, qui ne peut que créer la confusion dans les idées ; vous ne ferez pas de pseudo-diagnostics, conséquence directe d'une pseudo-clinique
Vousétudierez avec soin les caractères spéciauxdela manifestation articulaire, son évolution, sa liaison avec d'autres symptômes (pleurésie, adénopathie correspondante), et vous pourrez formuler la plupart du temps une opinion ferme.
Je ne veux pas dire cependant que nous soyons toujours en état de préciser la nature d'une arthrite. Bon nombre de ces lésions sont encore à élucider, qui sont rangées sans hésitation, par certains auteurs, soit dans la tuberculose sans lésion !!!, soit dans ce bloc qui s'effrite et que l'on appelle rhumatisme (1).
La question des ankyloses, si importante au point de vue théra-
(1) Le lecteur ne sera pas surpris que nous ayons accordé une place aussi longue aux travaux de l'école lyonnaise ; l'on nous pardonnera sans doute si l'on estime, comme nous, qu'il vaut mieux parler de choses que l'on a vues que de faits appris par oui-dire.
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4 MICHEL GANGOLPHE. — ARTHRITES TUBERCULEUSES.
peutique, étant exposée dans une autre partie de cet ouvrage, nous avons sciemment omis de nous en occuper.
Chacun de mes chapitres, consacré à une artlirile tuberculeuse d'une région, comprend des paragraphes d'importance inégale : nous nous sommes efl'orcé île donner le premier rang à ceux qui concernent les symptômes et le traitement, tout en indiquant, à propos de l'anatomie pathologique, les points qui la caractérisent spécialement.