SCÈNE PREMIÈRE liVISTAN. Bl'DIK. [Ils sont a^sis prrs du feu
BiDiK, d'une voix sombre
l (1 jour (Mifin, Dieu voulut punir (aul de crimes, el la criminelle elle-même devint son instrument. f>a ville dis occupait une plage très basse, toujours menacée par les flots ; elle avait pour rempart des diLTues el des écluses dont les clefs étaient déposées dans une cassette de fer. Le roi seul ouvrait cette cas-^etle, au moyen d'une clef d'or, suspendue jour el nuit à son cou...
TRisT.\N, plaisantant \.>a:i-cc une grosse clef, Budik ?
BUDiK, indigné
Oseriez-vous rire d'u roi Grallon ? Sachez, niaîlre Tristan, que l'histoire de nos rois n'est pas matière | à plaisanterie... Je continue... suspendue nuit et jour à son cou. Une nuit, Dahut la ravit à son père...
TRIST.\N
La jeune princesse s'appelait... ?
BLDIK
Par saint Colamban, docteur ! je vous ferai passer ces manies d'interrompre... Je reprends : Une nuit, Dahut la ravit à son père et, quelques instants a'près, la mer entrait dans la ville. Saint (Iwenolé accourt auprès du roi Cirallon : « \h ! sire, fit le saint, sortons au plus tôt de ce lieu, car lire de Dieu le va présentement accabler. Votre Majesté sait les dissolu! ions de ce peuple : la mesure est comblée I Hâtons- nous de sortir. i> .Vussilôl le roi trousse bagage, mojite h cheval, prend sa fille avec lui, et à pointe d'éperons .se sauve de la ville. Mai< les vagues le poursuivent et le vont atteindre incontinent : « Roi (Irallon, crie alors une voix terrible, si tu ne veu.x périr, .sépareloi du démon <|ue lu portes en croupe. » Grallon reronnaît la voix du saint, c est-à-dir^^ celle de Dieu : il repousse sa fille ; et l'Océan, content de sa proie, engloutit sa victime cl s'aiiête.
THl.STAN
El que devin! l.i ville ?
niiDiK Engloutie à jamais sfius les fiols !
TRISTAN
Tout f-nlifTo ?
BUDiK, se levanl
Douteriez-vous de cette histoire ? Par saint Colomban ! ce serait imprudent à vous, médecin !
TRISTAN
Mon bon Budlk, tout ce (]ue vous me dites "îst parole d'Evangile... {A part.) J'aimais encore mieux les Poitevins, ils cognaient moins dur.
BUDiK, brusquement Qu'est-ce que vous dites ?
TRISTAN
Je pensais, à part moi, maître Budik. que vous êtes un conteur habile, et je suis émerveillé de vos récits.
Je voudrai.s voir que l'histoire de Bretagne n'émer- Teillât pas un Français ! Par saint Colomban ! (7/ le secoue.)
Oui ! oui ! oui ! {A part.) Toutes les fois qu'il jure par saint Colomban il a un accès. J'aimerais lui connaître un serment moins énergique.
BUDIK, après un silence Ainsi vous étiez à Mirebeau, maître Tri.stan ?
TRISTAN
J'y étais, et je dois à la vérité de dire que j'y fis noblement mon devoir, pendant cette nuit mémorable.
BUDIK
J3 n'en doute pas, compère.
TRISTAN, très vite et (wcc élourcierie
Le lendemain, j'allais me mettre en route pour Pari», comptant bien, au sein des délices de Ca'puuc, me reposer des fatigues de la guerre. Hélas ! l'homme propose et le roi dispose. Il me fallut, bon gré mal gré, me joindre à l'escorte qui, sous les ordres du sire de Maulac, amenait ici le prince Arthur...
BUDiK, à part
I.iii !... le prince ! ici ! Le voilà donc ce secret que me cachait mon maître !
TRISTAN
f)ue dites-vous ?
BUDIK
Je vous plaignais, compère. F.n vérité, je vous plaignais.
TRIST.VN
N'est-ce pas que j'étais à plaiiicfre, ami ? Je disais donc que je vins ici, en compagnie du sire de Maulac et du capitaine Amaury, chargés d'une mission sur laquHIe je ne dois pas m"expli(|ucr... Vous excuserez mon silence... Budik... : mais personne ne doit .savoir qui nous accompagnions ici.
Je veux lespecter vos secrets, mon niaîli-e. (-4 part.) Va toujours, vieux bavard : tu m'en diia.s long .sans l'en douter.
TBI.STAN
Le sire de Maulac repartit bientôt, et la garde du prince nous fut confiée. Le prisonnier fut enfermé dans une aile peu fréquentée du chûtcau et nous
fûmes ehnrgés, le capilaine et moi, de veiller et de jour et de nuit dans la salle qui précède l'appartement qui lui sert de prison.
BUDIK
C'est ici, je m'en doutais.
TBISTAN, avec noblesse
Ne nie demandez ni comment s'appelle le prisonnier, ni où est située la prison ; je ne dois pas vous le d'ire.
BiiDiK, grave
le ne vous demande rien, compère, mais continuez vous m'intéressez vivement. {A pari.) Je finirai par tout savoir.
TRIST.\N
Quand le capitaine est là, tout va bien, et je peux de temps en temps prendre l'air au dehors. Par malheur, il est absent depuis deu.x jours, et je dois redoubler de vigilance, le gouverneur est sévère, et pour rien au monde je ne voudrais encourir sa colère... Ah ! Budlk ! si vous saviez ce que c'est que d'avoir reçu des confidences royales et de quel poids pèse sur la langue d'un pauvre homme un secret comme celui dont je suis dépositaire.
BUDIK, rJaril
Si vous le partagiez avec moi, cela vous soulagerait, compère.
TRISTAN
Jamais ! songez donc qu'il n'y a au monde que I? roi, le sire de Maulac. mylord Bruce, le capitaine Amaurv et moi...
BUDiK, à part Vous m'oubliez, respectable ami !
TRISTAN
... qui sachions que le duc de Bretagne est enfermé clans ce château! Vous ne voudi-iez pas me faire manquer au serment que j'ai fait de ne révéler à qui que ce soit le secret qui m'est confié ?
BUDIK
Non, Tristan ! restez toujours le contident discret que vous êtes, et vous mériterez d'être récompensé.
IRISTAN
Oui, car c'est dur, allez, et maintes fois je crains de m 'oublier. (// ua vers la cheminée)
UUDIK
Vous avez raison. (.4 pari.) U „-y ;, plus à craindre maintenant. C'est fait ! Mylor-d Bruce... mon maître... m'a caché la pré.sence du roi dans ces murs !... Pourquoi ?... Il a accepté d'être Je geôlier du prince... Cela m'éb.mie de lui... Mais je com'p'rencrs, c'est pour cela qu'il a éloigné .son fils... ce cher Kdward ! Depuis six mois absent de ce château, comme il doit regretter .son père, et un peu aussi son vieu.x gouverneur 1... Mais que vois-je ?... Je ne me trompe pas... Lui 1... C'est lui !..
Afir porir du fond s'est ouverte. Edward Bruce, en cosUimr de voijarje, paraît sur le seuil.