‹ Arthur de Bretagne; drame en quatre actesChapitre 18 sur 55 · ED\V.4BD · texte numérisé non relu

ED\V.4BD

Que font-ils ici ?

BUDIK

Ah ! voilà le mystère !...

EDWABD

Un my.slère ! oh ! dis-le moi, mon cher Budik !

Impossible !

EDW.\RD

Pourquoi ?

BUDIK

C'est bien simple. Je ne le connais pas.

EDWABD

Ah ! ils sont ici depuis six moi.-^... C'est un mystèr?. J'étais captif en l'abbaye de Saint-Melaine depuis six mois... C'est un mystère aussi, pui.sqne je ne sais jias pour quelle faute j'ai mérité cette réclusion. Dis-moi Budik, si ces deux mystères n'en faisaient qu'un ?... J'arrive à propos !

TRISTAN, ù Dudih Quel est ce gentil seigneur ?

BUDIK

Le jeune Edward, le fils de Mylord Bruce.

TRISTAN

Je vais lui présenter mes kommages-

BUDIK

J'y consens, mais gardez-vous de lui dire que ie duc est enfermé là.

TRISTAN

Comment ! vous savez ?...

N'est-ce pas vous qui me l'avez appris ?

TRISTAN

Comment ! moi... qui ai refusé au contraire !...

BUDIK

Tri.slan, mon compère, vous avez une langue qui parle toute seule. Devant moi, le mal n'est pas grave, et votre secret sera mieux gardé par Budik que par vous, mon maître ! Mais ne vous avisez pas de vou.s le lais.ser surprendre par ce petit espiègle...

TRisT.\N, avec dignité

Un enfant ! Fi d'onc ! {Allant à Edward.) Bonjour, mon gentil seigneur ! Comment se porte Mylord' Bruce, votre noble père ?

EDWARD

C'est à vous que je le demanderai, maître, et pour deux raisons : la première, c'est que, n'ayant pas vu mon père depuis six mois...

TIllSTAN

C'est juste !

EDWARD

El la seconde, c'est que vous êtes médecin, et que je ne le suis pas.

TRISTAN

C'est vrai !

EDWARD, il Budik

11 me vienl une idée : si je questionnais ïnaître Tristan ? 11 doit savoir... lui !

BUDiK, }iaul cl monlranl le méih'Cin

Je vous assure qui! ne sait rien.

TRISTAN, se rapprochant

Comment ! je ne sais rien, moi, docteur de Paris !

BLDiK, uHanl à Trislun

Si vous avez le malheur d'e lui parler du prince, par saint Colomban ! je vous écrase.

TRISTAN, s' éloignant Voilà un saint que je ferai rayer du calendrier.

EDWARD, s'assfiijonl près fin jeu

Oh ! le bon feu ! Quand je trottais sm la mulo du Père cellerier, il faisait moins chaud, maître 'l'nslan ! Les roules sont mauvaises en Bielagne et en Normandie.

TRISTAN

En Poitou, elle ne valent guère da\anlage, il m'en souvient !

BLUiK, à piirl

L'.' duc est prisonnier dans ce châleau !... J'aurai <Je la peine à me faire à cette idée-là.

liDWARD, à Ditdik

Viens ça, Budik, et, en attendant l'arrivée de mon père, chante-nous une de ces chansons de ton pays i(ui font si bien i)asser le temps.

BLDiK, se rapprochanl

Je ne suis pas en train de chanter, Edward.

EDWARD, bas à Budik

Si tu ne veux pas, je fais parler le médecin, et gare au.\ secrets ! Je les déniche encore mieux que les oiseaux, et tu sais que tu as fait de moi un oiseleur de première force.

BUDIK

Alors je chante !

EDWARD

Tu vois bien que tu es du complot et que tu me

caches quelque chose. Mais je ne t'en veux pas, car

jo sais bien que, si tu le pouvais, tu me dirais ton secret.

Cher Edward' ! (Brusquemenli) Broum ! broum î Le seigneur Lrs-Iireiz ! Une belle chanson, ma foi ! Ecoutez cela. Français de Paris, il y est question do vous. (// chante.)

Entre deux guerriers, un Frank, un Drelon, Un combat eut lieu, combat do renom.

Du pays Breton Les-Breiz est l'appui ; Que Dieu le soulienae et niarclio avec lui

Le Seigneur Les-Breiz, le bon chevalier, Eveille, un matin, son jeune écuyer.

Page, éveille-loi, car le ciel est clair; Page, apporte-moi mon casque de fer.

Ma lance d'acier, il faut la fourbir,

Dans le sang des Franks je veui la rougir.

(5e lournanl vers Tristan.) Eiifends-tu cela, Français ?

TRISTAN

Il est féroce ! 0 Falaise, tu seras mon tombeau !

EDWARD

La belle chanson ! Budik, continue.

Bl DIK

C'est le tour du page maintenant. Ecoulez cela, Edward :

Maître, vous avez mon cœur et ma foi : \ celle rencontre ircz-vous sans moi ?

LUWARD

El que ré])ond le seigneur à celte requête ?

BUDIK

Il veut éprouver son page ; il lui d'il :

Que dirait la mère, enfant sans raison, Si je revenais seul vei'S sa maison ?

Si Ion corps restait au milieu de.s morts, , 'J ;i mère viendrait mourir sur ton corjjs.

Mais le page insiste. H répond Jlèrcment :

Au moment où Biidik ouvre la bouche pour chanter, deux voix se font entendre derrière la porte de droite. Edivard et Budik se lèvent- Tristan, épouvanté, s'alfai.-<e dans son fauteuil.

VOIX AU DKHORS

M;iilri', ,iu nom du ciel, mailre, p;irlcz has, El nuiicîions loiis deux ;i vos grands combats !

EDWARD

Budik, ces voix (lui chantent !

BUDIK

Diable ! je n'avais pas prévu cela î

Page 1