GEOFFROY, CHEVALIERS, ÉCUYERS
LE PEUPLE
Noël ! noël au duc de Bretagne ! noël au comie d'c Poitou !
ARTHUR, s'iirrétanl Qu'y a-t-il, bonnes gens? Pourinii.i rf«< cviv. ' (h; H est cet homme ?
LL PEUPLE
C'est un espion.
TRISTAN
Mensonge, Monseigneur ! mensonge î
ARTHUR, s'avançant Qui êtes-vous ?
TRISTAN
Je me nomme Tristan le Roux...
CEOFFROY, rianl
C'qA le médecin de Madame Aliénoi'... Je \i^ recoîinais, Monseigneur ! Il est capable de droguer l/s gen<. ii'-'i- '1'^ ]f'< t>>pionner, non, je vous le jure.
TRISTAN
On a raison de dire que la vérité sort de la bouche des enfants... {Imploranl Arlluir.) .\ycz pitié de moi, Monseigneur le dur' ! -iv'^/. oilié (]•■ moi, (ini suis iin 'pauvre hère !
ARIliUR
I^i>>ez aller maître Tristan le Hon.\. Vu'ii~. r.<. ii^nhonimo {Tristan va tomber aux pieds du duc), et réponds-moi franrhemenf. Le chûfean est-il pourvu de vivres cl de munitions ? Madame Aliénor complc- 1-elle nous résister longtemps ? l'I qu'espère-l-cllo enfin ?
TRIST.\N
.\ dire vrrii, Monseigneur, la furlercssc prut Itnir longlcmi)s encore ; car dl'' a en abondance
nuiuiiioris. Matlacnc îa reine est acharnée à la Italailie et ne veut pas entendre parler de se rendre. D'ailleurs, elle attend les secours qu'elle a fait demaiid,"r au roi Jean.
Nous ne leur laisserons pas le temps d "arriver. Le 1 'I Jean a trop à faire en Normandie pour descendra en Poitou, et dût-il nous donner la joie de nous venir assiéger dans cette ville de Mirebeau, il arrivera trop tard pour sauver madame sa mère, car je veux que demain nous ayons forcé le o'ernier repaire d3 ma très redouinble aïeirbe, et qu'elle en soit réduite ;i nous demander merci.
GEOFFROV
Ce serait un très puissant gage en vos royales mains. Monseigneur, et le roi Jean ne pourrait rien vous refuser pour la rançon de sa mère.
ARTHUR
Tu dis vrai, Cieoffroy, et je lui demanderais du même coup mon royaume d'Angleterre et mon duché de Normandie et mes beaux comlés du Maine, de ia Touraine, de l'Anjou et Ju Poitou, que sa 'éloni-.B me force à conquérir les armes 5 la main ! 0 le frère parjure et déloyal de mon noble père Geoffroy ! 'e frère coupable et l'indigne successeur du roi Richard ! Est-ce donc la volonté de Dieu que notre malheureuse raée s'épuise et s'éteigne en des luttes fraticides, et que l'es enfants révoltés contre le père, le père mort, se déchirent entre eux ?
GEOFFROY
Ne dit-on pas qu'en mourant, le roi Henri, le terrible époux de la reine Aliénor, maudit ses enfants el le ji'ur qui l'avait vu naître?
AUTHl'R
Celte malédiction terrible alla sans doute frajyper mon père dans le tombeau. Ne ni'a-l-ellc pus frappé moi-même, Geoffroy ? Et que puis-je csfw r.i' mii si l'avenir ressemble au passé?
GEOFFROY
Monseigneur, vous, si bon, si jeune et si malheureux !
.'iRTHUB
Oui, malheureux, et victime des ambitions ie» autres ! Placé entre le rui Philippe et le roi Jean, tantôt allié de la France et tantôt de l'.Xnglelerre, repoussé par celui-ci, fêté par celui-là, je no .sais si mon ami de la veille ne .«^era pas IVunenii du lendemain. Tous me trompent ! On dirait qu'ils ne m'accueillent que pour mieux me dépouiller. Depuis le roi rtichard — Dieu ait son âme ! — qui me promit son royaume, jusqu'au roi Philippe, qui nie promet sa fille, et jusqu'au roi Jenn, qui m'a promis tant de fois la paix, je n'ai rencontré que paroles mensongères, protestations hypocrites et .serments trompeurs.
GEOFFROY
Monseigneur, vous m'affligez. Doutcrie/.-vous nus-;» de Geoffroy ?
ARTHUR
M<»n ami, je douterais du rucuidc entier, que je croirais en (oi. Ce n'est pas quand on a seize ans, comme nous, fiu'fm jjeul trahir vt se parjurer.
GEOFFROY
Je VOUS aime si respcclueusement, Monseigneur, que je donnerais avec joie ma vie pour vous épargner une peine. Je souffre tant de vos tristesses et de vos douleurs !
ARTHUR, gaiement
Bah ! jai tort de m attrister ainsi ; j'ai le bon droit pour moi ; que puis-je craindre ? et j'ai l'avenir devant moi ; ne dois-je pas tout espérer ? Oui ! nous vaincrons, Geoffroy (se tournant vers les chevaliers, les soldats et le peuple qui l'entourent) ; nous vaincrons, mes amis ! Puisqu'on m'a volé mon héritage, je poursuivrai le voleur ! Je lui prendrai la Normandie, et je lui prendrai l'Angleterre, et je ferai le fils de les ducs, ô Bretagne, plus puissant que le roi de France I
Noël ! Noël !
LE PEUPLE
ARTHUR
Oui, bonnes gens de Mirebeau, Totre comte sera roi d'Angleterre !
GEOFFROY
Oui, vous vaincrez, Monseigneur, et vous serez xn un héros avant d'avoir atteint l'âge d'homme.
ARTHUR
A demain, mes omis. Au lever du soleil vous mo retrouverez au pied du château ; avant midi, Ihermine de Bretagne flotiera sur ses remparts au son des trom'pettes et au cri de guerre victorieux des ancêtres : Malo ! Malo !
LE PKIPLIJ
Malo ! Malo ! Noél à noire comle ! nuiM au duc de Bretagne ! rK--! au roi d"Ani.'lelerro !
J'en accepte l'auguic !... A liemain ! à demain !
Arthur, la main sur Vépaulr de Geoffroy, s'éloi<jun suivi (les chevaliers. — Cris du peuple. — Reprise de la ronde. On met Tristan uu milieu el on le force à dit!.i>(r. Peu à peu les chants et les danses cessent • les bourgeois et les soldats se séparent. Il fait nuit.