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Arthur de Varennes

J'avais vu assez intimemenl aHkti pour l'apprécier el reconnaître les mérites de son charmant caractère. Le récit des événements qui précédèrent son mariage me lii encore mieux sentir taul oe < 1 1 1 il \ ;i\;iil <lc délicatesse el «le f?éné-

rositéenlui; je l'aimais, je l'admirai.

Il était impossible que je conservasse un sentiment condamnable pour la la femme d'un tel homme; je pouvais revoir Berthe sans danger.

Je me disposai à aller h Melun, puisque ma santé me le permettait enfin.

Ma visite à madame de Simiane ne me préoccupa pas; mon amour avait revêtu des formes admiratrices et planait dans de si hautes sphères, qu'il n'avait plus rien de terrestre.

Mon arrivée à la préfecture fut presque un événement. Il y avait si longtemps que je n'y étais venu î

Berthe était émue, et tout dans ses

DE \ vl.l nm.S.

naoières me laissai) voir l'intérêt sincère qu'elle me portait

— Vous avez été bien malade] due <htelle, el plus d'une fois j'ai maudil les exigences <lu monde qui s'opposaient .> ce que j'allasse vous voir. Les sacrifices que nous Taisons a l'opinion son! souvenl J»icn pénibles, et je l'ai senti plus vivement en cette occasion.

— Mais lu sais bien, «lit Albert, que j'ai tenu iidèle compagnie à noire ami.

— San- doute, niais les attentions d'une fejmme <mi quelque chose «le plus sensible 5 nous apercevons ce qui échappe a l'œil d'un homme et resterai! invisible pour lui. EuGn, j'avais besoin

P AKJUIR

de vous le dire, M. de Varennes, j'aurais voulu aller souvent vous porter mes consolations, et, seules, les convenances m'en ont empêchée.

— Vraiment, madame, votre bienveillance me comble, et je crois a la vérité du désir que vous exprimez avec tant de bonté pour moi.

— Il n'y a qu'avec madame Dusolier que j'ai pu laisser voir tout mon chagrin de vous savoir seul et malade; nous parlions de vous constamment. Nous avons bien regretté nos bonnes soirées d'intimité. Marie était, je crois, encore plus attristée que moi.

— Oh! vous êtes le héros du jour,

DE YAHK&NK*. I

iiinn cher Arthur, reprît Albert; voue ne >auv. \r,\> tout l'intérêt qui s'attache i \oire complet rétablissement

— Non vraiment, et j'attends que \<>nmi' repseîgnjçi»

— Kli bien, mon .uni. il y a prèfi de deux mois qu'a ou lim mon dernier -raml bal, ol j ai annoncé que laul <[ vous ne pourriez pas j assister, je donnerais pas d'autres.

— Comment, Albert, vous avez iiTTi ■ i ?

— Haïs oui ; n'était-il pas toul Naturel que je tinsse compagnie a un ami qui mV-i (fer, el devais-jc sacrifier b des indifférent un temps que j'employais

avec tant de plaisir à tâcher de vous distraire. Maintenant je ferai danser en l'honneur de votre guérison; je suis content, je permets qu'on se réjouisse.

— Vous êtes si bon, mon cher Albert, qu'il faut trouver tout naturel de vous ce qu'on admirerait chez un autre. Et

and ferez-vous danser vos adminis-

Mais la semaine prochaine; cela vous arrange-t-il ?

— Parfaitement, et je serais désolé de prolonger plus longtemps l'attente de vos invités.

Un domestique entra et remit à Albert

DE vai; v.' .

^<mi courrier. L'écriture d'une lettre frappa si vue.

— CV>t de Geor . me dit-il : vou permettez ?

— Faites, je \<>u> en prie, mon cher Albert.

Bientôt il repril avec vivacité :

— Ah! que je suis satisfait ! Geor m'annonce son arrivée ci celle de sa femme. Le régiment qu'il commande part pour Meluu sous peu <!<' jours, el il s'empres de me donner une nouvelle qui doit me Faire un grand plaisir, me dit-il, s'il en juge par la joiejqu'il éprouve ;i la pensée de nous revoir el d'habiter le même pays que nous.

— Pour moi, dit Berthe, rien ne saurait m'arriver de plus heureux que d'embrasser Louise et son mari.

Je pris part à la satisfaction de M. et de madame de Simiane, et je les laissai se réjouir à l'idée de la prochaine arrivée de leurs chers parents.

Je résolus d'aller faire une visite à madame Dusolier. et je me rendis chez elle en quittant la préfecture.

C'était avec un véritable plaisir que je me disposais a revoir l'aimable Marie. Tout en elle me plaisait, et mon âme éprouvait auprès d'elle un sentiment de calme qui me faisait rechercher sa société et m'y complaire.

DE V.yUfcN> Il

i ne leinte de mélancolie, qui était voisine de la tristesse ^ n oi lait le- haii- de madame Dusolie^ Une ^<i roogem l'anima ii mou approche) * l * ^ listes pensées assiégeront ^m Jroni, ci le tremblement de sa voix décelai! >on agitation.

Peut-être, pour la première i«»i- depuis ma rencontre «avec M. de Péronne, je nu1 souvins qu'il était sou beau-irere et que j'avais été I >itMi prè$ de mourir de sa main.

Sou séjour fui de si peu de durée a Meluu!

Sa passion pour madame de Simiaue avait été une offense plutôl qu'un senti-

oient; mon amour pour Berthe n'en aurait pu éprouver de jalousie; quelle différence entre le trouble qu'elle faisait naître en moi et la frénésie que M. de Péronne avait montrée! Si, involontairement, jetais coupable de l'aimer, les vœux insensés de la possession ne souillaient pas ma pensée.

En me battant avec M. de Péronne, je punissais une insulte; mais je ne lui faisais pas l'honneur de croire qu'il fût jamais dangereux ou a craindre auprès d'une femme, je ne dirai même pas vertueuse, mais honnête. De tels hommes feraient douter de l'amour, si leurs désirs effrénés pouvaient porter ce nom.

Dl VARKNM & 13

Cependant l'agitation <!<* madame l)usolier se calma peu à peu, el elle se laissa aller au courant <le ><>u espnl gracieux, qui en faisait une personne forl remarquable, car alors sa timidité disparaissait pour faire place ii un abandon qui laissait voir Ions le** mérites d'une éducation parfaite el d'un caractère digne H généreux.

le lui parlai de la prochaine arrivée de M. et de madame de Selvigny,

— Ce sont deux forl agréables personnes, me <lii-H!<>; la famille de Simiane esl beureusemenl douée, et l<»us ceux qui « n loui partie <>ui un mérite personnel qui l'ail que leur fréquentation

AP.TIirK

est très Charmante. Lorsqu'ils sont [eus réunis, il serait difficile de trouver un assemblage de personnes qui les égalassent, et comme beauté et comme bonté de caractère.

— Vous avez bien raison, madame; tous les jours je découvre une vertu de plus chez Albert.

— Et Berthe, monsieur, quelle aimable femme! on ne sait qui plaît davantage en elle, ou de sa beauté ou de son aménité.

Le nom de madame de Simiane me troubla, et quoique Marie eût prononcé cet éloge avec un parfait naturel, je crus \ voir une intention, et je changeai la

< mi\ ersalion ; i»' lui demandai l'il i avail longtemps qu'elle ;i\;ni vu madame Renneval.

— Son mari sorl cFîcî, me dit-elle; il «•si \ tu h m 'inviter i passer la soirée chez lui. Madame de Nangta es1 iiii peu indisposée, el ses eniants voudraient la dh traire pour tâcher de lui dire oublier ses souffrances*

— Ain<i. madame, nous m-/, à Nangis ce soirî

— Mon Dieu , oui , la charité chrétienne m'en fait un devoir*

— J'aurai donc eftcow l«" plaisir < f « vous revoir aujourd'hui. Je dois une \i- -ii«' à ces dames, el il ne petfl m'élre dé-

fendu de choisir le moment le plus agréable pour la leur rendre.

Le substitut arriva bientôt; il était fort animé. 11 sortait du palais, où il venait de soutenir une accusation. Desroches était le défenseur de l'accusé et avait obtenu un acquittement. M. Dusolier en paraissait fort contrarié. Je trouvai moyen de l'apaiser en lui parlant de la belle Herminie et en lui disant que je comptais le voir le soir chez elle. Cet homme avait des vivacités effrayantes, et je plaignis la pauvre Marie. Je me faisais le complice de M. Dusolier en flattant sa passion pour la femme du procureur général, et ce-

Dl \ \hi KN1 1 T

pendant je ne pensais el je ne roulais qu'être agréable à madame Dusolier.

Tanl il <>st vrai que l'exemple de la

pratique de hautes vertus élève notre

âme et nous inspire clignement ; tandis

que la fréquentation des gens vicieux

nous lait souvent commettre presque des

bassesses quand nous voulons nous :n<iltre l\ leur niveau.

Nous nous promîmes de nous retrouver chez madame de Nangis, <'l j«i les quittai.

Cil API THE DEUXIEME

Une soirée chez madame de Nangis,

La conversation ëfail fort animée torque j'arrivai ebei madame de Nàn-

Le procès dû jour f.iisaii le sujet d« rentretieo.

22 ÀRTKCU

En général, je trouve que le ministère public se passionne trop dans l'interprétation d'un délit quelconque.

La justice ne devrait jamais revêtir que des formes graves.

Une accusation n'est pas toujours un crime prouvé.

Tant qu'il n'y a pas de condamnation, c'est un homme qui fait partie de la société, qu'on juge, et qui est quelquefois déclaré innocent. Les faits qui doivent prouver sa culpabilité n'ont pas besoin des foudres de la parole pour persuader. La vérité a une éloquence naturelle que la passion n'égale pas toujours.

Je voudrais qu'un accusateur fut con-

is, juste : Dé se laissai pas entraîner par une conviction qui n'est \r<\< toujours approfondie autant que le demanderai!

la saine justice. Tout m flétrissant \r crime , il ne faudra il pas se lai emporter par la vivacité il»* l'imagination.

La sensibilité <"( la raison devraienl être des armes plus sûres, pour atteindre un coupable, que l'analhèmc el la malédiction.

Ces réflexions me lurent mu. , la discussion de M. de Renneval, de ' roches cl dé M. Dusolier.

Le procureur général »'t son substitut lient une affaire personnelle d "

quitlement qui avait terminé la séance.

Ils ne parlaient que de la conviction qu'ils avaient de ia culpabilité de cet homme ; pour moi , je voyais que leur amour-propre était plus grand encore que leur conviction. Ils groupaient et réunissaient les faits qui avaient donné lieu a la mise en accusation, et n'en faisant ressortir que les circonstances qui répondaient a leurs pensées, le crime de cette manière leur était toujours prouvé, mais le sang froid, le calme qui auraient dû accompagner leurs réflexions, étaient loin d'y présider. Ils substituaient a la réalité leur propre manière de voir, de juger d'un fait, et

l'induction qu'ils «mi Liraient ponvail être l»lu^ ou moins une Vérité.

Le chapitre <1<^ présomptions offre un vaste ch qui veut l'exploiter : mais

il n'est pas ;i dire que tous les fruits qu'on j récolte soient de bon ;il<>i el ni<Mi( été tous î>r<'<lîiils par la première tuvent une modification a rail éclore el donné cours à telle chose qui, - cela n'aura il peut-être |>.i> pris racine.

Desroches était animé d'un sentiment gén< h soutenant rinnoc ?nce

son client il était persuadé de cette innocence « el l'ardeur <il la n ivacitc d l»,m>!;' disaient biçn <ju<' la jeunesse a

~2V) À'htfftfa

une magnanimité de pensées que la connaissance du monde déflore tous tes jours.

— Monsieur, lui répondait le substitut, je suis convaincu de ia culpabilité de l'accusé, et il est épouvantable d'avoir acquitté un lel homme.

— Monsieur, lui ditDesroches, lorsque vous prenez la paro, pour demander la condamnation d'un homme, vous devez èlre persuadé qu'il a commis un crime.

Dans le dout£, vous abstenir serait votre devoir, car, sans cela, il y aurait crime aussi à accuser un innocent, et toutes vos paroles pour demander sa condamnation ne seraient qu'un affreux

ni n.v

neNOBge. Me dire donc que vous étiez persuadé de sa criminalité, ne me convaincre.

- Mais, I madai 'iiicvnl,

i êtes d'un sérieux, mosuMirs, qui fait que noire soirée dégénère en cours de droit. Pour taoi, je \<>u^ avoue <ju'* je n'aime ni le I mmes de I i ni la chicane; que, <•< .inné femme, il m'est bieh permis d'être futile, et que j'use <le mon droit en n'approfondissant jamais les questions sérieuses. Je vousdemai donc un sursis cl vous prie <lc vous occuper davantage de doi

j appuyai davantage la raotioÀ <lc la

belle Herminie, et la conversation prit tin autre tour.

L'indisposition de madame de Nangis en fil quelque temps les frais. Elle nous assura qu'elle était beaucoup mieux, et que la tendresse de sa fille avait seule été mise à l'épreuve en cette circonstance ; ear ses souffrances étaient fort légères. continua-l-elle? et n'auraient pas dû inquiéter ses entants aussi vivement.

M. Dusoiier conservait nue animation fébrile et une rancune sourde qui avaient besoin de s'épancber. Je crois que le sujet n'en était pas seulement dans son écbec du jour, et que madame

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Reoneval pouvait bien «mi être la cause réelle.

La femme du procureur général était \t\w< raide el plus u 1 1 1 1 n l * ; < ■ encore que d'habitude Marie était l>i \n\\ de ses attaques et des (f;»iis acérés de son esprit méchant.

(Test <mi vain que j«k cherchais le sujet qui pouvait animer la coquette contre une aussi inoffensive personne que madame Dusolier, rien ne répondait à la question que je m'adressais.

Même pour moi, In hellr lltuminit; avait un mordant dans l'esprit que je he lui connaissais p;i<, «-t son urbanité m aîtresse de maison l'en .1 seul*

"0 AiuniK

cte se laisser emporter par son courroux, qui était bien manifesté.

— Savez- vous,medit-elle, que vous êtes resté bien pâle, monsieur le vicomte: je lisais aujourd'hui un de nos romans nouveaux, et le héros avait beaucoup de traitsderessemblanceavec vous. D'abord, la pâleur est de faveur, la mélancolie fort à la mode. Cela n'empêche point que l'on ne s'humanise et que la sentimentalité ne s'échappe en quelques éca ris fort terrestres; mais enfin, l'apparence est sauvée, et c'est le principal. On ne se méfie pas de ces hommes, qui n'ont l'air que de vivre et de s'égarer seulement en pensées amoureuses, et

i on se ligure que I » »nccs de noire

are n<" sauraienl approcher d'eux.

Il semble que leur âme seule le> entraîne

>i coupable, el les péchés de l'âme sonl |! tahés véniels ; « >n ne peul s'en

taliser. Jl en esl de même * i * * cer laines femmes : sous le voile «le la ré* serve, elles s'abandonnent à i<»n- leurs criminels penchante; mafe une pro fonde dissimulation les sauve, ei on les poil vertueuses parce qu'elles son) plus infâmes que d'autres, car elles usurpe» I nu respecl qu'elles ne ménleul

— En vérité, madame, vous nous disiez joui ;i l'heure que \<»u^ n'approfondis

jamais les questions sérieuses, et vous nous faites de$ réflexions sur l'amour et le sentiment qui sont si justes, qu'on croirait vraiment que vous avez au moins étudié ce sujei-là. C'est trop que de joindre le ialeni de la théorie à la pratique.

— Vous me flattez toujours, monsieur le vicomte, et je déteste les louanges

J'avais pourtant mis dans le ton de ma réponse plus d'ironie que de conviction.

Madame Dusolier demanda a lafemme du procureur générai si elle se disposait à aller au bal de leur préfet, qui ne devait pas larder a avoir lieu.

— Mon Dieu, madame, loi répondîtelle, la santé de ma niera m'affecte beaucoup trop pour que je songe à prendre aucune espèce de plaisir, et je ne pourrais, certes danser, là sachalit ici seule

et malade.

— .Mais madame dé Nangis est beaucoup mieux, ce me semble.

— Oui, ruais tant que ma mère sera souffrante, je croirai nécessaire <le lui prodiguer tous mes soins. Je ne lai^

grands sentiments d'amour et de dévouement filial , pourtant je remplis mes devoirs de famille avec 1 1 sirtiplicité qu'on doit mettre à ces sortes dé

choses. Je sais que loul le monde ne

54 Arthur

pense pas comme moi, et que du moment qu'une femme s'est posée en victime sacrifiée et résignée, elle fait bon marché de sa véritable dignité, qui consiste dans la pratique des vertus de son sexe.

Décidément, madame Renneval était dans des dispositions sentencieuses et moralistes. Il était difficile d'aborder un sujetqui ne provoquât pas son mécontentement. Desroches s'aperçût comme moi de son irritation, et ses regards interrogateurs me le laissèrent voir; mais je ne comprenais pas davantage que lui, et ce fut sans succès que je m'interrogeai moi-même.

m. \ \i:rNM s. v>

Les heures i))p sembla ieul d'um- hi!<m minable longueur. Cependant j<'naurai> pas vqulu donner le premier le signal du départ A la campagne il n'est gu&rç permis de se retirer au milieu de la soirée; <m n'a pas, comme à Paris, le prétexte <le se présenter dans plusieurs salons le même soir, ei je craignais encore les réflexions <jue mon départ aurait provoquées.

Les esprits méchants ont cela de terrible, que quoi qu'on lasse, quelques précautions qu'on prenne, ils trouvent toujours moyen d'interpréter à mal nos paroles et de dénaturer toutes no< aelions.

58 ARTHUR DE YARBNNES.

Enfin l'heure de la délivrance sonna ; nous quittâmes Nangis, et je me retrouvai chez moi, contrarié, ennuyé et mécontent.

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