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; m'inquiéta. * mon sort, me ■ - qu'elle décide en
cet instant; je l'ai cruellement offensée. L'aimer d'un amour passionné, c'était déjà bien mal, mais le lui avoir dit est impardonnable!...
Ce ne fut pas sans effort que je surmontai le trouble de mes réflexions pour me mêler à la conversation générale. Le déjeûner se prolongea assez longtemps, et a ma grande satisfaction, nous quittâmes enfin la table pour nous diriger vers le salon de billards, où Georges et Albert voulaient mesurer leurs forces, pendant que nous devions, juges impartiaux, assister à la bataille et décerner le prix au vainqueur.
Plusieurs parties consécutivement ga-
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gnées i».n Ubert changèrent notre curiosité qq une admiration exclusive, mais qui nou* (Ma L'intérêt que nous eussions éprouve pour un combat mieux soutenu, des forces plus égales.
C'était la première Ibis que Bcffthe venait à Livry, ol mon père lui proposa (le faire le tour du pays, ce qu'elle accepta.
J'offris mon bras ;i la comtesse de Varennes, el nous non- acheminâmes tons quatre vers d'ombreuses allées que l'ardeur du soleil d'une magnifique journée de printemps faisait trouver fraîche el charmante.
Les perceptions de nos jouissances sont toujours en rapport <\\<'*' I ;i dliposi-
lion de notre esprit. Le tranquille et doux ombrage que nous étions venus chercher, m'importunait. J'aurais voulu me fuir moi-même. Cette solitude si calme me troublait. Les mouvements de mon cœur me paraissaient plus forts encore en face de la nature, que dans le tourbillon d'une joyeuse conversation.
Pour qui n'a pas une conscience pure, la vue de la nature, le solitaire murmure des bois, prennent parfois des voix impérieuses pour nous crier bien haut le crime que nous voudrions nous nier à nous-mêmes.
Après quelques tours de promenade, la comtesse de Varennes et mon père lé-
DB \ \ RI NNBS. - I !
moignèrent le désir de se reposer un instant, et ils prirent place sur un banc 3Îtué aa boni du parc, et dans une position si élevée qu'on \ dominait dé riantes campagnes.
Nous nous éloignâmes, Berthe et moi, et bientôt nous ruines entièrement senls, quoique, cependant, les inég ilités du terrain faisaient que, par moi ions
r)6US retrouvions en \ ne de l'endroit où enl If comte et la comtesse de Varennes.
.Mon trouble ei mon embarra , en me retrouvant avec Bertbe, m aient un
supplice affreux. Pour elle, d re -
ards iî ) avait une itidécision vague. Il
■î ARTHUR
était visible qu'elle faisait tous ses efforts pour surmonter un moment de gêne, pourtant elle parut bientôt se remettre, et elle me dit :
— Vous êtes un homme supérieur, Arthur; agir avec vous comme on le ferait avec un autre n'est donc pas possible. Je ne puis garder le silence sur ce qui s'est passé entre nous aujourd'hui !... L'oublier, c'est bien ce que nous devons faire , mais avant il est nécessaire d'en parler.
Vous savez que j'ai pour vous la plus tendre affection , la plus vive amitié. Je n'hésite pas a vous dire ces choses, car je crois que l'assurance de mes senti-
Dl VA1I >v I - 18
,:irhK VOUS l't'ia mieux -Chili miroir le
regreJ que nous éprouverions «» \ <»n notre intimité de famille refroidie et rompue.
Vous n'êtes pas heureux, Arthur, votre cœur, votre sensibilité ont hesoin de toujours avoir un sujet de prodiguer les tré-
- de tendresse qui sont en von-. Contribuer au bonheur des autres, c'est I* lâche que vous ambitionnez, que vous êtes appelé à remplir. Le dévouaient, pour vous, remplace l'égoïsme que l'on retrouve chez presque tous les bornai Vous croyez que vous m'ait »ez, cela peut ôtre vrai; mais un amour qui vous fait rougir de voiis-inême ne saurail
longtemps dominer voire âme, vous en triompherez. Vous êtes appelé à d'heureuses destinées, je le crois. Un jour, vous serez au faîte du bonheur que vous méritez si bien. Les combats , les souffrances, les douleurs que nous opposons souvent a l'adversité, sont autant d'holocaustes vers une félicité suprême.
Qui voit tous ses vœux comblés sans peine , ne saurait jouir de son bonheur. 11 faut avoir désiré ardemment un bien qu'on possède , pour en sentir tout le prix.
— La vérité dans votre bouche, Berthe. a un attrait que vous seule savez lui communiquer.
[>] \ M,l NM S. -i>
— Vous croyez donc à ma raison, Arthur, cl que les conseils que je veux donner peuvenl êlre bons
— Vj\ vous j'ai toute conûauce! Oui, pariez-moi, dites*moi ce que je dois être, ce que je dois bire; Epyez mon guide ei soutenez ma faiblesse
— Vous promettez de suivre mes a\i< aveuglément?
— Je vous le jure!...
— Jr vous l'ai déjà dit : vous dévouer, contribuer par tous 1<4- moyens au bonheur des autres, là est, pour nous, la véritable félicité, liais si i<% dévoûmenl esl une noble chose, croyez-vous que remplir son devoir u'esl pas .m^>i une né-
1M) AUTiiun
cessité? Marie vous aime, Arthur, et envers elle vous n'êtes pas sans reproches. Vous avez éveillé dans son âme une passion violente, et qu'elle a pu croire partagée. L'amour éveille l'amour. Si vous eussiez été froid et sans désirs coupables, Marie fût restée insensible. Mais la passion qui était en vous débordait de toutes parts; nous nous sommes méprises toutes deux, non sur le sentiment qui vous occupait, mais sur la personne qui en était l'objet. Ah! j'ai été témoin des combats de la pauvre Marie; j'ai vu ses anxiétés, ses souffrances, lorsque sa pensée pénétrant douloureusement au fond de son âme, y interrogeait le secret
qu elle voulait dérober a do regards indifférents... Vous me comprenez, n'est-ce pas, Arthur, et je n'ai poitii besoin d'achever de nous dire ce que vous devez taire et ce que j'espère de vous ?
— (juel sacrifice me demande2»vous,
Berlhe! Moi être l'époui de madame Dusolier!
— Oui, que Marie suit votre temm«\ Elle vous aime! Et vous aussi, vous l'aimerez bientôt; votre cœur sera louché
de Sa naïve tendresse. f.rn\e/-m«ii , \r-
Ibur, dans ce mariage vous trouverez le contentement de vous-même. \ d'hui vous pensez (aire un sacril bien ! œ sacrifice, je ' i. Il €
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cessaire à mon repos, il fera voire bonheur! Promellez-moi donc que vous serez 1 époux de Marie, je vous en supplie.
— Si telle est votre volonté, Berthe, si je puis mériter ainsi votre gracieux pardon, je vous obéirai!...
— Merci, Arthur; vous êtes digne et .grand. Ah! maintenant je puis vous dire sans crainte mon frère, mon bien aimé frère!...
Mon frère bien aimé!...
Cette douce parole résonnait au fond de ïïioo âme; je n'entendais plus qu'elle. J'étais plus léger, presque joyeux.
Tout me paraissait change! Le bruis-
Dl VARBNNfiS. - H)
semcpl du ven( et des arbres qui me semblait sinistre un instant avant, ^<;gayail maintenant du \if chant des oiseaux. Tout étail calme, la pureté de l'air élail douer. Je silence m'était cher, car nulle \<>i\ iT \ venail troubler le doux écho <jui me répétait: Mon bien aimé!,..
Mou pçre s'était rapproché, et uous rc-
joignil en œl instant.
— Comte, félicitez vôtre Bis, lui dit Berthe, l'année prochaine nous issisferons a son mariage! \ cette époque, \um< réaliserons alors, Albert et moi, votre projet de nous voir tous réunis à Paris, cl si
Dieu le permet, nous serons bien heu-
reux
La comtesse de Varennes joignit ses félicitations à celles de mon père. Ils approuvèrent tous deux mon choix et me promirent d'aimer Marie!
C'en était fait, je m'engageais irrévocablement.
Le soir de ce jour, je partais pour la Touraine avec les nouveaux époux.
— A bientôt, cher frère, me dit Albert!
— Oui, au revoir pour toujours, ajouta Berthe, frère bien aimé!...
Ces enivrants adieux furent le signal
i-l VAREK3ES. 251
du départ. Je n'entendais plus rien que œs mots : frère bien aimé! douces paroles qui me bercèrent délicieusement, le temps et mon cœur vous onl consacrées!...
CHÀPl TRE DO VZIEME.
Lettre du comte Arthur de Varennes au vicomte Maxime de Simiane.
Paris, 14 mai I8M
Je \ou> envoie, non cher Maxime, ir récit c 1 1 1 * - je voua ai promis.
Ko vous disant <ju<* je nous prouverais la vérité de ces paroles : le triomphe
qu'on remporte sur soi en domptant ses passions est la vertu du bonheur, je crois avoir été dans le vrai, et qu'en réfléchissant a l'empire que votre père eut sur lui-même, vous serez de mon avis.
» Croyez-moi donc, Maxime, et lorsque je vous prie de suivre mes avis, écoutez-les : Noblesse oblige ! cette devise de vos aïeux, voudrez-vous la faire mentir? oublierez-voûs le beau nom que vous portez et a quoi il vous engage? Une mésalliance ne compromet pas seulement l'avenir d'un homme; elle entrave souvent toute une vie.
» Le vicomte de Simiane, le petit-fils du comte de Varennes, épouser une co-
DK VABEftNES. 251
médietine! Oh ! cela est impossible, \ou*> ne voudrez pas causer une douleur pareille à toute votre famille.
» Ce que je ae vous eusse jamais dit dans toute nuire circonstance, je ne d pas hésiter en celte occasion a vous le dire connaître.
» Votre cousine Blanche de Selvignj vous aime! Vous même, Maxime, n'êtes l>;i> indiffèrent auprès d'elle. Elevés tous deux dans une confiante tendresse, vous vous êl s Fail une douce habitude de la voir, vous l'aimez sans le savoir. Prei garde, votre père aussi fut aimé de Louise de Selvigny, mais Berthe était l'idole à
Il 17
258 ARTHIR
laquelle il sacrifiait, et il n'exista jamais qu'une seule Berthe!
» Vous croyez, subjugué que vous êtes par la coquetterie d'une eourtisanne, que le bonheur sera pour vous dans un mariage que le monde ne peut accepter.
Une pareille illusion vous perd, Maxime. î> Ce n'est que dans la satisfaction de soi-même qu'on trouve le vrai bonheur!
» Je vous ai montré le fond de mon cœur; vous avez pu y lire comme moimême. Pensez-vous que si, faible et lâche, je n'eusse pas réuni toutes mes forces pour dompter mon amour, je serais aujourd'hui l'homme heureux que vous connaissez?
DE \ w.l.w 259
j) Oui, le combat fui cruel et doulou-
i\ L'année *iui s'éeoula avant que je
in* devinsse l'époux de Maria a été un
temps d'épreuve bien pénible, mais vo*
mère lut admirable, is i
grandeur d'âme me soutins
rent daûs le rude entier du devoir. J.llo
tvaii Ira aie route à suivre, Bl
j'ai obéi. Sans affectation, mai- avec for-
elle m'a fait comprendra qu'elle ne
...-irait a Paris que pour assister à mon
mariage, et elle a persévéré noblement
dans cette décision.
» Ce fut d'abord par reconnaissance
quçje répondis à l'amour de Marie. Pois
rtus, sa douceur, sa tendreesse me
îtiO ARTHUR
remplirent d'admiration, et lorsqu'elle me fit connaître les joies sublimes de la paternité, je me surpris un jour l'adorant ardemment et ne sentant plus au fond de mon cœur qu'un fugitif souvenir pour un amour qui n'existait plus. Alors rembarras, la gène que j'éprouvais quelquefois en me retrouvant auprès de votre mère disparurent à tout jamais, et un respect passionné fut le seul sentiment digne d'elle qu'elle me fit ressentir, et que je conserverai jusqu'au dernier jour de ma vie!
i> En l'absence de voire père, je n'ai pas dû hésiter a remplir auprès de vous un devoir sacré. Il fut toujours mon meil-
leur min, son Bis m'es! cher. Oui, Maxî-
.1 attachement C'est, ii il ce! attachement, que je
re d'écoute . de ne
pas faire uu mariage iji'i entacherai! volic In au nom, c [ui lui toujours
ment, q être un
honneur de penser qu'on esl le rejeton aune si noble famille.
» Nesl enfant,
vous suivrez mon exemple, el que le cil drs événements de ma * ie, que j'ai *$eté su n votre intention)
n'aura pa ci \ lu par vous inutilement, el q vis, vous
••■ moi • Remplir son <
nérosité, abnégation, ce doit être le moyen de conquérir le bonheur...
» Je vous attends ce soir, Maxime, vous viendrez fêter l'anniversaire de la naissance de ma fille bien aimée; elle a aujourd'hui quatorze ans. En son honneur je donne un grand bal, et j'ai invité en votre nom, pour la première contredanse, la jolie Blanche de Selvign v.
» A ce soir, mon cher enfant.
« Comte de Varennes.
» P. S, C'est a votre cœur, à votre raison que je me suis adressé, en vous demandant de ne pas faire un mariage qui vous couvrirait de honte. Je suis si
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persuade «!<• vous avoir convaincu, » j u* ■ j'aurais pu m<i dispenser d'ajouter ce post-scriptum.
> Cependant, pour l'acquil de ma oqnsciente,je dois tout Vous «lire. La comédienne que nous avez honorée dé votre attention et que votas avez honorée de votre alliance, vous trompe outrageuse ment. Ce soir, mon régisseur, le vieux Duval, que vous connaissez, agissantda- 1 près mes ordres, a obtenu un rendezvous de relie femme pour le prix d'un magnifiquéfeachemire.
» le vous donnerai lès*moyens de vous en assurer. »
Extrait du journal du comte de Va\
Maxime est venu ce soir. Il a dansé avec Blanche, avec Berthe, ma fille chérie.
Il était d'abord triste, puis, peu à peu, l'enivrement d'un joyeux bal la gagné, et il a|regardé sa cousine avec admiration, avec bonheur.
— Vous aviez raison, comte, m'a-t-il dit, c'est elle que j'aime. Oh ! assurez-moi que Blanche sera ma femme !
— Je crois pouvoir vous le promettre, mon cher Maxime; mais etes-vous bien certain de l'aimer comme elle le mérite?
— Oui, comte, vous m'avez éclairé:
j étais entraîné par la coquetterie d'une femme méprisable, mais je l'ai chassée
du cœur où elle était indigne de jamais pénétrer.
Maxime épousa donc >a cousine.
— Ah! seulement à présent, Albert, je pense avoir effacé tontes trafces de mes torts envers vous, si je fus coupable, ma faute était involontaire mais je crois que je lai réparée aujourd'hui.