LA LETTRE
sorte de révélation ; dans ce moment le bonheur me paraissait certain, si je me décidais à passer ainsi ma vie avec Hélène.
Ces convictions étaient si douces que mon front s'éclaircissait , mes traits respiraient la félicité la plus pure; j'étais enfin si transporté d'allégresse, que jt- ne pus m'empécher de m'écrier en repondant à ces pensées intérieures :
— Oh 1 oui, Hélène L.. cela sera... c'esi le destin de ma vie !
On pense à l'étonnement de ma tante, de madame de Verteuil , de Sophie et d'Hélène, à cette exclamation si soudaine et si inintelligible pour elles.
— Arthur, vous êtes fou , — me dit ma tante.
— Non, ma bonne tante, de ma vie je n'ai été plus sage... — Puis j'ajoutai ; — Rappelez-vous votre promesse. — Et baisant la main d'Hélène, je lui dis comm;chaque soir : — Bonsoir, Hélène. — Pui^ , sortant du salon , je rentrai chez moi.
J'ai dit que depuis bien long-temps jr
l66 AKTHUR.
n'avais ouvert le cadre qui renfermait le portrait de mon père; je me sentais alors si fort de mon bonheur, que j'y trouvai le courage de braver l'impression que je redoutais.
Et puis, il me sembla que^, dans un moment aussi solennel , je devais pour ainsi dire demander conseil à son souvenir ; et tremblant malgré ma résolution, j'ouvris le cadre...