I. OPKRA
ïsmaël de vue pendant la course, je fus curieux de savoir jusqu'à quel point l'histoire allait être vraie; et je répondis à M. de Pommerive que j'ignorais ce qu'il voulait dire.
Alors cet infernal havard commença le récit suivant, en l'accompagnant d'une pantomime grotesque et de gestes boufions qu'il joignait toujours à ses détestables médisances afin de les rendre plus perfides en les rendant véritablement fort comiques.
— Figurez-vous donc, mon cher monsieur, — méditai. dePommerive, — qu'au moment même où ces deux maîheureuxjcunes gens, par excès de délicatesse, allaient risquer leur existence pour elle, madame de Pënâfiel se prenait tout-à-coup de la passion la plus inconcevable et la plus désordonnée pour un ïurc... oui, monsieur... pour un infernal scélérat d'une assez belle figure, il est vrai, et de qui ce diable de Cernay s'est engoué on ne sait en vérité pas pourquoi. Mais enfin se passionner aussi subitement, aussi frénétiquement pour un Turc, concevez-vous cela? Moi, je le conçois, parce qu'on
la dit si capricieuse, si blasée ^ celle marquise ! que rien ne m'éloune plus d'elle... Mais au moins on met du mystère! mais elle... pas du tout.
— Voilà qui est fort curieux , — lui dis-je.
— La chose n'est pas douteuse, — reprit-il. — Cernay, qui était juge, m'a tout raconté, car c'est à lui que madame dePënâfiel a demandé avec un empressement... en Térité... plus qu'indécent, quel était ce Turc; car dès qu'elle eut remarqué cet original, elle n'a plus eu de pensée, de regards que pour son Turc, (Ici M. de Pommerive prit une voix de fausset pour imiter les exclamations supposées de madame de PënAfiel. ) «Ah! mon » Dieu, qu'il est beau! D'où est il? Ah 1 quel « beau costume! Ah! quelle différence avec » vos affreux habits ! » (c'est bien d'elle! toujours si méprisante ! ) « Mon Dieu , quelle «admirable figure! Quel air noble, audawcieux! Yoilà qui n'est pas vulgaire! Quel »air intrépide! Comme il monte bravement «achevai! etc. ; — ie sunori me encore des »et cetera, » — ajouta M. de Pommerive