L'AMITIE
mis à mémo Ho prouvor à Falmoiilli fjiio mon amitiô ôtait vive et vraie.
Jusqu'alors, fout en me livrant à l'entraînement de celte affection, j'avais senti qu'il lui manquait la consécration solennelle de quelque grand dévouement.
Si j'attachais quelque prix à mon acte do courage, c'est qu'en m'élevant à mes yeux, c'est qu'en me montrant que j'étais capable d'une résolution généreuse, cet acte me rassurait sur la solidité de mon attachement pour Falmouth.
Or, avec mon caractère, croire en moi, c'était croire en lui; me croire ami vrai, ardent, dévoué, c'était me croire digne d'inspirer une amitié vraie, ardente et dévouée.
Je ressentais cette confiance intrépide du soldat qui, sur désormais do se comporter hardiment au feu, attend avec impatience et sécurité une occasion nouvelle dv prouver ce qu'il vaut.
I>a réaction de cette conliance fut telle qu'elle influa mémo sur mes sentiments passés.
Fier de ma conduite ony ers Falmouth, je compris alors qu'Hélène, que Ararguorito avaient pu m' aimer pour des (pialités que leur cœur
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(Imiiiait sans doiilr, cl qui irnairnl de sp n*- \r\rv il moi.
Pour la promiiMC fois cnlin j<' compri!», honlitiir inolTuhlc !... loul l'amour quo ers deuv nobles créatures avaient eu pour moi...
l ne heure après (pie le docteur m'eut quitté, la porte de ma chambre s'ouvrit, et je vis entrer Falmouth, porté par deux de ses gens.
A peine son fauteuil fut-il approché de mon lit qu'Henr;^ se jeta dans mes bras.
Dans ce muet emhrassemeiil , il appuyait avec force sa tète sur mon épaule; je sentis ses larmes couler, ses mains trembler d'émotion; il ne put me dire que ces mots : Arthur... Ar-
liien des années se sont écoulées depuis ce ])eau jour ; bien des noirs chagrins ont passé sur cette joie si radieuse, et rien n'en a pu altérer le souvenir, car maintenant encore mon cœur bat délicieusement à ces pensées !
Il est impossible de dire avec quelle délicatesse, avec quelle effusion Falmouth me témoigna sa reconnaissance. Les termes me manquent pour peindre ce que l'accent, ce que l'expression
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dos traits, dos regards, de la voix peuvent seuls traduire.
Les vents contraires durèrent plusieurs jours et nous empêchèrent d'atteindre Malte aussitôt que nous Tarions espéré.
La blessure de Falniouth marchait rapidement vers sa guêrison ; mais la mienne fut d'une cure plus lente.
Henry, pendant cette période, me prodigua les soins du frère le plus tendre.
Avec quelle anxiété douloureuse chaque mutin il épiait le regard du docteur, lorsque celuici levait r appareil de ma blessure ! Que de minutieuses questions sur F époque probable de ma guérison ! Quelles étaient enfin son impatience ou sa joie, lorsque les prévisions du docteur en éloignaient ou en rapprochaient le terme !
Parlerai-jo encore de mille riens, de mille attentions charmantes, qui révélaient sa sollicitude exquise, et dont je me sentais profondément heureux ?
Falmouth me dit toute sa vie, je ne lui cachai l'ion de la mienne.
il avait douze ans de plus que moi; sa [)arole convaincue, éloquente, nourrie de Tex-
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prrirncc des lioiiimcs cl di-s cJiosfS, |>i('iiail peu à peu sur mon esprit iiiic auloiilr sinjjulièrc.
Rien de plus élevé, de plus (grandiose (jue ses conviclions morales ou politiques.
Je restais confondu d'étonnement et d'admiration en découvrant ainsi cluKpic jour de nouveaux trésors de sensibilité exquise, de haute raison et de savoir éminent, sous les dehors ironiques et froids que Falmoutli affectait hahituellement.
Que dirai-je ? sous le masque sceptique et railleur du don Juan byronnien, c'était le chaleureux et vaillant cœur du Posa de Schiller, c'était son ardent et saint amour de Thumanité, c'était sa foi sincère dans le bien, c'étaient ses croyances généreuses, ses magnifiques théories pour le bonheur de tous.
Si Falmouth m'avait apparu sous ce nouvel aspect, c'est que pendant nos longs jours de navigation nous avions effleuré, traité, approfondi bien des sujets d'entretien.
Ainsi, j'étais jusqu'alors resté profondément indifférent aux questions politiques; et pourtant je sentis vibrer en moi de nouvelles cordes, lorsque Henry, encore transporté d'indignation, me racontait les combats acharnés que lui, pair