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à Falmoiilli cul rorirnu' la porU' , il se lit un profond silence...
Puis, (oui à coup, un mouvemenl inipéluruv renversa une cliaise... l'A j'entendis Falniouth se précipiter à la porte d'un pas lourd et incertain , car il pouvait à peine marcher.
Il allait venir...
Mon cœur battait à se rompre.
Ses pas approchèrent...
Je me sentis mouilh' d'une sueur froide
j'eus peur.
Ma porte s'ouvrit brus(juenienf. 11 entra se traînant sur sa canne.
De ma vie.... non, de ma vie je n'oublierai l'expression de colère fulgurante qui éclatait sur son visage ; on eût dit un masque de marbre illuminé par deux yeux flamboyants...
— \os armes! — s'écria-t-il d'une voix vibrante d'indignation en me montrant la lettre qu'il tenait à la main. — Vos armes î !
Ln remords affreux me saisit , il fut si violent qu'il m'inspira une lâche rétractation de mon infamie...
— Henry! — lui dis-je en lui montrant cette lettre d'un air désespéré, — pardon....
— Pardon!.... \ous ne voulez donc pas vous battre? — s'écria Falmouth avec rage.
LE 1»IEL. 87
Le rouge nie vint au iront , la honte de me voir soupronnê de faiblesse m'exaspéra, et je lui répondis : — Alonsieiir.... mes armes seront les vôtres.
— Je TOUS fais grâce de ces délicatesses. Quelles sont vos armes? finissons-en... — répéta-t-il durement.
J'allais éclater ; mais me souvenant que Falmouth était chez lui , je me contins.
— Vous et moi, — lui dis-je , — nous sommes trop blessés , je crois, pour pouvoir nous servir de nos épées.... le pistolet sera donc l'arme la plus convenable...
— C'est juste, — dit Falmoufh en se laissant tomber sur un fauteuil.
Il sonna.
In de ses gens entra.
— Pliez M. Williams de descendre , — dit Falmouth.
Le valet sortit.
— Williams et Geordy nous serviront de témoins, — me dit impérieusement Falmouth.
Je fis un signe de consentement machinal... j'étais anéanti...
Williams descendit.
— Où sommes-nous, \V illiams ? Oiielle est lu terre la plus proche !
8^ A ni II i II
— Le vent ajant soulllr cJii noifl rlrpiiis ce malin, nijloid, il nous met en bonne route pour Malte. S'il continue, nous pourrons y arriver demain soir.
— Tâche donc, mon brave Williams, de
nous y conduire le plus tôt possible Mais
(l(tnne-nioi ton bras pour rentrer chez moi....
.le restai seul.
Je n'ai pas besoin de dire l'amertume de mon désespoir.
Ravivée par une fièvre ardente qui se développa, ma blessure me fit de nouveau beaucoup souffrir.
Plongeant à chaque instant dans les vagues soulevées par le vent , dont la violence augmentait d'heure en heure , la goélette recevait de rudes secousses. Ce tangage me causait un ébranlement si douloureux , que parfois je ne pouvais retenir un cri aigu.
Le docteur vint s'mformer de mes nouvelles et me demander comment je me trouvais; par une sorte d'obstination puérile, je lui cachai mes souffrances.
Cet homme appartenait à Falmouth. l n scrupule exagéré m'empêchait d'accepter dé- .sormais ses soins.
LE DIEL 8v»
Ouelles heures je passai , mon Dieu î Cette crise fut épouvantable.
Les émotions que je venais de ressentir , jointes à l'ardeur de la fièvre, exaltèrent à ce point ma sensibilité nerveuse, que, replié dans mon lit, je ne pouvais supporter féclat du jour ; je cachai ma fioure dans mes mains , et je pleurai amèrement....
D'habitude , les larmes me soulageaient , mais celles-ci étarent acres et cuisantes.
Puis , lorsque mon désespoir eut atteint son paroxisme , par un triste besoin de contraste qui m'était familier , je comparai ce qui était à ce qui avait été... surtout à ce qui aurait été.... si je n'avais pas volontairement flétri , l)risé , souillé tant de nouvelles chances de bonheur !
Au lieu de chercher à cacher ma honte dans la solitude et dans les ténèbres , au lieu de me plonger dans les idées les plus tristes, au lieu de subir cet isolement que je venais de provoquer si outrageusement , je me serais senti le cœur allègre , épanoui !
Cet homme, qui alors me haïssait , qui me méprisait, qui n'attendait plus que riieure de laver son injure dans mon sang , eût , comme toujours, été là, près do moi, affectueux et
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rcconiiaissanl. (los plaintes que m'ariathail la douleur physique, et que j'étoulfais si pcnihlemcnt, eussent été afioueics par la touchante sollicitude d'un frère!
Kt penser.... mon Dieu! m'écriai-je, que cette réalité que nioi-niénie j'avais si souvent rêvée, en songeant à 1 "amitié, était là près de moi !
Kl penser que cette fois encore, par le plus étonnant concours de circonstances , je n'avais qu'à me laisser aller au bonheur qui m'était offert !
El penser que celle l'ois encore , une monojiianie lalale, furieuse, m'avait fait abandonner toutes les chances de félicité possibles pour les remords les plus affreux !
Alors , me voyant si incurablement malheureux, des idées de suicide me vinrent à l'esprit.
Je me reprochai d'être odieusement à charge à moi el aux autres. Je me demandai à quoi j'étais bon; ce que je faisais des avantages que le hasard avait accumulés sur moi : jeunesse, santé, richesse, force, intelligence el courage.
Jusqu'ici à quoi avais-je employé ces dons précieux? A faire le malheur de tous ceux qui m'avaient aimé!
Aussi je me résolus dans ce duel avec Falmouih d'exposer aveuglément ma vie et de respecter la sienne.
En faisant feu sur lui... j'aurais cru commettre un fratricide...
Par un douloureux caprice, je voulus relire sa lettre...
Inexplicable fatalité!... pour la première fois j'en compris toute la grandeur... toute l'imposante générosité.
Ce fut alors que je pus embrasser d'un regard désespéré la perte immense, irréparable, que je venais de faire! Mais, hélas! il n'était plus temps, tout était fini !