CHAPITRE XXXIX
Je relrouvc ce rra<i[mciit de journal, écrit un an après le naufrage du yaclil de lord Falniouth sur la côte de Malte.
Si j'avais la moindre prétention littéraire, je n'oserais dire que ces pages, tracées sous T impression du moment , peignent Irès-naivemenl la nature enchanteresse au milieu de laquelle je venais de vivre, durant une année, dans le plus doux/«;' nicnte du cœur.
En effet, ce paradis que je m'étais créé vient de renaître pour ainsi dire à mes yeux, avec son luxe de beauté antique, avec son palais de marbre blanc doré par le soleil , avec son ciel d'azur, avec sa verdure d'orangers aux parfums enivrants , avec ses horizons vermeils qui encadraient si magnifiquement les eaux bleues de la côte de l'Asie d'Europe...
Cette aniiée aura peut-être été Tannée la plus
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Jicurouse do ma vie... car ses jours rapides et lleuris ne in ont pas causé la moindre souffrance morale.
Je n'ai pas une seule ibis, si cela se peut dire, senti mon cœur.
Alais, hélas! pourquoi les sens n ont-ils pas tué Tàme dans cette lutte? pourquoi le plaisir n'a-t-il pas tué la pensée?
La pensée, cette royauté de l'iiomme, dit-^ on... véritable royauté , en effej;, car elle est fatale comme toutes les royautés!
La pensée! cette couronne ardente qui brûle et consume le front où elle rayonne !
Suivant mon habitude de classer mes souvenirs heureux, j'avais intitulé ce fragment: Jours de soleil.
Le ton insouciant, léger et moqueur qui règne parfois dans cet écrit, me semble offrir un singulier contraste avec le caractère sombre et désolant des événements dont je viens d'évoquer la mémoire.