CROYANCE
Toiif îi riiciii'o, les aras, les paons ot li's papcgcais , déployant louto la sagacité de leur instinct, ont sans doute pressenti le changement prochain de la température, car ces pénétrants oiseaux se sont mis à pousser en chœur des cris affreux... Cette preuve de leur intelligence m'a d'ahord prodigieusement agacé les nerfs.
Pourquoi aussi la nature est-elîe si inégale dans ses dons ? Plumage éclatant , voix discordante.
Ce n'est pas tout : épouvanté par ce vacarme , les lévriers s'y sont joints et ont hurlé avec fureur. Alors les nains sont venus, à grand renfort de coups de fouet et de glapissements, augmenter ce tapage infernal en voulant le faire cesser...
Je me suis réfugié ici... mais les damnés cris (\vs perroquets me poursuivent encore. Sans doute tous CCS charmants accessoires ào<. lahleaiix qui m'entourent sont merveilleux de couleur et d'éclat... quand ils sont à leur place; mais je n'aime décidément pas les laiileaiix hurlants et glapissants.
Des hèles |)assonsau\ humains; la Iransilion lie sera pas difficile, (ur mes iiciies esclaves n'ont pas l'intelligence heaucoup plus déveloj)-
i\-i \ UT H ru.
|)(''f' (jiic les arns cl les papofifoais , cl si parl'ois elles soiil aussi hruyaules (|n'cii\, leurs cris n'ont pas même l'avanlaifc de m'aniioiicer la pluie ou le beau temps.
A pi-()j)os (le cris, je suis l'àclié de la (juerdle de Xoénii et de I)aj)liin''; niais rcvecssivc violence de ces bonnes créatures lient à leur éducation quelque peu sauvafje: jxnirlanl, nial- <{ré ma tolérance, il nu' semble que donner à sa conipa<|ne un coup de couteau dans le bras est un emportement blâmable ; aussi ai-je sericuscmcnl grondé Xoémi.
Je soupçonne i'oit Anatbasia la blonde, avec son air enfantin et candide, d'être l'objet de celle jalousie, et d'avoir sournoisement excité ces deux braves fille l'une contre l'autre , comme deux coqs de perclioir. Il est vrai que c'est la vieille Cypriote qui m'a fait ce mécbant rapport, et qu elle déteste tout ce qui est jeune et beau.
Xoémi devient d'ailleurs de plus en plus irascible. L'autre jour elle a largement souffleté Cbloë, ma jardinière, qui a les dénis si blancbes et les yeux si noirs... Elle l'a souffletée parce qu'elle avait apporté les fruits trop tard, et que mon dessert en avait été retardé.
CROVAXCE. 1',:'.
Après toul , \o(''riii a du bon... mais elle cM diablement ombrageuse el farouche.
l ne chose m'étonne, c'est que ces filles soient complètement insensibles aux beautés de la nature.
A l'aide de mon grec de collège, je suis parvenu à comprendre et à parler passablement le grec moderne. Vingt fois j'ai essayé de faire \ ibrer en elles quelques cordes poétiques : tout est resté muet.
Uien d'ailleurs de plus inculte, de plus barbare que leur esprit.
A l'exception de quelques chants populaires, elles sont d'une ignorance effroyable, ne sachant ni lire , ni écrire ; leurs rivalités , leurs jalousies, leurs médisances, quelques récits exagérés des cruautés des Turcs font le texte habituel de leur entretien.
Au demeurant, ce sont les meilleures filles du monde.
Je me souviens d'une sccMie qui peint à merveille les nuances du caractère de mes trois Grecques d'agrément, comme disait le renégat.
In jour je montais pour la première fois un cheval de Syrie qu'on m'avait amené. Il se défendit, fît une pointe, et se cabra si droit (ju'il
se reiivei-
\orini pril mu* lioiissiiio, roiinil an «lifval, \c saisit à la bridr et l(> IVapp.i.
Daplinr se j)r(''(ipita >tir moi pour me ser«»iirii'.
Anatliasia iTsIa immobile, fondit en larmns et s'évanouit
H y a quelque temps je voulus éveiller dans l'âme de ces jeunes filles le souvenir de la patrie absente;, souvenir si doux et si précieuv aux natures un peu sauvages!
(le ne fut pas sans hésitation que je tentai cette épreuve; j'avais comme un remords d'évoquer de pareils regrets, de raviver de pareilles douleurs.
Pauvres filles! elles vivaient en esclavage, et bien souvent leur pensée errante et mélancolique avait dû aller se reposer tristement sous les beaux ombrages où s'était abritée leur jeunesse! Pauvres hirondelles prisonnières, elles n'attendaient, hélas! sans doute, que le moment de regagner leur nid à tire-d'ailes...
C'était donc un jeu cruel, je le sentais, que de leur donner un fol espoir; néanmoins j'assemblai ma maison fi min ine, et j'annonçai aux douze esclaves que j'allais quitter l'île et les
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renvoyer dans leurs familles, qui à Sauios, qui h Lesbos, qui à Scyros...
Je déclare avec un certain orgueil qu'alors éclatèrent des pleurs, des cris et des sanglots qui n'eussent pas été déplacés aux funérailles d'Achille ou dans la luyriologie funèbre de (jiielque illustre chef albanais.
Daphné s'enveloppa silencieusement la tète dans son voile, s'assit par terre et resta immobile; on eût dit la statue de la Douleur antique.
Xoémi manifesta son désespoir eu battant avec rage un des nains noii-s qui ricanait méchamment dans un coin; tandis que la blonde Anathasia, tombant à mes genoux, me prit timidement la main qu elle baisa en levant \ers moi ses beaux yeux bleus baignés de larmes, et me dit d'une voix suave, dans le doux parler d'Ionie : - 0 seigneur! seigneur! après vous » que deviendront, s'il \oiis plait, \os [)auvies
K till
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grecque*
— Kl vos \ieu\ pcM'es!... et \os tendres mères!... et vos braves frères!... et vos beaux fiancés?... — m'écriai-je, — vous n'y songez donc j)!iis, onhlienscs que vous êtes ! "
(!omj)(anl sur l'crfet de ces paioles magiques, nr. Kl
) if \ H T H l H.
jr me drapai dans ma j)(diss(' d'un air macjislial.
Mais les cris, mais les sanjjlots rodoiiblrrrnt , rt tontes s'éerièient avec nne résolution qni me |)anit trcs-menacante : u \oiis ne vonlons j)as r qniller le toit du bon Franc!! nous sommes " bien à Kliios ; nons resterons à Khios avec le " bon Franc! "
"Yowi bon Franc que j'ctais, je ne ponvais m' empêcher d'avoir nne pauvre idée des sentiments naturels de ces dames lesbiennes, samiennes ou scyriotes ; mais intérieurement je me sentais, je Tavoue, assez flatté de la préférence qu'elles m'accordaient sur le s(d natal, et sur ses accessoires.
Je voulus tenter un nouvel essai, je leur annonçai que je donnerais à chacune d'elles deu\ mile piastres, les habits qu'elles portaient, et qu'elles pourraient s'en aller où bon leur semblerait, car je voulais quitter l'ile.
Aux imprécations que souleva mon innocente proposition, je craignis un instant d'avoir à subir le sort d'Orphée.
Abandonnant son nain, à la grande satisfaction de ce dernier qui se frottait tristement les épaules, Xoémi fondit sur moi comme une ligresse , me saisit par mon yellek, car j'étais
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vèlu iort commodément ;'i Talbanaiso, et mo dit les yeux étiiicelants de colère :
a Si tu veux t'en aller ou nous chasser d'ici, nous mettrons le feu à ton palais, nous t'enlacerons dans nos bras et nous nous y briderons toutes avec toi!... ;'
La majorité des révoltées sembla singulièrement goûter ce projet, car toutes s'écrièrent avec une liireur croissante :
u Oui, oui, enlaçons le bon Franc dans nos bras et brùlons-nous toutes avec lui dans son palais!... "
Je remarquai comme un trait digne de l'observation de La Bruyère, que la douce Analbasia était un des plus forcenés partisans de l'incendie.
Quoique la fin dont me menaçaient ces dames sentit fort son Sardanapale, et eût assez bon air, je jugeai à propos de m'en abstenir; désormais bien convaincu de l'affection que j'inspirais ici, bien certain, comme on dit, d'être ffdon' dans mon intérieur, j'annonçai que j'abandonnais mes projets de départ.
Ma modestie m' empêche de dire avec (piclle effusion, avec quels transports frénétiques celte nouvelU' fut accueillie par ces bonnes filles.
Toutes les (loiizr se piiiml pai- In niuiii ri Inriiù-renl uik' loii'lr.
Xoriiii improvisa en nianit'ro do théorie antique ees paroles j)lus que naïves, que ses compagnes répétèrent en chœur sur Tair iialional fie la chanson des hirondelles.
A Khius iiuus l'i-atuns, Dansons, incb sreurs, d,iusi>us ; A khios nous i estons.
Nous restons avec le hou Franc.
Il ne noas bat jamais, el il nou.'i ^.iiilr. Dansons, mes so-urs, dansons.
Nous aurons toujours de Iieaux fez , De beauï yelleks brodé.'.
Dp lielles ceintures de soie;
Nous aurons du tendre cheireau roli ,
Des perdrix grasses et des cailles.
Du miel de l'Hj mette , du bon \in de Sryros.
Dansons, mes sœurs, dansons ;
Le bon Franc nous garde.
Dansons, mes sœurs, dansons; Xons ne labourerons plus la terre , \ous n'irons plus caillouter les chemins. Dansons, mes sœurs, dausons.
Xons nous baignerons sous les sycomores, Nous ne ferons rien que de cueillir Des fruits et des fleurs pour lui.
Dansons, mes sœurs, dansons ; Le bon Franc nous garde.