CHAPITRE XLIV
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Khios. orlol.i.- IH .,
.l'aircprislecosluinociiropécn, dont je m'étais si paresseusement déshabitué, et je suis allé à bord de la frégate l Alexina rendre visite à madame de Fersen et à son mari.
Madame de Fersen est moins jeune que je ne l'avais cru d'abord, elle doit avoir de trente ù trente-trois ans.
Ses cheveux sont très-noirs, ses yeux trèsbleus, sa peau très-blanche, sa main et son pied sont charmants, sa physionomie est vive et expressive : elle m'a semblé avoir beaucoup d'inattendu dans l'esprit, de la malice, mais, je crois, point de méchanceté.
Ce qui m'a paru surtout prédominer en elle, c'est la prétention de connaître à merveille la politique de l'F.urope.
H m'a été imposible de juger si cette prétention était fondée, car je suis d'une ignorance complète sur ces questions; et je l'ai très-naï-
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vemenl avoué à madame de Fersen, qui en a l)eaucoup ri sans pourtant vouloir absolument y croire.
M. de Fersen est un homme d'esprit fin, agréable et cultivé. Sans doute comme distraction à ses hautes fonctions diplomatiques, il s'est particulièrement adonné à l'étude de la petite littérature française ; goût bizarre qu'il partage d'ailleurs avec le doyen des diplomates de l'Europe, M. le prince de Metternich.
Je suis resté confondu de la mémoire de M. de Fersen, en l'entendant me citer, avec la fidélité d'un catalogue, les titres des vaudevilles les plus inconnus, et m'en réciter des passages et des couplets entiers; car il avait aussi été possédé de la manie de jouer la comédie.
Je suis malheureusement aussi ignorant en vaudevilles qu'en politique; je n'ai donc pas pu apprécier le savoir de AI. de Fersen dans cette spécialité.
Le prince n'exprimait qu'un vœu, celui d'arriver à Paris, pour pouvoir admirer les grands acteurs des petits ihéàtres, à la fois ses héros et ses rivaux.
M. et madame de l'crsen a\aienl les Ibrmes h's plus j)arraites, et seruljhiient en tout nés pour le <>ran(l l'iat fju'ils Irn.iif iil <lans le inonch'.
A une cxlirmc dirpiili'' naturelle ils joi}i[naient rctte alTahililr rharniantc, celle jijaielé cordiale et spirituelle (ju'oii rencontre souvent chez les personnes distin<T[uées de la haute aristocralie jn^j;^.. — (]nr ce serait peut-être là seulement qu'on retrouverait maintenant les traditions de réléjjante vivacité de l'esprit français au dixhuitième siècle.
Je suis allé aujourd'hui à bord de la frégate, j'y ai passé une soirée charmante.
Xous étions peu de monde, madame de Fcrscn, son mari, le capitaine de rAlexina/]cuno officier fort remarquable , du Pluvier et moi.
Du Pluvier s'était fait attacher à l'ambassade française à Constanlinople. Mais bientôt, ennuyé de ces fonctions, il avait demandé à revenir en France, et profitait de l'occasion de la frégate russe qui allait à Toulon.
Il y avait si longtemps que je m'étais trouvé dans le monde, que cette soirée eut pour moi tout l'attrait, tout le piquant de la nouveauté.
J'ai beaucoup étudié madame de Fersen... elle a tracé cinq ou six portraits, entre autres celui de l'ambassadeur anglais à Constantinople, avec
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une verve, une malice, une sùrelé de Irait ineioyables.
Je n'ai jamais coiinu Thonorable sir **■ ., mais sa pliysiomie reste désormais inelTaeabie dans ma mémoire.
Je croyais que rien n'était plus insupportable qu'une femme (jui parlait politique; je suis en p^arlie revenu de mes préventions en écoutant madame de Fersen. Sa politique n'est pas nuageuse, abstraite; quelquefois elle explique les événements les plus graves par le jeu des passions Immaines, par le ressort des intérêts privés, et, remontant des effets aux causes, elle arrive ainsi des infiniment grands aux infiniment petits, et il nait de ce contraste des effets Irès-piquants et tiTS-inaflendus.
Ces tbéories sont trop de mon goût pour que je ne les juge pas sans doute avec une extrême [)artialité; pourtant, je ne crois pas me tromper en considérant madann» de T'ersen connue une femme d'une inteliij'^eiice très-éminente.
Le prince ayant élé clnir;M'' de nombi-cnises missions dans les divers états de fKnrope, et sa femme h'élanl anisi trouvée en relations a\ec les ;»ens les [)lus distingués de cliatpie nation, rien n'était piiis ciuieiix (pic son entretien, on ni. Il
Uil A UT H l H.
clic passait en rr\ uc ces ligures si varices avec iiiie linessc charmanlc.
Sa toilette était délicieuse, et, ce qui me ravit, d'une éléoancc toute IVancaise; car madame do Fersen devait faire venir ses modes de Paris.
Aussi, fut-ce avec un plaisir inouï (jue je vis les longues tresses noires et lisses de ses beaux cheveux, à demi cachées par les barbes d'un charmant bonnet de blonde, orné d'une branche de géranium rouge. Elle portait une robe blanche de mousseline des Indes, de la [)lus adorable fraîcheur, et ses petits pieds étaient chaussés de souliers de salin noir à cothurnes...
Tout cela était presque nouveau pour moi , et me fit trouver affreux, horribles, les yelleks de couleurs tranchantes et les fez brodés des biles grecques, dont le clinquant me rappelait alors terriblement les danseuses de corde.
Je ne sais si je dois me réjouir ou m' effrayer de ce que j'éprouve...
C'est d'abord un soudain dégoût pour la vie que je mène ici depuis plus d'une année...
Quand je compare mes grossiers plaisirs on mes rêveries solitaires à la conversation que je viens d'avoir avec cette femme belle^ jeune, spi-
Comparaison. les
rituelle, à cet éclian<je de pensées fines et gracieuses, à ce besoin de déguiser avec;adresse tout ce qui pourrait choquer la délicatesse...
Quand je compare enfin ma vie de salrape indolent qui ordonne et à qui Ton obéit, à cette charmante nécessité de plaire, à cette coquetterie, à cette reclierclîe de langage et de manières que vous impose toujours une femme comme madame de Fersen, lors même qu'on ne songe pas à s'occuper d'elle...
Ouand je compare enfin le présent au passé... je m'étonne d'avoir pu si longtemps vivre ainsi que j'ai vécu.
.l'ai pourtant vécu bien heureux à khios pendant dix-huit mois ! Si l'avenir s'offre sous un aspect que je crois plus séduisant... il ne faut pas llétrir des jours que je regretterai peut^ être...
Enfin, je me trouve dans une perj)lexilé étrange...
Que faire ?...
Si je duis rester ici avec des rej^rets, si la vie (|ue je mènerai désormais à Khios doit m'ètre pesante, autant me résoudre à l'instant à quitter File... M. de l''ersen m'a fort ol)li;>eamment proposé de me prendre avec lui [)Our retourner en France...
\K llll K.
.le ne sais (jiic laiic... je vnrai.... ^
IVaillcms, du IMuvirr vinil (Iciiiuiii (IriiMiiin- \
avec moi; jo coniptr l'iiilcrrof^cr sur niarlamc |
de Kcrsoii.
CHAIMTIII': XLV.