‹ ArthurChapitre 15 sur 89 · LE REGIT · texte numérisé non relu

LE REGIT

avec un geste, avec une expression de bonheur et d'admiration impossible à rendre.

Mil monsieur, que de longues et douces soirées j'ai ainsi passées dans l'intimité de ces deux personnes à la fois si coupables et si vertueuses!... Que de fois ce fatal et bizarre contraste a confondu ma raison! Que de fois, l'été, le soir, en les quittant, au lieu de rentrer au presbytère , j'allai me promener sur nos montagnes, pour méditer plus en silence, plus sous l'œil de Dieu , si cela se peut dire! ! •■ 0 Seigneur!.,, m'écriais-je, tes vues sont impénétrables!... Cette femme est adultère et criminelle; elle a la conscience de sa faute , puisqu'elle pleure incessamment sa faute ; elle est bien coupable sans doute à tes yeux et à ceux des hommes ! et pourtant quelle vie plus exemplaire , plus bienfaisante, plus pratiquement touchante et vertueuse que la sienne ? Combien de fois aussi Tai-je entendue chanter des hym-^ nés en ton nom ! sa voix annonçait une foi si profonde et si religieuse que cette foi ne pou^ vait être feinte!... 0 mon Dieu! qu'est-ce donc que le vice et le crime , quand ils revêtent ces dangereuses apparences ? Faut-il les haïr davantage? faut-il les plaindre? faut- il plutôt leur pardonner ? Et lui , cet homme étrange ,

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qui, flil-ii , n' cal pas de nos religions! qucllf est donc la sienne, à lui ? quelle est donc cette xeligion ignorée qui lui impose une vie si généreuse et si bien faisan le ? qui le rend si bon , qui le fait chérir et bénir de tous? A quelle i^ource inconnue a-t-il donc puisé ces principes d'une charité si intelligente et si élevée ? Kl pourtant on dit qu'il n'a rien respecté de ce ((ui élait saint et sacré aux yeu\ des hommes, (ju'il Fa foulé aux pieds et méprisé... Et cela est... car son amour d'aujourd'hui est criminel... et autrefois il a été bien plus icrriblemcnt coupable encore... je le crois ; car de même que la lueur de la foudre fait quelquefois entrevoir toute l'immensité d'un abîme, de même aussi, à ce moment terrible où il tremblait de perdre cette femme... j'ai un instant pu pénétrer les profondeurs de son ànie, et j'ai pâli de terreur... Et pourtant la noblesse de ses sentiments ne s'est jamais démentie. 0 mon Dieu ! que tes vues sont impénétrables! répétais-je plus indécis que jamais, en m' humiliant toujours devant les mystérieux desseins de la Divinité, car bientôt je devais avoir une terrihhpreuve que sa formidable justice sait atteindre inexorablement les coupables.

Hélas! monsieur, mon récit approche de sa

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lin , et cette fin est épouvantable... Celait , il y a trois mois , un soir ; je causais avec ma sœur d'un fait qui me semblait très-inquiétant : deu\ paysans assuraient avoir vu un vieillard à cbeveux blancs et à sourcils noirs , au teint cuivré, mais d'une vigueur rare pour son âge , escalader le mur du parc de la maison du comte ; puis, que peu de temps après ils avaient entendu deux coups de feu. Je me disposais à aller m'informer moi-mùme de ce qui en était, lorsqu'on vint me cberclier à la bâte pour me rendre cbez le comte. Ab! monsieur, jugez de ma terreur!... je trouvai lui et elle, cbacun percé d'une balle... Un des deux coups de feu avait aussi atteint leur pauvre petit enfant, qui était mort et paraissait endormi dans son berceau.

Le comte n'avait pas deux minutes à vivre ; ses derniers mots furent ceux-ci : ;. Marie vous dira tout... Donnez-lui vos soins... :? Puis , il se retourna vers elle et dit : - Adieu... Marie !... bêlas !... c'est pour toujours !... Ab ! c'est ma laute î SI JE VOLS avais crue... polrt.axt ! ! ! ;> Et il mourut.

Elle lui survécut à peine d'un quart d'heure ; et avant d'expirer, elle me confia le secret de cette terrible aventure, afin d'éclairer la justice

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l't (l'oni])(Mlirr (rarcuser ou (rinquirlor des inuorenls.

En un mot, ainsi que vous Tavez ])Out-èli'o déjà pénélré , monsieur, le vieillard était le mari de cette infortunée : usant du terrible droit que lui donne la loi, trouvant sa fennue et le comte assis près du berceau de leur (ils , il les avait tirés tous deux à bout portant ; une balle avait du même coup tué la mère et le malbeureux enfant...

— .Mais ce vieillard, qu est-il devenu? demandai-je au curé, dont la narration m'avait si douloureusement impressionné.

— JeTifjnore, monsieur; tout ce que j'ai su, c'est qu'un petit bâtiment génois, mouillé depuis liuit jours proclie de la côte, à une lieue d'ici, avait, le soir même de ce triple meurtre, mis à la voile, v

On conçoit l'intérêt que lit naître en moi celte narration , et on comprendra peut-être aussi qu'instruit de ce terrible événement , je ne pus me résoudre à acquérir cette demeure , où devaient toujours vivre d'aussi affreux souvenirs , et qui alors me sembla maudite.

Je restai au presbytère jusqu'au moment où, le délai de la vente à l'amiable étant passé, celte lial)itation falale fat adjugée» à un négo-

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