‹ ArthurChapitre 2 sur 89 · LA ROUTE DE POSTE · texte numérisé non relu

LA ROUTE DE POSTE

Un hasard étrange mit ce journal en ma possession. Etabli durant quelques mois dans une ville centrale d'un de nos départements du Midi, dont le littoral est baigné par la Méditerranée, je cherchais à acquérir une propriété dans ce pays, merveilleusement pittoresque et accidenté ; j'avais déjà examiné plusieurs terres, lorsqu'un jour, le notaire qui me donnait les renseignements nécessaires à cette exploration me dit : " Je viens de recevoir avis qu'à huit lieues d'ici, dans la plus belle position du monde, ni trop près ni trop loin de la mer, il y a un biex

s AKTHin.

UE c.^Mi'AGXK à vendre. Je ne sais pas ce ({iic cest; mais si vous désirez le voir, monsieur, voici les indications précises à ce sujet : c'est avec le curé du village de *** que vous aurez à traiter.

— Comment ! — lui dis-je, — avec le curé ? — Mais ce n'est pas sans doute un presbytère qui est à vendre, j'imagine?

— Je n'en sais rien , — me dit Thounne de loi; — mais, d'après le prix assez élevé qu'on demande, je ne pense pas que ce soit un presbytère... Du reste, — ajouta-t-il d'un air fin et entendu, — il paraît qu'il y aura mille moyens de s'arranger à l'amiable et avantageusement; car c'est une vente par suite de départ précipité ou de mort subite, je ne sais pas au juste... d'autant plus qu'il a couru des bruits si absurdes et si bétes à ce sujet, que je craindrais de tomber dans un roman ridicule en vous entretenant de ces billevesées ; mais ce qu'il y a de sûr, monsieur, c'est que ces occasions-là sont toujours les meilleures, d'autant plus qu'on a fait, me dit mon correspondant, des folies... de véritables folies dans cette propriété.

— Ln départ précipité! une mort subite!... Et qui donc habitait ce lieu? — lui demandai-je.

LA HOITE l>K l'OSTE. !i

• — Je n en sais rien, absolument rien... Mon correspondant ne m'en a pas appris plus long... et c'est par le plus grand hasard du monde qu'il a eu vent de cette bonne affaire; car sur cent personnes du département, il n'y en a pas dix qui connaissent le village de ***. "

Je ne sais pourquoi ces renseignements , bien que fort vagues, piquèrent ma curiosité; je me décidai à partir sur-le-champ, et j'envoyai commander des chevaux.

(i Oh! — me dit le notaire, — je ne vous conseille pas de vous engager en voiture dans ces chemins-là... la poste y mène bien, mais le relais le plus proche de *** en est encore éloigné de cinq lieues, et pour y arriver, on dit que ce sont de vraies sablonnières de traverse, dont vous aurez mille peines à vous arracher ; si vous m'en croyez, monsieur, vous irez là à cheval. "

Je crus le garde-note ; je lis mettre un portemanteau sur une selle de courrier, et, précédé d'un postillon, je partis pour le village de ***, distant de huit lieues de la ville où je me trouvais.

Je lis mes trois premières heues en une heure, je changeai de chevaux au relais, et j'entrai en pleine traverse.

Celait vers le nnliou du mois de mai, par une matinée délicieuse, rafraîchie par une faible brise du nord; ces routes mouvantes, remplies d'un sable jaune comme de F ocre, quoique détestables pour les voitures, qui s'y enfonçaient jusqu'aux moyeux, étaient assez ])onnes pour les chevaux. Plus je m'avançais dans l'intérieur de ce pays inculte et sauvage, plus la nature se développait large et majestueuse, bien qu'un peu monotone : devant moi, d'immenses plaines de bruyères roses; à l'horizon, de hautes montagnes bleuâtres; à gauche, de nombreuses collines couvertes de bois ; et à droite, un continuel rideau de verdure, formé par les saules et les peupliers qui bordaicnit une rivière très-basse et très-limpide , partout guéable, mais fort rapide, et qu'il falhiit plusieurs fois traverser, car elle coupait cà et là le cliemin, qui tantôt s'encaissait entre de liants escarpements couverts d'aubépines, de mûriers, et de rosiers sauvages, et tantôt, au contraire, sortait de ces cavées, pour remonter en plaine, droit et uni comme un jeu de mail.

(c Ks-tu déjà allé à***? — demandai-je à mon guide, dont la figure mâle, la tenue nette et propre, la démarche aisée sentaient fort hnir cavalier libéré du service militaire; j'avais d'ail-

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