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pour lui d'une affection si dévouée, si fdiale, que celte espèce de sentiment tout fraternel n'avait pu changer.
Hélène avait trois ans de moins que moi : elle était blonde et pâle : son abord était bienveillant mais froid, et ses grands yeux bleus, son nez aquilin , son large et beau front , souvent penché, lui donnaient à la fois un air imposant et mélancolique ; enfant, elle avait toujours été pensive : c'était un caractère silencieux et concentré, indifférent aux joies et aux plaisirs de son âge ; toujours très-sédentaire, très-nonchalante ; elle riait fort peu et rêvait souvent; ses sourcils d'un blond cendré plus foncé que ses magniliques cheveux , étaient abondants et peut-être trop accusés ; son pied charmant, et sa main un peu longue, d'une beauté antique ; sa taille élevée , souple et mince, était d'une perfection remarquable, mais elle se tenait très-mal, et par indolence courbait presque toujours ses blanches et rondes épaules, malgré les continuelles remontrances de sa mère.
Quant à son esprit, il ne m'avait jusqu'alors jamais frappé; elle s'était montrée remplie de prévenances et de délicatesse dans l'affection qu'elle avait témoignée à mon père, et, je l'ai
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(lil, elle (loinnirail ;i\(t moi sur un pirri loul IValcrncl.
("t'iail riifiu une arfccluoiiso ol Iciidro nalurc, cliariluble et hionv cillante à tous, mais devenant d'une fierté ombrageuse et d'une suseeptibililé extrême dès quelle pouvait soupçonner qu on pensait à faire la moindre allusion à sa pauvreté.
Je me souviens toujours qn' avant la mort de mon père, Hélène nf avait bien longtemps et Irès-sérieu sèment boudé , parce que j'avais élourdiment et sottement dit devant elle : que les jeunes personnes sans fortune étaient presque toujours mallieureusement dévolues dès leur naissance à de vieux goutteux, qui, las du monde, cbercliaient une pauvre jeune fdle bien née qui voulût se résigner à partager leur hargneuse solitude.
La mère d'Hélène, sœur de mon père, était nue fennne faible, insouciante, mais pai'Cailement bonne, spirituelle ci remarquablement (bstinguée. — Son mari, longtemps diargé de liantes fonctions di[)lomatiques , très-prodigue, très-joueur, aimant le faste, le grand lu\e, i-eprésentant sa cour le plus noblement et le plus somptueusement du monde, avait presque entièrement dissipé sa fortune et celle de sa
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l'cumic ; aussi celle dernière deiiieurail-elie , sinon sans biens , du moins dans une aisance Jionorable, mais médiocre.
De ma vie je n'avais songé à la disproportion de fortune qui existait entre Hélène et moi : lorsque sa beauté me frappa, je n'y pensai pas davantage, car je crois qu'un des traits saillants de la jeunesse, qui se trouve riche sans labeur , est de colorer pour ainsi dire tout et tous des reflets de son prisme d'or.
Du moment où j'avais remarqué qu'Hélène était belle, sans me rendre compte des sentiments que j'éprouvais peut-être déjà à mon insu, je devins tout autre ; j'abrégeai mes promenades à cheval, je mis plus de recherche dans ma toilette, et je fus souvent honteux en me rappelant mes négligés trop fraternels d'autrefois.
Ma tante avait une femme de ses amies , veuve aussi, et mère d'une fille de fàge d'Hélène, qui lui donnait les plus cruelles inquiétudes, sa poitrine étant gravement attaquée. J'entendis ma tante parler de cette amie, et devinant par instinct qu'il est plus facile de s'isoler au milieu du monde que dans la solitude, j'engageai ma tante à prier celle amie de venir avec sa iille habiter quelque temps à
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Serval, dont l'air était crime cxcollonlr pureté; ma tante accepta avec joie, et bientôt madame de Verteuil et sa fille, pauvre enfant de dixhuit ans, peu jolie, mais ayant un air de souffrance si résignée qu'elle intéressait profondément, arrivèrent au château.