‹ ArthurChapitre 20 sur 89 · ART H LU · texte numérisé non relu

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profond abattement se colorer de ces premières lueurs de personnalité, je frémis et je me rappelai ces mots terribles de mon père mourant : u ï'oKs clcs généreux et bon, vous m'aimez tcndremcnl, et cependant, plus ou moins de temps après ma mort, vous en viendrez à me moins regretter, puis à vous consoler absolument, et à m'ouhlier tout àfait.-»

On raconte plusieurs exemples de gens auxquels on avait prédit une fm tragique cl prématurée, et qui, poussés par une inexplicable fatalité, se chargeaient eux-mêmes de réaliser ces fatales prédictions. 11 en est, je crois, de même de certaines idées que vous pressentez quoiqu'elles vous soient odieuses, contre lesquelles vous vous débattez en vain, et auxquelles vous finissez pourtant par obéir; il en fut ainsi de la prédiction de mon père : je la combattis longtemps et j'y cédai.

Mais celle lutte fut cerlainemenl un des plus douloureux instants de ma vie ; reconnaître peu à peu l'effroyable vanité de nos regrets, se cruellement convaincre de cette formidable vulgarité : — que les sentiments les plus profondément enracinés dans le conir par la nature s'éteignent, se flétrissent, meurent et s'effacent sous le souffle glacé du temps : — de telles

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pc'iiSL'cs enfin no doivent-elles pas déchirer l'àme? aussi je maudissais, mais en vain, mon ingratitude

C'était pendant le mois de janvier, car j'avais passé riiivcr à Serval avec ma tante et Hélène. Tous les matins je montais à cheval, et j'allais me promener dans la foret pendant trois ou quatre heures ; ce temps gris, sombre et brumeux me plaisait ; ces immenses allées, couvertes de neige ou semées de feuilles mortes que le vent enlevait en tourbillons rapides , avaient un aspect triste qui cadrait avec mes pensées. Laissant flotter les rênes sur le cou de mon cheval, j'allais ainsi machinalement, songeant à peine à l'avenir, à la direction que je voulais suivre , ne faisant aucun projet, car j'étais encore trop étourdi de la position où je me trouvais. J'avais si longtemps vécu sous l'entière dépendance de mon père, n'ayant de volonté que la sienne, de projets que les siens; en voyage même, cette volonté, représentée par celle de mon précepteur, m'avait toujours si incessamment suivi, que l'absolue et entière liberté où je me trouvais, m'accablait, je le répèle, et m'effrayait à la fois.

Après mes longues promenades, je rentrais,

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je trouvais HèU-iie et sa mère quim'atlejidaienl; nous causions de mon père, et ma tante m'engageait à surmouler la répugnance que j'avais à m' occuper de mes affaires; mais ces détails me rappelaient trop cruellement les entretiens que j'avais eus avec mon père h ce sujet : je ne pus m'y résoudre encore, et je chargeai mon précepteur de ces soins.

Trois mois après , mes angoisses avaient beaucoup perdu de leur amertume ; je commençai pour ainsi dire à me reconnaître et à regarder autour de moi; mes idées devinrent plus nettes, plus arrêtées sur la manière dont je devais user de ma liberté. Cette liberté m'inquiétait encore , mais ne m'épouvantait plus.

La direction de la pensée n'échappe pas toujours aux mfluences extérieures et purement physiques ; je l'éprouvai alors. Le printenq)s approciiait, et on eût dit qu'avec le noir hiver devait passer la première àcreté de ma douleur-, et que mes vagues projets, mes douces espérances d'avenir, devaient naître avec la riante feuillaison de mai.

Xous étions vers le milieu d'avril; depuis la mort de mon père, je n'avais pu me résoudre à aller au cimetière du village, où s'élevait le

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monuiiiont ruiuMuiro de noire famille, lanl je redoulais la cruelle impression que je devais ressenlir; un jour je maudissais ma faiblesse, lorsque Hélène ine dit : u Ayez donc plus de courage, Arthur; venez, je vous accompagnerai. 1'

La mère d'Hélène étant soutlVante ne put venir avec nous : nous y allâmes seuls.

-Mon émotion était si violente, que je tremblais; je pouvais à peine me soutenir. Hélène, peut-être aussi émue que moi, le paraissait moins ; aussi en arrivant sous le péristyle du tombeau, je m'évanouis...

Quand je repris mes sens, je vis Hélène agenouillée près de moi ; je sentis ses larmes m' inonder les joues ; car de ses deux mains elle soutenait ma tête. Pour la première feis, enfui , chose étrange ! malgré la sainteté du lieu, malgré les déchirantes pensées qui me devaient accabler, pour la première fois je fus frappé de la beauté d'Hélène... Puis celte sensation passa rapide comme un songe; je revins à des idées d'une profonde tristesse, je pleurai beaucoup, et nous reiinmes au château.

Depuis, j'allais avec Hélène presque chaque jour au cimetière; au lieu d'une douleur Acre et aiguë, je ressentis peu à peu une mélancolie

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douce, qui n'était pas sans une sorte de charme... Je me reconnus d'abord avec joie une ineffable gratitude pour la mémoire de mon père, et je le bénissais pieusement et avec admiration de m'avoir pu toujours témoigner une affection aussi profonde , et surtout aussi prévoyante, malgré les terribles convictions qu'il avait sur l'oubli où on laissait ceux qui n'étaient plus.

Sortant de ma première stupeur, je commençai enfin à apprécier la grande position qu'il m'avait faite : c'était pour lui en avoir sans doute une éternelle reconnaissance ; mais, enfin, en comprenant cette position dans toute sa splendeur, je frémissais quelquefois, tremblant qu'au fond de ce vif sentiment il n'y eût de ma part une affreuse réaction de satisfaction égoïste.

J'ai dit que j'étais demeuré longtemps sans remarquer la beauté d'Hélène : bien que cela doive sembler singulier, on le concevra, en songeant que jusqu'à ce moment elle avait été pour moi une sœur ; lorsque je la quittai pour voyager , elle était au couvent , et presque enfant ; puis, pendant les derniers mois de la vie de mon père, j'avais été si cruellement préoccupé de ses douleurs, et Hélène s'était montrée

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