ni H
<jirHrl('iio, ouvrant ses grands yeux ôlonnrs, ne nir coni[)ri( pas; aussi, après un momonl Hc silcnco, cllo ajouta en soupirant : a Arthur, ma more m'a tout dit.
— Fih bien! '; lui répondis-jc avec indilTérence... Puis, fermant le collet de son manteau, j'ajoutai : u Preiu'z garde, le brouillard est humide et pénétrant... vous pourriez avoir Iroid. "
La pauvre enfant croyait rêver : .. Comment! Eh hien! — reprit-elle en joignant les mains avec slupéfaclion, — vous ne trouvez pas cela horrible, inAime ?
— Qu'importe? puisque cela est faux, — repris-jc sans sourciller.
— Qu'importe!... (lomment! il n'importe pas que celle qui portera votre nom soit déshonorée avant d'être votre femme? »
A ces mots d'Hélène, qui me parurent le comble de l'effronterie et la preuve flagrante de la vérité de mes soupçons, un incroyable besoin de vengeance me souleva le cœur, tous mes scrupules disparurent, et aujourd'hui je bénis le hasard qui a retenu sur mes lèvres les horribles mots qui me vinrent à l'esprit. Heureusement pour moi, je voulus être ironique, et je me contins.
LE l'A V 1LL(J.\. 1311
HôlÎMic, — lui clis-jc, — iiolro convtTsalioji doit cire grave et sérieuse : veuillez m'écouter. Vous qui êtes la candeur, la franchise et le désintéressement personnifiés, — ajoutai-je avec un accent de misérable insolence qui ne put la frapper, tant sa conscience la mettait au-dessus de tout soupçon, — répondez-moi, je vous prie, avec une entière loyauté : notre avenir à tous deux en dépend. -
Selon cet instinct du cœur qui trompe rarement , Hélène pressentit quelque perfidie , car elle s'écria avec angoisse : — Tenez, Arthur, il se passe en vous quelque chose d'extraordinaire ; je ne vous ai jamais vu cet aspect glacial et dur; vous me faites peur! Au nom du ciel, que vous ai-je fait ?
— Vous ne m'avez rien fait; mais puisque vous porterez mon nom, puisque vous serez ma femme, et je vous sais un gré infini de cette
confiance dans l'avenir, qui nous fait lionneur à tous deux, — continuai-je avec un sourir qui Teflrayait, — il faut que vous répondiez à mes demandes.
— De quel air, mon Dieu, vous me dites cela, Arthur! Je ne comprends pas... qu'est-ce que cela signifie?... à quoi faut-il que je réponde ?
I4U AHTHLR.
— HôH'iio , lorsque la premicrc l'ois ma présence ou mon avenir vous a impressionnée, lorsqu enfin vous m'avez aimé, quel a èlê voire but?
— .Mon but!... quel but? encore une fois je ne vous comprends pas, — dit-elle en secouant la tête; puis elle ajouta, confondue d'êtonnement : — Tenez, Artbur, vous me torlurez cà coups d'épingles; au nom de voire mère, expliquez-vous francbement ; que voulezvous de moi ? que signifient toutes ces questions ?
— Eh bien! tenez, je vais vous égaler en franchise, en grandeur et en pureté de vues ; je vais, comme vous, me laisser aller à toute la soudaineté de mes impressions, sans la moindre arrière-pensée, sans le moindre calcul; et comme il est hors de doute que vous serez ma femme, et qu'à cette heure charmante nous pouvons, nous devons tout nous confier, je vous dirai comment et pourquoi je vous ai aimée, mais avant j'exige de vous la même confidence... Cela va être un mutuel échange d'aveux généreux et tendres dont mon pauvre cœur se fait une joie extrême, ne trouvez-vous pas ? — dis-jc avec cet air ironique, froid et cruel qui faisait un mal horrible à la malheureuse en-
faut, bien quVlle no put tlovinor les misérables allusions dont je flétrissais son pur et noble amour.
Maintenant que je réfléehis de sang-froid à cette scène, j'ai peur de songer à ce que devait soufiVir Hélène en m' entendant ainsi lui parler pour la première fois ; je la vois encore pâle , tremblante de froid et d'inquiétude au milieu de ce pavillon meublé de bois rustique dont les fenêtres ouvertes laissaient voir un brouillard épais ; je rougis de honte en songeant que c'était pour ainsi dire devant un ennemi prévenu , défiant et décidé à tout interpréter méchamment, qu'elle allait, au milieu des larmes, nie dévoiler ses tendres et chastes pensées qui précèdent l'aveu; ces trésors ignorés de l'amant qui lui révèlent des joies, des terreurs, des angoisses qu'il ne soupçonne pas, et qu'il a pourtant causées.
Enfin, Hélène, surmontant son agitation, me dit : — u Arthur, je ne conçois rien à ce qui se passe en vous ; vous voulez que je vous dise comment je vous ai aimé, — ajouta-t-elle les yeux baignés de larmes... — cela est bien simple... Mon Dieu! étant enfant, j'entendais ma mère sans cesse parler de vous, de la solitude dans laquelle votre père vou.s faisait vivre,
\ii .\KTHrR.
loin (les dislraclioiis tic volro àf{e, sans amis , |)res(jut' Ions les jours octnipé (réludes sêrit'usps, et pr('S(|ue privé des distractions et des plaisii's de voire âge. La première impression que j'éprouvai, en songeant à vous, l'ut donc de vous croire mallieureux, et de vous plaindre... car je jugeais de ce qui devait vous manquer par ce que je possédais : j'avais des compagnes que j'aimais ; ma mère , toujours hoime et tendre, allait au-devant de mes joies enfantines. Enfin, sans savoir pourquoi, j'avais quelquefois honte de me trouver si heureuse tandis que vous meniez une vie qui me paraissait si malheureuse et si isolée ; c'est de là, je crois, que naquit chez moi une espèce d'éloignemenl pour les jeux de mon enfance ; je me les reprochais, parce que je vous en savais privé; en un mot, je vous le répèle, Arthur, c'est paicc que vous me semhliez très à plaindre qu'enfant je m'intéressais autant à vous. Plus tard, quand vous partîtes pour vos premiers voyages , ce furent vos dangers que je m'exagérais sans doute, (pii, me faisant tremhler pour vous, redouhlèrent mon affection... (]e fut alors, connue Sophie vous l'a dit, qu'au couvent j'avais fcnfantillage de fêler votre léte, et que chaque jour je priais Dieu pour votre sûreté... Plus
lard cncoro, lorsque votro pauvre mèro mourut... il me sembla que les derniers liens qui restassent à serrer entre nous le fussent par cette horrible perte ; car de ce moment vous me parûtes entièrement isolé, malheureux, et privé de la seule personne en qui vous eussiez jamais eu contîance... Ce fut à cette époque que nous vînmes ici... habiter avec votre père. Ma mère me disait souvent : u que bien que Irès-bon pour vous... votre père était froid et sévère... )? En effet, il me paraissait si grave, si triste , vous me semblicz toujours si craintif en sa présence et si chagrin , si sombre après les conversations que vous aviez avec lui le matin , que je vous plaignais plus amèrement encore, et que mon amour pour vous s'augmentait de touîes les amères souffrances que je vous supposais. Pourtant , tout en redoutant beaucoup votre j)ère, je ne pouvais m' empêcher de l'aimer; il souffrait tant!... et puis, en me montrant toujours attentive et prévenante pour lui , je pensais encore vous prouver mon amour... Enfin, Arthur, quand vous avez eu la douleur de le perdre , vous voyant seul au monde, il m'a semblé que désormais mon sort était lié au vôtre, que le destin de toute ma vie avait été et devrait être de vous aimer, de vous
lU ARTHIR.
rciulre liouroiix, quo vous n'aviez plus d'asile enliii que dans mon cœur. Vous ne m'aviez jamais dit que vous m'aimiez, mais il semblait que cela devait être... que cela ne pouvait être autrement, que ma vocation était de vous consacrer ma vie; aussi... chaque jour, j'attendais confiante un aveu de votre part ; et lorsque désespérée de ne pas entendre cet aveu, je vous dis malgré moi : a Allez, vous n aimez rien... vmts ne serez jamais heureux!... » c'est qu'il me semblait en effet que vons deviez être toujours malheureux... si vous ne m'aimiez pas... moi qui vous aimais tant ! moi qui me croyais si utile à voire bonheur!,.. Depuis ce jour, vous m'avez avoué que vous m'ainn'ez; j'en ai été bien heureuse... bien profondément heureuse; mais cela ne m'a pas étonnée. Hier, ma mère m'a causé nn violent chagrin en me disant toutes ces affreuses calomnies. Xe vous voyant pas, j'ai cru que vous partagiez ma peine à ce sujet... \ oilâ tout ce que j'avais à vous dire, Arthur, voilà comme je vous ai aimé, voilà comme je vous aime ; mais, par pitié, ne me tourmentez pas ainsi, redeveuez ce que vous étiez pour moi!... Pourquoi ce changement? encore une fois, que vous ai-je fait?" Pendant qu'Hélène s'exprimait avec une sim-