‹ ArthurChapitre 34 sur 89 · LE COM'KAT · texte numérisé non relu

LE COM'KAT

croyez pas cela... Dans une circonstance aussi solennelle je ne dois ni ne veux vous tromper... la blessure est incura])le ; jamais... jamais je n'oublierai qu'un jour vous m'avez soupçonnée d'être vile.

— Si! si! vous l'oublierez, Hélène! et pour moi, qui entends les prévisions de mon cœur, l'avenir me répond du passé.

— Jamais je ne n'oublierai, je vous le répète, — dit Hélène avec sa fermeté Iiabituelle. — Ainsi, songez-y bien, il en est temps... rien ne vous lie... que l'honneur... vous pouvez me refuser ce que je vous demande à cette heure ; jnais ne croyez pas que je change jamais... Je vous le répète, pour rétcrnité de cette vie... mon cœur sera séparé du vôtre par un abîme.

— Croyez-le... croyez-le, — dis-je à Hélène ; car je me sentais rassuré par toutes les présomptions de ma tendresse. — Croyez cela ! que m'importe! mais votre main... mais le droit de vous faire oublier les chagrins que je vous ai causés, voilà ce que je veux, voilà ce que j'accepte, voilà ce que je vous demande à genoux...

— Vous le voulez? — me dit Hélène en attachant sur moi un regard pénétrant, et semblant éprouver un moment d'indécision.

lôG AUTHIK.

— Je I implore de VOUS eomuiein«>n honlieiir cleniel , coiiiiiie riiciii-eiix destin de ma vie... Kiiliii , — lui dis-je les yeux baignés de hiinies... — je Timplore devons avec aulaiil de re!if][ieuse ardeur ({ue si je demandais à Dieu... la vie de ma mère.

— Ce sera donc , je vous accorde ma main , — dit Hélène en détournant les yeuv alin de cacher Témotion qui la surprit ])onr la première fois depuis notre entretien.

.rétais le plus heureux des hommes... Je connaissais trop Tombrar^euse susceptibilité d'Hélène pour ne mV-tre pas attendu à ces reproches ; son cœur avait été si cruellement frappé, que la plaie devait être encore longtemps vive et saignante ; je sentais qu'il fallait peut-éire des jours, des années de soins tendres et délicats pour cicatriser cette blessure; mais je me sentais si certain de mon amour, si heureux de l'avenir, que je ne doutais pas de réussir, \oble et loyale comme je connaissais Hélène, sa promesse même me prouvait qu'elle ressentait sans doule encore de la colère, mais qu'elle m'eslimnil toujours; qu'elle avait lu dans mon cœur, et qu'elle élait persuadée, à son insu, qu'en exprimant l'affreuse pensée qui l'avait si affreu-

>eiuonl hlessiM^, je n'avais ôté qiio l\''(ho iinoloiitaiic (les maximes désolanlcs de mon ptTe.

\ous parlimes bientôt pour la ville de ***, où habitaient Hélène et sa mère.

\otre mariage, annoncé avec une sorte de solennité, fut fixé pour une époque très-rapprochée, car j'avais supplié Hélène de me permettre de hâter cet heureux moment , autant (jue le permettrait l'exigence des actes publics.

Mon cœur bondissait d'espoir et d'amour. Jamais Hélène ne me parut plus belle : son visage, ordinairement d'une expression douce et tendre, avait alors un air de fierté grare et mélancolique qui donnait à ses traits un calactère plein d'élévation ; je trouvais de la grandeur et une noble estime de soi dans cette détermination qui lui faisait alors braver, de toute

la conscience de son inaltérable pureté, mes doutes offensants, si indignes d'ailleurs d'être un instant comptés par cette àme loyale. Ainsi je me laissais entraîner aux projets de bonheur les plus riants. Je me trouvais presque heureux de la froideur qu'Hélène continuait de me témoigner, car je voyais encore là les instincts des es|)ril'^ généreux, qui souffrent d'autant

l.>8 ARTHIR.

plus vil cmont d'iiiio injiiiT, qu'ils soni d'uiu sensibilité plus exquise.

La cruelle indécision qui m'avait tantedrayé sur mon avenir s'était changée en une sorte de certitude paisible et sereine; tout à FJiorizon me paraissait radieux : c'était cette vie intérieure que j'avais d'abord rêvée, et pour ainsi dire expérimentée à Serval : une existence calme et contente ; et puis , le dirai-je ! chaque conquête que je devais faire sur les tristes ressentiments d'Hélène me ravissait : je pensais avec une ivresse indicible qu'il fallait pour ainsi dire recommencer à me faire aimer d'Hélène. Avec quelle joie je pensais à fermer peu à peu cette plaie funeste ! Je me sentais si riche de tendresse, de dévouement et d'amour, que j'étais sur de ramener peu à peu sur cet adorable visage sa première expression de bonté confiante et ingénue, de fixer à jamais sur ses lèvres charmantes leur ineffable sourire d'autrefois, au lieu du sérieux mépris qui les plissait encore... de voir ce regard dur et dédaigneux s'adoucir peu à peu... de méprisant devenir sévère, puis triste, puis mélancolique... bienveillant... tendre... et de lire enfin dans son riant azur ce mot béni : Pardmt !

Jusqu'aux moindres détails matériels des préparatifs de notre union , tout me ravissait ; je m'en oeeupais avec une joie d'enfant. \e voulant pas quitter Hélène, j'avais prié une amie de ma mère, femme d'un goût parfait, de m' envoyer de Paris tout ce qu'on peut imaginer d'élégant , de recherché , de magnifique , pour la corbeille d'Hélène.

Je me souviens que ce fut dans deux de mes voitures, que j'avais fait venir de Serval, que ces présents furent portés à Hélène, et offerts par mon intendant; j'avais mis un grand faste dans cette sorte de cérémonie : les deux voitures, gens et chevaux, en grand équipage de gala, allèrent ainsi respectueusement au pas jusqu'à la demeure d'Hélène, à la grande admiration de la ville de-^""^*.

Lorsque ces merveilles de goût et de somptuosité furent déposées dans le salon de ma tante et qu'Hélène y parut, le cœur me battait de joie et d'angoisse en épiant son premier regard à la vue de ces présents.

Ce regard fut indifférent, distrait et presque ironique.

Cela me fit d'abord un mal horrible, une larme me vint aux yeux : j'avais mis, hélas î tant d'amour, tant de soins â ces préparatifs !...

HiO AUTHIR.

l'iiis l)irnlôl je vins li penser que rien n'êlail |)lus nalurel et plus conséquent au caractère (l'Hélène, que sa froideur dédaigneuse pour ce luxe. Avec T arrière-pensée que je lui avais si indignement prêtée, pouvait-elle me savoir gré de ce faste éclatant?

Vint enfin le jour de signer le contrat. En province c'est une solennité, et un assez grand nombre de personnes se rendirent chez ma tante pour assister à cet acte.

Hélène était à sa toilette, on Tattendit quelque temps dans le salon de ma tante; pendant que je supportais Tennui des plus sottes félicitations, le notaire vint me demander si rien n'était changé dans mes intentions au sujet du contrat , tant sa rédaction semblait étrange au garde -note; je répondis assez impatiemment que non.

Dans cet acte, dont je m'étais réservé le secret, je reconnaissais à Hélène la totalité de ma fortune. Ce qui seulement me surprit, ce fut la facilité d'Hélène à m' accorder le droit de faire à ma guise ces dispositions ; puis je l'attribuai, avec raison, à l'extrême répugnance (prelle devait avoir à s'occuper de toute afAiire d'intérêt.

Enfin Hélène parut dans le salon : elle était

LE CONTRAT. IGl

1111 peu pàlo , paraissait légèrement émue. Je la vois encore entrer, vêtue d'une robe blanche toute simple, avec une ceinture de soie bleue ; SCS magnifiques cheveux , tombant de chaque côté de ses joues en grosses boucles blondes , étaient simplement tordus derrière sa tète. Rien de plus enchanteur, de plus frais, de plus charmant que celte apparition, qui seml)la changer tout à coup l'aspect de ce salon.

Hélène s'assit à côte de sa mère, et je m'assis à côté d'Hélène.

Le notaire , placé près de nous , fit un geste pour recommander le silence, et commença la lecture du contrat.

Lorsqu'il en vint â 1" article qui assurait et reconnaissait à Hélène tous mes biens, le cœur me battait horriblement, et confus, presque lionteux, je baissais les yeux, craignant de rencontrer son regard.

Enfin cet article fut lu.

On connaissait la médiocrité de hi fortune de ma tante, aussi mon désintéressement l'ul-il aecueilii avec un murmure approbateur.

Alors je me hasardai de lever les yeux sur Hélène : je rencontrai son regard ; mais ce regard me fit frissonner, tant il me parut froid... dédaigneux... presque méchant.

Hi-2 .un H 111.

On acluna la lecture du contrai.

Au moment où le notaire se levait poui- \)vv~ senter la plume à Hélène afin de le sij^nrr , Hélène se leva droite et imposante, et d'uiu \oix ferme dit ces mots :

.(Maintenant, je dois déclarer que, pour une cause qui n attaque en rien Tbonneur de M. le comte Arthur, mon cousin, il m'est impossible de lui accorder ma main, v

Puis, s'adressant à moi, elle me remit une lettre en me disant : a Cette lettre vous expliquera le motif de ma conduite, monsieur, car nous ne devons jamais nous revoir. »

Et saluant avec une assurance modeste, elle 6C relira accompagnée de sa mère, qui partageait la stupéfaction générale.

Tout le monde sortit...

On pense l'éclat et le Lruit que Ht cette aventure dans la viJle et dans la province.

Je me trouvai seul dans le salon... j" étais anéanti.

Ce ne fut que (juel(|U('s moments après que je me décidai à lire la lettre d'Hélène.

LE liOMKAT. 163

Cviie lellre, que j'ai toujours conservée dc- ])uis , la voici.

Huit ans se sont écoulés ; j'ai passé par des émotions bien diverses et bien saisissantes ; mais j'éprouve encore un sentiment douloureux, une sorte d'ardeur vindicative, en lisant ces lignes si empreintes d'un incurable et écrasant mépris :

. Après les bruits calomnieux: qui avaient

• entacbé ma réputation , et que vous aviez " provoqués par la légèreté de votre conduite :■ envers moi , il me fallait une réparation pu-

• blique , éclatante : je l'ai obtenue... je suis satisfaite. En me voyant renoncer de mon

■ propre gré à cette union aussi avantageuse !' pour moi sous le rapport de la fortune , le : monde croira sans peine que ce mariage n'é-

• lait pas nécessaire à ma réhabilitation, puis-

• que je l'ai hautement repoussé.

• \ ous avez été bien aveugle, bien présomp-^ tueux ou bien étranger aux généreux ressentiments , puisque vous avez pu croire un instant que je ne vous ai pas à tout jamais et profondément méprisé , du moment où ' vous m'êtes apparu sous un jour aussi sordide , du moment où vous m'avez dit, à moi...

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