‹ ArthurChapitre 42 sur 89 · Ainiiiu · texte numérisé non relu

Ainiiiu

(laino (le Pcnàficl, au Ibiul do sa voiture, où elle s('iul)lail coucher, tout cnvcloppiV (l;nis un o^raïul cliàle de cachemire noir, complêlail celle apparence de hmgueur et d'insouciance.

Comme j'examinais hi physionomie de ma- (hime de Pënàtlel, (|ui, dans ce moment, seml)hiil répondre à peine à ce que lui disait M. de Cernay, je la vis tourner sa tète, d'un air disliail, du côté opposé à celui dîi était le comte. Alors son pâle visage semblant s'animer un peu, elle se pencha vers AI, de Cernay, pour le prier sans doute de lui nommer quelqu'un , qu'elle lui désigna du regard , avec un assez vif mouvement de curiosité.

Je suivis la direction des yeux de madame de Pënàiiel, et je visismaël... son cheval se cabrait avec impatience, et le renégat, excellent cavalier d'ailleurs, le montait à merveille. Les longues manches de son vêtement rouge et or flottaient au vent , son turban blanc faisait ressortir sa iigurc brune et caractérisée , il fronçait ses noirs sourcils en attaquant les flancs de son cheval du tranchant de ses étriers mauresques; en un mot, Ismaël était véritablement ainsi d'une beauté sauvage et puissante.

Je retournai la tëlc et je vis inadanu^ de

LES (ÎKXTLEMEX RIDERS. :>()'!

Pi-nùfiel, jusquo-lâ si iionrlialanto, suivre avec une sorte (F inquiétude les mouvements du renégat.

Tout à coup le cheval de ce dernier se dressa si brusquement sur ses jarrets qu'il faillit à ne pouvoir s'y soutenir et à se renverser.

Aussitôt madame de Pënàfiel se rejeta dans le fond de sa voiture en mettant sa main sur ses yeux.

Pourtant comme le cheval d'Ismaël ne se renversa pas, les traits de madame de P('nûfiel, un instant émus par la crainte , se rassérénèrent, et elle tomba dans son insouciance apparente.

Cette scène ne dura pas cinq minutes , et pourtant elle me frappa désagréablement ; sans doute , dans une autre circonstance , rien ne m'eût semblé plus simple que l'espèce de curiosité que madame de Pënàfiel avait d'abord témoignée en remarquant Ismaël , dont le costume pittoresque et éclatant devait attirer tous les regards ; sans doute rien de plus naturel aussi que la crainte quelle parut ressentir lorsque le cheval du renégat manqua de se renverser sur lui, mais ce qui me paraissait étrange, inexplicable, c'était ce témoignage de sensibilité envers un homme qu'elle ne connaissait pas, et

j|u .ARTHIR.

celle séclieresse de cœur qui la faisait venir assister à une lu Ile meurtrière douî le résultat pouvait couler la vie à un de ces deux jeunes gens qui T aimaient !

l ne fois le cheval dlsniaël calmé, madame de Pëiiàfiel avait, je Tai dit, repris au fond de sa voilure son attitude nonchalante et ennuyée; puis, saluant M. de Cernay d'un signe de tète, elle avait levé ses glaces, sans doute par crainte du froid qui devenait assez piquant.

A ce moment quelques cavaliers accoururent dans r allée qui servait de terrain de course en s'écriant :

— Ils sont partis !

Aussitôt M. de Cernay se rendit au poteau ; un murmure d'ardente curiosité circula dans l'assenihlée, on laissa un lihre espace devant la lerrihle harrière qui se dressait sur un sol dur et caillouté, tandis que deux chirurgiens mandés par précaution se tinrent près de cette civière lugubre , un des accessoires obligés de toute course.

Si l'on a été agité soi-même par les mille vanités de la possession, par l'amour excessif ({u'on porte à son cheval, j)ar l'orgueil de le \(»ir triompher, par la crainte ou par l'espoir de perdre ou de gagner un pari considérable.

LKS GENTLEMEN RIDER S. -211

on comprendra facllomont rinlt'iot pour ainsi diro lialelaiil qui altaclio toujours si vivement quelques spectateurs à une course de clievaux.

Mais dans cette circonstance tous les assistants semblaient avoir un intérêt immense et saisissant, tant le danger qu'allaient affronter ces deux gentlemen préoccupait tous les esprits; je me souviens même que , par une nuance de tact qui distingue encore et distinguera toujours la bonne compagnie, aucun pari n'avait été engagé entre les gens bien élevés qui assistaient à celte course, car son issue pouvait être si fatale qu'on eût craint de s'intéresser à autre chose qu'au sort de ces deux intrépides jeunes gens, qui étaient connus de tous.

On s'attendait donc à chaque instant à les voir paraître; toutes les lorgnettes étaient braquées sur l'allée du mille, car on ne pouvait encore rien distinguer clairement.

Enfin un cri général annonça qu'on voyait les deux jockeys.

Us parurent au point culminant de l'allée, courbés sur leur selle, arrivèrent sur la première haie... et la franchirent ensemble.

Puis ils. parcoururent d'une vitesse égale l'espace qui séparait la seconde haie de la première.

■2\2 AKTHIH.

0)1 vit (lo nouveau parailrp los deux lèlos des rlievaux au-dessus de la deuxième haie, puis les deux cavaruM's la passèrent royalement!... encore ensemble.

Celait une course magnilupie... les bravos retentirent, pourtant on était douloureusement oppressé.

A la troisième haie, M. de Merleuil eut l'avantage d'une longueur; mais après le saut, M. de Senneterre, regagnant sa distance, revint tète à tète, et Ton put voir les deux jockeys s'approcher de la dernière et terrible barrière arec une incroyable rapidité.

Je m'étais placé dans la contre-allée, quelques pas avant le but, afin de bien examiner les traits des deux rivaux.

Bientôt on entendit sourdement résonner le sol sous le branle précipité du galop... Rapides, .MM. de Senneterre et de Merteuil passèrent devant moi encore tète à tète ; à peine si la moiteur ternissait le vif reflet de la robe de leurs chevaux, qui, les naseaux ouverts et frémissants, allongés, la queue basse, les oreilles couchées, rasaient le sol avec une vitesse merveilleuse.

MM. de Merteuil et de Senneterre, pâles, coui'bés sur l'encolure, leurs mains nues, collées au garrot, serraient leurs chevaux entre

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