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pendant doux saisons, et les [{entlenien ridcrs qui les montent, le baron de Merleuil et le marquis de Senneterre, se sont acquis même parmi la fine fleur des habitues de Mclton * la plus grande réputation, car ils égalent, dit-on, en intrépidité notre fameux capitaine Beacher^ qui s'est cassé sou dernier bon membre (l' avantbras gauche) au.sleeple-chase de Saini-Albans, qui a eu lieu l'an dernier ; aussi faut-il une témérité aussi folle pour affronter un pareil danger. J'ai vu bien des courses, j'ai assisté à des chasses et à des steeples-chases en Irlande, où les murs remplacent les haies ; mais au moins les murailles n'ont que trois ou quatre pieds tout au plus; en un mot, de ma vie jamais je n'ai rien vu d'aussi effrayant que cette barrière ! » me dit sir Henri *** en se retournant encore vers la terrible barrière.
A chaque instant de nouvelles voilures arrivaient , et la foule des spectateurs augmentait encore. Cette foule était séparée en deux parties bien distinctes; les uns, et c'était l'innombrable majorité, entièrement étrangers aux
' Rendc7,-voos habituel des plus hardis chasseurs d.AnglnlciTe. ' Le capilainc Bcacher parlage celle rcpulation avec .M. le marquis de Glauricard , lord Jersey, M. Olhadiston el autres huuurables geiille-
LES GENTLEMEN HIUEIIS. iOi
i)ruils du monde et aux couditious de la course, ne voyaient dans cette lutte qu'une distraction, une manière de spectacle dont ils ne soupçonnaient pas le péril.
Le plus petit nombre, instruit du motif et du but caché qu'on prêtait à ce défi, tout en acceptant ou n'acceptant pas cette interprétation, coinj)renait du moins l'effroyable danger auquel cillaient s'exposer les deux gentlemen riders.
Mais il faut dire que tous les spectateurs, et principalement les derniers dont on a parlé, attendaient l'heure de la course avec une impatience que je partageais moi-même , et dont j'avais presque honte.
Mais bientôt la foule se porta vers le centre du rond-pomt.
C'étaient MM. de Senneterre et de Merteuil qui venaient de descendre de voiture, et allaient monter à cheval pour se rendre à l'endroit du départ.
M. de Merteuil paraissait à peine âgé do vingt-cinq ans, sa taille était d'une élégance et d'une grâce extrême, sa figure charmante; il paraissait calme et souriant , quoique un peu pâle ; il portait une casaque de soie, moitié noire et moitié blanche, et la toque pareille ; une eu-
iOi AHiHLK.
lotte de daim d'un jaune très-clair, cl des bottes à revers complétaient son coslume. Il montait Capta in-Morave.
Captam-Moravc , admirable cheval bai, était dans une si excellente condition, qu'on croyait voir circuler le sang dans ses veines déjà gonflées sous sa peau fine, soyeuse et brillante de mille reflets dorés; enfin on pouvait compter chacun de ses muscles vigoureux, tant sa chair, débarrassée de tout embonpoint superflu , paraissait nerveuse et ferme.
M. de Merteuil s'arrêta un instant au poteau du but pour causer avec M. de Gernay.
M. de Senneterre, dont le cheval plus froid sans doute, n'avait pas besoin du galop d'un quart de mille, que M. de Merteuil allait donner au sien en gagnant le point de dépari ; M. de Senneterre, pour aller rejoindre Bcvevleij, montait un charmant petit haque pie, trèsbizarrement marqué de noir et de blanc : sous la longue redingote de ce gentleman , on voyait sa casaque de soie pourpre; il était à peu près de la même taille que M. de Merteuil et aussi d'une figure très-agréable. Il s'approcha de son rival le sourire aux lèvres, et lui tendit la main ; celui-ci la serra avec la plus grande ou du mohis la plus apparente cordialité, ce qui
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nio parut une dissimulation du meilleur goût, dans les termes où ils étaient, dit-on.
Ces deux charmants jeunes gens excitaient un intérêt pénible et général , lant était grave le péril qu'ils allaient affronter avec une témérité si insouciante. En effet , à quoi que se voue l'intrépidité, elle se fait toujours admirer. Il me parut aussi qu'un homme à cheveux blancs, d'une physionomie remplie de dignité, s'approcha de M. de Morteuil, et lui lit sans doute quelques observations pressantes sur le danger de cetle course. Ces observations, accueillies avec la grâce la plus parfaite, demeurèrent pourtant sans effet, car en présence de celte foule si attentive .MAI. de Alerteuil et de Senneterre, quel que fut le véritable intérêt de leur défi , ne pouvaient malheureusement paraître reculer devant le péril.
Enfin il fallut se rendre au point du départ ; un ami do AI. de Cernay y alla avec AIAI. de Senneterre et de Alerleuil pour assister à leur pesage et donner le signal.
Aussi la curiosité devint d'autant plus haletante qu'elle avait l'espoir d'être bientôt satisfaite.
A ce moment, entendant une grande rumeur, je me retournai et je vis le malheureux
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AI. (lu IMiuirr, qui, sans cliapoau , 1rs chcvoux au \ ('n(, le corps renversé en arrière, les jambes convulsivement tendues en avant, se roidissait de toutes ses forces, continuant d'être emporté par son cheval, qui traversa le rond-j)oint comme une flèche et disparut bientôt dans une des allées contiguës , au milieu des huées des spectateurs.
A peine cet épisode bouffon était-il ainsi terminé, qu'un nouvel objet attira mon attention.
Je vis arriver lentement un très-beau coupé orange, au trot fier et cadencé de deux magnifiques chevaux noirs de la plus grande taille , et pourtant remplis de race et de ressort ; les armoiries et les contours d'argent des harnais étincelaient au soleil; et sur l'ample draperie bleue du siège de même couleur que les livrées à collets orange, je remarquai deux écus richement blasonnés en soie de couleur, surmontés d'une couronne de marquis brodée en or. Je jetais un regard curieux dans cette voiture, lorsque M. de Cernay, passant assez vite près de moi, me dit : a J'en étais sûr, voilà madame de Pènàfiel. C'est inftime! »
Et sans me donner le temps de lui répondre, il s'avança à cheval vers la portière de cette
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voilure , aiipW'S de laquelle se pressaient déjà plusieurs hommes de la eonnaissanee de madame de Pënàfiel. Elle me parut accueillir M. de Cernay avec une alTabililé un peu insouciante, et lui donna ]c bout de ses doigts à serrer. Le comte me semblait fort causant et fort gai.
Je jetais un nouveau coup d'œil dans la voi ■ turc, et je pus parfaitement voir madame de Pënàfiel.
A travers le demi-voile de blonde qui tombait de sa petite capote manve excessivement simple, j'aperçus un visage très -pâle, d'un ovale fin et régulier et d'une blancheur un peu mate; ses yeux très-grands, bien qu'à demi fermés , étaient d'un gris changeant, presque irisé, et ses sourcils prononcés se dessinaient noblement au-dessus de leur orbite; son front lisse, poli, assez saillant, était encadré de deux bandeaux de cheveux châtain très-clair à reflets dorés, ainsi qu'on en voit dans quelques portraits du Titien ; son nez, petit et bien fait, était peut-être trop droit ; sa bouche, un peu grande, était vermeille ; mais les lèvres étaient si minces et leurs coins si dédaigneusement abaissés qu'elles donnaient à cette jolie figure une expression à la fois ennuyée, sardonique et méprisante ; enfin la pose nonchalante de ma-