‹ ArthurChapitre 53 sur 89 · A R T H l II · texte numérisé non relu

A R T H l II

pordricz-voiis ? qu'y pcrdrais-jo ? Vous n'avoz pas plus l)osoin de moi que jo n'ai besoin de vous : el en disanl vous et moi ^ je personnifie, je généralise, quant à moi du moins, ces banales affeclions du monde auxquelles on donne le nom d'amitié.

— Je vous accorde qu'on puisse se passer de ces relations-là, ou plutôt qu'elles soient si faciles à rencontrer que, sur de les trouver toujours, on ne s'inquiète guère de les cliercber, — me dit M. de Cernay; — mais l'amitié vraie, profonde, dévouée?

— \isus et Euriale, Castor et Pollux? — lui dis-je.

— Oui ; direz-vous encore : Pourquoi faire, à propos de ces amitiés-là, si vous étiez assez heureux pour les rencontrer?

— Je dirais certainement : Pourquoi faire? toujours quant à moi... Car si je trouvais un \'isus, je ne me sens véritablement pas la force généreuse d'être Euriale , et je suis trop honnête homme pour accepter ce que je ne puis pas rendre. Enfin cette amitié si vive , si profonde que vous dites, alors même que je la trouverais, me serait fort inutile et même trèspesante au moment du bonheur, car je hais les confidences heureuses; elle ne pourrait donc

mV'li'c utile qu'au jour du luallicur? Or, il est matériellement et mathématiquement impossible que je sois jamais malheureux.

— Comment cela? — dit le comte de plus en plus ébahi.

— Par une raison fort simple. Ma santé est parfaite, mon nom et mes relations me mettent au niveau de tous, ma fortune est en terres, j'ai toujours deux années de revenus d'avance, je ne suis ni joueur ni préteur : comment voulez-vous donc que je sois jamais malheureux ?

- — Mais alors il n'y a donc pas à vos yeux d'autres malheurs que les douleurs physiques ou les embarras matériels ?... Et les peines de cœur? — médit le comte d'un air véritablement affligé.

A cela je répondis par un éclat de rire si franc que M. de Cernay en demeura tout étourdi; puis il reprit :

— Avec une telle façon de voir , il est évident qu'on n'a jamais besoin de personne... et tout ce que je puis vous dire... c'est que je vous plains fort. Mais pourtant , — ajouta-t-il presque impatiemment, — avouez que si demain je venais vous demander un service vous ne me le refuseriez pas, quand ça ne serait que

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