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à son î'ijard. Pourquoi rcloinbai-je alors , et à propos (le co projet de retraite, dans tous mes abominables rêves de méfiance ? .le ne sais, mais, hélas ! j'en subis la douloureuse obsession.
— liK! lois établie dans ma maisonnette, — continua madame de Pënàliel, — je reçois chaque jour mon frère; ce frère... c'est vous, car vous restez ostensiblement à Paris; seulement, de temps à autre, vous vous montrez à fOpéra, dans le monde; puis, quittant bien vite tous les brillants ennuis de votre élégance habituelle, vous venez modestement ici, chaque jour, passer de longues heures auprès de votre sœur bicii-aimée; toutes les heures eniiJi que vous laisseront vos apparitions mondaines. Kh bien! Arthur, que dites-vous de cette folie? n'est-cUe pas charmante? Oh! mon ami, si vous saviez la joie d'enfant que je me promets de celte existence si intimement partagée avec vous, de cette obscurité , de ce mystère , de ces longues promenades, de ces soirées passées loin d'un monde importun et jaloux , de ces journées toutes à nous et si diversement remplies! Car vous ne savez pas, Arthur, nous aurons là un salon où nous trouverons de quoi peindre et faire de la musique; là seront les livres (pie
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VOUS aimoz, cpu\ que j'afTectioiine. I/liabitalion est pptite, mais romniodo; le jardin trî-s-j^rand, Irt'S-onibrajTÔ, très-esseulé. \o(re maison, ne vous moquez pas trop de ces détails de mênanje, notre maison se composera de ma femme (le chambre, d'une seconde femme qu'elle prendra et d'un homme pour vous. D'avauce je me fais nne fètc de reconnaître, j'en suis sure, (ju'on peut être parfaitement heureux de la vie la plus médiocre, et déjuger par nous-mêmes de ces existences modestes dont nous autres riches ne soupçonnons pas même les conditions... en un mot , mon ami , tant que vous ne vous lasserez pas de cette solitude, mon intention est d'y vivre; et puis, c'est peut-être un enfantillage, mais cet isolement complet de Paris au milieu de Paris m'amuserait au possible, si notre bonheur m'en laissait le temps. D'ailleurs, mon projet ne peut réussir qu'à Paris, car, disparaissant tous deux, le monde aurait bien vite pénétré la vérité; tandis que, vous y restant, ses soupçons seront déroutés. Mais ce qui sera charmant, ce seront les commentaf*Ts sur mon absence, les mensonges de foutes sortes qu'on débitera, et suri' tit les pieuves à leur appui. Mon Dieu ! quand je pense li tout ce que vous entendrez dire, j'envie j)resqup \ofre place.
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Mais vous voyez que j'iiso larj^oment du droit que j'avais réclamé, do uo pas élio intcrroiujiiu' ; c'est qu'aussi on ne peut cesser de parler d'un bonheur qu'on attend, qu'on désire... oh! qu'oîi désire de toutes les forces de l'amour et de l'espérance, — ajouta Marguerite en me tendant la main d'un air radieux et épanoui.
Je l'avais à peine écoutée. — Ses projets, je le répète, venaient de réveiller en moi des souj)çons infâmes , si heureusement endormis pendant deux mois de souverain bonheur. Cette adoration pieuse et profonde pour la mémoire de son mari, qui avait dû m' expliquer la vie de Marguerite, ne me parut plus alors qu'une fable grossière dont je m'indignais d'avoir été un instant la dupe ridicule. — Je crus de nouveau et plus opiniâtrement que jamais à toutes les odieuses calomnies d'autrefois. Aussi, cruellement irrité d'avoir cédé à un élan de noble confiance, et un moment oublié ce que j'ap[>elais ma pénétration et ma sagacité, les ressentiments les plus détestables se soulevèrent dans mon cœur. ^- Partant eniin de cette supposition, que ce que Marguerite me proposait avec une grâce si charmante, elle Tavait pareillement proposé à d'autres, sans doute dans les mêmes termes et en feignnnt la même naïve et
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joyeuse espérance; ne troiunnl alors rien de plus révoltant que cette fausseté fijratuite, rien (le plus sot que mon rôle, si je paraissais croire à ce désir soudain de bonheur ignoré, que j'étais sensé éveiller dans le cœur de Marguerite, concentrant mon dépit haineux en une ironie glaciale, je répondis :
— Sans doute ce projet est du dernier joli , et cette idée de retraite mystérieuse au milieu de Paris me paraîtrait fort originale, si je ne savais que c'est une redite... Or, quant a moi, dans certaines circonstances , je les trouve insipides,
— Mon Dieu, avec quelle froideur vous accueillez ma proposition ! — me dit tristement Marguerite en s'apercevant enfin du changement de mes traits; — moi qui croyais vous voir partager ma joie î... moi si iieureuse, si profondément heureuse de cet avenir de ])(»i)~ heur et de mystère !
— Cette joie imperturbable prouve du moijis la fraîcheur toujours renaissante de vos sensations; sans cela, vous seriez, ce me semble, uri peu blasée sur cette espèce de bonheur et de mystère-là...
— Que voulez-vous dire?
— .Je veux dire que celte reiraile ne sera pas
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Innoin pour la proniioip fois de ces amours spcn-ls ri passionnrs dont je dois rire le lirros... il mon [ouv.
- Mil v('rit("', jp ne vous comprends pas, Arilnir; rxpliquez-vous... Tenoz, je ne sais pas pourquoi, mais vous me glacez...
— \ous voulez que je m'explique?... Kli i)ien ! S(!it. Se faire dire certaines choses qu'on sait à merveille est une fantaisie comme une autre, par exemple, comme celle d'éprouver successivement ses amants par la solitude... dernière épreuve après laquelle ils sont sans doute définitivement classés selon leurs mérites.
— Je vous dis que je ne vous comprends pas, Arthur; et pourtant votre regard froid et ironique me fait mal, il me rappelle ce jour affreux où... Mais dites, qu'avez-vous? Expli- (Muv-vous, mon Dieiiî expliquez-vous! que j)ouvez-vous me reprocher? Ce projet vous déplaît-il? j'y renonce, n'y pensons plus; mais, :ir;.nom du ciel, dites-moi ce que vous avez? \)où vient ce changement? Hier encore, ce matin, vous étiez si hon, si aimant... votre derjiière lettre... était si tendre.'!...
— Hier et ce matin enc<>n', j'étais un sol et Il II aveugle; je suis peut-être tout aussi sot à celte heure, mais au moins j'ai les yeux ouverts.
MEFIANCE. isr.
— Les yeux ouverts! — iV'pêla .Mnr,q[iinrile sans comprendre.
— Oiit'i»^ il ma dernière lellre, vous savez comme moi... mieux que moi, que, s'il est encore assez difficile de bien feindre la vcrilé dans la parole, dans le geste et dans l'accent, rien n'est plus facile et plus vulgaire que de mentir dans une phrase éindiêe, rêfléclii(> tout à l'aise... Ainsi lorsque je vous ai écrit cette dernière lettre... si tendre comme vous dites, je venais d'obtenir un rendez-vous de madame de \ *.
— Arthur, .Arthur! vous plaisantez cruellement! et, sans le vouloir, vous me faites bien du mal...
— Je ne plaisante pas, je vous jure ; je parle au contraire très-sérieusement, très en ami... afin que vous ne soyez pas plus dupe de ma lausselé... que je ne veux l'être de la vôtre.
— Dupe?... dupe de ma fausseté?
— Oui.
— Dupe de ma fausseté !... Quelle expression étrange dans votre bouche!... Et pourquoi seriez-vons ma dupe? Qu'est-ce que cela signifie? Mais c'est inexplicable... et à (piel propos, mon Dieu! me dites-vous cela?
— Je vous dis cela à propos de ce (jue vous
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savez mieux que moi : c'est que je ne suis pas le premier de vos nmants à qui vous ayez proposé celte divertissante pastorale de faubourg.
\Iar(]uerite joignit ses mains et les laissa tomber sur ses genoux en me regardant avec des yeux fixes et arrondis par la stupêfaclion et la douleur. Mais je continuai résolument, bien que le cœur me battit fort cl vile... et que le souvenir du dernier entretien que j'avais eu autrefois avec Hélène me traversât la pensée , brûlant et douloureux comme un Irait de feu :
— Voyez-vous, ma chère, au milieu des distractions du monde, on peut assez convenablement remplir son office d'amant, et ignorer de bonne grâce les anlécédrnts de cœur de l'objet aimé ; rien de plus ridicule , d'ailleurs , que cette inquiétude du passé; car vous appartientil? L'avenir reste, et le diable sait ce qu'il nous réserve. .Mais pour remplir avec quelque supériorité ce rôle d'amant sans aïeux... dans celle mystérieuse idylle qui a pour spectatrices habituelles vous et votre femme de chambre; mais pour jouer au moins comme les autres à une maisonnette et son cœur! il faut être meilleur ou plus mauvais comédien que je ne le suis. D'honneur, ma chère Marguerite, je craindrais trop de paraître inférieur à mesnombreuv de-
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vancicrs, el \o liens à vous laisser la bonne opinion que vous avez de moi.
— Ah! mon Dieu... je fais là un rrve affreux, el je souffre beaucoup... — dit-elle en portant ses mains tremblantes à son front.
Mes artères battaient à se rompre; j'avais par instant la conscience de causer un terrible chagrin à cette malheureuse iemme, en flétrissant avec une ironie si grossière et si insolente l'avenir enchanteur qu'avait rèvê son amour. Je me figurais en frémissant ce qu'eUe devait souffrir si véritablement j'avais été sa première affection depuis la mort de son mari... AFais ma défiance ombrageuse, encore exallée par les souvenirs de tant de bruits odieux répandus sur -Marguerite, el surtout ma crainte d'être dujie , étouffant ces lueurs de raison, je ne trouvai pas d'expression assez méprisante pour insulter à ce que j'appelais fimplacable fausseté de cette femme.
Bientôt elle fondit en larmes.
Elle ne s'indigne pas de mes soupçons! eUe supporte de pareilles brutalités! La sincérité serait mciins patiente, le mensonge seul est lâche. Klle m'a d'ailleurs cédé, pourquoi n'aurait-eUe donc pas cédé à d'autres'?... Telh^s {n-
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ronl les soiilrs prnsros quo fil iiailrp m moi rcKo (loiilf'iir silrnrioiisp ci rploiTr.
VMc plrura loiiolonips.
Sans lui dire un soûl mot de consolation, \c la rogardais d'un air sombre et liaineuv, irrité contre moi, et Taccusant pourtant dc^ mille sentiments douloureux qui m'agitaient.
Tout à coup Marguerite redressa son visage pâle et marbré, regarda autour d'elle avec égarement, se leva droite et fit un pas ou deux en (lisant: ;. \on , non, ce n'est pas un rêve... cc^[ une réalité... c'est bien... — Puis les forces sem])laîit lui manquer, elle retomba sur son fauteuil...
Alors essuyant ses yeux', elle me dit d'une voix ferme: ; Pai-don de cette iaiblesse, c'est (|i!e, voyez-vous, depuis (|U(> je vous ai tout dit... c'est la première fois que vous me traitez ainsi... Pourtant je vous crois beaucoup moins cruel que vous ne le paraissez. Il Qf^\ impossible que de gaieté de cœur vous me fassiez un mal si alTreux; non, cela est impossible : aussi je ne \:i»us en veux pas ; on vous a abusé, et vous avez cru à des calonmies. Eli bien ! ni vous, ni moi, n'est-ce pas, mon ami, nous ne pouvons sacrifier notre bonheur à vi.'uir à de si