‹ ArthurChapitre 78 sur 89 · MÉFIANCE · texte numérisé non relu

MÉFIANCE

Fatale, fatale soirée que celle-là ' ! Pourrai-je me la rappeler?... Oui, mes souvenirs sont encore si douloureux qu'ils ne me mancpieront pas !

Je suis arrivé à neui' heures et demie à l'hô-

I O chapilie du juuriiu) d'un inconnu soniMi' ii\<iii cli' ctiil (juel- 'fiic Umps après li's i'\uneini'nl> (|u'il ii-ti.icc.

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tel de i'eiiùliel , dans une disposition d'esprit aigre et maussade.

a Comme vous venez tard! — m'a dit Marguerite en souriant et d'un ton de reproclie amical; mais j'ai tellement liàte de \ous dire mon secret, mes projets du mois de mai, que je ne veux pas perdre de temps à vous gronder. Asseyez-vous là, près de moi, et soyez muet.

Satisfait de cette recommandation , qui me permettait de cacher mon humeur chagrine, je haisai la main de Marguerite, et je lui dis d'un air sérieux, qu'elle crut i'eint : — Me voici d'une gravité, d'une attention com])l('te ; je vous écoute.

— Tout ce que j'espère, c'est que cet air grave, cette attention, seront tout à l'heure fort dérangés par l'étourdissement imprévu de ce que j'ai à vous dire, — ajouta en riant madame de Pënàfiel; — mais qu'importe! ne m'interrompez pas... Je voulais aller ce matin chez mademoiselle Lenormand, non-seulement à cause de mon jour de naissance, mais encore parce que j'étais curieuse de savoir si cette rare devineresse m'aurait su prédire (juc h^ phi.-, grand l)onheu!- (jue j'aie rêvé (h- ma vie était u. u

sur le poiiil (le se ivjilisiT. (le hoiilicur le voiri ; — 1(3 b'' mai je quitte Paris...

— \ oiis parlez !...

— Silence , — nie dit .Marguerite en niellant son joli doigt sur ses lèvres; — vous voilà déjà tout ému , rien qu'au commencement ; que sera-ce donc tout à riieure? Je reprends : je pars le 1" mai, n emmenant avec moi qu'un homme de confiance et ma vieille femme de cliambre, mademoiselle \andeuil. Le but apparent de mon voyage est un séjour de quelques mois dans une de mes terres , en Lorraine , que je n'ai pas visitée depuis longtemps....

— Je devine....

- — \ ous ne devinez pas du tout. A six lieues de Paris je m'arrête; je laisse ma voilure chez le père de ma femme de chambre qui m'est tout dévoué, et je reviens à Paris, devinez où ?

— En vérité, je ne sais....

— Dans une modeste mais charmante pelilc demeure, située au fond d'un quartier perdu, cl je m'y installe sous le nom de madame Ouval, jeune \euve arrivant de lirelagne à Paris pour s'occuper d'un procès.... Kh bien ! que \ous disais-je ? vous voilà, comme je ni) atlen-

MtFl.WCE. \-\)

(Iu'l- , loiU l'iujiiu', tout stupclait, ■ — dit .Mar- «|uorile.

Je n'éprouvais ni étonnement, ni stupéfaclion, mais un sentiment bien autre.

Soit par suite de la disposition chagrine de mon esprit irrité ou de ma défiance naturelle, ces projets de retraite venaient de rappeler tout à coup à ma mémoire un des mille bruits odieux qui avaient couru sur madame de Pënàfiel, et entre autres les mystérieuses aventures qu'on prétendait s'être passées dans une petite maison ignorée qu'elle possédait. Depuis, .Marguerite m'avait toujours nié ce fait comme tant d'autres calomnies absurdes, qui, ne pouvant s'attaquer à aucune évidence, étaient réduites à supposer mille incidents secrets. — Aussi, étourdi par le bonheur idéal que je goûtais depuis deux mois, ou plutôt pendant cet accès de raison et de félicité, j'avais eu l'esprit de ne pas songer un moment au passé. Près de cette femme charmante, j'avais aveuglément cru ce qu'il est toujours si commode, et si bon, et si sage, de croire, que j'étais uniquement aimé, j'avais aveuglément cru à la noble explication qu'elle m'avait donnée de sa conduite; j'avais enfin oublié les lâches et misérables défiances qui déjà m'avaient rendu si cruellement injuste

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