ARTHUR, OU SEIZE AJNS APRÈS
LORD MELV1L.
Vous avez eu tort, sir Arthur, car j'ai déjà repondu à Marie, qui m'a compris, elle, que je n'oublierais jamais ce que je dois à mon rang et à ma naissance.
arthur, vivement.
Il fallait aussi vous en souvenir, mylord, quand vous avez séduit ma mère.
LORD MELVIL
Arthur, songez-vous à qui vous parlez?
ARTHUR
A qui je parle... oh! oui, je parle à lord Mclvil, d'une des plus nobles familles d'Angleterre, à lord Mclvil, le riche et puissant pair du royaume, à lord Mclvil qui, parce que sa naissance et sa fortune lui donnent tous les droits, se croit au-dessus de tous les devoirs.
lord melvil, à part.
Entendre de telles paroles sortir de sa bouche!
ARTHUR
Oh ! je sais que c'est un jeu pour un grand seigneur de léguer à celle qui l'a tant aimé la honte en partage.
ARTHUR
De lui ravir son enfant, son dernier bien, et de lui dire, quand elle implore comme une grâce une caresse de son enfant : « Laissez-le-moi ou je l'abandonne, lui aussi; gardez-vous de lui sourire, pas un mot qui fasse soupçonner votre secret ; car, pour lui comme pour vous, le mépris ou l'outrage. »
LORD MELVIL
Taisez-vous, Arthur, je vous l'ordonne.
ARTHUR
Oh! je parlerai, mylord; Arthur relève sa tète que vous aviez voulu courber: vous le placez entre sa mére et vous, vous opulent et titré, elle pauvre et flétrie, son choix ^est fait, il travaillera pour elle; vos bienfaits, il les oublie, vos secours, il les refuse; il vous doit cette épaulette qu'il espérait illustrer, il l'arrache, mylord, et la foule devant vous sous ses pieds, pour ne plus rien vous devoir.
LORD MELVIL
Ah! c'en est trop... Sortez, monsieur, sortez à l'instant même.
Jl tombe dans un fauteuil.
arthur, au fond.
C'en est donc fait! je l'aimais bien, pourtant 1
LORD MELVIL, le raja niant.
Il pleure.
Il me chasse, moi et ma mére. (Revenant.) Oh! niais non, vous ne le ferez pas, Mylord, ayez pitié de ma méie.
LORD MELVIL
Arthur!
ARTHUR
Vous êtes bon, vous ne m'avez jamais vu pleurer sans me consoler; mon père, j'ai eu tort, toutà-1'heurc, je le sens , je vous ai affligé... Oh! ne m'en veuillez pas, je vous en demande pardon. (Lord Melvil semble ému ; Arthur passe un bras autour de son cou.) Nous vous chérirons tous les deux, nous redoublerons desoins, d'amour ; cette noble carrière dans laquelle vous étiez si fier de me voir entrer, je la parcourrai sous vos yeux, guidé par vos conseils, enflammé par vos exemples... (Lord Melvil a peine à cacher son émotion.) Vous êtes attendri, vous me cachez vos larmes... Ma mère, ma mère, il va enfin vous ouvrir ses bras !
Il le serre de nouveau contre son cœur ; lord Mclvil paraît en proie a une lutte violente, enfin par un mouvement brusque il repousse Arthur.
lord melvil, d'une voix ferme.
Jamais !
arthur, après une pause.
Plus de prières, et adieu, mylord.
Il va pour sortir; en ce moment la porte du fond s'ouvre.
lord melvil, à part.
Elle!
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