SCENE XIII
MARIE, ARTHUR, en uniforme.
ARTHUR, de la porte.
Elle est seule.
MARIE , se levant.
N'importe... je vous l'ai promis, mon Dieu , je tiendrai mon serment.
j ARTHUR, à part.
I Comme elle est triste! elle a pleuré... allons,
voilà que je n'ose plus approcher maintenant. 1 MARIE, avec fermeté.
C'est fini. {Elle porte ses mains à ses yeux comme j pour y refouler les larmes; puis elle aperçoit Ar- I tliiir et jette un cri.) Ah !
ARTHUR
Pardon ! je vous ai fait peur...
Oh! non, non, jevous assure : mais jecroyais...
ARTHUR
Vous me croyiez parti , peut-être? {Avec tendresse.) Vous deviez bien penser pourtant que je ne vous aurais pas quittée ainsi?
MARIE
Oh ! oui, j'aurais dû le penser.
ARTHUR
Mylord et Jobson ne savent pas que je suis ici, allez! Étaient-ils pressés de me voir monter en voiture! Quand je leur demandais à vous embrasser, ils me répondaient que vous ne pouviez recevoir personne; j'étais bien sûr, moi, que vous me recevriez! aussi, je suis venu bien dou-
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eement, bien doucement par cette petite porte, pour vous voir une dernière fois et pour vous montrer mon bel uniforme.
MARIE, à part.
0 mon courage, ne m'abandonne pasl
ARTHUR
Et puis, j'avais une grâce à solliciter de vous.
MARIE
Ohl parlez, parlez vite.
ÂRTHOR.
C'est que je ne sais trop comment vous expliquer cela. {Â part.) Elle est pauvre, mais elle est fière... voyons si mon moyen réussira.
MARIE
Avez-vous donc peur d'être refusé î Parlez, je vous écoute.
ARTHDR.
Je vais partir pour bien long-temps peut-être, c'est mon devoir, c'est mon désir; je brûle de donner le baptême de la meràma jeuneépaulette; et cependant cela me fait mal de me séparer de vous que je connais à peine, mais à qui je penserai toujours... alors, je me suis dit: «L'absence » est moins cruelle quand un souvenir, un gage » de celui qui part le retrace à la mémoire de » celui qui reste, eh bien! si elle y consent, je » lui en laisserai un qu'elle gardera pour l'amour » de moi, et qui la fera penser quelquefois à Tor- » phelin Arthur. »
MARIE
Oh! donnez, donnez! ce gage de tendresse me sera bien cher, je le garderai toujours sur mon cœur.
ARTHUR
Oh 1 que vous êtes bonne I tenez.
Il tire de son sein une petite boîte en marofuin.
MARIE, l'ouvrant.
Que vois-jel ohl comme il est ressemblant!
Elle le Laise sans être vu d'Arthur.
ARTHUR
N'est-ce pas que c'est bien là mon air mauvais sujet?
MARI'E
Mais, sir Arthur, ce portrait est enrichi de diaraans.
ARTHUR
Non, non, quelques pierreries de peu de valeur... Lord Melvil prétend que je dois épouser miss Arabelle de Richement, et c'était pour elle. MARIE, à part.
Un nom illustre... un mariage si éclatant... ohl mon secret, tu mourras dans mon sein.
ARTHUR
Vous êtes rassurée, j'espère.
UARIK.
Je garde le portrait; mais je rendrai Tentourage.
ARTHUR
Vous le garderez tel qu'il est , car je ne le donne pas, je le vends.
MARIE
Comment?
ARTHUR
En retour , ne me donnerez-vous pas quelque chose qui me parle de vous, pendant mon absence?
MARIE
Je n'ai rien, moi, rien...
Et ce médaillon que vous portez & votre eouT
MARIE
Ahl ce médaillon? oui, vous avez raison, mais non, je ne puis m'en séparer : il contient une boucle de cheveux qu'une mère coupa au front de son enfant dormant au berceau.
ARTHUR
Heureux enfant qui a pu dire : Ma mèrel... bonheur dont je fus privé, et que pourtant je devine.
Aift nou/veau de Doche.
Une mère I Don ce'leste et précieux,
Sur la terre Est l'ange venu des cieux ; Quand nos yeux, à la lumière, Enfans, viennent de s'ouvrir, Qui déjà pour nous espère.
Qui pour nous voudrait soufFrir ?
Une mère 1 (bis.)
MARIE
Ah ! vous dites vrai, Arthur.
Une mère Nous aime bon ou méchant,
Sa prière Est le nom de son enfant ; L'amour peut être éphémère.
L'amitié peut nous trahir ; Mais à notre heure dernière Qui pour nous voudrait mourir ?. . .
Une mère ! (bis.)
Et l'on ne vous a jamais parlé de la vôtre, sir Arthur?
ARTHUR
La mienne? {Avec douleur.) Je suis forcé de la maudire.
MARIE
Que dites-vous!
ARTHUR
Ohl vous ne savez pas I elle m'a abandoimé.
MARIE
Abandonna!
ARTHUR
Oui, madame; j'avais un an â peine, on me trouva , par une nuit d'hiver, mourant de froid et de faim sur les marches d'une église , et sans les secours d'un homme généreux...
MARIE
Oh 1 c'est affreux ! c'est un mensonge infâme I jamais votre mère ne vous a abandonné.
ARTHUR, élonué.
Pour parler ainsi, vous êtes donc sîlre du coniraire, madame?
Pour vous la faire mépriser, haïr, ils l'ont calomniée, mais je la défendrai, moi. Écoute? le récit de ses malheurs, écoutez, sir Arthur.
ARTHUR
Oh I oui, madame, j'écoute.
MARIE
Il y a dix-sept ans environ, il existait une jeune fille née dans une condition modeste mais honorable. Laissée sans ressource , presque sans appui, par la mort de son père, pauvre officier tué au service, elle se vit forcée de demander au travail le pain de la semaine. Un jeune homme d'une condition élevée s'éprit pour elle d'une passion violente; elle était sans défiance, elle aima aussi et l'amour l'égara.
ARTHUR
Je vous devine. Une promesse de mariage, un enlèvement peut-être?
UARIE.
Lâchement trompée, elle fut abandonnée à son désespoir.