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RÉGIONALISME

Il y a des saisons pour les fleurs. II n'y en a plus pour les livres. C'est à peine si quelques vagues plus fortes (des lames d'équinoxe !) — venant renforcer, au printemps et à l'automne, l'océan de brochures qui déferle obstinément sur nos tables de travail, — nous rappellent la succession des quatre étapes régulières du temps. Plus de saisons : fleurs -de serre, fleurs « forcées », fruits sans saveur, corolles sans parfum ! . . . Les crimes d'amateurs mis à part, que de banalités, que d'insignifiances, que de papier maculé sans raison ! Quand serons-nous délivrés de cette fièvre noire provoquée par l'abus de l'encre d'imprimerie, drogue qui fait à présent plus de ravages que l'éther, l'opium et la morphine?... Choisissons, pourtant, les pierres précieuses perdues dans le tas des scories. Voici trois œuvres de valeur : Contre le sort, le dernier roman féministe de J.-H. Rosny, maîtres du roman français : Littérature sociale, sept études judicieuses et solides de mon excellent collabo M.-C. Poinsot, et xAmes de Mannequins, pages cruelles, vibrantes et très parisiennes de Fernand Sernada et de Maurice de Vlaminck. Voici Le Sentiment de la Naturey dédié à Edouard Rod, synthèse passionnante du

seul sentiment qui dure à travers le temps et à travers les races, œuvre d'ensemble (qui nous manquait jusqu'alors) de M. Michel Epuy. Voici des poésies : Les Lucioles, de la duchesse de Rohan, œuvre aimable et puérile où l'on pressent que Mme de Rohan ferait des chansons aussi appréciées que celles de Théodore Botrel, si el'e le voulait ; Les Pas légers, àt Mme Cécile Périn, livre écritet publié trop vite, dans lequel on trouve parfois des vers très savoureux :

... Les passions d'enfants ont des ardeurs étranges. ... Pas légers d'un enfant dans la maison pensive, Rire timide ainsi qu'un clavier effleuré Dans l'ombre...

Voici le dernier volume, très remarquable, d'André Foulon de Vaulx : La Statue Mutilée. Il ne faut pas songer à caractériser en quelques mots le talent complexe et délicieusement sensuel d'André Foulon de Vaulx. Mais on peut citer quelquesuns de ces vers. Cela vaut, dans sa brièveté, toutes les critiques du monde :

Quand l'aube a nuancé de ses roses pâleurs La verdure qui mousse à la cime des arbres, Trianon sent l'avril raviver ses vieux marbres Et rit de s'éveiller dans un printemps de fleurs.

... L'air rose est chaud comme un corps de femme amou-

[reuse ;

Le ciel a des afflux de chair en mal d'amour.

Telle une amante sur son lit, la fin du jour Etire en frissonnant sa langueur douloureuse.

... A Tours, dans le quartier désert des Ursulines, Un quartier d'hôpitaux, d'églises, de couvents... Les choses, au moment d'accueillir les vivants, Ont un sourire éteint, comme des orphelines...

Voici... (car il faut savoir se borner), voici trois livres régionalistes qu'il est impossible, équitablement, de laisser passer sans commentaires. Ce sont Perkain, drame du pays Basque (si étrange et si mal connu) de M- Pierre Harispe ; La Grande Navigation et les ports français, brochure d'un article de J. Charles- Roux paru dans la %evue des cDeux-Mondes, et Les Littératures provinciales du décentralisateur Charles Brun, délégué général de notre Fédération régionaliste française.

Bien qu'il soit essentiellement un homme de doctrine, bien qu'il ait publié ce livre discutable, mais vigoureux et pittoresque: Les Convulsions sociales, et cette étude sociale : Le Veau d'Or, qui faisait dire, en 1889, à Edouard Drumont dans le Figaro : « Le souffle des saintes indignations court à travers ces pages vibrantes qui éveillent le souvenir du premier Lamennais », et à Cornély, dans le Matin, le Ier janvier de ta même année : « Depuis les Paroles d'un croyant, nous n'avons pas rencontré un livre où l'amour du peuple s'exhale en termes plus brûlants, plus énergiques que ceux

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dont s'est servi l'auteur de ce livre »... bien qu'il soit l'écrivain des Tusculancs sociales, M. Pierre Harispe s'est gardé de faire seulement œuvre de théoricien dans le Perkain que je viens de lire avec intérêt. Perkain, « héros du jeu de balle et de la loi », peut être considéré comme une synthèse puissante de la race basque traditionaliste à outrance, héroïque et profondément sincère. Emporté par son sujet, M. Harispe a su écrire «quelques dialogues d'allure cornélienne. C'est d'une beauté austère assez peu commune en notre temps d'afféteries, de tarabiscotage et de joliesse maladive. Tout le monde ne peut pas respirer, sans être oppressé, l'air des montagnes. — Tout le monde ignore le peuple Escuarien. Le tourisme, seul contrepoids de la centralisation outrancière <qui nous paralyse et nous épuise, a pu nous faire connaître la beauté des berges de la Nive, le charme de Cambo inventé par Rostand et la sérénité des monts d'Araïn et d'Artza. Mais nous ignorons toute l'âme basque comme nous méconnaissons l'âme de toutes nos provinces. Et c'est l'un des meilleurs arguments en faveur de la décentralisation littéraire. Assez de parisianismes pour débauchés sud-américains ! Ouvrons les fenêtres ; chassons de notre atmosphère les parfums de bazar que viennent y chercher les étrangers en partie fine ! On nous juge trop sur cette librairie spéciale. Nous avons une littérature de terroir

florissante; elle a produit de grands noms déjà. Il sied de l'encourager et de coopérer à son effort dans la mesure de nos forces. Car // n'y a pas de Parisiens. Paris n'est que la plus grande ville de province. Les boulevardiers les plus «manégés» sont tous des transplantés. Dans ses Littératuresprovinciales, Charles Brun définit assez bien le labeur de l'écrivain de terroir: « Par la double vertu du sol et de l'histoire commune à ses ancêtres, il peut saisir tous les caractères qui constituent la figure de sa province; par une étude volontaire et passionnée, il peut dégager en lui-même les linéaments, un peu effacés peut-être, de sa personnalité. Une qualité propre d'imagination et un choix d'images empruntées au fond populaire, aux phénomènes météorologiques, à la faune et à la floi e du pays ; une qualité propre de sensibilité; une conception particulière de tous les grands, problèmes ; une véritable philosophie, car un Languedocien n'entend pas de même qu'un Breton la. nature, l'amour, l'infini ou la mort; enfin une connaissance exacte des mœurs, si précieuse pour colorer un récit et le « situer » dans l'espace, en voilà plus qu'il ne faut pour assurer cette inappréciable variété que nous recherchons. Quiconque voudra foire une œuvre française, s'il n'a un génie de premier ordre, il n'y réussira pas. Au contraire,, quiconque voudra faire une œuvre provinciale, s'il est sincèrement provinciste,s'ii connaît et s'il aime

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sa province, s'il en sait les traditions et les coutumes, s'il en goûte pleinement le décor et la langue, il pourra nous donner l'œuvre de génie {et cela s'est rencontré), mais assurément l'œuvre savoureuse et pleine de sève que nous dénommerons, cette fois, l'œuvre provinciale ». Le salut des lettres françaises est à ce prix. Il serait facile de le prouver et de découvrir là une des digues les plus solides à élever devant la banalité et l'amateurisme littéraires qui nous envahissent et nous déshonorent. Ce mal est aussi redoutable que celui que dénonce J. Charles Roux à propos de nos ports et de notre navigation de commerce. En 1901, M. Aimond, rapporteur du projet Baudin sur l'outillage national, regrettait déjà que « dans l'application du plan Freycinet nous eussions éparpillé nos ressources, répandu pour ainsi dire la richesse de la France en une sorte de manne électorale sur toute la surface du territoire, et qu'en matière maritime nous eussions construit beaucoup trop déports ». C'est trop cruellement juste pour que je ne le souligne pas. Il serait nécessaire d'en finir avec cette absurde folie qui fait élaborer des lois et promulguer des décrets non pas après un examen des avantages qu'ils procureront au pays tout -entier, mais sur l'avis de gens intéressés personnellement à la question et gênants par leur habileté ou parleurs attaches politiques. C'estainsi que nous arrivons — M. J.-Ch. Roux, lui aussi, le constate

— à posséder une multitude de ports, placés au hasard d'intérêts électoraux momentanés, qui ne peuvent recevoir les navires modernes de grand tonnage et dont les droits de quai ne représentent pas la centième partie des frais d'entretien qu'ils occasionnent^.... Cette pulvérisation de ressources a lieu aux dépens de nos quelques grands ports; cela,, joint à la négligence de divers services, à l'incohérence qui préside à l'exécution des travaux de perfectionnement, à l'absence de méthode apportée dans nos constructions navales et aux fautes lourdes commises à l'égard de l'outillage national^

— tout cela met en danger Marseille à côté de Gênes, Le Havre à côté d'Anvers et même de Rotterdam, etc.. La question est vaste. M. J.~ Gharles-Roux l'étudié assez complètement et avec une documentation satisfaisante. Il montre une remarquable justesse de vues etune logique vigoureuse. — Il est permis de croire,pour notre navigation, comme pour beaucoup d'autres sujets (les Universités provinciales, les Musées locaux, etc.. ),quesi notre division administrative actuelle, très arbitraire, était remplacée par des provinces (h délimiter méthodiquement) , jouissant d'une autonomie suffisante sous le contrôle de l'Etat, du pouvoir central' nécessaire, notre nation y gagnerait en toutes choses. Quand comprendra-t-on, dans le pays de toutes les libertés, qu un gouvernement devrait pouvoir ordonner toujours sans commander jamais?

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Etalage de Bouquiniste

M. Eugène M * est un écrivain de grand

talent. Cette phrase s'imprime souvent. Elle est rarement justifiée. Les œuvres de M. Montfort, que je ne connais pas personnellement, ne me feront pas mentir. Quand on a écrit les Cœurs Malades, le Chakt dans la Montagne et la Turque — selon le mot de Flaubert lisant la Curée de Zola, on est déjà « un Monsieur » en littérature. M. Eugène Montfort publie aussi une gazette littéraire qui « se vend à Paris, chezFloury, libraire, boulevard des Capucines, près le Café Napolitain ». Ce périodique s'intitule : les Marges. Il est une des rares publications d'aujourd'hui que Ton puisse acquérir avec l'espoir d'y découvrir des pages intelligentes. En conséquence, les Marges ont un nombre de lecteurs restreint. M. Eugène Montfort a toutes les hardiesses. Non seulement il ose parler des livres d'Ernest La Jeunesse (qui affiche un goût presque scandaleux pour les baromètres dont il se fait des épingles de cravate), non seulement il s'amuse à juxtaposer une lettre de Mme de Chalais au Roi Louis XIII et une « babillarde » de la voleuse Gabrielle à sa « copine », « la gonzesse à Poil-Ras » qui vient d'écoper de « vingt

berges de durs » ,mais il a encore l'audaceetlacruautéd'imprimer ceci, par exemple ; « La Brute gagne... Pour le public d'aujourd'hui, il faut du roman qui ne soit plus du roman, mais du théâtre. Pif ! Paf ! Pouf ! Polichinelle ! Des claques! des coups de bâton ! et, s'il vous plaît, que cela aille vite ! et,, s'il vous plaît, pas de réflexions à côté, pas d'arrêts, pas d'entr'actes !. .. Ah ! qui pourra dire tout le mal que Y Illustration nous a fait ! . . . Que celui qui a inventé les suppléments-théâtre de l'Illustration soit pour toujours maudit ! Il est béni parle public. Lire les pièces dont on parle tant et les lire à si peu de frais! Ah ! lire enfin les pièces où il n'y a pas de « longueurs », pas de descriptions, pas d'analyse, où l'on remue tout simplement, où l'on ne réfléchit jamais, où l'on ne rêve jamais... Le public nevtut plus lire que des pièces de théâtre... La Brute gagne ». M. Eugène Montfort a toute ma sympathie. Mais... Mais un hasard méchant vient de flétrir un tantinet la couronne de roses que je lui tressais en mon âme. — Voici l'histoire :

Le 4 juin 1907, vers six heures du soir, j'arrivais à l'intersection de l'avenue Niel et de la rue. Bayen, lorsque mon attention fut attirée par l'éventaire d'un bouquiniste. Je ne sais pas résister à l'invitation des librairies. Je suis tout à fait capable, si je passe par les quais, d'oublier mes rendez-vous dans les boîtes où s'entassent les

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épaves de l'océan littéraire. Très intéressant, Inventaire de l'avenue Niel !... Trois rangées de volumes étiquetées « 90 centimes » (ce qui est honorable) l'occupaient. Les trois premiers tomes visibles offraient leurs titres. C'étaient : Vallobray du pauvre Paul Alexis ; N-.D. des Mers-Moites,. de Jacques d'Adelsward-Fersen, et entre eux : Line, mon amour..., par Georges Maurevert. Line, mon amour..., cachant aux regards — par pudeur,, c'est évident !.. . — la Demoiselle en Or, de son ennemi intime, notre Catulle. Je professe pour le talent de Maurevert une estime que l'on me reprocherait de déguiser ici. J'acquis Line, mon amour... O surprise ! Le volume contenait un autographe. En vérité j'avais fait une excellente affaire. J'irai le dire à Charavay. Une dédicace décorait le faux-titre, une dédicace affectueuse et charmante. La voici : « *A mon cher et bon confrère Eugène Montfort, dont l'exquis Chausey a ému mon vieux cœur de marin. G. Maurevert. Avril i<)0) ». Ce genre d'aventure est fréquent. Je croyais, néanmoins, que l'auteur de Chausey avait l'amour des livres ; les livres qui représentent tant d'efforts, de peines, de larmes aussi.. . J'imaginais qu'il avait au moins le respect des dédicaces et le souvenir des témoignages affectueux... Les illusions s'envolent .. « Paris est la. ville empoisonnée », disait Lorrain. — Il faut la. fuir. Je m'évade aussi souvent que je le puis.

A l'Odé©n

Première de « Monsieur de Trévan », 3 actes en vers de MM . T)elaquys et Gumpel. Dialogues d'entractes. — Çà vous chante le début de ces deux vrais jeunes ? — La jeunesse me chante toujours, cher ami... — La Valse des regrets ?... — ... Et la Romance des Illusions Mortes... Musique de Margis, si vous voulez ! Riez... Ces vers qui tintent, ces danses, cette gaîté voulue, ces amours-caprices m'attristent. . . Le regret humain devient plus profond à mesure que la Mort s'approche... Les sensations d'antan, le don d'avatar de naguère... fumées!... Toutes les jolies teintes d'autrefois deviennent de plus en plus grises, jusqu'à l'heure où elles s'évanouissent dans les ténèbres définitives.. . Oh! çà n'est pas drôle! . .. — Sapristoche, dear, vous en avez de lugubres. . . S'il fallait toujours penser à ces choses (ou même à quelque chose), à Paris l'existence serait impossible !... Allumez-moi plutôt F..., là-bas... A-t-il l'air assez heureux, assez équilibré, assez somnolent, sur son fauteuil ? Quel heureux veinard ! — Veinard, tous l'avez dit. Il sait qu'il peut dormir sur ses deux cornes... — Bigre Vous passez du sévère au déplaisant avec une facilité ! .. Mes félici-

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tations... Or, voici la toute charmante R... Voulez-vous lui faire bien plaisir ? Dites-lui qu'elle a du talent... — Une jolie femme ne résiste pas à ces mensonges» en effet... — Pas plus qu'une femme de lettres ne résiste à qui peut lui faire compliment de sa beauté. — Vous êtes dur. Pourtant, j'en connais qui... — Vous vous vantez. — Non. Mais vous êtes partial. Les femmes de lettres sont toutes jolies... — Oh ! — ... Celles qui ne le sont pas pourraient l'être... — Pouvezvous dire ?... — Puisque, selon votre doctrine, il faut choisir : faire compliment de leur beauté aux femmes de talent, ou féliciter de leur talent les femmes belles!... L'un exclut, n'est-ce pas, l'autre? — Certes!... Mais vous avez donc lu leurs œuvres ? — - Vous êtes plus agréablement désagréable que moi. Je capitule... D'ailleurs, écoutez. Le rideau se lève... — Nom de Vénus! Barjac est bien jolie !... — Moins que l'exquise Brille... — Si ça suffisait pour faire oublier l'inexpérience (aimable mais réelh), des auteurs !... — Et puis Duard m'agace... — Bouclons, mon cher, les voisins vont protester.

LU

Minne. — Nouvelle (?) par Willy.

Peut-être il est bien tard pour parler encore d'elle ? Mais j'ai promis. Je tiens. (Il paraît tant de tomes !...)

Minne est jolie. Minne est exquise. Minne est vivante. Minne est la sensible petite colombe pas ti es blanche que Franc-Nohain chérit, la petite colombe qui ne veut roucouler que selon les inclinations de son être inquiet. Elle est fine, frêle, vibrante comme un ressort de montre ; elle a des cheveux cendrés pareils à de la mousseline, d'admirables yeux un peu brouillés et un teint de nacre que la puberté ternira bientôt. Elle vit l'heure trouble où la chair ne dort plus et où elle sommeille pourtant encore, — à peine...

Minne est une œuvre délicate, légère, aimable, charmante. Elle a obtenu un succès modéré. Claudine en ménage se vendit mieux. Naturellement. La psychologie de Minne est plus indiquée qu'étu- «diée et je ne crois pas que l'auteur ait voulu procurer à ses lecteurs autre chose qu'une distraction. Pourtant la page 131 et les suivantes Il y a deux parties dans ce volume (l'imprimeur a fait des prodiges pour lui donner « de la main ») : k partie blanche et la partie noire, le texte et les

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« blancs » . La partie blanche me paraît être la seule blâmable.

Je ne veux voir dans ce livré que de gentils tableaux et de gracieuses phrases. Savourez celleci :« Les bouleaux pleurent. Ils jettent tout le jour de s louis d'or sans effigie qu'un maléfice, dès qu'ils touchent le sol, change en feuilles sèches. » Et ce ravissant réveil à la campagne *

« Elle cherche au sortir de son tumultueux sommeil, peuplé de rêves fumeux, l'ombre bleue et claire de sa chambre parisienne, l'odeur citronnée de son eau de toilette. Ici , derrière les volets pleins, c'est la nuit noire, malgré les coqs qui crient, les portes qui battent, le tintement de vaisselle qui vient de la salle à manger,-la nuit massive, percée seulement à la fenêtre du levant d'un rai d'or vif, mince comme un crayon... Ce petit bâton étihcelant guide seul Minne qui va pieds nus, à tâtons, ouvrir les persiennes et recule, aveuglée, incendiée de lumière...

« Minne retourne à son lit, s'assied, saisit son pied nu, sourit à la fenêtre où dansent les guêpes, et ressemble à présent à un baby de magazine anglais... — Au pas léger de Minne le plancher gémit. Si elle reste une minute immobile, les fauteuils Empire s'étirent, craquent, éclatent ; le bois du lit leur répond. La maison desséchée et sonore pétille, comme travaillée d'un commencement d'incendie... Des rideaux de mousseline

orange ondulent aux fenêtres, et le jasmin de Virginie, lourd de fleurs, balance jusque dans la chambre d'ardents bouquets. Minne, pâle comme une nuit de lune, se réchauffe, un peu blessée, à ce feu de couleurs, et, parfois, toute nue, le dos au soleil, un miroir à la main, hantée par je ne sais quel souvenir d'une séance Rœntgen, cherche en vain à travers son corps mince qu'irise un duvet d'argent, l'ombre plus noire de son squelette élégant ».

Je crois difficile d'être plus perspicace dans le vieillot, plus frais dans le joli et plus aigu dans le ténu. VvCinne ne vaut, à mon avis, que par son style vaporeux et précis quand il sied, fragile,soupie et radieusemeat désinvolte. Il me rappelle l'écriture d'un charmant garçon, littérateur à ses heures, que je connus naguère. Il avait publié un petit dialogue : le Pacte, je crois. Il signait X.- ^Marcel Boulestin. Mes périgrinations constantes me le firent perdre de vue.

J'admire la diversité du talent de Willy.Elle est si grande que toutes les collaborations sont possibles à l'auteur de Danseuses, que ce soit avec Pierre Veber ou Andrée Cocotte, Mme Gyp ou MM. Luvey. Il est aussi à l'aise avec les uns qu'avec les autres. Et rien n'est plus surprenant que de voir M. Henry Gauthier- Villars, Willy,. l'Ouvreuse, Maugis, etc.. narrer, avec un art toujours renouvelé, les actes du soldat Vaxelaire, la

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toilette intime Je la Maltresse du 'Prince Jean, les incidents des concerts de Paris et d'ailleurs, et les •exploits de ses amis dans les cabarets belges où ruissellent des breuvages énergiques. J'avoue, néanmoins, que malgré son « frégolisme » j'ai mieux reconnu le père des Claudines dans ses pastiches remarquables d'Arthur Dupin, notre confrère chargé de grands crimes au Journal, que dans le reste du volume dont je m'occupe. Quantum muiatus ab Mo ! Où donc est-il le temps héroïque •de la Revue d'aujourd'hui ? Jim Smiley a bien évolué depuis que la %evue Internationale de Musique disparut. Réjouissons-nous de cette transformation.

Mais pourquoi la plupart des gens qui savouraient Minne au moment où je me félicitais de pouvoir ne plus lire parmi les rochers rouges d'Agay, de Figuarette et de la Napoule — pourquoi la plupart de ces gens de nations et d'âges divers m'ont-ils avoué (en fermant ce livre si chaste dans l'intention de Willy, ce livre à peine acidulé) qu'il leur restait une saveur spéciale dans la bouche, une chaleur étrange autour des oreilles, des picotements insolites dans les muscles et les articulations? Est-ce que... ? On n'a pas assez médit du public qui métamorphose, au gré de ses instincts, les desseins les plus louables de nos trop rares moralistes antisoporifères.

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