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L ENSEIGNEMENT DU DESSIN

A propos de la ire Exposition des écoles départementales des Beaux- Arts, organisée à Taris par le souîsecrètariat d'Etat des Beaux Arts. — Dans l'exposé de son Plan d'Education Nationale, Barruel déclarait, en 1791 : « J'ai toujours été étonné qu'on n'enseignât pas le dessin en même temps que l'écriture... Nous devons avoir pour but non de faire des élèves de grands artistes, mais de mettre à profit ce qu'ils annoncent de dispositions ». C'est, historiquement, la première fois que la nécessité d'enseigner publiquement le dessin est reconnue. Mais, malgré les efforts de Joseph Lakanal (1762-1845), malgré la fondation, en 1807, de

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YEcole de dessin pour les jeunes filles, par Mlle de Mombrison, cette partie de la pédagogie fut assez délaissée. Ce ne fut qu'en 185 1 que, revenant de l'Exposition universelle de Londres, M. de Laborde publia le rapport célèbre à la suite duquel les premières tentatives furent faites pour répandre et pour organiser renseignement en question. On hésita longtemps, on procéda sans méthode précise et raisonnée, on se contenta trop de préceptes anciens. Les résultats furent assez vagues jusqu'au jour où Y Union des ^Beaux-Arts appliqués à l'Industrie sollicita du Ministre de l'Instruction publique d'alors (1865 : le Ministre se nommait M. Duruy) l'autorisation de faire une enquête générale relative à l'état de l'enseignement graphique sur toute l'étendue du territoire. Le ministre accorda l'autorisation demandée. C'est alors que M. Eugène Guillaume (on peut le considérer comme l'inventeur de l'enseignement actuel) rédigea son rapport concluant à la réorganisation complète de cette partie de l'enseignement, négligée depuis tant d'années. C'est alors aussi qu'il dressa son plan rationnel des études.

Ce plan ne reçut un commencement de réalisation que sous le Ministère Ferry, — le ministère Duruy étant tombé dans l'intervalle — c'est-à-dire en 1878. Le Conseil supérieur de V Instruction Publique approuva les programmes qui lui furent soumis. Une inspection générale du dessin fut

instituée et la Chambre des députés enfin, vota,, en 1880, un crédit dépassant deux cent mille francs, en faveur de cet enseignement.

Depuis cette époque, quelques décrets modifièrent plusieurs fois certains détails de l'organisation officielle. Mais les principes généraux demeurent ; l'essentiel de la méthode de M. Eugène Guillaume ne fut pas atteint. Nous devons nous en féliciter — surtout en ce qui concerne les préceptes techniques en usage.

Ces préceptes sont avant tout rationnels. — Jusqu'à l'heure où M. Eugène Guillaume vit ses idées triompher on s'en tenait, à peu près, au professorat selon Jean Cousin.

Ce fut un enseignement sans explications, dans un mélange absurde d'arbitraire et de géométrie descriptive, — connue surtout d'instinct, — sansidées générales, sans but déterminé, sans contact avec la nature, sans souci ni de l'atmosphère ambiante ni du tempérament de l'élève. Cela ne lui apprenait même pas le métier, d'une façon satisfaisante.

M. Eugène Guillaume et ses disciples ont fait justice de ces absurdes méthodes, ainsi que de diverses autres.

Le procédé d'enseignement en usage à l'heure présente est unique. Il est le même partout et pour tous, depuis les premiers traits que l'enfant tracegauchement jusqu'au coup d'ébauchoir que le

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sculpteur applique avec habileté. Les études sont poursuivies plus ou moins loin suivant les âges, les destinations, les dispositions, les spécialités,

Schématiquement, si je puis dire, on peut caractériser l'enseignement actuel comme il suit : successivement l'élève apprend à tracer des lignes, à évaluer leurs grandeurs et leurs directions, et, peu à peu, sans qu'il s'en rende compte presque, grâce aux éléments de la perspective d'observation surtout (en passant par le géométral), à dessiner et mettre en place n'importe quel objet. La conclusion s'impose que cette méthode consiste à placer l'élève, dès qu'il sait tenir un crayon, en présence du relief et de la nature. M. Guillaume a droit à la reconnaissance de tous les artistes, de tous les artisans, delà plupart des industriels.

Questions techniques un peu arides à traiter -sous une forme non didactique... Il est plus important, ici, de mentionner les idées générales qui présidèrent à V élaboration du programme et de l'organisation en vigueur. Trois cents établissements (écoles nationales, régionales ou municipales) ont pour but, en France, l'enseignement du dessin. Ils sont subventionnés, dirigés ou inspectés, au moins, par les services de l'Etat. V Exposition des Ecoles départementales nous a permis de constater l'excellence <de leur enseignement. Il sied de féliciter le Comité <de cette exposition et de répéter, une fois encore,

que M. Dujardin-Beaumetz est le plus éclairé des-* sous -secrétaires d'Etat. Son Exposition des Ecolesdépartementales nous a mis en présence d'une admirable suite pédagogique. Nous avons pu vérifier l'exactitude des affirmations de M. Valentino, chef du Bureau de l'Enseignement : « En ce qui concerne les artisans, les écoles, tout en cherchant à apporter une aide à la solution du difficile problème de l'instruction des apprentis, n'entendent pas se substituer à T atelier industriel, mais bien l'appuyer au contraire. C'est seulement dans cet atelier que l'ouvrier d'art peut perfectionner sa technique et: s'initier aux conditions économiques de sa carrière ; irais il acquiert dans nos écoles un enseignement qui le prépare à la connaissance d'un métier appliqué^ enseignement théorique et pratique aussi complet que possible. En effet, si, à l'Ecole, le jeune artisan élève son esprit vers le beau par l'étude de la nature et la compréhension des formes et colorations, à l'atelier, au milieu des ouvriers, il acquiert l'éducation de la main et la connaissance pratique et définitive de son état ». — On ne saurait parler plus sagement, surtout à notre époque où la « facilité » tue toute conscience technique et tout sentiment artistique. Nous avons unepropension marquée, en France, au « camelotage » ; les conditions actuelles de notre vie sociale et nationale nous font manquer d'ouvriers et presque regretter le « compagnonnage» d'antan !....

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L'œuvre des écoles départementales, à ce point de vue, est excellente. Il y a mieux pourtant, — et ces idées sont trop celles que je prêche depuis dix années pour que je ne les mentionne pas avec insistance et avec joie. L'Etat n'entend imposer aux écoles provinciales qu'une méthode d'apprendre « la grammaire de 1 art » . Il y a des principes premiers qui sont invariables sous toutes les latitudes. L'Etat propage les meilleurs procédés d'apprentissage ; il veille à ce qu'ils soient appliqués conformément à des préceptes rationnels. Mais il laisse à chaque école l'initiative de son orientation générale ;

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