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A PROPOS D’UN£ AUMONE

un pareil temps! ” Au dehors, en effet, çà pinçait ferme. L’hiver, à ses débuts, se faisait rigoureux. Aussi le pauvre homme avait-il beaucoup souffert du froid! c’était au point que l’une de ses oreilles en restait toute meurtrie et saignante.

— “ Mais, mon ami, je ne vous connais pas. Tout ce que vous me dites est peut-être vrai, seulement vous n’êtes pas le seul à conter de semblables histoires et nous sommes trompés bien souvent! Voyons, dites-moi, connaissez-vous quelqu’un aux Trois-Rivières? Qui est curé, chez vous, qui est maire?”

Et le pauvre homme de commencer une nomenclature des personnages ecclésiastiques et civils de la jolie cité triflu vienne, où l’ami dont il est question se perdait bien un peu, mais ou en définitive il reconnaissait des personnalités distinguées : entre autres Mgr Cloutier, M. le grand vicaire Baril, le chanoine Béland, l’abbé Arcand, et d’autres.

Bref, par plus d’un détail, il arriva à se persua-, der que son solliciteur était digne de sympathie et il y alla de sa petite aumône.

C’est ici que se place un incident très significatif et très édifiant. Disons tout de suite que c’est pour en arriver à l’incident que j’ai surtout pris la plume.

Le malheureux, tout transi de froid, avait l'es mains nues et, comme je l’ai déjà dit, à moitié gelées. Ce que remarquant, notre “ connaissance ” lui dit: “ Mais mon ami, vous gelez des mains! ”

— “ Ah! monsieur, c’est vrai que j’ai grand froid. Si vous aviez quelques vieux gants?

L’autre n’en avait pas. Que faire? Il lui vient à l’esprit d’en parler à un vieil et bon ami qui vit

sous le même toit. Il court à ses appartements: “ Dites donc, fait-il, n’auriez-vous pas des vieux gants? ” et il raconte ce qui précède.

Le vieil et bon ami — un bon cœur! — ouvre, sans répondre, un tiroir, y prend une paire de gants, qui ont déjà servi mais sont encore très bons: “Tenez, dit-il, voilà!”

— “Mais, non! ils sont trop beaux! N’en avezvous pas de plus vieux?

— “ En tout cas, votre pauvre, il n’en a pas, lui! J’en ai d’autres moi. Prenez ceux-ci!”

Et le pauvre Trifluvien partit, un peu consolé, allant sur recommandation faire panser son oreille malade chez un médecin voisin.

Toute simple qu’elle est, cette réponse du vieil et bon ami renferme une excellente leçon pratique, une leçon souvent incomprise.

Ah ! sans doute, l’aumône doit se faire avec prudence, mais il ne faut pas que la prudence ferme à tout jamais et la bourse et le cœur. Cette réflexion: “Il n’en a pas, lui! et moi, j’en ai pour deux! ” comme elle est suggestive, humanitaire et chrétienne !

Que de choses, qui nous sont inutiles, pourraient être utiles à d’autres et nous n’y pensons pas. Que de vêtements un peu usés serviraient bien à ceux qui souffrent, et nous n’y songeons guère. C’étaient les miettes de sa table que Lazare demandait au mauvais riche, et celui-ci ne voulut pas! On sait ce qui s’en est suivi!

Lecteurs, au milieu des rigueurs de l’hiver, pensez parfois à ceux qui ont froid! Un peu partout dans la grande ville se trouvent des conférences de Saint-Vincent de Paul, des hospices où l’on re-

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