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A PROPOS D’UNE AUMONE

DES pauvres sont toujours nombreux dans une grande ville comme Montréal. La loi de la charité nous enjoint de les aimer et de les aider. Le malheur est que souvent les “ mauvais pauvres ” font grand dommage aux “ bons pauvres.” C’est que, hélas! pour un malheureux qui a faim ou froid, il en faut compter plusieurs qui cherchent plutôt à exploiter et à tromper. Aussi bien est-il plus charitable, dans ,1e vrai sens du mot, de chercher d’abord à bien connaître ses gens, car c’est plus intelligent et la vraie charité doit être intelligente. Sans doute, au ciel du bon Dieu, c’est la bonne intention qui est avant tout récompensée; mais encore est-il vrai que le bien général de la société, et par conséquent la volonté de Dieu, exige que -ceux qui ont le bonheur de pouvoir “ prêter à Dieu ” en “ donnant aux pauvres,” comme parle le poète, le fassent avec réserve et prudence. Autrement ils risquent trop souvent, malgré leur pureté d’intention, de ne pas faire une “ bonne aumône ” à tous les points de vue.

L’autre jour, c’était à la fin de décembre ou au commencement de janvier, quelqu’un de ma connaissance, qui est convaincu de tout ce que nous venons de dire, était en voie de présider à une pe-

tite enquête, dont le but était de s’éclairer sur la situation véritable de l’un de ces nombreux solliciteurs qui souvent parcourent nos villes et demandent assistance.

Le solliciteur, pauvre homme, dont la figure accusait une quarantaine d’années, bien chargées de soucis et de fatigues, ;se disait père de famille. Venu des “ Trois-Rivières,” en quête d’ouvrage, comme beaucoup d’autres, il n’avait rien trouvé. Pendant des jours et des jours il avait erré dans Montréal et dans ses environs, demandant à droite et à gauche quelque besogne à faire. Partout congédié, la tristesse dans l’âme, pensant à la femme, aux enfants restés là-bas, déjà à la charge peutêtre d’une conférence de Saint-Vincent de Paul, il était venu frapper à la porte de cette “connaissance,” dont je vous parle. Il était là, a-t-on raconté, découragé, abattu, malheureux, tournant dans ses mains, à moitié gelées, un mauvais chapeau. D’une voix un peu hésitante et qui n’y paraissait pas habituée, il avait demandé: “ Quelque chose pour l’amour de Dieu.”

— “ Mais, mon ami, d’où venez-vous, où allezvous ? —

— “ Je viens des Trois-Rivières, monsieur. J’ai là femme et enfants, je cherche de l’ouvrage, et personne ne peut ou ne veut m’en donner.

— “ Avez- vous au moins quelque certificat?

— “ Eh! non, monsieur, je pensais tant trouver de l’ouvrage à Montréal sans être obligé de mendier. Mais, monsieur, aujourd’hui, j’ai bien froid.”

Et notre “ connaissance ” se disait : “ Ma foi,

je le crois sans peine, si misérablement vêtu et par

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