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A NOS COMMUNIANTS ET COMMUNIANTES

ous mes yeux, appendu au mur de la pièce dans laquelle j’écris, je vois un joli tableau, ou, pour parler plus justement, une image encadrée, de modeste valeur, qui a l’honneur d’être la copie d’une œuvre signée par F.-W. Burton, de Londres. .Sans rechercher beaucoup si l’auteur a grand nom dans le monde artistique, j’affirme qu’à coup sûr son œuvre intéresse vivement. Je l’ai souvent regardé ce tableau, je ne l’ai jamais si bien vu qu’aujourd’hui. Pourquoi? Je n’en sais trop rien. Peut-être les préoccupations bien naturelles à un catéchiste, en ce temps de “ première communion,” en sont-elles la Un fait certain c’est que “mon image, ment époussetée, toute pimpante sous les gaies lumières de notre fin d’avril, me parle un langage

cause?

” récem-

que j’aime.

Elle s’appelle en bonnes et dues lettres anglaises: The blind < jirl at the holy well. C’est un joli nom, n’est-ce pas? La jeune fille aveugle à la sainte fontaine.

La scène se passe (évidemment) auprès d’une fontaine, et aussi au pied d’un rocher. A même l’une des parois de ce rocher, juste au-dessus de l’endroit d’où semble jaillir la source, on a taillé une croix rustique; à ses pieds l’eau s’épanche en forme de ruisseau, allant s’élargissant jusqu’à l’avant-scène. Le rocher est nu et sombre. Seule une trouée irrégulière laisse apercevoir en haut, à gauche, loin, bien loin, — en perspective! — un coin du ciel, où se promènent des nuages qu’on dirait argentés par un soleil à son déclin! C’est par cette trouée sans doute que la lumière nous arrive. En tout cas elle nous permet de distinguer très bien un lierre qui monte du piédestal s’enrouler autour de la croix, quelques plantes maigres, poussées dans les crevasses, et des nénuphars et autres “ aquatiques,” qui ont l’air de se balancer au souffle d’un vent imaginaire.

Sur ce fond richement varié trois personnages se détachent au premier plan: deux femmes, dont l’une aveugle, et une enfant. . Venues là par un escalier, creusé en plein roc, dont on voit les derniers degrés sur la droite, elles ont apparemment fait leurs offrandes et s’occupent maintenant à prier. Sur la saillie que marque le piédestal de la croix, vous voyez en effet différents objets: des pains, je pense, et des œufs. Sont-ce des pains pour les pauvres? des œufs de Pâques déposés là pour le premier mendiant qui passera? Mystère !

Toutes les trois, ai-je dit, s’occupent à prier; mais elles ne prient pas de la même façon. La plus vieille, la mère peut-être ou la sœur aînée, est à genoux sur la roche dure, entre ses mains bien

i<a jbune; fille: aveuglé a la fontaine: 63

jointes elle tient un long chapelet, et ces mains, ornées du rosaire, elle les lève vers le ciel ou plutôt vers la croix, tandis que sa figure, pleine d’une pieuse anxiété, se tourne vers la jeune aveugle comme pour épier le miracle attendu. Celle-ci, assise sur ses talons plutôt qu’agenouillée, tourne aussi vers la croix un beau visage aux yeux, hélas! fermés, et paraît remuer doucement les lèvres. Sa main gauche retient son châle sur sa poitrine et semble, en même temps, comprimer tes battements d’un cœur trop ému. Cependant la troisième, l’enfant, dont les pieids nus barbotent dans le ruisseau, a saisi la main restée libre de sa grande sœur aveugle et va la lui plonger dans un petit vase qu’elle a rempli sans doute à la fontaine sainte, at the Tioly icell. Tout cela est simple, naturel, sans apprêts! c’est vivant! on dirait un instantané!

Cette anxiété de l’aînée, ces yeux fermés de la cadette, cette confiance naïve de l’enfant, tout dans le tableau parle au cœur. Pendant que les autres prient et attendent, c’est l’enfant qui va chercher l’eau miraculeuse, c’est l’enfant qui l’apporte dans un petit bassin, c’est l’enfant qui va y plonger la main de sa sœur infirme. Remarquezvous, elle marche dans le ruisseau, elle est dans l’eau et. . . si confiante! N’est-ce pas là un détail aussi suggestif qu’intéressant?

Nos chers communiants et nos chères communiantes des premiers jours de mai ne seront-ils pas pour beaucoup ce que cette enfant est pour sa sœur aveugle, les messagers et les messagères qui portent à ceux qu’ils aiment, à ceux qui sont aveugles peut-être, l’eau pure et vivifiante de la

grâce de Dieu? N’est-il pas à espérer que cette année encore les regards très purs et les sourires d’ange de nos fillettes en voiles blancs et de nos garçonnets au brassard immaculé, toucheront quelques cœurs endurcis et réveilleront quelque part une foi endormie? Que de traits touchants n’a-t-on pas racontés à ce sujet? Ce que d’autres ont fait, pourquoi nos enfants ne le pourraient-ils pas?

O chers petits enfants, qui allez communier, si ces lignes tombent sous vos yeux, laissez-nous vous demander de bien prier en ce beau jour de votre première communion. Comme l’enfant à la fontaine sainte - — - at the holy well — vous êtes admis à puiser l’eau de la grâce à la source à jamais sacrée du Cœur de Jésus. Puisez abondamment, pour vous d’abord, et aussi, pour ceux que vous aimez, pour ceux surtout qui peut-être, hélas! sont aveugles! Allez-y avec confiance et priez bien! Priez pour ceux qui vous aiment. Priez pour ceux qui souffrent. Priez surtout pour les aveugles volontaires, je veux dire pour les pécheurs. Jésus vous entendra: car il aime et il écoute les enfants au cœur pur et à la prière confiante!

Montréal, fin d’avril 1900. (Semaine Religieuse.)

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