‹ Articles et étudesChapitre 25 sur 45 · EE BONHEUR DES GRANDS · texte numérisé non relu

EE BONHEUR DES GRANDS

de la bonne église de la rue Richmond; j’y pensais en promenant mes regards un peu distraits sur toutes ces personnes pieuses, venues adorer le Saint-Sacrement exposé!

Le Pape, nous ont dit les dépêches, à la nouvelle de l’assassinat de Monza, a voulu tout de suite prier pour le malheureux roi et sa famille éplorée. Il est bien dans l’ordre de prier avec le Pape!

Je pensais à Humbert! Et je me disais: Autour de sa dépouille royale on va sans doute multiplier les tributs de fleurs et les témoignages de sympathie. . . Mais devant Dieu? Ici-Las, on va chanter en beau langage sa noblesse et sa valeur. . . mais là-haut?

Ah! je ne veux en rien prévenir les jugements de Dieu. Mais ce pauvre roi est parti bien vite. Puis, comment oublier que ce catholique couronné logeait au palais du Quirinal, qu’on a volé au Pape?

Et voilà qu’en réponse me revenaient à l’esprit ces paroles du psalmiste: Misericordias Domini in œternum cantaho! Ne jugeons pas, Seigneur, chantons plutôt vos miséricordes infinies!

Puis, je me rappelais avoir vu un jour a Rome, encore, rue du Sudario, dans l’église du Saint- Suaire des Piémontais, richement décorée aux frais de la maison de Savoie, l’épouse de Humbert, la reine Marguerite, priant avec ferveur devant le Saint-Sacrement exposé!

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Elle était de belle et noble apparence, la reine, et les pauvres la disaient généreuse et charitable.

A sa sortie de l’église, ce jour-là, sa dame d’honneur distribua des aumônes et ellle, la reine, ne fut pas avare de ses sourires aux déshérités qui s’empressaient autour d’elle. Il me souvient même qu’elle attendit quelques instants une pauvre femme que la foule empêchait d’abord d’arriver jusqu’à elle, et reçut de fort bonne grâce des mains de cette nécessiteuse une supplique, que je supposai être une demande de secours.

Le monde sans doute la jugeait heureuse, parce qu’elle était reine et parce qu’elle était riche. Mais à vrai dire, qu’est-ce donc que ce bonheur que l’on recherche et que l’on envie tant ici-bas? Qu’était-il, en vérité, le bonheur qu’on supposait alors être le partage de la reine Marguerite? Qu’est-il surtout aujourd’hui?

Entre son mari, qu’on vient d’assassiner, et son fils, le nouveau roi, Victor Emmanuel III, que les anarchistes menacent déjà, l’épouse et la mère qu’est Marguerite de Savoie n’est-elle pas bien pauvre en fait de bonheur? Sa meilleure richesse, sa seule richesse — comme celle des épouses et des mères, filles du peuple, qui priaient près de m°i n’est-elle pas vraiment de pouvoir tourner ses yeux, de pouvoir lever son cœur vers ce Dieu des chrétiens, qiie les princes de la Maison de Savoie ont jadis si vaillamment servi, et qui reste toujours le consolateur des âmes affligées et des cœurs souffrants?

Montréal, août 1900. (Semaine Religieuse.)

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