‹ Articles et étudesChapitre 24 sur 45 · HUMBERT ET MARGUERITE · texte numérisé non relu

HUMBERT ET MARGUERITE

DE roi! voici le roi! ” Et malgré les influences

de l’éducation du pays natal — la libre

terre d’Amérique, — malgré îles opinions républicaines assez prononcées chez plusieurs, malgré surtout l’antipathie que nos coeurs éprouvaient à l’endroit du roi Humbert, le spoliateur,

nous nous arrêtions par les rues de Rome, mes confrères et moi, au retour des cours universitaires, pour fixer un instant le landau royal.

“ Le roi! ” Il n’y a pas à dire, il y a toujours de la majesté et de î’impressionnant dans ce mot-là!

Donc, sur une route qu’on avait au préalable sablée d’or, venait la voiture du roi, à laquelle toutes les autres cédaient le chemin. Flanqué d’un aide de camp superbement galonné et droit comme un I, mis, lui-même, modestement en costume de bourgeois, le fils de Victor-Emmanuel, l’ami de Garibaldi, le roi de Sardaigne, spoliateur de Rome, Humbert . . . passait.

Il ne m’a jamais paru bien à Taise. Certes, il n’avait rien de l’attitude d’un poltron. Son énorme moustache fièrement menaçante, son sourcil froncé, son œil dur et pénétrant, .le geste même très raide par lequel, à la militaire, il saluait, à droite, à gauche, partout, tout chez lui, me semblait-il, indiquait un brave, un soldat sans peur!

Sans peur, oui, mais non sans reproche; car avec tout cela il avait l’air trop inquiet. On lisait je ne sais quelle anxiété dans l’expression de son regard et sur sa physionomie. On aurait dit qu’il cherchait partout s’il n’aurait pas à saisir un bras levé sur lui et à parer un coup — le coup de poignard italien!

Hélas! il avait raison: l’événement terrible de Monza Ta prouvé; il était loin d’être en sûreté sur ce trône assez mal consolidé que forme le royaume de l’Italie-Unie. Et malgré sa garde noble aux brillantes armures, malgré son aide de camp à l’attitude si correcte et si martiale, à défaut du poignard que sa valeur aurait pu détourner une seconde fois (comme jadis à Naples), une balle assassine devait l’autre soir trouver le chemin de son cœur au sortir d’une fête, où il avait été acclamé!

Pauvre Humbert! Pauvre roi! J’y pensais hier, premier vendredi du mois d’août 1900, jour où Ton s’apprêtait sans doute — en Italie — à ses funérailles; j’y pensais dans ma chapelle latérale

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