A REIMS
Conférence donnée aux élèves du Séminaire de Sainte- 7 herèse, à l'occasion de la Sainte-Cécile, le U novembre 1896.
Monsieur le Supérieur,
Messieurs,
Hout homme a deux pays, le sien et puis la France; si ce mot du poète a quelque part sa raison d’être sur la face du globe, c est bien chez nous Canadiens-Français. Cédés nao-uères et non pas conquis, nous avons gardé, en devenant des sujets loyaux de Sa Majesté Britannique, l’amour de la France profondément enraciné dans nos coeurs. Si je demandais au plus jeune des élémentaires latins ici présents s il aime la France, je suis convaincu qu’il me répondrait avec assurance: « Oh! oui, Monsieur, je l’aime ce cher pays de France.” Et si j’ajoutais: Pour¬
quoi F aimez-vous?” peut-être ne pourrait-il pas expliquer ce pourquoi et me renverrait-il à quelqu’un de ces messieurs de la Philosophie . Mais, monsieur le Philosophe lui-même me dirait-il au juste pourquoi nous aimons tant la France . On
nous a si cruellement abandonnés, on nous a si facilement oubliés !
Messieurs, dans les choses du sentiment, il ne faut pas trop subtiliser. Nous aimons la France! Je l’ai pour ma part admirablement senti, le jour où, du haut de la falaise de Douvres, j’aperçus pour une première fois dans la brume, la vieille terre gauloise! Je l’ai compris, quand il m’a été donné de passer plusieurs semaines dans les poétiques landes de la Bretagne et sur ce sol de Normandie où vivent tant de souvenirs! Je l’ai compris, lorsque tout récemment encore, j’avais le bonheur de m’asseoir sur les bancs de l’Institut Catholique de Paris, de vivre de la même vie, de respirer le même air que ces Français de France, qui me donnaient a moi, Français d’outre-mer, une si cordiale et si sympathique hospitalité! Ah! c’est que, Messieurs, la France est toujours un peu notre patrie. C’est d’elle qu’est sorti ce peuple canadien-français qui est le nôtre. Et si le drapeau aux fleurs de lis a jadis retraversé les mers; si les trois couleurs ne flottent pas sur la citadelle de Québec; si nous avons lieu même de bénir la Providence, qui a permis que le rameau canadien fût détaché du vieil arbre gaulois avant que la terrible secousse de 89 ait ébranlé ses bases de foi et de religion, jusqu’à menacer, semble-t-il, de la précipiter dans l’abîme de la libre pensée; si nous sommes heureux de constater que la terre d’Albion n’a pas été trop avare à l’égard de ce faible rameau canadien, et si nous le voyons ce rameau devenir, malgré les heurts et les secousses, un grand et bel arbre qui protège et protégera sur le sol de la jeune Amérique les
disciples du Christ; s'il nous est permis de croire que tout cela est vrai et que tout cela, nous le devons en partie du moins à la libéralité anglaise; il n’en est pas moins vrai, Messieurs, que, même sous l’égide de l’étendard anglais, nous avons droit de nous souvenir de la France et de l’aimer! “ Honni soit qui mal y pense!”
Ceux de vos supérieurs qui m’ont précédé, Messieurs, sur la terre européenne, ont accoutumé de vous parler, à l’occasion de cette belle fête de sainte Cécile, de l’Italie, de Rome, des musées, des basiliques, des catacombes surtout, si riches en souvenirs chrétiens, et en particulier de cette célèbre crypte de la Voie Appienne, au cimetière de rfaint-Calixte, où se trouve l’excavation qui, pendant sept siècles, du 2e au 9e, a servi de tombeau à la douce et intéressante patronne des musiciens chrétiens. Vous ne m’en voudrez pas si je n’ose m’aventurer sur un terrain si savamment, je le sais, et si brillamment exploré. Mais je vous prie de vous souvenir qu’en vous parlant ce soir de la France, c’est à sainte Cécile que je veux rendre hommage. Je compte même que la douce vierge me pardonnera de lui fausser compagnie, pour ainsi dire, et qu’elle daignera, du haut de son trône de gloire, bénir ma faible parole et lui faire porter dans vos âmes des fruits de foi et de patriotisme, afin que vous puissiez tous, au jour et à l’heure voulus de Dieu, en bons chrétiens et en dignes citoyens, faire noblement et généreusement les grands combats de la vie!
Je parle de foi et de patriotisme et c’est à dessein, Messieurs; je voudrais en effet vous faire voir que vos frères de France, ceux qui sont vos
frères à tous égards, qui comme vous sont catholiques et comme vous sont jeunes, ceux qui forment “ la jeunesse catholique de France,” savent être des hommes de foi et de patriotisme. Sans doute, Messieurs, je ne prétends pas soutenir qu’ils sont parfaits. Errare humanum est! Ils paient eux aussi le commun tribut aux faiblesses de notre nature; mais je n’hésite pas à affirmer qu’ils donnent souvent à leurs hôtes l’occasion de les admirer et de les louer. Il est une circonstance, en particulier, où j’ai eu la bonne fortune de saisir sur le fait, en quelque façon, l’expression émue, la note enthousiaste de ces nobles dispositions de l’âme de nos jeunes cousins d’outremer. Je veux parler de la grande convention qui réunissait à Reims, au mois de mai dernier, ce que je crois avoir le droit d’appeler l’élite de la jeunesse catholique de France. Et puisqu’il faut savoir se borner et savoir préciser, surtout dans une conférence, j’ai dessein, Messieurs, de vous entretenir de ce pèlerinage de la jeunesse française à Reims en m’arrêtant à cette idée, qui résume admirablement, ce me semble, les impressions que j’ai emportées de mon .séjour dans la vieille cité rémoise, c’est à savoir, que les jeunes catholiques français ont donné à Reims un double témoignage: témoignage de foi et témoignage de patriotisme.
La France, Messieurs, célèbre cette année, vous le savez sans doute, un bien glorieux anniversaire. Il y aura le 25 décembre prochain, jour de
Noël, quatorze cents ans écoulés depuis que l’évêque Remi a baptisé, à Reims, Clovis, le premier roi de France. A la demande de l’Eminentissime cardinal de Reims, Mgr Langénieux, le Souverain- Pontife glorieusement régnant, Léon XIII, a accordé un jubilé national au peuple français et sur l’invitation du même prince de l’Eglise, successeur de saint Remi, voici que de toutes les parties de l’ancienne Gaule, s’organisent ou vont s’organiser de nombreux pèlerinages au baptistère de Reims. La jeunesse catholique avait été convoquée dès la première heure. Les étudiants de Paris, de Lille, de Lyon, ceux de Toulouse, d’Angers, de Rendes et d’aillçurs, répondirent à l’appel avec empressement. Nous étions là (car j’en étais, Messieurs), plus de trois mille, heureux “ de former les premiers anneaux de ce magnifique défilé qui conduit à Reims, en cette année jubilaire, tout ce qui concourt à la grandeur de la patrie française ” : “ privilège naturel à votre âge, nous di¬
sait un orateur célèbre, car il convient que vous ressembliez à ces jeunes gens, qu’on voyait, symbole de force et de vie, marcher dans le cortège antique au-devant du triomphateur, et le triomphateur ici, Messieurs, continuait le comte Albert de Mun, c’est la France chrétienne! ”
Oui! Messieurs, ils étaient chrétiens et ne craignaient pas de le paraître, ceux au milieu des- * quels j’avais l’honneur de me trouver! Pourquoi en effet étaient-ils venus à Reims et qu’y faisaient-ils?
Ils étaient venus, Messieurs, de Paris ou de Lille, de Lyon ou de Toulouse, d’Angers ou de Rennes, sans trop songer aux coïncidences fâ-
eheuses d’examens, sans trop se demander si leurs bourses (des bourses d’étudiants) n’en seraient pas singulièrement allégées, ils étaient venus nombreux, de loin comme de près... pourquoi? parce que la voix d’un grand évêque et illustre prince de l’Eglise les appelait au berceau de la foi française; parce que, dans leurs cœurs de chrétiens, ils voulaient protester contre les déclarations d’athéisme et les négations blasphématoires des francs-maçons qui gouvernent la France, mais qui, Dieu merci, ne sont pas encore la France. Ils étaient venus, dans une circonstance solennelle, proclamer que la jeunesse universitaire de France n’est pas encore toute entière sous le contrôle de la libre pensée; ils étaient venus, Messieurs, dire à la face du monde gouvernemental et officiel: Nous croyons au Christ Fils du Dieu Vivant, nous croyons au Christ qui aime les Francs!
Et certes, Messieurs, c’est bien là ce qu’ils ont dit, c’est bien là ce qu’ils ont proclamé. Les fêtes de la réunion durèrent deux jours: deux jours qui furent bien ce que l’on peut appeler des jours pleins, pleni (lies. Les heures du premier devaient être employées aux pacifiques discussions d’un congrès solennel. Dès l’aurore, tous ces jeunes gens se pressaient aux pieds des saints autels dans la magnifique cathédrale de Reims. Avant d’entrer dans les salles du congrès, où 'seraient discutées les graves questions qui passionnent l’opinion et dont ne peuvent se désintéresser ceux qui ont à cœur le salut de la France, ils avaient voulu s’agenouiller sous le regard de Dieu, demander les lumières de l’Esprit-Saint et se nourrir du pain des forts. La messe commença par le
chant du Veni Creator. A l’évangile, l’éminent recteur des Facultés Catholiques de Lille monta en chaire. Le sujet était tout indiqué, c’était du reste celui dont les esprits étaient pleins, dont les coeurs étaient avides. Avec quelle grâce de langage, avec quelle onction du cœur, le distingué prélat nous parla de la vocation de la France! Je le laisse à penser à ceux qui ont lu quelques pages de Mgr Baunard. Au moment de la communion, tandis (pie les jeunes prêtres, venus en grand nombre, célébraient aux autels latéraux le sacrifice divin, nos amis les étudiants laïques s’approchaient pour la plupart de la Table Sainte et participaient également au banquet eucharistique. N’était-ce pas, Messieurs, le vrai moyen de se préparer aux discussions du Congrès? Jésus- Christ n’a-t-il pas affirmé qu’il est la Voie, la Vérité et la Vie?
Que vous dire, Messieurs, de ces séances du Congrès de la Jeunesse Catholique à Reims? Je vous ai parlé d'un témoignage de foi et d’un témoignage de patriotisme. Il n’est pas séant de faire des divisions arbitraires et je suis bien obligé de convenir que chacune de ces fêtes de Reims exprimait à la fois avec le respect pour Dieu, l’amour pour la patrie. De même que les discours des orateurs sacrés étaient tout vibrants d’émotion patriotique, ainsi les harangues des hommes d’Etat étaientelles plus que jamais animées d’un vivifiant esprit religieux. Toutefois, comme il est naturel, la note religieuse dominait à l’église et la note patriotique était ailleurs plus émouvante. Ainsi en fut-il, rue Robert de Coucy, au cercle des catholiques, où se tinrent les quatre séances du Con-
grès. Sans cloute les résultats pratiques que cette réunion de jeunes catholiques pouvait faire espérer, n’égalaient pas en importance les résultats de l’un de ces congrès de Versailles, où, sénateurs et députés, en deux tours de scrutin, font un Président de la République. Mais je crois, Messieurs, ne pas faire un jugement téméraire en vous disant que nos jeunes amis de Reims m’ont paru aimer tout autant la patrie française que les messieurs en habit noir, que j’ai vus siéger au Palais Bourbon et au Luxembourg! J’admets volontiers que les nombreux orateurs que j’ai entendus, ont touché à beaucoup plus de questions qu’ils n’en ont approfondi. Qu’importe! ils étaient tout de même admirables à entendre! Les œuvres de jeunesse et d’organisation paroissiale, les œuvres dites de revendication ou de liberté, les œuvres de la presse... quelque grave et quelque délicate que soit une question, ils abordent tout, ils discutent tout et avec quel feu, avec quelle chaleur! Pour eux, on le sent, il s’agit de s’organiser pour la défense de leurs droits de catholiques; il s’agit d’arracher la France aux Juifs et aux francs-maçons qui l’oppriment!
Le soir, à huit heures, dans une vaste salle du palais archiépiscopal (salle historique connue sous le nom des Rois, parce que les rois de France y donnaient audience immédiatement après leur sacre), avait lieu la grande séance de clôture. Le cardinal archevêque de Reims ne put venir la présider, comme il avait été entendu, le mauvais état de sa santé ne le lui permit pas. Son vicaire général, Mgr Péchenard, entouré des recteurs et des professeurs des facultés catholiques de
la jfunfsse; catiiouc-’t: de: France: a rfims 131
France, ouvrit la séance par la récitation du Veni Sancte Spiritus. Chacun des jeunes amis qui avaient, à tour de rôle, présidé les 'séances régulières du Congrès rendit compte, en termes chaleureux, des discussions courtoises qui avaient eu lieu, des résolutions auxquelles on s’était arrêté.
Pour être complet, il faudrait répéter ici tout ce qui s’est dit là. Mais, le moyen de résumer tant de belles choses dans le modeste cadre d’une conférence!. . . Laissez-moi vous redire seulement les éloquents appels que M. Ménard, de Paris, et M. Gervais, de Lille, adressaient à leurs camarades: “ Jetez-vous dans la mêlée, nous criait l’orateur parisien — un rédacteur de YUnivcrs — par la plume, en écrivant dans les journaux, par la parole, en enseignant dans les conférences. Vous réveillerez ainsi dans le peuple l’esprit chrétien qui est l’esprit national.”
“ Ah! mes chers amis, continuait le jeune président de l’association des étudiants lillois, ils étaient douze pauvres pêcheurs, hommes de rien, ceux qui ont bouleversé et transformé le monde. Ils avaient le Christ avec eux! Nous sommes ici plusieurs milliers de jeunes gens qui par notre position dans la société pouvons et devons exercer une salutaire influence, nous avons le même Dieu avec nous ; c’est son sang que nous pouvons faire couler dans nos veines, c’est sa chair que nous pouvons mêler à la nôtre; ah! je vous en supplie, faisons notre devoir, tout notre devoir, devenons des chevaliers du Christ, des apôtres pour lui gagner des âmes; nous pourrions changer la face de la France, si nous sortions de cette salle enflammés du zèle apostolique.”
Ces belles paroles retentissaient, Messieurs, dans cette magnifique salle 'des Rois, qui occupe tout l’ayant du palais archiépiscopal et en forme comme le vestibule; dans cette salle que les maîtres de l'art chrétien ont faite si riche et si belle; dans cette salle, où tant de rois de France sont venus, après leur sacre, recevoir les hommages de leurs sujets. Les orateurs avaient à peine besoin d’évoquer le glorieux passé de la France chrétienne, les murs parlaient d’euxmêmes. Et pourtant, comme on aimait à les entendre!
Un grand orateur, un vétéran de l’armée du bien, avait assumé la lourde tâche de clore les débats et de succéder à cette phalange de jeunes vaillants. Franchement, malgré tous les éloges qu’on m’en avait faits, j’ai craint un moment que le célèbre M. Jacquier, avocat lyonnais, ne restât au-dessous de sa tâche et que la comparaison ne lui fût funeste. Les jeunes avaient si bien parlé! Je me trompais. Dès que M. Jacquier eut pris la parole, je compris que j’étais en présence de l’un des plus beaux types d’orateur que l’on puisse imaginer. Il a gardé le feu de la jeunesse, et il a de plus l’expérience à son crédit. C’est un vieux qui a su rester jeune dans tout ce que la jeunesse a de fougueux et d’entraînant; mais c’est un vieux qui parle avec la triple autorité de l’âge, du talent éprouvé et du succès acquis. Je n’insisterai pas, Messieurs, sur le splendide discours du brillant, orateur lyonnais, il couronnait dignement tout ce que j’avais vu et entendu en cette mémorable journée.
Le lendemain, jeudi, 14 mai, le soleil se levait radieux dans un ciel sans nuage. C’était le jour de l’Ascension. Les congressistes de la veille <se faisaient pèlerins pour de bon. A la messe du matin, dite par Mgr Péchenard, communion générale. A dix heures, grand’messe solennelle, pendant laquelle doit avoir lieu une cérémonie qui donnera au pèlerinage sa signification spéciale et toute sa portée: le renouvellement des promesses baptismales. Dans l’après-midi, procession de la châsse de saint Remi dans la basilique qui lui est dédiée, cérémonie que précédera un grand discours de l’illustre conférencier de Notre-Dame, notre recteur à nous des Facultés de Paris, Mgr d’Hulst; et enfin, dans la soirée, banquet de clôture présidé par le plus brillant orateur de France, le comte Albert de Mun.
Riche programme, Messieurs, où la note religieuse, vous l’aurez remarqué, domine absolument.
Le patriotisme ne devait pourtant pas être oublié. Une cérémonie toute spéciale, la bénédiction du drapeau des étudiants alsaciens et lorrains de l’Université catholique de Lille en serait le prétexte et l’occasion. J’intervertis l’ordre que j’ai suivi pour le premier jour et vous parle tout d’abord de cette manifestation patriotique; j’essaierai de vous faire entendre ensuite quelques échos des manifestations religieuses de ce grand jour.
Donc, vers les neuf heures et demie, les trains de Paris nous ayant amené les retardataires,
nous nous retrouvions tons réunis dans la cour d’honneur du palais archiépiscopal. Sur le double escalier du perron se massent les professeurs et les représentants officiels des Facultés de Paris, de Lille, d’Angers, de Toulouse, de Rennes et de Lyon. C’est le cardinal lui-même, qui, malgré les ordres des médecins, en dépit de la consigne, tient à venir recevoir nos hommages et bénir le drapeau.
Quand Son Eminence parut, revêtue de la pourpre romaine, entourée de ses vicaires généraux et des recteurs des universités catholiques de France, un immense vivat éclata. Le président de l’Association de la jeunesse catholique, M. le comte de Roquefeuille, salua au nom de tous l’illustre prince de l’Eglise.
Le spectacle était vraiment beau! Au milieu des bannières et des oriflammes qui flottaient dans la brise du matin, un étudiant tenait haut et ferme le drapeau tricolore d’Alsace-Lorraine, voilé d’un large crêpe. Vous savez, Messieurs, que depuis 1870, les provinces d’Alsace et de Lorraine appartiennent aux Allemands. Ce crêpe voilant les trois couleurs est donc une protestation. “ D’un geste solennel, racontait un chroniqueur, le cardinal se découvre devant le drapeau en deuil. On dirait qu’il va pleurer, tant sa voix tremble et tant il y a de tristesse dans sa physionomie. Il parle des provinces perdues. “Prions Dieu, dit-il, qu il nous les rende et qu’il nous fasse dignes de les recevoir”, et il prononce les formules sacrées sur le drapeau.
M. Gervais, de Lille, lui adresse alors ce court et cordial merci: “Eminence, permettez-moi au
nom des étudiants lillois, d’offrir à Votre Grandeur la profonde expression de leur respectueuse gratitude. En bénissant ce drapeau, vous avez fait luire une clarté d’espérance dans ces cœurs où brûle l’ardent amour de la patrie. Nous emporterons pieusement cet étendard des Alsaciens et Lorrains de l’université catholique de Lille; mais au nom de mes amis et au nom de leurs successeurs, j’en fais le serment solennel, lorsque, tôt ou tard, l’heure de la victoire aura sonné, lorsque nous pourrons arracher ce crêpe qui voile l’éclat de nos trois couleurs, les étudiants viendront déposer ce trophée dans cette salle des Rois, témoin de tant de gloire. Et ce jour-là, dans l’antique cathédrale, retentiront les accents d’un Te Deum, comme jamais ses voûtes n’en auront entendu! ”
On comprend, Messieurs, quelle indicible émotion empoigne alors tous ces cœurs enthousiastes. Car le drapeau, c’est la patrie! “Le drapeau, s’écriait un jour, dans un de ses plus admirables mouvements d’éloquence, le Père Monsabré, n’est-il pas le signe auquel se reconnaît une nation? Ses fastes historiques, ses institutions, ses lois, ses coutumes, 'sa vie, tout est la: là, dans ce morceau d’étoffe que les vents tourmentent ou qui pend négligemment sur sa hampe. Il se lève, on se lève avec lui; il marche, on le suit; il s’agite dans la mêlée, on l’entoure, on le défend au péril de sa vie. Les sabres, les balles, la mitraille se disputent ses lambeaux. Ce n’est plus qu une guenille, et devant cette guenille abreuvée de gloire, les tambours battent, les soldats présentent les armes. Debout, citoyens, voilà la France qui passe! Vive la France!”
C’est sous l’empire de ces émotions bénies que nous nous formâmes en procession pour nous rendre, tous ensemble, drapeaux déployés, dans cette superbe cathédrale, où jadis, pour parler avec Victor Hugo:
. Venaient tous nos rois,
De ce pas triomphant dont tremblaient les deux pôles S’humilier devant la croix.
Le vénéré cardinal archevêque de Reims ne put célébrer la messe pontificale; Mgr Baunard le remplaça à l’autel. Messieurs, j’ai eu l’honneur et le bonheur d’assister un jour à la messe jubilaire du Pape dans Saint-Pierre de Rome. La circonstance était sans doute beaucoup plus solennelle. A l’occasion du cinquantième anniversaire de son élévation à l’épiscopat, Léon XIII, entouré de plus de quarante cardinaux et de près de deux cent cinquante archevêques et évêques, célébrait le saint Sacrifice à l’autel de la Confession, c’est-à-dire, sur le tombeau même de saint Pierre, le premier Vicaire de Jésus-Christ sur la terre. Je ne sais pas pourtant si la messe de Reims n’a pas laissé dans mon âme des souvenirs tout aussi bienfaisants, tout aussi réconfortants. Quand, à l’évangile, un prêtre à la voix puissante et forte monta en chaire et récita, au nom de tous, la formule de la rénovation des promesses du baptême, quand j’entendis ces voix jeunes et fières sortir de plus de trois mille poitrines et répéter, après le prêtre, en une puissante clameur: “ Je crois en Dieu; je crois en Jésus-Christ; je crois au Saint-Esprit; je crois à l’Eglise; je crois à la vie éternelle...” et quand je vis, Messieurs, toutes ces mains levées vers l’autel en
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signe de serinent; dans mon cœur de catholique et dans mon cœur de prêtre, je me sentis heureux d’être l’enfant d’un pays qui est né de la France; je me sentis heureux d’appartenir, dans une certaine mesure, à cette nation franque, qui, malgré ses fautes et malgré ses revers, me paraissait être toujours la grande nation.
La cérémonie terminée, le célébrant entonna le Credo que trois mille voix prolongèrent sous les voûtes de la Basilique en retentissants échos. Etait-il possible d’écouter, sans tressaillir jusqu’au plus intime de l’âme, ces milliers d’étudiants chanter, avec une émotion visible, le Credo que leurs pères et leurs aïeux chantaient, il y aura bientôt quatorze siècles, ce Credo que les croisés de saint Louis allaient répéter jusque sous les murs de Jérusalem, ce Credo que redisaient les hommes d’armes de Jehanne la Bonne Loraine, ce Credo que murmurait encore sur l’échafaud de 93 celui qu’on a appelé le roimartyr. . . . et cela, Messieurs, dans cette superbe cathédrale de Reims, où tant de princes reçurent l’onction royale pour la gloire de la France et le service de Dieu !
La gloire de la France n’a-t-elle pas été, en effet, d’accomplir dans le monde les Gestes de Dieu: Gesta Del per Franeos! C’est la pensée que développa, à la réunion de l’après-midi, dans la basilique de Kaint-Remi, le conférencier de Notre- Dame de Paris, Mgr d’Hulst. L’éminent recteur des Facultés catholiques de Paris est avant tout un philosophe qui ne cherche l’éloquence que dans les raisons des choses. En inclinant l’avenir devant le passé, suivant sa belle expression, il
voulait donner une leçon aux hommes de l’avenir. Lumière, pureté, dévouement, telles sont les trois divines forces que Clovis et ses Francs emportèrent du baptistère de Reims; lumière, pureté, dévouement, telles sont les trois forces dont nous devons nous aussi nous munir. Tout son discours est là! Pendant une heure nous écoutons dans un religieux silence, “ le seul applaudissement que demande la parole de Dieu,” écrivait quelqu’un, les calmes et nobles accents de l’éloquent prélat, que l’un de ses biographes n’a pas craint d’appeler “ le premier des ecclésiastiques de France par la notoriété et le talent.”
Permettez-moi, Messieurs, d’ouvrir ici une parenthèse, pour rendre un sincère et filial hommage à la mémoire de cet illustre prélat, dont l’Eglise de France pleure actuellement la perte. Mgr d’Hulst a rendu à sa patrie et à l’Eglise, dont il était l’enfant soumis, des services assez grands pour qu’il soit naturel à tous ceux qui aiment l’Eglise et la France, de s’émouvoir devant la tombe qui vient de se fermer. Ceux qui l’ont connu et admiré ont la consolation de se rappeler que si Mgr d’Hulst a été un homme d’étude et un savant, la science n’a pas tué chez lui l’amour de la vertu et de la perfection chrétienne; ils sont heureux de se souvenir “ que la mort, du juste est précieuse aux yeux de Dieu.”
Je reviens, Messieurs, à la Basilique de Saint- Rem i. Après le discours du regretté Mgr d’Hulst, la procession s’organise, les présidents et autres dignitaires des diverses associations ont l’honneur de porter sur leurs épaules la châsse qui contient les restes glorieux de Saint-Remi, le “ Baptiste
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de la France,” disait Mgr d’Hulst. Touchante et grandiose manifestation que cette promenade religieuse dans l’intérieur de l’église; elle aurait ajouté à l’émotion de tous, si déjà nous n’avions été, j’ose le dire, fatigués d’être émus!
Cependant nous n’avions pas fini! nos mains avaient encore à applaudir et nos coeurs avaient encore à battre et plus vite et plus fort. Un dernier orateur devait prendre part à ce tournoi d’éloquence, si l’on peut ainsi dire, et c’était le temps, bien que nous fussions en France, de répéter avec les Anglais: The last but not the least, le dernier mais non pas le moindre! C’est qu’en effet, M. le comte Albert de Mun avait accepté de venir présider notre banquet de clôture. Le grand orateur catholique n’avait pas pris la parole en public depuis plus de deux ans, pour cause de maladie. C’était pour moi une occasion presque inespérée d’entendre celui dont si souvent, alors que j’étais sur les bancs du collège, j’avais admiré les beaux discours dans les Annales catholiques de Chantrel.
Avez-vous remarqué, Messieurs, que très souvent quand on a beaucoup loué un homme devant vous, un orateur surtout, et qu’il vous arrive de l’entendre, il reste au-dessous de l’idéal que vous vous en étiez formé? Je ne vous cacherai pas que c’est là une impression que j’ai ressentie en entendant MM. de Curtins et Cattori en Suisse, le P. Zocchi en Italie, Mgr d’Hulst, le P. Olivier et même le P. Monsabré en France. Pour M. de Mun, ç’a été tout le contraire! Il a grandi encore dans mon admiration; et j’aime autant vous l’avouer tout simplement: je me sens incapable de vous dire l’impression qu’il m’a faite. C’est
pour moi le plus grand, le plus sympathique et le plus éloquent orateur que j’aie jamais entendu.
(Si au moins, Messieurs, je pouvais me permettre de vous résumer le merveilleux discours qu’il nous a donné à Reims, où il était venu, disait-il, “retremper ses forces au contact de notre jeunesse, comme un voyageur meurtri aux pierres du chemin, baigne à l’eau vive de la source son front et ses mains.” Lui aussi, il évoquait le passé de la France pour y puiser des leçons de foi et de patriotisme et les jeter avec toute la force de sa noble éloquence à cette jeunesse qu’il fait profession de tant aimer. Son discours ne se résume pas; il faudrait tout dire, car tout est si beau! Je citerai les mots de la tin, qui me serviront à moi aussi de conclusion. L’illustre orateur voulait mettre en garde ses jeunes compatriotes contre ce dégoût de la lutte qui provient souvent de la crainte ou de l’habitude de l’insuccès. “ Contre cet “ état d’âme, disait-il, je voudrais, Messieurs, jus- “ qu’au bout vous défendre de toutes mes forces. “ Car la vie c’est la lutte et non pas la victoire. Je “me souviens qu’au jour de Gravelotte — Gravelotte, vous le savez, est une des journées terribles de la guerre franco-prussienne, pendant laquelle M. de Mun a servi sous les drapeaux — “ Je me souviens qu’au jour de Gravelotte et sous “ la pluie des obus, un de mes chefs se tournant “ vers moi, me dit, le visage souriant: “ Ah! quelle “ belle fête! ” Ce n’était pas la vaine fanfaron- “ nade d’un calme affecté, mais, dans le noble or- “ gueil du métier, la joie sincère du devoir accom- “ pli. Depuis, j’ai souvent pensé, sur d’autres “ champs de bataille, à cette parole du soldat, et
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“ j’ai connu que le sacrifice était une fête, même “ quand il fait couler le sang par les blessures du “ cœur. Ce sout, Messieurs, les joies que je vous “ souhaite comme le cortège de votre vie. Il en “ est peut-être de plus douces : il n’y en a pas de “ plus nobles ni de plus fécondes. Et quand elles “ vous paraîtront trop amères, continuait-il, re- “ tournez, Messieurs, votre pensée vers ces grands u jours de Reims. Laissez vos cœurs s’enivrer “dans l’orgueil de vos fastes patriotiques. Reu montez de Clovis à Jeanne d'Arc, de Tolbiac a “ Orléans, le cours de cette merveilleuse épopée “ qui fait à notre nation une place unique entre “les nations. . . Vous trouverez, dans la contem- “ plation de ces grands souvenirs et de ce spec- “ tacle inattendu, la foi qui enfante les sacrifices “et l’espérance qui exalte les courages!”
Avais-je tort, Messieurs, de prétendre que nos jeunes cousins d’outre-mer ont donné à Reims un témoignage de patriotisme? Puissent-ils, ces chers amis, être fidèles à toutes les belles résolutions qu’ils ont emportées dans chacune de leurs provinces, dans chacune de leurs villes! Puissentils, selon le vœu de M. de Mun, être des hommes d’action! Ils réussiront alors, avec l’aide de Dieu, à “ bouter hors de France ”, comme disait Jeanne d’Arc, les Juifs et les francs-maçons qui la voudraient déchristianiser !
J’ai cru bien faire, Messieurs, en vous communiquant ces impressions et souvenirs des belles fêtes de Reims! Si j’ai pu contribuer à augmenter en vos âmes l’amour de cette religion, qui a fait notre ancienne mère patrie si grande, et le respect de ces traditions françaises qui sont une
noble part de l’héritage de notre race canadienne; si j’ai réussi à vous exhorter, par cette modeste conférence, à être toujours d’excellents citoyens et de bons chrétiens, Messieurs, j’ai atteint mon but, j’en suis heureux et j’en remercie Celui qui selon le mot de saint Paul “ donne l’accroissement ” “ qui incrementum dat, Deus.”
Novembre 1896.
UN CHEVALIER DE DIEU
1er ARTICLE
nq 21 janvier dernier, M. le comte Albert de
Mun prononçait un discours, à la chambre
française, à propos du “ projet de loi relatif au contrat d’association C’est l’un des plus beaux qu’il ait jamais dits.
Personne n’ignore, parmi les lecteurs des feuilles publiques qui se distinguent des liseurs de nouvelles, que ce projet liberticide, que l’on veut imposer à la France — comme tant d’autres, hélas! — au nom de la liberté, ne vise à rien moins qu’à supprimer graduellement, sur le sol de notre ancienne mère patrie, toutes les congrégations religieuses.
11 A supprimer graduellement ”, avons-nous dit. En effet, le ministère Waldeck-Rousseau fait des réserves pour le moment. La commission chargée d’étudier le projet entend ne pas toucher pour l’instant, c’est son rapporteur M. Trouillot qui nous l’affirme, aux congrégations autorisées. Même, si nous en croyons Don Alessandro, notre
distingué collaborateur romain, (1) et tout indique qu'il sait puiser ses renseignements à bonne source, l'ambassadeur français auprès du Vatican, M. Nisard, aurait proposé tout récemment au Souverain Pontife, au nom de son gouvernement, de ne sacrifier complètement que les Jésuites et de conserver toutes les autres congrégations, mais en les mettant sous la dépendance absolue des évêques diocésains... c’est-àdire, d’enlever à toutes les congrégations leur organisation et leur autonomie particulière, et puis de tuer tout simplement les Jésuites! Rien que cela! Cette information venue de Rome nous donne, à la vérité, quelque espérance. Le gouvernement fait mine d'entrer dans la voie des concessions. Qui sait si le parti au pouvoir, représenté par le ministère Waldeck-Rousseau, se sentant d’une part porté trop loin par les bruyantes sorties de ses amis intransigeants, les socialistes, dont M. Viviani s'est fait l’éloquent porte-parole, et, se voyant d’autre part mis en contradiction avec lui-même par les modérés de la faction Méline-Ribot et par les catholiques comme Piou et de Mun, ne va pas ajourner son funeste projet sur les “ associations ”, comme il fit l’an dernier pour son projet sur le “ stage scolaire ”?
Le pape n’a pas accepté' les propositions de M. Nisard. Il ne veut pas qu’on désorganise ces filles dévouées de l’Eglise qui s’appellent les congrégations; et les opportunistes de la chambre française n’auront pas son assentiment non plus
(1) Cette étude a paru dans la Semaine Religieuse de Montréal, dont le correspondant anonyme Don Alessandro est le collaborateur.
UN CHËVAUER DE DIEU
pour occire avec sécurité ces bons fils de Loyola.
D;ailleurs, les Pères Jésuites ont la vie tenace! On a beau les bannir, les chasser, les dépouiller et les tuer , ils ont pris l’habitude depuis longtemps de ne pas s’en porter beaucoup plus mal, de prospérer quand même, 'de ressusciter toujours et d’aller jusqu’à faire le plus de bien possible, à leurs persécuteurs eux-mêmes. Actuellement ils comptent encore de nombreux anciens élèves dans les rangs de la chambre française et jusque sur les bancs des ministres. Le sang des persécutés et des martyrs féconde toujours la moisson chrétienne!
Il n’en reste pas moins vrai, hélas! que la lutte actuelle en France est très vive et qu’elle peut amener les conséquences les plus funestes. Voilà pourquoi les événements qui se déroulent depuis un mois sous les arceaux du Palais Bourbon méritent à bon droit de fixer l’attention publique.
Dans ce débat désormais fameux, où tous les partis ont été représentés par des hommes éminents dont la réputation d’éloquence n’est plus à faire, la grande figure du comte Albert de Mun, que l’un de ses biographes appelait si justement, dès 1895, le Chevalier de Dieu, nous paraît dominer toutes les autres d’une grande hauteur.
Certes, nous ne nions pas à MM. Iîenault-Morlière, Viviani, Pion, Trouillot, Waldeck-Rousseau, Bibot et Lerolle de grandes et belles qualités, et nous ne cachons pas que la lecture des discours de ceux-là mêmes qui ne partagent pas nos convictions chrétiennes est des plus instructives et des plus attachantes. Où qu’il soit, le talent est un don de Dieu qui mérite des égards. La supériorité
intellectuelle est par elle-même digne d’admiration. Elle est un reflet humain de la beauté divine. Si, hélas! par aveuglement ou par calcul, avec bonne ou mauvaise foi, des hommes supérieurs mettent leurs talents au service d’une cause malheureuse, on peut et on doit les combattre; mais il n’est pas défendu de s’incliner devant leurs belles qualités, il convient de respecter leur bonne foi peut-être et il faut en tout cas être charitable pour les personnes, toujours.
Toutefois il semble que, dans cet important débat, le discours du comte Albert de Mun ait en quelque façon épuisé la matière, surtout au point de vue catholique, et qu’il ait fait bonne justice en stigmatisant le néfaste projet des radicaux et des socialistes.
C’est pourquoi, voulant exposer sous les yeux de nos lecteurs ce passionnant sujet, qui une fois de plus en France met aux prises les chevaliers de Dieu et les tenants de la libre pensée, nous croirons avoir atteint notre but lorsque nous aurons étudié et admiré avec eux, en une courte série d’articles, la magistrale pièce d’éloquence tombée l’autre jour des lèvres d’Albert de Mun.
L’éloquent député a touché tous les points importants du trop fameux projet, d’une main de maître, il a arraché tons les masques, avec autorité, il a montré les situations diverses sous leur vrai jour.
C’est dans le rôle d’une revue religieuse, comme la nôtre, de signaler ainsi de temps à autre les hauts faits d’un chevalier de Dieu. Ce serait peutêtre moins dans ses attributions de s’arrêter, quand ce serait pour les discuter, aux sophismes,
UN CHEVALIER DE DIEU
aux faux-fuyants, et aux déclarations haineuses et blasphématoires que le centre gauche , la gauche et P extrême gauche ont multipliés naguère sous les voûtes de la chambre française.
Ces messieurs, Ludovic d’Eu, (1) après beaucoup d’autres écrivains, les a appelés des sectaires. Qui donc nous a dit qu’on s’en était quelque part étonné? Les élus du suffrage universel, paraît-il, ne sont pas des sectaires, car les élus . . . c’est le peuple! Curieux argument! Qu’importe, après tout! Lors même que le suffrage serait donné librement et qu’il serait vraiment la voix de la majorité de la nation, ce qui est plus que contestable. . . Qu’importe! si les élus du peuple trompent le peuple. Qu’importe! s’il est vrai que les hommes au pouvoir, en France, sont les instruments de l’œuvre maçonnique et anti-chrétienne. Qu’importe alors! Le mot est dur, mais il est juste: ce sont des sectaires. C’est là notre conviction, et nous l’affirmons en toute liberté.
Contre ces sectaires, le chevalier de Dieu qu’est le comte Albert de Mun, s’est levé une fois encore; et, comme il a coutume de le faire, depuis vingt-cinq ans qu’il est en chambre, il leur a livré un rude et vif combat.
Nous parlerons, si l’on veut bien, du brillant chevalier et de sa joute éloquente dans nos prochains articles.
(1) Ludovic d’Eu, un autre correspondant anonyme de la Semaine Religieuse.
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