LE COMTE DE MUN
HË comte Albert de Mun est de haute et bonne lignée. Pour ne pas nous arrêter à une généalogie trop détaillée, notons seulement que d’après une curieuse révélation (sic), que publiait le Petit Journal , de Paris, le 3 décembre 1894, l’éloquent député descendrait en droite ligne de Clovis I, roi des Francs . . . tandis que, d’autre part, au témoignage de l’abbé G. Bertrin, il coulerait dans ses veines du sang de Marie Stuart! Tout le monde sait, au reste ,que la famille de Mun est dès longtemps illustre, et on n’ignore pas non plus que le comte Albert est le fils d’Eugénie de la Ferronays, par conséquent le neveu de madame Augustus Craven, l’auteur du charmant Récit d’une sœur.
Quoi qu’il en soit de ces nobles origines, M. de Mun a mieux encore que la noblesse du sang: il possède la noblesse de l’âme. Profondément chrétienne, son âme sait vibrer, en effet, avec émotion au souffle de tous les sentiments d’une nature généreuse et aimante.
Et non seulement cette âme chevaleresque sait s’émouvoir, ce qui est déjà bien, mais aussi, ce qui est encore mieux, elle sait communiquer aux autres son émotion et sa conviction: c’est dire que c’est une âme d’orateur.
Oui, malgré l’adage latin nascuntur poctœ , fiunt
UN CHEVALIER de DIEU
oratores (1), on peut affirmer que M. de Mun esc né orateur; car il possède à un haut degré toutes les qualités naturelles nécessaires à l’art de convaincre.
“ La nature a beaucoup fait pour M. le comte “ Albert de Mun, écrit quelque part l’abbé G. “ Bertrin (2). Il respire à la fois la distinction et “ la force. Avec sa taille élancée, ses épaules ro- “ bustes, sa moustache dense et courte, et les “ pures lignes de son noble visage que des yeux “ profonds éclairent d’une flamme vive, il offre un “ rare mélange de beauté fière et de mâle vigueur.
“ C’est bien ainsi que l’imagination se repré- “ sente, dans un portrait idéal, un gentilhomme “ soldat. Son discours est commencé avant qu’il “ ait ouvert la bouche: la sympathie qu’il pro- “ voque, dès qu’il paraît, travaille pour lui et fait u à sa parole un chemin facile vers les cœurs. La “ voix est grave, musicale, d’un timbre clair et so- “ nore; le geste modéré avec de l’ampleur; le port “ aristocratique, d’une grâce un peu hautaine, “ mais sans morgue et sans apprêt.”
Ces dons du ciel, M. de Mun les a cultivés par un travail opiniâtre, et c’est ainsi, en développant ses belles qualités naturelles, qu’il s’en sert depuis vingt-cinq ans passés, à la Chambre française, pour la gloire de Dieu et l’honneur de son Eglise!
Pour nous, il nous paraît imposible à qui a en la bonne fortune d’entendre une fois M. de Mun,
(1) On naît poète, on devient orateur.
(2) Grandes figures catholiques (l’abbé Bertrin), vol. IV, p. 275.
de 11e l’oublier jamais. Rien qu’à le lire, on sent qu’il a du souffle et de l’action, mais quand on l’a entendu, c’est bien autre chose... On croit ouïr encore l’admirable musique de sa parole, on revoit son geste ample et digne, sa figure si noblement expressive, son beau front, son œil intelligent, et tout cela donne au discours que vous lisez je ne sais quel entrain et quelle vie.
Et quand vous voyez, qu’après Bossuet, Montalembert et tant d’autres, ce puissant orateur s’est fait le champion de l’Eglise et le chevalier de "Dieu, vous vous sentez fier d’être son frère dans la foi! Car, vraiment, un si noble talent fait honneur au nom catholique!
Ne croyez-vous pas en effet qu’il était honorable aux députés de la droite d’entendre, l’autre jour, M. Des chanel, le président de la Chambre française, rappeler à l’ordre l’un des interrupteurs de M. de Mun, en lui disant simplement: “ Respectez au moins le talent ”.
C’est ce beau talent, avec lequel le grand orateur catholique a défendu la vérité, à propos du “ projet de loi relatif au contrat d’association ”, que nous voudrions mettre en relief sous les yeux du lecteur. Mais comme nous sentons notre insuffisance en face d’une pareille tâche! Qu’on veuille bien nous le pardonner, et ne voir dans nos articles que la bonne intention que nous avons d’être peut-être utile à ceux qui s’occupent de cette haute question de la loi d’association, si palpitante d’intérêt.
Dans la mémorable séance du 21 janvier dernier, M. de Mun soutenait donc la cause des congrégations religieuses, que le projet de loi de M.
UN CHEVALIER de dieu
W aldeck-Rousseau menace dans leurs droits les plus certains.
Les congrégations, a-t-il dit d’abord, en substance, ne sont pas aussi riches qu’on veut bien le prétendre, et le fameux “ milliard ” qu’elles possèdent, selon M. Waldeck-Rousseau, n’est qu’un fantôme, qu’on a évoqué comme un épouvantail et qui s'évanouit dès qu’on veut le toucher. D’ailleurs la mainmorte congréganiste est loin d’être la plus considérable qui existe en France, et le péril économique que l'on signale dans le prétendu milliard est un mythe.
On n'a pas droit, non plus, de mettre les religieux hors la loi commune, a continué l’orateur catholique, sous prétexte qu’ils sont des corps 'improductifs; car leur œuvre à l’extérieur et à l’intérieur du pays est toute à l’honneur et h 1 intérêt de la patrie française, en même temps qu’elle est à la gloire de Dieu.
La vraie raison, a-t-il proclamé enfin, de l’action anti-cléricale du gouvernement, c’est que l’on veut revenir indirectement, avec moins de franchise mais avec autant de haine, à l’attaque, si souvent renouvelée et si souvent infructueuse, contre les admirables éducateurs que savent être les religieux pour les chers élèves que les pères de famille leur confient librement. “ Derrière le bruit et les mots, ce qu’on aperçoit, c’est l’éternelle prétention des Jacobins à gouverner les idées, à imposer des doctrines, à révolter les consciences.”
Or cela, c’est un attentat aux droits les plus sacrés des pères de famille français, et le gouvernement ne saurait être justifiable d oppiimer ainsi le droit par la force.
Telles sont les propositions générales qu’a développées M. de Mun, avec une sûreté de doctrine, une science des faits, une logique et une éloquence de diction qui décuplaient la vigueur de ses raisonnements et qui sont absolument dignes de la plus complète admiration.
Nous essaierons de nous expliquer sur chacune de ces propositions, avec textes à l’appui, dans les articles qui suivront.
me ARTICLE
Le Milliard des Congrégations.
nA première question qu’aborde M. de Mun
dans son discours, c’est celle de la richesse
des congrégations religieuses en France.
Quel est donc cet épouvantail du “ milliard ” des congrégations que le gouvernement Waldeck- Rousseau a voulu agiter devant le pays?
On a fait une enquête, explique l’orateur, pour reconnaître la nature et la qualité des biens religieux. Cette enquête, elle est incontrôlable et partant sans autorité. Quels biens appartiennent aux religieux? On ne sait pas au juste. Il y a confusion voulue, et voulue à ce point que M. le directeur des contributions (M. Payelle) prévient lui-même ses agents que les données statistiques qu’ils vont recueillir, pour l’information du gouvernement, ne pourront pas servir comme base d’un impôt! Devant l’impôt, voyez-vous, on pour-
UN CHEVALIER DE DIEU
rait réclamer, faire instance auprès des tribunaux, et l’administration ne doit pas s’exposer à perdre de nombreux procès.
Mais comment l’enquête — en l’acceptant telle qu’elle est — comment l’enquête compose-t-elle le prestigieux milliard? Voyons jusqu’à quel stupéfiant résultat peut conduire le parti pris.
Il y a d’abord un item de 295 millions, pour lesquels le fait générateur des taxes est encore indéterminé. . . Ces biens sont à l’usage des congréganistes, mais il n’est rien moins que prouvé qu’ils soient la propriété des religieux. . . et d’une!
Il y a ensuite un autre item de biens simplement occupés par les congrégations, lequel se chiffre à 217 millions. . . et de deux!
Il y a enfin un troisième item, et celui-là s’élève à 123 millions, de biens possédés indirectement par les religieux, mais directement par une société civile ou commerciale reconnue... et de trois!
Cela donne G35 millions à déduire du fameux milliard !
“ Vous n’imaginez pas, affirme M. de Mun, en s’adressant aux maîtres du pouvoir, que nous allons accepter sans discussion, sans protestation et sans appel aux tribunaux, les attributions de propriété qu’il a convenu à vos agents de faire pour grossir le volume et constituer le milliard.” (Appl. à droite.)
“ Vous comptez sur les tribunaux? ” interrompt quelqu’un.
“ Permettez-moi de rappeler, répond vivement le distingué député avec un à-propos sanglant, qu’il vous est arrivé précisément de les consulter quelquefois, les tribunaux, et peut-être trouve-
ARTICLES DT ÉTUDDS
rait-on l’explication de votre précipitation à affirmer vos droits, sans recourir à la justice, dans la manière dont quelques-uns d’entre eux vous ont répondu.” Et l’orateur cite des faits.
En définitive, même d’après les chiffres de l’enquête officielle, le milliard se réduit fi 435 millions. Et ces millions représentent, en plus — toujours d’après les chiffres du rapport officiel — 48 mille hectares de biens de mainmorte, tandis que les communes possèdent en France 4 millions 510 mille hectares, qui sont aussi des biens de mainmorte. Voilà les chiffres qu’il faut comparer. Car si la mainmorte est un péril économique, elle ne l’est évidemment pas pour les seuls congréganistes! La conclusion s’impose.
N’y a-t-il pas en outre, argumente M. de Mun, la mainmorte de la féodalité financière, que les socialistes — les soutiens du gouvernement d’aujourd’hui — ont dénoncée avant M. Drumont et les antisémites? N’y a-t-il pas enfin la mainmorte ouvrière, que vous ministres, vous voulez organiser et “ pour laquelle je suis, continue M. de Mun, pour laquelle je voterai, moi, le vieux défenseur de l’idée syndicale ”... ?
“ Pourquoi donc n’avez-vous plus de clameurs que contre les congrégations?”... et le brillant orateur apostrophe ainsi le chef du gouvernement, M. Waldeck-Kousseau: “Vous dites au peuple, à cette foule de déshérités, qui n’ont ni les moyens ni les loisirs de contrôler et de vérifier vos chiffres : “ Tu attends une caisse des re¬
traites... jusqu’ici nous n’avions pas d’argent, “ mais ... il y a le milliard, il est là derrière ces “ murs de couvents, qui sont dans tes villes et qui “ offensent ta vue. . .”
UN CHEVALIER de dieu
A ce moment les socialistes applaudissent, et comme leurs applaudissements engagent et condamnent le gouvernement qui s’appuie sur eux, M. de Munies note avec son ordinaire à propos: “Oui, soulignez de vos applaudissements; ils iront dans le pays, escortant la phrase que je viens de prononcer! ” (Appl. vifs et répétés a droite et au centre.) ”
“Eh! bien, conclut l’orateur, je demande a la Chambre, je demande au pays, si de la part d’un chef de gouvernement il se peut entendre une excitation plus coupable de la passion populaire?”
Et il y a ici plus qu’une excitation coupable des passions ambitieuses des masses, il y a encore dans cette spoliation brutale, qu’on veut légaliser, M. de Mun le fait bien voir, « la préparation de la plus cruelle et de la plus amère des déceptions Quels sont, en effet, en grande partie, les immeubles des congrégations religieuses? Des hôpitaux, des orphelinats, des collèges... Or, qu’est-ce que cela va rapporter pour la fameuse caisse des retraites aux ouvriers?
“ Il y a dans le pays — il faut citer ce beau passage! — Une congrégation religieuse qui s’appelle les5 “ Petites Sœurs des Pauvres Ses immeubles comptent dans le fameux milliard. Que îap portent-ils?. . . Je sais qu’il y a là des vieillards qui sont recueillis dans la misère, qu’oin loge, qu’on couche, qu’on soigne et qu’on nourrit. Je sais ce que cela coûte, mais je ne sais pas ce que cela rapporte.” (Appl. à droite.)
Le même argument, on le comprend, peut se présenter pour le grand nombre de toutes ces pro priétés, asiles des petits et des vieux, des pauvres et des souffrants. Il ne perd guère sa force non
plus lorsqu’il s’agit des collèges. L’Etat sait ce que lui coûtent les lycées. Qu’on fasse un rapprochement avec les écoles libres, il sera significatif.
Et en supposant même, continue en substance le puissant argumentateur, que le gouvernement s’empare de tous les biens ou possédés ou simplement occupés par les religieux, il faudra, pour réaliser le milliard et le verser aux fonds de retraite, vendre ces biens, payer les hypothèques...! A qui vendra-t-on ces hôpitaux, ces orphelinats et ces collèges...?
En un mot ce milliard c’est un fantôme que les hommes du gouvernement ont voulu jeter aux yeux du peuple, comme un épouvantail, pour le tromper sciemment; c’est un fantôme qui s’évanouit dès qu’on veut le saisir!
On pourrait encore ajouter que le gouvernement, dans son projet actuel, fait des réserves qui diminuent d’autant le merveilleux milliard. Parce qu’en effet il ne peut songer, pour le moment, à imposer au pays l'équivalent du bannissement de toutes les congrégations, il proclame, d’accord avec la commission, qu’il ne touchera pas aux biens des congrégations autorisées. Vous voyez en conséquence ce pauvre milliard allant toujours s’affaiblissant.
N’insistons pas cependant sur ce dernier point. Il ne faudrait pas trop compter sur cet adoucissement apporté à la loi draconienne dont sont menacés les religieux. L’adoucissement ne sera que temporaire. Mis en appétit, les socialistes, dont le ministère subit l’influence, exigeront... et obtiendront plus et encore plus. Aujourd’hui, ils se contentent d’un “ gâteau ”. C’est en atten-
UN CHEVALIER DE DIEU
dant. Plus tard il leur faudra un repas complet, jusqu’à ce qu’ils demandent le vrai festin, le grand “ festin capitaliste C’est un premier pas dans la voie funeste, il engage l’avenir! “ Que ferez-vous, monsieur le président du conseil, poursuit M. de Mun avec une logique écrasante, que ferez-vous, quand les adversaires de la propriété capitaliste (les socialistes) viendront ici vous demander d’appliquer à la propriété industrielle et financière les raisonnements qu’on applique aujourd’hui à la propriété des congrégations?”
On le saisit tout de suite, c’est là une question qui met à nu la fourberie opportuniste du ministère Waldeck-Ivousseau.
Toutefois, on avait tenté à l’avance et on devait tenter encore de répondre à cette gênante question. Pour continuer le débat, il fallait que M. de Mun suivît ses adversaires sur un autre terrain.
Ce sont les sociétés congréganistes seules que l’on doit sacrifier, disait-on, parce que les autres sociétés, les financières et les industrielles par exemple, profitent au pays, tandis que les congrégations sont des corps improductifs.
Il s’agissait donc maintenant d’exposer, avec sincérité et d’après les faits, les œuvres qu’accomplissent les nombreux religieux français, pour l’intérêt et pour l’honneur de leur patrie, au dehors aussi bien qu’au dedans de la France.
Le thème était suggestif. La haute éloquence du comte de Mun allait le développer avec une ampleur de vue et une chaleur de sentiment dignes des beaux jours des Berryer et des Montalembert.
Nous y viendrons dans notre prochain article.
IVe ARTICLE
L’œuvre des Religieux en France.
Hour expliquer l’insoutenable position du gouvernement, proposant une véritable loi d’exception contre les congrégations, le rapporteur de la commission, M. Trouillot, avait dressé contre les religieux tout un réquisitoire. “ Les congrégations, avait-il dit, sont nuisibles à l’Eglise et à l’Etat.”
M. de Mun ne fait que signaler le ridicule de la prétention, émise par M. Trouillot, de défendre l’Eglise contre les religieux, puis il vient à la vraie question, c’est à savoir: Les religieux français sont-ils nuisibles à l’Etat? Et, s’emparant des paroles mêmes du ministre des Affaires Etrangères, M. Del cassé, des ambassadeurs Constans et Doumier et de plusieurs autres, peu suspects de cléricalisme, il rend un splendide hommage aux religieux, qui, de l’aveu de tous, travaillent partout à l’honneur du drapeau de la France, en même temps qu’à la gloire de Jésus- Christ.
Pour ne citer qu'un fait récent, entre tous ceux qu’il évoque, écoutons comment il parle du rôle des religieux dans les affaires de Chine:
“ Hier encore, quand le grand drame de Pékin a été terminé, quand le rideau s’est levé sur toute cette magique histoire, une figure est apparue, celle d’un homme en union parfaite avec le mi-
UN CHEVALIER de dieu
nistre de France, uni avec lui dans le péril et dans le combat, comme la veille dans la négociation et la paix: c’est la figure de Mgr Favier. (Rumeurs à l’extrême gauche).
“ Il n’y a personne ici ni au dehors qui ait oublié cette grande journée du 11 août de l’année dernière, quand, au drapeau tricolore déployé sur le sommet de la cathédrale, à la fanfare du Père Bugeaud sonné par le clairon des chrétiens, par l’évêque lui-même, répondit tout à coup la clameur des petits soldats habillés en bleu. (Vifs applaudissements.) C’étaient les marsouins conduits par le commandant Darty; et l’évêque termine son récit en disant: u On s’embrassa en pleurant. Nous étions délivrés et délivrés par des soldats français!” Il exprimait dans ces dernières paroles, avec le contentement du salut inespéré, la joie du patriotisme satisfait.” (Vifs applaudissements à droite et au centre.)
Tels sont les missionnaires: apôtres sans doute, mais aussi patriotes dans le beau sens du mot.
Aussi bien leurs œuvres sont-elles partout admirables. Et M. de Mun, ce qui ne manque pas de piquant, va jusqu’à rappeler, que lors de l’Exposition Universelle, il eut l’occasion de remarquer que les œuvres exposées au pavillon des missions catholiques, avaient l’avantage d’intéresser grandement M. le Président de la République (1) et M. le ministre du commerce. (2)
Eh! bien, par qui donc va-t-on remplacer dans les colonies ces apôtres patriotes? Qui en parti-
(1) M. Loubet.
(2) M. Millerand.
culier enseignera à leur place les 600,000 à 700,000 enfants qu’ils instruisent là-bas, en Orient, en Extrême-Orient, en leur parlant de Dieu et de la France?
Sans doute on fait encore des réserves, et, pour les hommes actuellement au pouvoir, comme pour tous les gouvernements même les plus radicaux, l’anticléricalisme n’est pas explicitement un article d’exportation. Pour l’œuvre de la France à l'étranger on hésiterait encore à se priver directement de l’assistance des missionnaires. Mais enfin, si l’on tarit l’eau à la source, que vat-il arriver? Si l’on supprime les missions en France, il est clair qu’il n’y aura plus de missionnaires français.
Après avoir établi que loin d’être nuisibles les religieux sont indispensables à l’action de la France à l’extérieur, comme du reste l’avait si admirablement indiqué le Souverain Pontife dans sa lettre au cardinal Richard, l’orateur catholique se demande si les religieux sont bien — comme on le prétend — inutiles et improductifs à l’intérieur même de la patrie française.
Il rend volontiers hommage, en passant, aux services que fournit 1 ’ Assistance Publique — œuvre laïque sous le contrôle de l’Etat — mais il la met au défi, étant données les charges financières qui l’écrasent, de subvenir en plus aux besoins de cette multitude de pauvres, de malades et de miséreux que soutient la charité catholique.
Pour le moment il n’insiste pas sur les œuvres d’enseignement, il doit y revenir. Il s’arrête plutôt à montrer, non sans une fine pointe d’ironie, l’étrange conduite des membres du cabinet Wal-
UN CHBVAUIUR DU DlUU
deck-Rousseau, qui s’en vont de par la France, dans leurs tournées officielles, décorant ici et là des religieuses et des missionnaires . . . tandis que s’élabore au ministère le néfaste projet qui doit tuer doucement toutes les œuvres des moines et des bonnes sœurs! Contradiction flagrante!
Oli! je sais, dit-il, qu’on va nous répondre qu’il ne sera fait aucun mal aux congrégations autorisées . . . mais, remarque-t-il à nouveau, “ le gouvernement reste pour l’avenir le prisonnier des principes qu'il pose,” il faudra qu’il en vienne logiquement (c’est ce que prouve l’addition au projet de loi demandée par les socialistes) à supprimer toutes les congrégations. Donc cette réponse ne vaut rien.
D’ailleurs, poursuit le puissant logicien, enfermant les promoteurs de la loi dans un dilemme qui n’est pas commode, si le grand danger économique que vous redoutez est constitué par la mainmorte congréganiste, vous ne pouvez pas distinguer entre congrégations autorisées et congrégations non autorisées! Car la mainmorte existe autant chez les unes que chez les autres.
Il y a plus encore! Il y a le fameux principe nouveau des droits qui ne sont pas dans le commerce, dont a parlé M. Waldeck-Rousseau, il y a le principe étrange de u Yillicéité des vœux ”, qu’on a cru devoir défendre avec ardeur. Or, les religieux autorisés, comme ceux qui ne le sont pas, renoncent à des droits qui ne sont pas dans le commerce. En vertu de ses principes, le gouvernement doit donc supprimer les premiers aussi bien que les derniers, car eux aussi ils font des vœux.
Et puisque ces religieux ont le privilège d’in-
quiéter si f ort les charitables libres penseurs, l’éloquent champion de la cause catholique saisit l’occasion de s’expliquer à leur sujet.
On ne comprend pas, chez les docteurs de la libre pensée, comment il se fait que des hommes libres se renoncent à eux-mêmes — abneget semetipsum! — librement, pour se consacrer à Dieu et à ses œuvres. Ces hommes-là, pour M. Viviani, ne sont et ne peuvent être que des mécontents et des découragés. Pour le brillant orateur socialiste, l’inlassable fécondité des congrégations ne se peut expliquer que par les faveurs de l’ancien régime ou par certains besoins de revanche.
Oh! il faut lire la réponse de M. de Mun, cette noble et vibrante page, où le grand orateur catholique donne à la Chambre française l’une des plus belles et des plus profondes leçons de christianisme qu’elle ait jamais entendues. Déjà elle a été citée cette page par toutes les revues catholiques. Elle mérite, on va le voir, d’être conservée aux générations chrétiennes de l’avenir. Elle est certainement l’un des échos les plus pathétiques du magique scquere me de Jésus, le divin Maître:
“ Messieurs, cette question profonde des œuvres de religion, M. Viviani l’a touchée dans son beau
discours, dont moins que personne - encore tout
confus des paroles qu’il m’a adressées — je pourrais méconnaître l’éloquence et la hauteur. M. Piou lui a magnifiquement répondu, et je ne devrais pas ranimer ici ce débat philosophique. Cependant, que M. Viviani me permette de le lui dire, il ignore ce qui se cache dans ces asiles, dont il a parlé dans une langue à la fois si noble et si passionnée. Il l’ignore, et il en cherche vaine-
UN CHEVALIER de dieu
ment le secret dans les aspirations inassouvies et dans les injustices d’une société imparfaitement organisée. Ce n’est pas là qu’il le trouvera. Il n’en découvrira même qu’une bien faible part dans l’abdication volontaire des âmes découragées de la vie, qui demandent au cloître le silence et la paix.
“ M. Yiviani a éveillé l’écho de la grande voix de Berryer. J’ose le dire, Berryer, Berryer luimême, dans ce superbe discours de 1845, n’a soulevé qu’un coin du voile, et, sans doute, M. Piou le disait, il n’est pas permis de le soulever tout entier devant une assemblée politique. Cependant, permettez-moi de le dire, non! ce n’est pas le découragement et la lassitude, ce n’est pas la déception du cœur ni l’effroi de la vie qui peuple les couvents; c’est l’irrésistible et l’impérissable attrait du sacrifice et du dévouement (vifs appl.); c’est le mystérieux besoin que la foi met aux âmes croyantes d’accomplir par ce don de soi-même la loi fondamentale du christianisme. Ne cherchez pas ailleurs le secret de la vie religieuse: il est là, à des profondeurs où les lois et les gouvernements ne peuvent atteindre, où s’alimente sa source intarissable et d’où s’élancent sans trêve, vers le monde refroidi par l’égoïsme, labouré par la misère et la souffrance, ces hommes et ces femmes qui ont renoncé à lui demander ses joies pour lui donner leurs exemples de pauvreté volontaire, de charité héroïque, d’obéissance réfléchie, de dévouement sans récompense humaine, quelquefois payés par l’outrage et par le mépris, et qui font ainsi dans le sacrifice de leur liberté, le dernier, le plus magnifique, le plus décisif usage de la liberté elle-même!” (Appl. prolongés.)
C’est à ce moment, que, rappelant à l’ordre un interrupteur de l’extrême gauche, M. le président Deschanel, évidemment sous le charme de cette chaude éloquence, disait simplement : “ Respectez au moins le talent!” Qui, en effet, ne serait pas ému à de tels accents? Mais le parti pris est aveugle et sourd et l’on comprend, hélas! les interruptions des socialistes!
Elles n’empêchent pas cependant le grand orateur catholique de continuer le développement de sa puissante argumentation.
Contre les héritiers des doctrines de 89, il établit donc qu’en vertu même des principes de la “ déclaration des droits de l’homme ”, toutes les lois qu’on a voulu naguère créer ou appliquer contre les congrégations religieuses se sont effondrées dans les mains de ceux qui s’en voulaient servir; et, la raison, on le perçoit, en est assez simple : c’est que, d’une part, la Révolution a proclamé avec éclat la liberté pour tous et que, d’autre part, les religieux sont eux aussi des citoyens tout comme les autres hommes!
Et c’est ainsi que M. de Mun en arrive à se demander pourquoi les républicains du gouvernement actuel, se séparant violemment des hommes du centre, rompent avec toute logique et veulent imposer au pays cette fameuse “ loi d’association ” que réclament les radicaux et les socialistes?
“Ah! c’est que, dit-il, parmi ces congrégations “ religieuses, parmi ces citoyens, il en est “ quelques-uns qui, usant du droit qui appartient “ à tous, prétendent enseigner la jeunesse et “ trouvent en France beaucoup de familles prêtes “ à leur confier leurs enfants
UN CHEVALIER de dieu
Et c’est bien là la vérité. La mainmorte, le milliard, les vœux illicites . . . tout ça, c’est la mise en scène, c’est la parade! L’orateur veut aller au fond du débat. Nous tâcherons de l’y suivre dans un prochain et dernier article.
Ve ARTICLE
Les Religieux et l’Enseignement.
B Instruction et l’éducation de l’enfance et de la jeunesse sont partout et toujours la grande question nationale. Quiconque aime sa. patrie et veut travailler à sa gloire ne peut évidemment pas se désintéresser de l’avenir, et, l’avenir, il appartient aux jeunes, c’est indéniable!
Aussi n’est-ce pas seulement en France, on peut le noter au passage, que les luttas contre l’Eglise se font d’une manière plus ou moins directe, sur le terrain de renseignement. Voilà pourquoi surtout, il est utile de suivre et d’étudier les événements qui se déroulent actuellement à la Chambre française. Il s’en dégage une leçon dont les économistes chrétiens de tous les pays peuvent faire leur profit.
Pénétrant donc au fond du débat, après avoir nettement dégagé la position, M. de Mun, dans son discours du 21 janvier dernier, arrive à la grosse question de Renseignement des religieux. Tout d’abord il remarque avec esprit et jus-
tusse, que l'opportunisme de M. Waldeck-Rousseau ne lui a pas permis d’être aussi franc que ises compromettants alliés, les socialistes. L’obligation où il s’est trouvé de retraiter naguère, à propos du projet de loi sur le stage scolaire1, l’ayant sans doute suffisamment instruit, M. le President. du Conseil ne s’est pas senti assez fort pour braver directement l’opinion publique. Mais les socialistes sont moins amis des faux-fuyants. L’expédient du milliard et de la mainmorte ne leur suffit pas. Grâce à leurs amendements, la question de l’enseignement émerge des subtilités d’un débat, que M. Waldeck-Rousseau aurait voulu plus habile et moins direct.
Les religieux sont-ils dignes ou indignes d’être les maîtres de la jeunesse, de celle que les pères de famille leur confient libremnt? Voilà le nœud gordien de toute la discussion.
Or, pour soutenir leur prétendue indignité, il faut des preuves. C’est élémentaire. Et puisqu’il y a cinquante ans — pour ne parler que de la dernière période — que les religieux enseignent en France, M. Trouillot (qui fut l’élève des Jésuites!) n’avait qu’à chercher ses preuves dans l’expérience d’un passé assez récent. Au lieu de cela, M. le Rapporteur de la commission s’est lancé (proprio pcriculo ) dans les considérations théologiques, il s’est diverti avec des cas de conscience et il a dénoncé la morale catholique avec des citations latines plus ou moins arrangées.
On pouvait le prévoir, l’érudition de M. Trouillot s’est trouvée assez vite à court . . . Mais, il y a dans la Chambre française d’autres élèves des religieux et des Jésuites. Ceux-là M. de Mun les invite à se lever.
UN CHEVALIER de dieu
“ Eux aussi ils se lèveront, dit-il, et ils vous demanderont compte (à M. Trouillot) de l’accusation que vous portez contre eux.
“ Us nous conduiront devant les tableaux d’honneur où sont inscrits, dans nos écoles, les noms de tous ceux qui tombèrent pour le drapeau (appl.) en quelque main qu’il fût porté, depuis le Mexique jusqu’au Tonkin, sur les champs de bataille de l’Est et sur ceux de la Loire, à Madagascar comme au Soudan.
“ Ils nous montreront la liste des ingénieurs, des savants, des explorateurs comme Brazza et Soleillet, des soldats comme Marchand et Baratter, qui, étrangers à toute pensée politique, ont épuisé leurs forces, exposé leur vie, consacré toute leur intelligence à bien servir la patrie par tous les moyens que fait enfanter l’énergie humaine. Où, quand la France a-t-elle trouvé des serviteurs plus loyaux, plus fidèles, plus efficaces? (Vifs applaudisements.) . . . “Il faudra dire, poursuit plus loin l'éloquent orateur, il faudra dire qui, quels maîtres, quelles leçons, quelles doctrines ont formé, pendant dix siècles, les écri vains, les penseurs, les littérateurs et les savants! Il faudra dire quelles ombres le dogme a jetées sur l’esprit de Pascal, sur l’esprit de Descartes, de quelles ombres il a obscurci le génie de Corneille et celui de Bossuet (applaudissements), de quelles ombres il a obscurci le génie de Pasteur!...”
A cette doctrine des maîtres religieux, Jésuites et autres, à cette doctrine qui est celle de PEo-Fse à cette doctrine qui a formé les générations qui ont fait de la France la grande nation ,
M. de Mun se demande justement quelle doctrine on pourra bien substituer et au nom de qui ou de quoi. 11 jette aux opportunistes le mot célèbre d’Etienne Lamy, en 1879; il les somme de montrer aux chrétiens de France “ de quel S in aï ils descendent,” eux, qui veulent leur dicter une loi nouvelle pour leur conscience! Et il répond pour eux en faisant toucher du doigt, pour ainsi parler, l’infinie variété des enseignements que donnent les maîtres de l’Etat, en philosophie, en histoire et en économie sociale. “ Quoi! conclutil, par un superbe mouvement, dans ce choc, dans ce chaos d’idées et de doctrines, une seule sera proscrite, une seule n’aura ni droit dans la cité, ni voix dans l’école, et ce sera l’idée, la doctrine catholique? ”
Comment donc concilier cette thèse autoritaire et arbitraire avec celle de la liberté pour tous? Sur quel article de la déclaration des droits de V homme peut-on bien appuyer ce dogme exclusiviste? C’est là un problème que les pontifes de la libre pensée ne réussiront jamais à résoudre, fussent-ils armés de tout le bagage de la science moderne!
Comment des libres penseurs, dont “ l’histoire se confond avec celle de la libre discussion ”, peuvent-ils sans rougir imposer aux pères de famille catholiques un enseignement et des maîtres qui répugnent à leurs convictions?
“ Mais, ajoute M. de Mun, les partis ne connaissent pas la pudeur.” Pourvu qu’on réussisse à étouffer l’action de la vie catholique qui se manifeste si belle en France, ces dernières années, on sera content! Et alors, s’inspirant de cette
UN CHEVALIER DU DIEU
foi chrétienne vive et ardente, qui a si souvent fait la force des plus généreux fils de la France, confiant toujours, malgré les tristesses de l’heure présente, dans les destinées futures de sa noble patrie, le successeur de Berryer et de Montalembert prédit, avec une admirable assurance, aux ennemis de la religion, qu’en dépit du nombre, qu’en dépit de leurs forces actuelles. . . ils seront en définitive défaits et vaincus! parce qu’ils ont, dit-il, “ dans leur famille, un héritier plus dangereux que les prétendants au trône!”
“ Votre illusion est étrange, s’écrit-il en s’adressant aux gouvernants opportunistes, vous croyez que vous pourrez d’une main contenir ceux-ci (l’extrême gauche) et de l’autre combattre ceuxlà (la droite). C’est une bien grande erreur. Nous serons peut-être vaincus, mais c’est vous qui serez écrasés.
“ Et peut-être, alors, serez-vous bien heureux de trouver dans ce pays quelques hommes attardés dans les ténèbres du dogme qui croiront encore, pour les avoir appris de leurs maîtres, à quelques-uns des principes sur lesquels s’appuie l’ordre social et qui vous aideront à défendre contre l’héritier les restes de l’héritage ” (Appl.)
Passant plus loin aux signes des temps que ne veulent pas comprendre les fanatiques de la libre pensée, M. de Mun poursuit: “ Vous entendez monter autour de vous, avec surprise, plusieurs avec colère, du sein des milieux intellectuels, le bruit grandissant des aspirations religieuses et des professions de foi imprévues . . . ”
“ Vous voyez cela et vous ne comprenez pas! Vous croyez qu’avec des lois et des décrets, vous
viendrez à bout d’arrêter cet incessant courant de renaissance religieuse! Mais non! tout ce que vous tenterez tournera contre vous-mêmes! Et, vraiment, moi qui rêve, pour mon pays, le retour complet à la foi chrétienne, et qui, dans ma carrière, ne me suis fortement attaché qu’à cette seule idée, je suis tenté de saluer comme une aurore vos promesses de persécutions. Vous croyez «semer des impies, la France récoltera des chrétiens!” (Appl.)
Nous avons tenu à citer longuement cette superbe manifestation de foi chrétienne et de patriotique confiance, parce qu’il nous paraît que la gravité des circonstances lui donne une remarquable valeur.
Ah! sans doute, le grand orateur catholique n’a pu s’empêcher de le dire, ce n’est pas sans tristesse que ses amis et lui acceptent le terrible combat qu’on leur présente. Ils sont tristes d’une “tristesse patriotique”! Mais quand même, ils ont confiance.
“ Au-dessus des disputes et des passions ... il y a un fait qui domine l’histoire des dernières années. C’est l’immense, l’universelle aspiration vers l’apaisement et la réconciliation... L’idée de la patrie devient chaque jour plus puissante: il semble que par un secret instinct la foule embrasse plus étroitement son image sacrée, comme la cité romaine le palladium antique, pour lui demander de rétablir entre les citoyens l’harmonie rompue. . .”
Il n’y a pas à le nier, ce signe des temps a une éloquence significative!
UN CHUVAUIUR DE DIEU
Mais, hélas! cet apaisement, le ministère Waldeck-Rousseau ne l’a pas voulu. Il a mieux aimé rallumer la guerre religieuse!
“ Soit! termine le moderne confesseur de la foi, soit! ce sera votre responsabilité, monsieur le Président du conseil, devant le pays et devant l’histoire. Je crois qu’elle pèsera lourdement sur vos épaules et sur votre nom. La nôtre est dégagée. Il ne nous reste qu’à combattre avec toute notre énergie, sans rien abandonner des droits qui nous appartiennent et sans perdre l’espérance de trouver encore dans le pays et dans le parlement, des hommes assez indépendants, assez confiants dans la liberté, pour les défendre avec nous.” (Appl.)
Nous voudrions avoir à dire que ce discours si digne, si logique et si vibrant à rallié les votes de la majorité. Mais, on le sait, tel n’est pas le cas. La loi a été adoptée en principe. On en discute les articles point par point depuis deux mois. Ges jours derniers on était à l’article 14e ayant pour but, tel qu’amendé, de supprimer l’enseignement par les religieux; le câble nous apprend que, le 22 mars, M. de Mun est revenu à la tribune, reprendre sans doute et développer les idées qui étaient à la base de son argumentation du 21 janvier dernier. Nul doute que la majorité a encore été fidèle à M. Wa ld e ck -Rousse au et, selon toute apparence, la fameuse loi sera définitivement votée.
L’hiver est triste et sombre au cher pays de France. Le 2 février, le pape disait au P. Bailly, qu’il craint pour notre ancienne mère patrie. Mais malgré ses craintes, Sa Sainteté espère encore et sa sympathie pour la très noble nation des Francs ne se dément pas.
Ici, sur les bords du St-Laurent, tout ce qui touche aux destinées de la chère patrie française nous émeut à juste titre. Aussi est-ce de grand cœur que nous prions pour les opprimés et les persécutés.
D’autre part, nous nous souvenons avec fierté que la France est encore la grande pourvoyeuse des œuvres chrétiennes, nous pensons avec émotion à sa générosité pour le pape, à son action pour la propagation de la foi, nous saluons avec respect ses légions de missionnaires, et, malgré les tempêtes de l’orage qui l’assaillent, nous avons foi quand même, nous avons foi toujours en son avenir chrétien.
Selon l’admirable expression de M. de Mur: “ on croit semer des impies, la France récoltera des chrétiens! ”
Et, entre toutes les raisons qui soutiennent notre confiance, ce n’est certes pas la moindre que nous donne actuellement l’admirable lutte que les catholiques soutiennent à la tribune de la Chambre française. Si, en effet, sous la coupole du Palais Bourbon, souvent la force prime le droit, le droit ne s’en affirme pas moins avec éclat, et les tenants de la libre pensée trouvent à qui parler.
Aux noms des Brisson, des Viviani, des Trouillot et des Waldeck-Rousseau, ennemis habiles et puissants sans doute, nous opposons avec une inébranlable confiance — car l’avenir est à Dieu! — les noms des Pion, des Lasies, des Lerolle, des Gayraud, des Lemire et celui du comte Albert de Mun, leur incomparable maître à tous!
UN CHEVALIER DE DIEU
En terminant cette modeste étude, qu’il nous soit permis d’envoyer respectueusement, de nos lointains rivages, à tous ces vaillants défenseurs du droit et plus spécialement au Chevalier de Dieu , qu’est le comte Albert de Mun, l’humble témoignage de notre profonde admiration. (1)
Sherbrooke, mars 1901. ( Semaine Religieuse
de Montréal.)
(1) Après la lecture de ces pages, M. le comte Albert de Mun, vivement touché des sentiments que je lui avais exprimés, m’adressait, à la date du 28 avril 1901, ses sincères remerciements. — E.-J. A., ptre.
UN APPEL A DIEU"1
apportait naguère un article, signé par le Révérend Père Joseph Burnichon, qui est vraiment admirable de fond et de forme.
Le Père Burnichon l’intitule: “Les derniers jours d’un condamné.” On devine qu’il s’agit de ces condamnés pour le crime de vœux de religion, que la loi dite d ’ Association, en France, va chasser ou a déjà chassés loin du sol de leur patrie.
Avec une vivacité saisissante, le distingué Jésuite peint l’état d’âme de ces vénérables bannis, au moment de leur départ; avec une vigueur très fière, il stigmatise leis illogismes et les brutalités des républicains autocrates de 1901; avec une dignité très noble, il proteste contre les lois odieuses; avec un bon sens implacable, il écarte les explications boiteuses et les prétextes fallacieux; puis, à la façon des martyrs, il finit par s’incliner devant l’iniquité des hommes en en appelant à Dieu: “Ad tuum, Domine Jesu, tribunal appello!”
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a livraison des Etudes des Pères de la Compagnie de Jésus du 5 septembre 1901, nous
(1) Cette étude a paru dans la livraison de novembre 1Ü01 de la Revue Canadienne.
Nous avons lu cet article, une première fois, par un dimanche d’octobre. La nature était triste. Les feuilles 's’en allaient au vent toutes jaunies et froissées. Les arbres, dénudés, paraissaient comme abandonnés. Le ciel lui-même, en gris sombre, pleurait doucement, par intervalle. Cette poésie automnale était comme le cadre naturel dans lequel nous groupions, par la pensée, les bannis fugitifs de là-bas.
Nous arrivions aux dernières lignes de l’article précité quand un rayon de soleil traversa soudain la croisée, juste au moment où ce cri du chrétien, venu du cœur sous la plume du Jésuite, illuminait notre tristesse: “ Ad tuum, Domine Jesu, tribunal appello!”
Oui, certes, ils ont droit d’en appeler à Dieu, les chers proscrits de France! et c’est pour le redire à nos amis de la Revue Canadienne que nous nous hasardons à analyser les belles pages signées par le Père Burnichon. Ceux qui souffrent là-bas sont deux fois nos frères, par le sang et par la foi. Souvenons-nous-en et ne leur marchandons ni nos sympathies ni nos prières.
Du 1er juillet au 1er octobre, deux cent mille religieux et religieuses de France ont dû prendre parti entre la demande d’autorisation exigée par 1a. loi et la dissolution menaçante. Le Pape a laissé à chacune des Congrégations visées par l’ultimatum de la loi Waldeck le soin de voir et de décider lequel des deux maux était pour elle le moindre. Beaucoup ont choisi l’exil.
UN APPEE A DIEU
Le Père Burniclion explique que les Jésuites n’ont pas eu à choisir. “ Certaines victimes étaient marquées d’avance pour le sacrifice,” entre autres, évidemment, les fils de Loyola. “ La Compagnie de Jésus, écrit-il, est en possession de recevoir les premiers coups.” D’ordinaire en effet, de tous les condamnés (à mort par les potentats de la libre pensée, les Jésuites sont pour le moins de la première charrette. On se souvient des lois de M. de Bismarck et des décrets de 1880. D’où l’écrivain des Etudes conclut qu’il est aussi bien que personne en position de parler des derniers jours d’un condamné.
Quant à nous qui voyons les choses de loin et qui n’avons pas à en souffrir personnellement, nous nous consolerons peut-être en pensant que les Jésuites savent mourir. . . et ressusciter, parce que pour eux, plus que pour tout autre sans doute, s’est réalisée la prophétie de Tertullien, le sang de leurs martyrs a toujours été une semence féconde.
Bais, pour les condamnés eux-mêmes, il s’agit dé marcher au supplice, et si forte que soit la foi, la nature a bien le droit de protester.
Tout d’abord que vont-ils souffrir?
Quitter son couvent, sa famille religieuse, ses frères, ses œuvres et sa vie pour la terre de l’exil qu’est-ce que c’est bien si ce n’est laisser là “ tout un ensemble de choses dont on ne fait pas l’inventaire, dont le banni lui-même ne saurait pas dire le nom et dont pourtant l’absence tue.”
“ Supposez, continue le Révérend Père, qu’on “ vienne un jour vous arracher par la force, de “ votre demeure, cette demeure fût-elle une chau- “ mière, vous séparer de votre famille, vous dis- “ perser, vous et les vôtres, avec défense de vous “retrouver sous le même toit; est-ce que votre “ cœur ne sera pas brisé et votre existence flétrie? “ Est-ce que l’on vous consolera beaucoup en vous “ montrant les rues et les boulevards, et en vous “ disant que vous êtes libres maintenant d’aller “ où bon vous semble, de loger comme il vous “ plaira, à l’hôtel ou en garni, à condition que pas “un des vôtres n’y sera avec vous?”
Ah! sans doute, ceux qui prétendent anéantir les congrégations en seront pour leurs frais — et ces frais-là vont grever le budget! — Oui, on peut dissoudre les communautés en abusant de la force, mais la congrégation ise maintiendra quand même, car son existence dépend de la conscience de ses membres, et le conscience est au-dessus des atteintes de la force brutale. Jadis les édits des Néron et de Domitien se sont exécutés, mais l’Eglise a vécu.
Il n’en reste pas moins vrai que la dissolution et la dispersion feront souffrir. L’écrivain des Etudes le sait par expérience et il en parle avec une émotion communicative: “ Il y a vingt ans, “ le gouvernement mobilisa la police, l’armée et “ les serruriers pour nous jeter à la rue. . . Oui; il “ y eut alors, pendant des années, pour la plupart “ des religieux expulsés, de cruelles souffrances “ morales, sans parler des autres. Nous sommes “ hommes après tout et nos âmes ne sont pais “ fortes à la façon des rochers. Puis, on ne re-
UN APPEL A DIEU
“ commence pas sa vie à tout âge, et quand ou “ essaie de transplanter les arbres qui ne sont “ plus jeunes, ils languissent et ils meurent. . .”
Et c'est cette vie-là qu’il leur faut revivre!
De par quel droit ose-t-on, en ce temps de liberté et d’égalité , mettre ainsi leis gens à la porte? Il n’y en a pas d’autre que celui de la force. La voix autorisée de Léon XIII a réprouvé hautement “ de telles lois, parce qu’elles sont contraires au droit naturel et évangélique...” (Lettre aux supérieurs généraux, 22 juin 1901.) Le droit évangélique, les Jacobins qui gouvernent la France ne s’en préoccupent gu ères, mais au moins on serait en lieu d’attendre qu’ils n’abdiquent pas leur raison. Même pour eux le droit naturel subsiste. Et pourtant!. . .
Le Père Burnichon rappelle à propos le mot de Renan, répondant à quelqu’un qui demandait à suivre un cours de droit naturel au Collège de France: “Il n’y a pas de droit naturel!” Cette parole peut surprendre clans la bouche d’un homme aussi avisé que Renan, mais, après tout, quand on nie Dieu, que voulez-vous qu’il reste à l’homme si ce n’est sa force brutale. . . et ses faiblesses ?
Le droit naturel, écrit le Père Burnichon, “ a été singulièrement négligé dans les discussions de l’une et de l’autre chambre,” lorsque s’est votée la loi d ’ association.
Xous en demandons pardon à l’illustre écrivain des Etudes, mais nous ne sommes pas prêt à ad-
mettre, pour notre part, ces reproches indirects à l’ adresse des députés et des sénateurs catholiques.
On comprend sans peine qu’il ait fallu aux champions de la bonne cause, et au Palais Bourbon et au Luxembourg, suivre avant tout leurs adversaires sur le terrain où ils se plaçaient. A cela rien d’étonnant. Mais dire qu’ilis ont singulièrement négligé de traiter la question au point de vue du droit naturel, c’est à notre avis — disonsle respectueusement — aller trop loin.
Les députés catholiques et leurs collègues du sénat ont trop noblement et trop fièrement défendu une cause qu’ils savaient à peu près perdue d’avance, pour qu’on ne leur rende pas ce témoignage qu’ils ont fait ce qu’ils ont pu, qu’ils n’ont rien négligé et qu’ils ont livré le plus beau combat oratoire qui se soit entendu, sous les voûtes des chambres françaises, depuis les jours de Montalembert et de Dupanloup.
Qu’on relise, par exemple, le discours du 21 janvier, à la chambre, de M. le comte Albert de Mun, (1) ou encore les déclarations du 13 juin, au sénat, de M. l’amiral de Cuverville, et nous croyons que l’expression du Révérend Père Jésuite paraîtra au moins un peu forte.
Dans l’un de ces brillants mouvements d’éloquence dont il a le secret, et alors qu’il donnait aux députés de France l’une des plus profondes leçons de christianisme qu’ils aient jamais reçues, M. de Mun s’écriait : “ Non! ce n’est pas le décou-
) Cf. l’Etude qui précède : “Un Chevalier de Dieu.
UN APPEL A DIEU
“ ragement et la lassitude, ce n’est pas la décep- “ tion du cœur ni l’effroi de la vie qui peuplent les “ couvents, c’est l’irrésistible et l’impérissable “ attrait du sacrifice et du dévouement (vifs ap- “ plaudissements) ; c’est le mystérieux besoin que “ la foi met aux âmes croyantes d’accomplir par “ ce don de soi-même la loi fondamentale du “ christianisme. Ne cherchez pas ailleurs le “secret de la vie religieuse: il est là, à des pro- “ fondeurs où les lois et les gouvernements ne “ peuvent atteindre , où s’alimente sa source inta- “ rissable et d’où s’élancent sans trêve, vers le “ monde refroidi par l’égoïsme, labouré par la mi- “ sère et la souffrance, ces hommes et ces femmes “ qui ont renoncé à lui demander ses joies pour “ lui donner leurs exemples de pauvreté volon- “ taire, de charité héroïque, d’obéissance réflé- “ chie, de dévouement sans récompense humaine, “ quelquefois payés par l’outrage et par le mépris, “ et qui font ainsi dans le sacrifice de leur liberté, “ le dernier , le plus magnifique, le plus décisif usage “ de la liberté elle-même !” (Appl. prolongés.)
Et le 13 juin, au sénat, en réponse au rapporteur M. Va lié, nous entendons M. l’amiral de Cuverville rappeler avec énergie les propres paroles du Pape, à savoir que “ partout où a été respecté “ le droit naturel de tout citoyen de choisir le genre “ de vie qu’il estime le plus conforme à ses goûts “ et à son perfectionnement moral, partout aussi “ les ordres religieux ont surgi comme une pro- “ duction spontanée du sol catholique. . .” Et ce n’est pas avec une force moindre que M. l’amiral proclame ensuite “ que les vœux ne relèvent que de la conscience” et que “la loi ne les connaît pas,”
ou encore, en citant une lettre d’un père de famille justement indigné, “ que traiter ainsi les re- “ ligieux en criminels c’est les priver de leurs “ droits légitimes. . . !”
Nous le savons bien, personne ne s’est borné à ne développer que la thèse de droit naturel, on y ajoutait des considérants venus d’autre source; mais il nous avait paru que de tous ces discours catholiques et modérés (factions de Mun-Gayraud et Méline-Ribot), que nous avons tous lus aussi bien que ceux de leurs adversaires, il jaillissait une note d’ensemble qui disait à M. Waldeck- Rousseau et à ses fidèles: “ Vous commettez une injustice! Vous péchez contre le bon sens! Vous violez la nature.” N’était-ce pas là un appel au droit naturel?
Le Père Burnichon y revient - et en cela nous
l’admirons, — avec une belle vigueur que n’affaiblit en rien une fine pointe d’ironie. Le Gode, dit-il, ne reconnaît pas les vœux? Soit. Mais de ce qu’il ne les reconnaît pas, s’ensuit-il qu’il les défende? C’est absurde.
D’ailleurs, continue-t-il, je ne demande pas à la loi de sanctionner mes vœux. J’ai le droit naturel de formuler dans mon for intérieur tel engagement, même perpétuel . . . cela me regarde et ne regarde que moi! La loi n’a rien à y voir sans se permettre une “ invasion tyrannique et vaine sur le domaine de la conscience.”
C’est là du franc-parler ou nous ne nous y connaissons pas. C’est dire carrément à ces Messieurs du Parlement: frappez, si vous voulez, du glaive de votre loi; mais sachez-le bien, ma conscience est plus liante que vos coups. Libre je
UN APPEU A DIEU
suis et libre je reste, dans mon cœur et dans mon âme. Vous vous attaquez au droit naturel. Gela ne l’empêche pas de rester debout. Votre loi n’en est pas une.
Encore une fois ce langage est digne et ferme; mais le distingué correspondant des Etudes n’eût rien perdu à ne pas reprocher aux orateurs catholiques de la chambre et du sénat une négligence que l’on peut, croyons-nous, persister à ne point voir.
Si on attente au droit naturel par cette loi dd association, on viole aussi, argumente l’écrivain des Etudes, le droit constitutionnel qui veut l’égalité de tous les citoyens devant la loi. C’est très clair en effet. Pour les uns la loi Waldeck est “ libérale jusqu’à l’abdication,” pour les autres elle est “ autoritaire jusqu’à l’absolutisme.” En vertu de son dispositif, vous êtes libres d’être des francsmaçons, des socialistes, des anarchistes, des sans-patrie. . . mais non pas des religieux ou des religieuses! Pour cela il vous faut demander l’autorisation au gouvernement et non pas l’autorisation légale, qui confère la personnalité civile, mais — comme le note très bien le Père Burnichon — ce qu’il vous faut, dans toute la force odieuse du terme, c’est la permission.
Pourquoi deux poids et deux mesures?
Le savant religieux a cherché les raisons des persécuteurs de moines et de nonnes dans leurs rapports et leurs discours. Il n’a rien trouvé, et pour cause.
M. Va lié, le rapporteur au sénat, a parlé de vœux non autorisés par le Code! Déjà, justice est faite de ce procédé qui consiste à conclure du fait qu’une chose n’est pas sanctionnée par la loi à ce fait tout autre qu’elle est défendue. C’est tout bonnement absurde.
M. le rapporteur a rappelé en outre — lui, un républicain!- — que l’autorisation préalable était jadis exigée sous les régimes monarchiques! Les voilà bien sous leur vrai jour, quoi qu’ils en disent, les hommes des principes de 89! “ Crois
ce que je dis! Fais ce que je veux. . . ou meurs! ” Louis XIV n’a jamais été aussi autocrate.
Mais, avait expliqué M. Waldeck-Rousseau, et beaucoup ont repris l’argument, les associations religieuses ne développent pas l’individu comme les autres sociétés humaines; elles le diminuent au contraire, l’annihilent au profit de la congrégation. Et voilà pourquoi il faut aux religieux un traitement spécial, un règlement particulier!. . .
Oh! comme elle est fière et belle, la riposte du fils de St-Ignace: “Non; nous ne nous sentons “ pas le moins du monde absorbés, ni diminués, “ moins encore anéantis. Il n’est pas un religieux “qui ne puisse dire comme ce moraliste: Quand “je me regarde, je me méprise; mais quand je me “ compare, je suis tenté de m’enorgueillir. Sans “ forfanterie aucune, nous pouvons affirmer que “ nous cultivons notre intelligence et trempons “ notre volonté, sous la discipline religieuse, “ autant que nos voisins, dans la possession de “ ce qu’ils appellent leur indépendance; et, à tout “ prendre, nous nous estimons plus libres que
UN APPEL A DIEU
“ beaucoup de nos concitoyens dont les servitudes “ sont autrement lourdes que celle de notre règle; “et je ne parle pas même ici des fonctionnaires “ de haut et bas étage pour qui la liberté, sous ses “ formes les plus précieuses, est certainement “ moindre que dans les couvents les plus austères. “ Avant de crier au paradoxe, je demande qu’on “ prenne la peine d’examiner et de réfléchir. Non, “ une fois encore, notre personnalité n’est point “ si diminuée, si anéantie qu’on se plaît à le dire; “si elle l’était en effet, apparemment on ne se “ donnerait pas tant de mal pour nous extermi- “ ner. On ne part pas en guerre contre des ca- “ davreis.”
Au reste, si prononcer des voeux c’est une violation des lois, comme on l’a proclamé du banc des ministres, pourquoi parler d’autorisation? Et l’intelligent Jésuite, bon dialecticien comme tous ses frères, laisse ces Messieurs du ministère et des commissions dans l’impasse d’un dilemme qui n’est pais commode: Ou bien, leur dit-il, nos vœux sont contraires au droit et vous n’avez pas à les autoriser; ou bien, ils sont dans l’ordre et vous n’avez qu’à nous laisser tranquilles! C’est simple et concluant.
Cette prétendue raison de “l’abdication des droits de l’individu” n’est donc qu’une habileté qu’on présente pour la galerie et que les auteurs de la loi néfaste ne jugent pas au sérieux, c’est évident; mais, ils s’en vont répétant, et d’autres avec eux — même des catholiques! — : “Ces sociétés de religieux, ce ne sont pas des associations comme les autres. . . ! ”