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QUÉBEC ARCHÉOLOGIQUE

Pas moins de 50 pages sont consacrées à Québec archéologique. Le monument de Jacques- Cartier, celui de Samuel de Champlain, le Château et la Place-d’ Armes, l’obélisque de Montcalm et Wolfe, le monument des braves (Murray et Lévis), les anciens palais et beaucoup d’autres pierres, que l’érudit auteur appelle “ des pierres qui parlent,” parlent en effet dans son livre très abondamment et non pas sans éloquence. “ Çà

QUÉBEC ET EÉVIS

Et là,’ M. Routhier sait encore faire parler jusqu’aux noms des rues et il évoque une foule de souvenirs et de détails d’histoire, que la forme à grande allure de Québec historique ne lui avait pas permis de rapporter précédemment.

Certes, je me garderai bien de prétendre que tout cela n'est pas très intéressant, mais, que le distingué magistrat me le pardonne, je trouve cette partie bien longue. Il y a tels détails — à propos du duc de Kent, par exemple — qui auraient pu être omis avec avantage. . . au moins pour celui qui est à l’honneur de parler du livre au public!

EA vilee des morts

La ville des morts m’a paru plus intéressante, et, bien qu’elle ne s’étende pas au delà de 20 pages, elle en dit plus à l’âme que les 50 pages des “ pierres qui parlent,” “ çù et là.”

C’est avec une religieuse et bien légitime émotion, en effet, que l’on pénètre, à la suite du savant juge, dans les cryptes funèbres, qu’on s’arrête pour méditer devant les tristes monuments, “ ces archives de pierre qui racontent l’histoire des nations,” qu’on stationne par exemple devant Y Hic jacet de Montcalm. Ah! Montcalm, le passé, la France! Comme ces mots-là sont pleins de sens!

Et puis, les cimetières! ces silencieux éloquents! Quelle puissance pour la vie morale que la vue d’un cimetière et révocation des disparus! Qui dira jamais quelle force et quelle consolation se peuvent trouver au pied d’une

croix funéraire et sur un tombeau?

La pensée de la mort! mais c’est le meilleur soutien de nos pauvres vies! Oh! non, n’allons pas revenir au paganisme et brûler nos morts. Ce n’est pas chrétien d’abord et puis les urnes où se mettraient nos cendres, ce serait trop petit et pas assez éloquent. Il nous faut des cimetières et des tombeaux! Nos cœurs en ont besoin!

En tout cas, ces pèlerinages aux champs des morts et aux pierres tombales, où nous conduit M. Routhier, avant de clore son livre, lui fournissent d’admirables sujets de considérations élevées et de réflexions suggestives. Et si l’on fermait là le livre, par un soir de novembre, on pourrait s’aller coucher, à l’instar des anciens religieux, l’âme pleine de la salutaire pensée de l’autre vie: Hodie mihi, crus tibiü!

Admettons pourtant que ce serait triste pour un livre, qui n’est pas un livre d’heures, de se terminer ainsi, comme un sermon, par un souhait de bonne mort et d’heureuse éternité! A l’exemple de certains curés de ma connaissance, qui ne descendent de chaire que lorsqu’ils ont par deux ou trois fois, souhaité la vie éternelle à leurs patients auditeurs, mais, pour un autre motif que celui de prêcher son heure quand même, M. Routhier, une fois sa visite aux cimetières terminée, ne met pas tout de suite le point final. Il traverse le fleuve d’un bond, et nous sommes à Lé vis !

EÉVIS

En parlant de Québec il n’est pas possible d’ignorer Lévis. Je me suis étonné tout d’abord

QUÉBEC ET LÉVIS

que M. le -Juge n’y consacrât que quinze pages. Car vraiment, c’est peu! J’accorde cependant qu’on peut donner une bonne explication de ce qui paraîtra peut-être à quelques-uns une sorte d’anomalie. Que si M. Routhier ne consacre que quinze pages à Lévis, dans un livre qui s’appelle en belles lettres d’or “ Québec et Lévis,” il a pour cela ses raisons, qu’après réflexion, j’ai cru comprendre.

L’histoire de la charmante côte lévitienne se confond avec celle du vieux rocher de Québec; la jeune cité “ qui ne compte pas encore cinquante ans d’existence, peut être rangée au nombre des peuples heureux qui n’ont pas d’histoire ”, ou plutôt, son histoire, son passé et sa gloire se retrouvent dans la gloire, dans le passé et dans l’histoire de Québec!

Mais, si longtemps Lévis a vécu de la vie de Québec, elle vit maintenant de sa vie propre, et, après l’avoir longuement considérée unie à sa mère, la vieille et poétique cité de Champlain, il convenait d’accorder un regard à sa coquette démarche dans la vie depuis qu’elle s’émancipe.

Cette convenance s’affirme d’autant mieux que la jeune cité est plus souriante de promesses d’avenir, et elle s’explique, dans “ Québec et Lévis,” d’autant plus justement que c’est de Québec qu’on voit mieux Lévis! Cette fille aimée de la cité de Champlain est si jolie à voir, quand “ vers le coucher du soleil, elle revêt une nature “ méridionale, se baigne dans des flots de lu- “ mière et rayonne des feux de ses rubis et de “ ses flèches d’or! ” Lévis n’est-elle pas l’une des beautés de Québec et Québec n’est-ce pas l’incomparable beauté de Lévis ... ?

Et, quand je regarde ainsi Lévis du haut de la citadelle ou du pied de la terrasse, les quinze pages de M. Routhier s’allongent, s’allongent . . . et je reste rêveur!

QUÉBEC AU XXe SIÈCLE

L’avenir! c’est toujours le grand X! L’homme s’agite et Dieu le mène. Le rôle de qui veut se faire prophète, et prophète dans son pays, n’est guère facile ni enviable. Pourtant, quand on a vécu et étudié comme M. le juge Routhier, on peut assez à l’aise se permettre de prophétiser. L’histoire est un perpétuel recommencement, a-t-on dit, et il est certain qu’il n’y a rien qui ressemble plus à des hommes que d’autres hommes, surtout si ces derniers sont les fils des premiers, car bon sang ne peut mentir.

Il ne nous déplaît donc pas, après avoir entendu l’historien, de l’écouter prophétiser. Il en a le droit. Mais on le comprend, une prophétie gagne à ne pas trop préciser. Aussi estce bien un simple coup d’œil d’ensemble que M. Routhier jette vers l’avenir de Québec et du Canada.

Et ses prédictions sont belles, oh! bien belles!...

Québec ira toujours s’embellissant. On y bâtira un Panthéon et un palais des arts. Toutes les rivalités cesseront ou à peu près. Québec et Montréal vivront dans une amitié plus solide que jamais. Mais (naturellement!) Québec aura les gros bateaux et Montréal les petits!

Si ce ne doit être qu’un rêve de poète cette harmonie future, avouons que c’est un beau rêve ! ,

QUÉBEC ET EÉVIS

Québec, “ c’est la nationalité française faite monument.” De l’avenir de sa ville, M. le Juge s’élève aisément à l’avenir de sa race. Il lui promet aussi de brillantes destinées.

Sa prophétie va même quelque part jusqu’à se préciser d’une façon suggestive. On y reconnaît alors comme une leçon, courtoise mais ferme, donnée à quelques-uns de nos concitoyens d’origine anglaise. Citons cette page pour finir. Elle paraît s’adresser aux Anglais canadiens, mais il est bon que les Canadiens- Français la lisent souvent et ne l’oublient jamais :

“ Pendant le XXe siècle, les deux éléments “ (français et anglais) fraterniseront de plus en “ plus. A Québec du moins les Anglais se sou- “ viendront des faits historiques suivants, que “l’on oublie souvent ailleurs:

“ 1° Que nous sommes les aînés de la famille “ canadienne, les premiers occupants du sol, et “ que l’Angleterre a coutume de respecter les “ droits d’aînesse;

“2° Qu’il y a eu deux batailles des plaines “ d’ Abraham, et que la dernière fut une victoire “pour nous;

“ 3° Que nous avons, en 1776, sauvé la puis- “ sauce anglaise en Amérique, en repoussant à “ la fois les offres alléchantes et les attaques de “nos voisins, les Américains;

“4° Que nous l’avons défendue et sauvée de “ nouveau en 1813;

“5° Que nous sommes une minorité dans la “ Puissance, mais une majorité dans la Province, “ que les majorités, plutôt que les minorités,

“ peuvent toujours faire des concessions sans “ danger, puisqu’elles peuvent aisément les “reprendre; et que nous leur donnons sous ce “rapport de beaux exemples à suivre. .

conclusion

Si j’osais résumer en deux mots l’enseignement du beau livre que je viens d’apprécier, je dirais qu’il contient à la fois une magistrale évocation d’un passé plein de gloire et une éloquente invitation à compter sur un avenir riche en espérances.

Ajoutons que ces 350 pages sont écrites en un style heureusement varié et brillamment imagé. L’on sait quelle langue harmonieuse parle d’ordinaire l’auteur. Il est resté digne de lui-même. Il aime son sujet, sa patrie et sa ville. Il en parle avec émotion. Il nous les fait aimer plus encore, alors que nous les aimions déjà beaucoup, et c’est là un vrai succès.

Comme d’instinct, en fermant “ Québec et Lévis,” on se prend à répéter ces vers fortement sentis, dus également à la plume de M. le juge Routhier, où semblent se résumer les meilleurs sentiments qui vibrent au cœur d’un Canadien et que, pour ma part, avec beaucoup d’autres, je voudrais bien voir adopter comme notre chant national:

O Canada, terre de nos aïeux,

Ton front est ceint de fleurons glorieux,

Car ton bras sait porter l’épée,

Il sait porter la croix ;

Ton histoire est une épopée Des plus brillants exploits ;

Et ta valeur de foi trempée Protégera nos foyers et nos droits !

QUÉBEC ET LÉVIS

Sous l'œil de Dieu, près du fleuve géant, Le Canadien grandit en espérant.

Il est né d’une race fière ;

Béni fut son berceau.

Le ciel a marqué sa carrière,

Dans ce monde nouveau ;

Toujours guidé par sa lumière,

11 gardera l’honneur de son drapeau

Sherbrooke, mai 1901. (Revue Canadienne.)

Confêrenee donnée devant les 2000 Canadiens-Français de Newport

le 24. juin 1902.

Mesdames et Messieurs,

Comme le dit un vieil adage,

Rien n’est si beau que son pays ;

Et de le chanter c’est l’usage,

Le mien je chante à mes amis.

H ES paroles si simples et si profondément vraies, qui jaillirent de la bouche et du coeur d’un grand citoyen et d’un grand patriote, sir Georges Etienne Cartier — précisément un jour de Saint-Jean-Baptiste si je ne me trompe, — me revenaient à l’esprit, quand j’assistais à la très jolie fête patriotique et religieuse tout ensemble que, vous, Canadiens-Français d’origine et Franco-Américains de New- Port nous avez donnée aujourd’hui!

J’ai bien traversé ce matin la ligne conventionnelle, la ligne 45°. Je n’oublie pas que je suis sur la terre américaine, comme vous l’appelez, et que le drapeau étoilé est celui qui pro-

tège en ce moment ma liberté aussi bien que la vôtre. Je me souviens volontiers que vous êtes bien chez vous ici puisqu’un ce pays, comme on l’a dit tant de fois, toutes les libertés sont libres ou au moins sensées l’être. Mais, mesdames et messieurs, je me souviens aussi que le sang qui coule dans vos veines est frère de celui qui coule dans les miennes. Je n’oublie pas non plus que la même foi au Christ, fils du Dieu vivant, a bercé de ses purs et nobles accents votre enfance et ma jeunesse. Je sais encore que votre âme est, comme la mienne, française et catholique c’està-dire généreuse et croyante, fille de la vieille France et de l’Eglise, et voilà pourquoi, venant chez vous, pour vous parler de vous, je suis à l’aise pour vous dire avec une légitime fierté:

Rien n’est si beau que son pays !

et, en vous parlant de votre avenir, de vos intérêts, de vos devoirs de citoyens franco-américains, c’est encore, dans un sens très vrai, mon pays, oui, c’est encore

Le mien (que) je chante à mes amis !

J’ai prononcé le mot devoir. C’est en effet de vos devoirs de citoyens en votre qualité de franco-américains que je veux vous entretenir.

Certes je ne me dissimule pas l’embarras d’une pareille tâche et je ne compte pas la parfaire, elle est. assurément trop vaste! Je n’indiquerai donc que les points qui me paraissent les plus saillants, laissant à d’autres et à vous-mêmes de compléter les lacunes qui s’imposent dans une causerie comme celle que je vous destine.

Je ne chercherai pas non plus, mesdames et messieurs, à vous faire un sermon. Ce n’est pas ici le lieu, et d’ailleurs, je me risquerais à des redites qui pourraient bien être un peu pâlies.

D’autant plus que votre excellent et digne curé (1) m’a fort bien dit en m’invitant, qu’il ne voulait pas de sermon. C’est une conférence patriotique qui nous irait bien, au soir de notre fête, m’a-t-il dit. Appelez cela causerie ou entretien, ça m’est égal, mais parlez-nous du pays, chantez-nous le patriotisme, voilà ce qu’il nous faut! De grâce, pas de sermon!

Je me suis dit: Evidemment M. le Curé n’aime pas qu’on entre dans son jardin pour cultiver ses fleurs et . . . ses paroissiens. Il se réserve les sermons pour lui!

Donc je viens à vous avec une conférence dans la tête et du patriotisme plein le cœur!

O Canada, Delle patrie,

O mon pays, sois mes amours !

Messieurs, tout en étant doublement mes frères, et par la foi et par le sang, vous n’êtes plus du Canada, mais bien des Etats-Unis. De quels éléments donc doit se composer votre patriotisme?

C’est le point à mettre en lumière!

Quand je l’aurai bien dégagé, il sera facile d’étudier quels sont vos devoirs, c’est clair comme de l’eau de roche!

(1) M. l’abbé Clermont, curé de New-Port.

Comme je comprends les choses, Canadiens- Français des Etats-Unis, votre patriotisme doit être tissé de trois étoffes, comme les belles ceintures fléchées que portaient nos anciens; il doit être fait tout ensemble de foi chrétienne, de souvenirs français et de sentiment américain. Pour ne pas déchoir et rester dignes de vousmêmes, de vos pères et de votre race, vous avez à être américains, français et catholiques. C’est un peu comme le drapeau aux trois couleurs. Si vous l’aimez mieux, la foi à Dieu, la fidélité aux vieux souvenirs et le respect sincère aux institutions qui vous protègent, ce sont là d’admirables étoiles qui ne dépareront jamais, bien au contraire, le superbe drapeau des Etats-Unis d’Amérique.

Et d’abord, mesdames et messieurs, il me semble bien que vous devez être des citoyens de votre pays d’adoption. Qui que nous soyons et quelque petite et humble en apparence que soit la position dans laquelle les circonstances providentielles de notre vie nous ont placés, nous appartenons tous à la société au milieu de laquelle nous vivons. De ce chef, nous avons à remplir des devoirs de justice et de charité, les uns envers les autres, et aussi, n’en doutez pas des devoirs civiques, des devoirs propres du citoyen.

L’homme est un être . social, il est constitué naturellement de telle façon qu’il a besoin de la société et qu’il est de son intérêt que dans la

société les choses marchent bien. C'est élémentaire. Il y va de son intérêt, ai-je dit, de son intérêt temporel, c’est hors de doute, et même souvent de son intérêt spirituel, car enfin l’homme ne vit pas que de pain, mais tout de même il lui en faut! et les choses de la vie spirituelle ont trop de relations avec celles de la vie temporelle pour qu’on ne puisse pas affirmer en un certain sens quelles en dépendent. Ce qui veut dire, messieurs, qu’un homme qui vit dans un pays doit prendre part à la vie de ce pays. Je ne dis pas qu'il le doit sous peine de péché, mais il le doit sous peine de contribuer à sa propre déchéance sous mille et un rapports.

Mais, me dit quelqu’un, nous sommes 60 millions aux Etats-Unis, quelle influence puis-je avoir sur toute cette masse? Quelle influence! Mais tout simplement celle que vous assurent votre honorabilité, votre position, votre fortune, votre travail. Rien de plus, mais aussi rien de moins!

Surtout, messieurs, dans un pays démocratique et républicain comme le vôtre, la puissance pour le bien d’un citoyen se multiplie de toute la force d’énergie qu’il dépense pour ce bien. C’est élémentaire, c’est fondamental, et, messieurs, je puis me tromper, mais je crois que c’est étrangement méconnu.

D’après une statistique que j’ai lieu de croire établie à bonne source, (car je connais M. T. Saint-Pierre, de Worcester, pour esprit avisé et son remarquable talent de journaliste,) 40 pour cent des Canadiens-Français des Etats-Unis en fio-e d’être électeurs ne le sont pas parce qu’ils

ont négligé de se faire naturaliser, et, ici dans le Vermont en particulier, 35 pour cent de nos compatriotes sont dans ce cas.

Or, messieurs, sans vouloir m’immiscer dans des choses qui sont délicates, certainement, je ne crains pas de dire franchement que cette abstention à réclamer vos droits de citoyens est un malheur dont vous devez en vérité tous souffrir. Eh! quoi, dans cette mêlée de la vie où vous dépensez tant d’efforts pour gagner, avec le pain de chacune de vos journées, de quoi assurer l’honneur de votre famille, vous iriez sacrifier froidement, l’un des plus puissants moyens qui soient à votre disposition d’améliorer par un vote intelligent votre sort, celui de vos enfants et de votre race! Messieurs, c’est tout simplement parce que beaucoup n’y pensent pas! C’est parce qu’on se dit: noyé dans la masse je ne puis rien! Mais, mesdames et messieurs, c’est avec des grains de sable que se font les déserts, c’est avec les gouttes d’eau que se forment les océans, c’est avec des individus que se composent les masses, et, les millions après tout vivent d’unités! Qu’arriverait-il si chacune des étoiles du beau firmament du Bon Dieu se disait: “Je m’isole, je me cache, car au milieu des constellations du ciel je ne compte presque pas? Il arriverait tout simplement qu’il n’y aurait plus de beau ciel, parce qu’il n’y aurait plus d’étoiles, voilà!

Donc, chacun à son poste, mais aussi chacun à son droit de vote, à son droit de citoyen! car en bien des cas ce droit-là c’est un devoir!

Ce n’est pas tout de vivre de la vie de sa patrie d’adoption. Il faut encore l’aimer, c’est la meil-

leure manière cl’en vivre. Et pourquoi ne l’aimeriez-vous pas, mesdames et messieurs, votre grand et extraordinaire pays? Oh! je me garde de vouloir dire que tout y est parfait, que tout y est organisé pour le mieux, car je sais trop combien souvent, ici comme ailleurs, le mot “liberté” peut être trompeur! Mais, en somme, il faut bien reconnaître que vous jouissez ici d’une aisance relative et d’une liberté qu’on refuse dans les vieux pays chrétiens aux droits les plus légitimes! Il faut bien reconnaître quelle prospérité matérielle est celle des Etats- Unis et savoir, ce que tout le monde sait à n’en pouvoir pas douter, que, depuis 20 ans et plus, le monde entier se tourne vers les Etats-Unis d’Amérique et reste émerveillé devant vos progrès et devant vos succès! Et, on a beau dire, cela, messieurs, c’est digne d’appréciation et c’est digne d’admiration.

Ah! que l’on voit des ombres et des lacunes, et même de très grandes, au tableau de vos institutions, j’y souscris volontiers; quand même, elles restent ces institutions américaines, pour vous, l’ordre et la discipline! Il reste ce drapeau étoilé, le symbole de l’autorité en même temps que le symbole de la patrie! Vous lui devez un respect sincère. Sans heurts et sans secousses qu’on travaille constitutionnellement à bonifier et à améliorer encore les choses, très bien! Mais d’esprit et de cœur qu’on sache demeurer respectueux et soumis. C’est là, à mon avis, l’un de vos devoirs de citoyens Canadiens-Français des Etats-Unis! Honneur à Washington et longue vie à Roosevelt.

Est-ce à dire pour cela, mesdames et messieurs, que vous deviez cesser d’être les fils de votre race? Est-ce à dire que le souvenir du Canada et de la France doive n’avoir plus de place dans vos âmes et dans vos cœurs? Oh! je n’ai pas besoin de répondre que je ne le pense pas! Le sang qui coule dans vos veines, messieurs, le sang que vous tenez de vos mères Canadiennes-Françaises, n’est pas, grâce à Dieu, un sang qui trahit. C’est l’un des plus chauds et des plus nobles qui ait jamais fait battre un cœur sous une poitrine humaine. La race française, au dire des voix les plus éloquentes des peuples étrangers eux-mêmes, est faite de bravoure et de générosité et une telle race n’engendre pas des ingrats et des oublieux.

Mesdames et messieurs, vous souvenir c’est pour vous un devoir! Ce devoir, j’en suis sûr, (vou» nous 1 avez du reste démontré ce matin,) il vous est facile autant qu’il vous est doux’ au cœur. J’y veux pourtant insister, car c’est précisément pour cela surtout que je suis ici, en ce soir de votre première et si belle célébration de la Saint- Jean-Baptiste.

Ce devoir doit vous être cher, mesdames et messieurs, parce que ces souvenirs du Canada et de la France, ces souvenirs qui sont vôtres, ils sont si beaux! Comme chantait l’un de nos poètes, résumant en quatre vers tout le plan de notre histoire:

Jadis la France sur nos bords Jeta sa semence immortelle ; Et nous, secondant ses efforts, Avons fait la France nouvelle !

La France de là-bas, la vieille France, mais oui, les souvenirs que nous gardons d’elle sont beaux. Quelle est-elle donc la nation qui, pendant tant de siècles, a été la fille aînée de l’Eglise et le champion de la civilisation qui fait la gloire des peuples? Quelle est-elle donc la nation qui de Clovis à Charlemagne, de St-Louis à Jeanne d’Arc et de Louis XI Y à Napoléon le Grand, a tant de fois étonné l’Europe et le monde par le bruit et l’éclat de ses glorieux exploits? Quelle est-elle donc la nation qui a hérité du génie de la Grèce et de l’éloquence de l’antique Rome? Quelle est-elle donc la nation qui, dans les arts et dans les lettres, a tenu incontestablement le premier rang depuis Bossuet jusqu’à Lacordaire, depuis Ronsard jusqu’à Brunetière? Quelle estelle donc la nation souvent généreuse jusqu’à l’héroïsme et j’oserais dire jusqu’à la folie, dont la langue et les coutumes s’imposent de nos jours aux esprits cultivés de tous les pays? Quelle estelle donc la nation à laquelle, il y a un mois à peine votre pays d’adoption rendait un si splendide hommage, à Washington, en élevant une statue à Rochambeau? Qu’elle est-elle, si ce n’est pas la France?

Ah! mesdames et messieurs, soyons fiers d’elle et ne rougissons jamais de cette nation dont nous sommes issus! Malgré ses fautes et ses impiétés, malgré ses généreuses folies et ses chevaleresques erreurs, oui, malgré son gouvernement sectaire, la France a été depuis dix siècles, et elle reste encore, en une très large mesure, la “grande nation!”

Pour moi, messieurs, qui depuis mes jeunes années me suis nourri, comme tant d’autres Ca-

nadiens-Français, de son histoire et de sa vie nationale, je ne pourrai jamais vous traduire quelle émotion poignante s’empara de mon âme, quand il y a dix ans, un jour d’octobre, j’aperçus pour une première fois, du haut de la falaise du Douvre, là-bas, par de là la Manche, dans les brumes, la terre de France!

Et plus tard, quand je vécus dans ce Paris immense, qui a ses “ odeurs ” selon le mot de Veuillot mais qui a bien aussi ses “ parfums,” quand j’allai rêver sur les côtes de la Bretagne et sur le rivage ensoleillé de la Méditerranée, oh! comme je me sentais chez nous! Que je fusse aux rives de la Seine, dans les landes Bretonnes, sur la terre Normande ou sous le ciel de la Provence, partout la langue que j’avais apprise sur les genoux de ma mère, résonnait si douce et si musicale à mes oreilles, ces frères de France me paraissaient si bien les miens que j’osai leur dire à quelques-uns, un soir de fête intime:

Gardant ce pieux souvenir,

Souvent d’une lointaine terre Il nous est doux de revenir V ers la France, vers notre mère !

Touchant ces rivages bénis,

Mon pied frémit, mon cœur s'agite Je sens qu'il faut marcher moins vite Car la France ! . . . . c’est mon pays.

Oui! Messieurs, le poète de la fille de Roland avait raison:

Tout homme a deux pays : le sien et puis la France.

Mais nous, messieurs, vous comme moi, nous savons et nous devons apprendre à nos enfants

que cette parole est surtout vraie pour nous! Par le souvenir, la France c’est encore et c’est toujours notre pays.

Aux souvenirs français vous ajoutez naturellement les souvenirs canadiens, cela va de soi: car la fille est digne de la mère et la nation Canadienne-Française n’a pas déchu! loin de là!

Lorsque le drapeau aux fleurs de lis, en 1760, eût traversé les mers, la France abandonna sa part d’héritage sur la terre d’Amérique. Des raisons politiques et la faiblesse de son roi Louis XV l’amenèrent à signer au traité de Paris, trois ans plus tard, la séparation de la nouvelle France et de l’ancienne; mais nous, avec “la semence immortelle ” que la mère patrie avait jetée sur nos bords, nous avons fait la France nouvelle. Et c’est de celle-là, messieurs, que vous êtes sortis, vous, les Franco-Américains des Etats-Unis. C’est une noble origine, dont vous avez le droit, et j’ose dire le devoir, d’être jaloux et fiers,. . .

Notre petit peuple, par la seule force de son sang, s’est considérablement accru. En 140 ans, les 60,000 sont devenus 3 millions, c’est-à-dire que nous avons multiplié par 50. Tous les 30 ans — moyenne d’une génération — nous avons augmenté d’environ deux et demi pour un! On l’a dit bien des fois, mais il est des choses qu’il importe de répéter. C’est là assurément une promesse de vie et un gage de succès pour l’avenir, car “ bon sang ne peut mentir.”

Si l’histoire des luttes héroïques de nos ancêtres, sous la domination française, nous a laissé des noms glorieux comme ceux de Carillon et des

Plaines d’ Abraham, ou encore, connue ceux de Champlain, de Maisonneuve, de Laval, de Frontenac, de Montcalm et de Lévis, celle des jours troublés, qui ont suivi la cession, nous a permis d'enregistrer également à notre gloire des noms comme ceux de Bourdages, de Papineau, de Plessis, de Lafontaine, de Cartier, de Bourget et de tant d’autres.

De telle façon, mesdames et messieurs, que, selon le mot du poète, notre histoire est un véritable écrin de perles précieuses.

Ces perles et ces brillants, aux grands jours de nos fêtes nationales, nous ne craignons pas chez nous et vous n’avez pas à craindre ici, d’en parer nos bannières et nos discours!

Non! ne le craignons jamais! Personne parmi ceux d’autre race et d’autre langue qui nous entourent, personne parmi ceux qui ont l’esprit bien fait et le cœur à la bonne place, ne pourra nous en blâmer! Car, messieurs, la fidélité aux traditions et aux souvenirs de ses origines est pour tout citoyen une vertu civique, que le fanatisme étroit peut blâmer un jour, mais qui finit toujours par imposer le respect et l’admiration!

Que ce soit donc là, messieurs, l’une de vos joies à l’ombre du drapeau étoilé, comme c’est un de nos bonheurs à l’ombre du drapeau d’Angleterre.

Soyez Américains, mais restez aussi Canadiens- Français par l’esprit et par le cœur. Tout en respectant les droits de vos concitoyens d’origine étrangère, ne permettez jamais qu’on méprise les vôtres. C’est le rôle d’un citoyen au cœur noble et à l’âme généreuse. Le drapeau

d’Amérique est assez large, j’aime à le croire, pour protéger les destinées et les libertés de ceux qui viennent à lui avec respect et avec fermeté !

De cette manière, mesdames et messieurs, gardé par vous aussi bien que par nous, l’héritage de l’idée française ne tombera pas en mains étrangères! La “semence immortelle” de la France continuera de donner de superbes et généreuses moissons sur la terre de Washington aussi bien que sur celle de Jacques-Cartier, et ce sera, croyez-le bien, pour l’honneur et pour la gloire de toutes les races d’Amérique!

Américains donc et Français toujours, c’està-dire, Franco-Américains, dans toute la précision du terme, voilà messieurs, ce que vous devez être, mais, lors même que je ne l’aurais pas annoncé dès le début de cet entretien, vous attendriez de moi, mesdames et messieurs, que j’ajoute un troisième article à ce chapitre de vos devoirs de citoyens!

Dans la vie publique aussi bien que dans la vie privée, vous devez vous manifester et vous montrer catholiques. Sans superstition et sans extravagance d’une part, mais d’autre part, sans faiblesse et sans vaine complaisance!

Et ici peut-être vous allez juger que ma causerie tourne au sermon? Quand même cela serait, vous ne m’en voudriez pas, j’en suis sûr, car vous êtes trop chrétiens pour ne pas savoir que le prêtre, où qu’il soit, reste toujours, par son carac-

ARTI CI, IiS ET ÉTUDES

tère sacré et par sa mission sociale, placé sur la montagne, comme Moïse, pour parler à Dieu au nom des hommes et pour parler aux hommes au nom de Dieu, par conséquent, vous ne trouveriez pas mauvais assurément que je me souvienne ici de mon caractère et de ma mission. Mais, messieurs, je l’affirme à nouveau, ce n’est pas un sermon que je vous fais, je continue de m’en tenir au point de vue social et c’est dans l’intérêt de votre société que je proclame, avec toute la conviction de mon âme et toute la force dont je suis capable: mes amis et mes frères, soyez catholiques! C’est pour vous citoyens des Etats- Unis, issus de la race française, c’est pour vous un devoir civique, c’est pour vous un devoir de citoyen!

Hélas! messieurs, je le dis avec peine — mais je dois le dire pour rendre hommage à la vérité, et d’ailleurs votre bienveillance autorise une franchise même un peu rude — plusieurs des nôtres ont failli, une fois sur la terre américaine, aux promesses de leur baptême. Je ne veux pas examiner s’ils ont été bien nombreux! Un seul, c’était déjà trop!

Ce que je tiens à affirmer, messieurs, et je ne crois pas qu’on puisse sérieusement soutenir le contraire, c’est que chaque fois qu’un Canadien- Français a eu le malheur d’apostasier sa foi, du même coup il a été apostat à sa nationalité. Celui qui n’est plus catholique peut être encore américain, mais il n’est plus et il ne peut plus être Canadien-Français.

Et de plus, il faut remarquer, mesdames et messieurs, en règle générale, que l’apostasie de

la foi ne fait que suivre et précède rarement ce que j’oserai appeler l’apostasie de la langue! Je sais bien que les deux choses peuvent en théorie se distinguer, qu’on peut parler à Dieu en anglais aussi bien qu’eu français; mais je sais aussi, d’après de très sérieuses statistiques, que le Canadien des Etats-Unis qui cesse de parler français cesse trop souvent, bientôt après, de parler à Dieu, et, qu’apostat de sa langue il le devient bientôt de sa foi et de sa nationalité. Je ne cite pas de faits, messieurs, ce serait trop long. S’il vous en faut, procurez-vous le livre de M. Tardivel, directeur de la Vérité de Québec: “ La situation religieuse aux Etats-Unis,” et lisez-le!

Si c’est un devoir pour vous de conserver votre foi et pour cela même votre langue, vous vous demandez peut-être quels sont les moyens que je vais dans ce but vous indiquer. C’est par excellence le point pratique de cette amicale causerie que nous avons ensemble.

Messieurs, je veux vous en indiquer deux. On raconte de saint Basile et de saint Grégoire, deux illustrations de l’Eglise Grecque et deux lumières entre toutes celles qui ont honoré le génie humain, qu’ils ne connaissaient pas d’autres chemins que ceux qui conduisaient à l’église et à l’école.

Eh! bien messieurs, si vous voulez être des citoyens catholiques il faut d’abord que vous n’oubliez jamais le chemin de l’église et il faut ensuite que vous sachiez montrer toujours h vos enfants le chemin de l’école française et catholique!

Et notez que je me place toujours pour parler ainsi au point de vue public, au point de vue du

citoyen vivant dans la vie de la société. Certes, les mêmes vérités pourraient s’affirmer au point de vue individuel et personnel, mais ce n’est pas là la question que je traite.

^ C’est comme citoyen que vous faites partie d’une paroisse. Une paroisse forme une vraie société, une vraie famille, dont le curé, sous la direction de l’évêque, est le père et le guide. Quand donc, messieurs, les intérêts bien entendus de votre paroisse réclament votre concours, il convient de ne pas craindre les sacrifices. Aider les oeuvres du culte, c’est travailler à conserver la foi au milieu des siens, c’est garantir une sécurité morale aux générations présentes et à celles de l’avenir. C’est en un mot faire acte de catholique avisé et de bon citoyen!

La foi au Christ Jésus, Rédempteur et Sanctificateur de l’humanité, c’est un précieux héritage, messieurs, que nos pères nous ont légué après l’avoir apporté de France! Il ne faut pas que cet héritage soit dilapidé! Nous devons y tenir, nous souvenant que les sociétés comme les individus ont été régénérées par le sang d’un Dieu! Nous devons y tenir nous souvenant que c est la foi catholique qui, de par le monde, à travers les siècles, a toujours fait la gloire de la race française: “ Gesta Dei per Francos”!

Après l’église, l’école! Ah! messieurs, vous qui êtes pères de famille, et vous qui le deviendrez, n’oubliez jamais l’importance capitale de \ l’école.” Prenez garde aux écoles neutres, aux écoles prétendues indifférentes. Elles sont l’un des grands dangers auxquels la large et libérale constitution américaine vous expose.

Il ne m’appartient certes pas d’entrer dans des détails précis, je n’ai pour cela peut-être ni compétence ni autorité. Suivez l’avis de vos guides dans la foi, de votre évêque et de votre curé. Consultez-vous vous-mêmes ensemble, avec prudence et réserve et sans passions ni parti-pris! Mais de grâce, prenez garde! La jeunesse, messieurs, l’enfance, c’est l’avenir. L’avenir sera ce que sera l’école!

Instruisez vos enfants le mieux que vous pourrez, mais souvenez-vous que l’instruction en dehors de Dieu ne peut être qu’à courte vue. Si forte soit-elle au point de vue des sciences humaines, elle laisse l’âme se balancer au souffle de tous les vents, elle ne résout pas la grande et primordiale question de nos origines et de nos destinées, et c’est là le plus grand des malheurs que de ne savoir ni d’où l’on vient ni où l’on va!

Que vos écoles soient catholiques et qu’elles soient françaises sans cesser d’être américaines, et vos enfants seront demain ce que vous devez être aujourd’hui: des Américains, des Français et des Catholiques.

Mesdames et messieurs, j’ai fini. Je suis tenté de vous demander pardon d’avoir été si sérieux et d’avoir, malgré mes dires, si souvent laissé percer le sermonneur sous le conférencier et le causeur. Pourtant il me semble bien que je vous le devais. L’honneur que vous m’avez fait en m’invitant à venir ici, la bienveillance que vous m’avez témoignée, la solennité de cette fête de Saint- Jean-Baptiste, mon caractère de prêtre, tout m’y portait!

Mesdames et messieurs, je ne connais pas l’avenir, mais je puis vous dire qub je suis de

ceux qui croient aux progrès futurs des idées françaises et catholiques sur la terre d’Amérique! Je suis de ceux qui pensent que quand Montcalm est tombé sur les plaines d’ Abraham, si l’épée de l’Angleterre a violemment séparé le Canada de la France, elle n’a pas tranché le lien moral qui unira toujours les descendants de cette race forte et généreuse. Je suis de ceux qui pensent qu’en nos temps de liberté et d’indépendance, sous divers drapeaux, une même idée peut se développer et se défendre sans aigreur, sans haine et sans effusion de sang. Je suis de ceux qui pensent, mesdames et messieurs, que ce n’est pas en vain que Dieu a particulièrement béni le berceau de la nationalité Canadienne- Française, dont vous êtes et dont je suis. Je suis de ceux qui pensent enfin que notre race a un rôle à jouer sur ce continent. Et voilà pourquoi, je vous convie avec sincérité et conviction en ce beau jour de la fête nationale, à savoir rester toujours Américains, Français et Catholiques. Merci, mesdames et messieurs, de votre attention.

Ptononcé à l'église Saint- Jean-Baptiste de Sherbrooke- Est, le 24 juin içoi.

Parafe viain Domini, recta» facile semitas ejits.

Préparez les voies du Seigneur et reniiez droits ses sentiers.

(St Luc, III, 4).

Mes frères ,

H’est un beau jour que Dieu nous fait aujourd’hui. En cette année première du siècle naissant, voici revenir l’heure solennelle, dans les annales de notre histoire, des douces réminiscences, des chants patriotiques et des hymnes de foi, de la fête nationale et de la solennité religieuse que nous apporte le 24 juin, le jour de la Saint-Jean-Baptiste.

Vais-je vous confier, mes frères, que j’éprouve un certain embarras à traiter devant vous le sujet, religieux et patriotique tout à la fois, qui s’impose aujourd’hui à la pensée et à la parole de tous? Tant de fois l’on a publié les gloires de Jean-Baptiste et les espérances de notre race

Canadienne-Française, dans les chaires et du pied des- autels, dans les tribunes et du haut des terrasses publiques ; tant de fois l’on a essayé et réussi le rapprochement que notre fierté nationale se plaît tant à voir entre les destinées du saint précurseur de Jésus et celles de cette fille aînée de l’Eglise et de la France qu’est la race canadienne-française; tant de fois, ailleurs sur tous les points de notre pays et ici sur le penchant des gracieuses collines de la reine des Cantons de l’Est, tant de fois, on vous a parlé et vous avez parlé de Saint-Jean-Baptiste et de notre patrie aimée, que je sens mieux que jamais, la faiblesse et l'impuissance de ma voix.

Et pourtant, je t’admire, ô illustre Précurseur du Divin Maître, que je voudrais mieux célébrer; et pourtant, je t’aime, ô ma jeune et fière patrie, toi qui par ta foi et par ta langue es restée d’une façon si touchante la fille de l’Eglise et de la France, sans manquer jamais à la loyauté due au drapeau de l’Angleterre; et pourtant, je t admire, ô Jean-Baptiste, et je t’aime, ô mon pays, et puisque, par une bienveillance dont je m’honore, mes bien chers frères, on a pensé à me confier la mission de porter en ce jour la parole du prêtre au milieu de vous, je vais dire quelquesuns des sentiments dont débordent vos âmes et qui jaillissent de tous les coeurs.

Je vais essayer de rappeler, ô saint Patron de notre race, illustre Jean-Baptiste, comment tu as préparé en prophète et en apôtre, les voies du Seigneur Jésus dans le monde. Je tâcherai d’en déduire ensuite, pour mes compatriotes et mes frères, des leçons de foi éclairée et de patrio-

tisme généreux, afin qu’eux aussi, et moi avec eux, nous sachions bien préparer les voies au Seigneur et rendre droits ses sentiers, en marchant vers l’éternité, comme des chrétiens et comme des apôtres, pour l’honneur de notre race, mais surtout pour le bonheur de nos âmes.

O Jean-Baptiste, prophète et apôtre, ô Jean- Baptiste, précurseur du Christ Jésus et patron de notre race Canadienne-Française, ô Jean-Baptiste, patron de cette église, bénissez ma parole et donnez-lui d’être féconde!

Le Seigneur Jésus, notre Divin Maître, a témoigné un jour en faveur de Jean-Baptiste qu’il était le plus grand des enfants des hommes. Je ne sache pas jamais qu’un plus beau témoignage soit tombé de lèvres plus augustes, et, à lui seul, il suffit sans doute à la gloire du Précurseur, devant les peuples chrétiens.

La piété des docteurs de l’Eglise a voulu toutefois rechercher et développer, pour notre commune édification, les justes fondements de cette affirmation du Divin Jésus, et, le plus souvent, ■elle a aimé à condenser les titres de gloire de notre Patron national dans cette double affirmation: il a été prophète et il a été apôtre!

Comme Jésus-Christ, et d’une façon merveilleuse, il a récapitulé en sa personne les temps anciens et les temps nouveaux, et, c’est là pourquoi de tous les enfants nés de la femme, personne ne s’est levé, personne n’est apparu plus grand que Jean-Baptiste: Non surrexit major Joanne Baptista.

Il a préparé la voie au Seigneur Jésus, me« frères, notre céleste patron, d’abord parce qu’il a été prophète. Il convenait à la majesté du Fils de Dieu de ne pas entrer dans le monde sans y être attendu et ses dons devaient être assez grands qu’ils méritaient bien d’être désirés. Dans l’économie du plan divin, Jésus devait être prophétisé et figuré. — Des hommes vinrent donc, sous l’ancienne loi, qui rendirent des oracles prophétiques et donnèrent, en leur personne et en leur vie, une figure anticipée du Messie. Ces hommes, ils s’appelèrent Daniel, Isaïe, Elie, David, Moïse, Abraham, Isaac et Jacob. Aucun ne fut plus grand que Jean-Baptiste: Non surrexit major.

Daniel avait compté les semaines qui le séparaient du Messie, Jean-Baptiste le montra du doigt; Isaïe avait été appelé du sein de sa mère, Jean-Baptiste fut sanctifié dès les entrailles qui l’ont porté; Elie, fuyant le contact pervers d’un peuple corrompu, s’était allé cacher dans les montagnes solitaires du Carmel, Jean-Baptiste, u vêtu d’une tunique grossière et nourri à l’aventure ” a trouvé également, dans la solitude des déserts et dans l’abandon à la prière, les leçons et les inspirations dont sa vocation avait besoin; David avait chanté magnifiquement le fils de sa race, le Promis qui devait venir, Jean-Baptiste a vu et désigné le Promis qui venait, portant les péchés du monde; Moïse avait épouvanté Pharaon et délivré le peuple choisi de la servitude de l’Egypte, Jean-Baptiste a confondu les orgueilleux Pharisiens, il a délivré le peuple de l’esclavage de la loi et l’a con-

duit, non pas seulement à la Terre Promise, mais an Divin Promis lui-même, au Messie Jésus qui prêchait en ce temps-là aux pieds des montagnes et sur les bords des fleuves de Judée; Abraham, Isaac, Jacob et les autres patriarches avaient gardé pure la lignée du peuple choisi, d’où naîtrait la femme qui devait écraser la tête du serpent infernal, Jean-Baptiste, d’une façon plus précise et mieux qu’eux tous, a promis et annoncé le Messie, entendez-le, là-bas, à la sortie des déserts, écoutez-le criant aux foules: Le voici, le voici — Ecce, ecce Agnus Dei! Le voici l’Agneau de Dieu! Tollit peccata mundi! Il porte les péchés du monde. — Oui! vraiment cet homme-là est prophète et plus que prophète, il est précurseur.

Et non seulement il annonce Jésus, mais encore il le figure! Il le figure à ce point que ses contemporains le prennent pour le Messie lui-même, tandis que d’autres demandent à Jésus s’il n’est pas Jean-Baptiste!

Mais j’ai hâte de dire que ce prophète a été un apôtre aussi et que c’est par son apostolat, un apostolat laborieux, un apostolat constant, un apostolat douloureux qu’il a rendu témoignage au Divin Maître et commandé de lui préparer les voies et de rendre droits ses sentiers! Parafe viavn Domini et rectas facite semitas ejus!

Apôtre! oui, certes Jean-Baptiste l’a été. Il l’a été laborieusement, il l’a été constamment, il l’a été douloureusement!

Comme les apôtres, il a vu Jésus et il l’a entendu! Comme les apôtres, il a été témoin. Eritis mihi testes!

Il fut un homme, raconte l’Evangéliste saint Jean, il fut un homme envoyé de Dieu et son nom était Jean. Il vint comme témoin pour rendre témoignage à la lumière et pour que tous crussent par lui — Hic venit in testimonium, ut testimonium perhiberet de lumine, ut omnes crederent per ilium! Et l’Evangéliste continue en affirmant que Jean a rendu témoignage à Jésus-Christ!

Jean prêchait donc ce Jésus qu’il savait être venu du ciel pour régénérer le monde. (Jean III, 31) Il prêchait ce Jésus qui s’était chargé des péchés des hommes. Il prêchait ce Jésus qui devait baptiser dans l’Esprit Saint et dans le feu — in Spiritu Sancto et igné. (Math. III, 11.) Il prêchait ce Jésus dont la divinité lui apparaissait si manifeste au jour où il le baptisait dans les flots du Jourdain. Il était apôtre, il le fut laborieusement et il le fut constamment.

Aux grandes œuvres à accomplir, mes frères, le travail d’un jour ne suffit pas et la constance est difficile aux humains, car l’ennui et le dégoût qui paralysent tant de généreuses initiatives naissent souvent des insuccès du premier moment. Comme les apôtres, Jean-Baptiste fut constant. Sa parole à lui non plus ne se laissera jamais enchaîner, pas plus que celle de S. Paul, Verbum Dei non est alligatum (II Tim. II, 9). Toute la Judée s’était étonnée de la merveilleuse constance et de l’indomptable audace du Précurseur, avant même que Jésus n’eût donné l’exemple^ car à son Précurseur il semble bien que le Divin Maître avait par avance donné la force comme à sa sainte Mère il avait donné la pureté!

Jean Baptiste repousse les hommages qu’on veut lui adresser. Il affirme qu’il n’est lui-même

qu’une voix qui crie dans le désert de préparer les voies au Seigneur: Parate viam Domini. Pauvre et libre, il est apôtre! Il ne craint rien: “ Sachez que la cognée est à la racine de l’arbre, dit-il aux foules, tout arbre qui ne rapportera pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu!”

Qu’on soit content ou non, il crie à tous ses reproches, ses menaces, ses malédictions, ses durs préceptes, ses fortes exhortations. Il est apôtre, vous dis-je, et il l’est constamment parce qu’il est libre et qu’il est fidèle!

Il est apôtre aussi douloureusement parce qu’il sait l’être jusqu’à la souffrance, jusqu’à l’héroïsme, jusqu’au martyre et jusqu’à la mort! Hérode est puissant, mais il est incestueux; Hérodiade est influente, mais elle est cruelle; sa fille est belle, mais elle est impudique. Arrière la beauté, l’influence et la puissance! Non licet !, tonne la voix austère mais juste du Précurseur! Non licet! Ce n’est point permis! Tu peux, ô jeune fille, consentir aux pernicieuses sollicitations de ta mère! Tu peux, ô Hérodiade, demander à satisfaire ta haine cruelle! Tu peux ô Hérode, payer par un crime tes ignobles infâmies; mais continue de trembler, ô roi impudique et faible! Cette tête, qu’on apporte dans un plat, de ses lèvres pâlies laissera échapper toujours le cri vainqueur de l’apôtre indompté, de l’apôtre fidèle, jusque dans le martyre et jusque dans la mort! Non licet! Pas plus aux puissants qu’aux faibles de ce monde, devant Dieu, il n’est permis de violer la loi de la pudeur. Non licet! à Hérode, les échos de la parole de Jean Baptiste sont, venus jusqu’à nos temps, et, ils se répercute-

ront jusque dans les siècles des siècles pour redire ta boute et celle des compagnes de tes orgies. Non licet! chantent les générations chrétiennes, pour l’honneur de cet apôtre laborieux, de cet apôtre constant, de cet apôtre supplicié que fut Jean Baptiste le Présurseur de Jésus de Nazareth!

Ce prophète et cet apôtre, mes frères, il est le patron de notre race canadienne française. Je n en rechercherai pas les causes. Je ne tenterai pas des rapprochements trop subtils. Toute belle qu’elle est, notre histoire n’est pas sans défaillances et l’histoire du Précurseur Jean n en connaît pas. Que notre race ait été une race de chrétiens et d’apôtres, on l’a dit souvent, mais je sens qu’il faut le dire avec réserve. Que notre race soit actuellement toute composée de chrétiens et d’apôtres, j’aime trop mon pays, pour le flatter et lui mentir, et je ne dirai pas que je le crois. Que notre race ait essayé d’être une race d’apôtres sur les bords du St-Laurent et que quelques-uns de ses plus illustres enfants y soient jusqu’à un certain point parvenus, oh! oui, je le proclame et c’est un grand honneur. Assurément Dieu n’a pas agi ainsi avec toutes les nations: Non fecit taliter omni nationi!

Mais ce que je veux dire, ô mes frères et mes compatriotes, ce que je tiens à dire après y avoir longuement réfléchi, c’est que tous, entendezvous, tous, vous et moi, il faut pour l’honneur de notre race et pour le bonheur de nos âmes, que

nous soyons des apôtres, puisque l’ère des prophètes est passée, que nous soyons des apôtres laborieux, des apôtres constants jusqu’au sacrifice et s’il le fallait jusqu’à la mort. — Accordezmoi encore un quart d’heure pour m’expliquer, j’ai confiance, en vous prêchant une vérité pratique, de n’oublier pas nos gloires nationales!

Chrétiens qui m’écoutez, compatriotes aimés, vous devez être des apôtres et des apôtres laborieux en étant des chrétiens solides. Noblesse oblige! L’idée qui a présidé aux origines de notre pays, c’est une idée d’expansion française et catholique! Cartier, Champlain, Maisonneuve, Laval et O lier, les Récollets, les Jésuites et les Sulpiciens en jetant, sur le rocher de Québec et au pied du Mont-Royal, les humbles colonies d’où devaient sortir Québec et Montréal, ont voulu faire œuvre d’apôtre. Beaucoup parmi leurs successeurs et leurs héritiers ont travaillé à faire aimer la croix de Jésus en même temps qu’ils coopéraient à faire respecter le drapeau de France. Je ne veux pas citer les noms de tous ces champions du Christ, de tous ces pionniers de l’idée française. Je sais que tous ne furent pas parfaits, mais je proclame avec bonheur que l’histoire de nos origines est l’une des plus belles de toutes les annales humaines.

Nos pères furent apôtres en prêchant la croix et la civilisation aux sauvages habitants de ces régions, ils le furent par leurs découvreurs et leurs missionnaires, par leurs travaux et leurs martyres, par leurs victoires et même par leurs défaites. Notre race a une vocation d’apostolat! Il faut qu’elle en reste digne!

feur les plaines d’ Abraham, la France est tombée dans la personne de Montcalm, l’étendard aux fleurs de lis a retraversé les mers; mais la race française et catholique, si elle a été affaiblie, n’a pas été vaincue! L’enfant né de la France et de l’Eglise était viable et il a grandi! En grandissant, il a pris place, grâce à une vigueur de sang, à une vitalité qui fait l’admiration du monde entier, sur les rives du St-Laurent, aux bords des lacs, au-delà comme en deçà de la ligne quarante-cinquième, il a pris place partout. Il est venu jusqu’ici, mes frères, par certains de ses plus illustres fils, les Racine, les Dufresne et leurs amis! En grandissant, vous dis-je, il a pris place! A l’Aurore de ce XXe siècle,

1 ai buste ensanglanté de 1759 est un grand et bel arbre, et la tige qui s’épanouit dans ces riches cantons de l’Est n’est pas des moins vivaces ni des moins pleines de promesses.

Si, comme moi, vous et es fiers de notre vie nationale, restons apôtres! Soyons -le laborieusement, soyons-le constamment! Restons les amis du sol, car c’est l’agriculture qui est notre force et notre garantie nationale! Restons dans nos villes les amis du travail et les ennemis des grèves et des troubles. Respectons les droits acquis, soyons fidèles au drapeau qui protège nos libertés et surtout, ô mes compatriotes, restons fidèles au Dieu qui a veillé sur notre berceau, dans la personne de ses prêtres, au Dieu qui a réjoui notre jeunesse par la voix et les conseils de ses évêques et de son clergé! Sovons apôtres constamment ! ’

Pour l’honneur de notre race, oui!

mais avant tout, pour le bonheur de

mais aussi, nos âmes!

Si grand que soit un jour de fête nationale, il ne doit pas nous faire oublier que nous sommes tous mortels! L’avenir de notre race doit certes nous intéresser, mais l’avenir de nos âmes, créées par Dieu et rachetées par le sang de Jésus, nous intéresse à un degré infiiniment supérieur! Au reste, c’est en étant fidèles aux principes du christianisme que nos ancêtres sont restés moraux et purs et qu’ils ont donné à l’univers l’incomparable exemple d’un peuple qui se multiplie d'une façon prodigieuse! Rester chrétiens, rester apôtres, cela a toujours été, ce doit être encore et ce sera toujours la meilleure manière d’être canadiens-français !

Soyons apôtres laborieusement, soyons apôtres constamment! Soyons-le s’il le faut douloureusement, mais soyons-le. Mes frères, je vais toucher à un point délicat, mais je suis sûr que votre esprit chrétien le pardonnera à la franchise qui convient à la parole d’un prêtre de Jésus-Christ!

Nos origines, comme peuple, sont dignes d’être chantées par le génie de la poésie et de l’éloquence. Notre vitalité, notre prodigieuse fécondité, nos progrès incontestables sous certains rapports, sont dignes de l’admiration la plus sincère! Mais ne nous y trompons pas! Il y a des signes de déchéance qui apparaissent menaçants. On aime trop ses aises! On aime trop le luxe! dans nos campagnes comme dans nos villes! La noblesse est sœur de la luxure, et, l’une et l’autre ont ruiné des empires bien puissants. L’une et l’autre donnent, hélas! des générations efféminées, qui n’ont plus de générosité d’âme et qui manquent de caractère!

A Dieu ne plaise que je veuille dire que nous n’avons pas encore des hommes de caractère et d’énergie. Mais ne vous semble-t-il pas qu’ils se font plus rares de nos jours? Prenons garde! vous dis-je! Soyons apôtres généreusement autour de nous et en nous! Coupons les mauvaises excroissances que nous pouvons remarquer sur la tige de l’arbre national. “ Tout arbre qui ne portera pas de bons fruits, a prêché St- Jean-Baptiste, sera coupé et jeté au feu.” Soyons apôtres, et s’il le faut, soyons-le généreusement, soyons-le douloureusement!

Donnez-nous, ô mon Dieu, des hommes qui savent être laborieux, qui savent être constants et qui savent souffrir, et, ces hommes seront des apôtres! Ils garderont le prestige de notre race et en feront, ce qui vaut mieux encore qu’une race illustre, une race d’élus pour le ciel.

Esta vir! dit à l’homme l’auteur inspiré! Sois viril! sois homme! Et ainsi tu prépareras la voie au Seigneur et tu rendras droits ses sentiers!

Sois virile, sois forte, ô ma patrie et tu feras de grandes choses sur la terre d’Amérique!

Sois virile, sois forte, ô ma race et tu resteras la digne enfant de l’Eglise et de la France chrétienne!

Sois virile, sois forte, ô nation canadienne française, et tu feras respecter tes droits en respectant ceux de tes concitoyens d’origine étrangère!

Sois virile, sois forte, ô bien-aimée patrie, et tu seras l’orgueil du drapeau auquel tu dois hommage et fidélité, parce que, depuis un siècle passé, il protège tes libertés et garde tes destinées!

Sois virile, sois forte, ô bien-aimée patrie, dans un apostolat laborieux, constant et douloureux, et tu seras plus digne de ton illustre patron, le prophète, apôtre et précurseur Jean-Baptiste.

Sois virile et forte, ô bien-aimée patrie, en gardant pieusement tes souvenirs, en marchant loyalement dans le devoir, en vivant fidèle à ton Dieu, tu seras grande et tu feras des saints.

Amen!

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