Obsèques du comte Henri Delaborde, le 20 mai
l'âme de l'illustre compagnie que sa mort plonge dans le deuil.
On saura, mieux que Je ne pourrais le faire, vous parler et de l'inoubliable secrétaire de l'Académie des beaux-arts, et du savant artiste, et de l'écrivain éclairé. Le représentant de l'État a aussi une autre mission : il vient, au nom d'un ministre qui déplore l'impossibilité où il se trouve de remplir luimême ce pieux devoir, rendre hommage à l'un des plus parfaits serviteurs du bien public qui aient jamais vécu.
S'il est vrai. Messieurs, comme l'a dit un penseur d'une grâce profonde, que « la vertu est un genre merveilleux de littérature », considérons la vie qui vient de s'éteindre comme un rare chef-d'œuvre. Le comte Delaborde a été sans reproche. Quatre-vingthuit ans, presque un siècle, au service du devoir : voilà toute sa biographie en quelques mots. Nous devrions nous arrêter là. Le laconisme dans la louange ne déplairait point à celui qui aima la vérité sans phrases. Souffrez toutefois que j'essaye de dire pourquoi cette mort, aussi sereine que la carrière qu'elle a terminée, nous laisse sinon sans mélancoHe, du moins sans amertume, et pourquoi les larmes que nous devons verser gardent une infinie douceur.
C'est que le sage, celui qui sut se rendre digne du bon départ, de Veuîhanasie qu'exaltait la morale antique, celui qui a triomphé du mal, triomphe aussi de la mort même. S'en aller comme le comte Delaboerd, s'endormir paisiblement au soir de la longue