‹ Artistes et cabotinsChapitre 28 sur 70 · UNE HEURK DE CÉLÉBRITÉ · texte numérisé non relu

UNE HEURK DE CÉLÉBRITÉ

La magnificence du prince valut à Eloa toutes les bonnes grâces de la direction, de l'administration, -des auteurs, des journalistes et des flâneurs.

Un jour enfin elle se vit sur le point de devenir tout à fait célèbre.

Ce fut dans sa loge, après souper, car on pouvait souper dans sa loge, que le fameux Rimonville, le roi des vaudevillistes, écrivit, il y a de cela trois ans, la revue de fin d'année : Vlan dans le dos !

Rimonville dictait, le prince écrivait, Eloa mimait les rôles, et les invités s'ébahissaient en se noyant dans des flots de Champagne.

J'y étais et c'est comme cela que j'ai su comment se faisait une revue.

COMMENT Sli FAIT UNE KEVUE

Ses conséquences et sa fin

La revue est une des t'onues tlraina tiques les plus (lii'ficiles, il ne faut pas se le dissimuler. Il s'agit avec chaque fait saillant de l'année, décomposer une pièce à part, et chacune de ces pièces doit être disposée en crescendo, comme les scènes dans les autres œuvres de théâtre.

L'auteur d'une revue u pour [)remière préoccupation de ne point laisser échapper le moindre événement. L'inauguration d'un bâtiment, la venue d'un haut personnage, l'invention nouvelle, sans compter les premières représentations (jui rempliront Vacte des théâtres, sont autant do sujets à rendre en [)rose ou en vers.

Et comme il est presijue impossible qu'un l'ail de quelque importance n'échappe pas à un (Confectionneur, il est d'usage d'obvier au manque de mémoire par l'institution d'ua

système <]'espionnage assez intéressant à connaître.

Ils sont dix s'épiant les uns les autres, ayant a leur disposition mille agents recrutés dans i espérance d'un rôle.

C'est la petite chose gui, sous prétexte de figurer à l'Athénée, tiendra les BoufTes au courant de ce qui s'y fait. C'est la grande Amanda, 1 étoile des Folies-Marigny, qui, par dévouement pour l'auteur, racontera ce qui se passe a la direction des Variétés. C'est encore le chef d'orchestre des Délassements qui, dans 1 espoir d'un prochain avancement, se faufilera aux répétitions de la salle Taitbo^t.

Ce qu'il faut d'astuce, d'intrigues et de diplomatie pour ne point arriver dernier ne saurait se comparer qu'à la roublardise exigée d un ambassadeur en mission extraordinaire.

La pièce écrite, on procède, comme toujours, à la distribution des rôles.

Distribution difficile, car, sauf quelques étoiles en vedette, l'auteur va avoir affaire à une volée de jeunes grues plus susceptibles que ne l'ont jamais été ni M"« Mars ni M"'^ Dorval, ni Paola Marié.

Il faut voir avec (juol acharnement la Porte- Saint-Mditin, le Tramicaij, le Pavé, le Nourcau Pacillun dt-s reptiles, le Bateau-mouche et la troisièini' Japonaise vont se disputer une lii;ne, deux lignes, un couplet ou une têle de uuirclic.

— Monsieur, dit celle-ci, mon amant ma lait faire pour le bal des artistes un joli costume japonais, je pourrais bien jouer Kusiki.

— Monsieur, dit celle-là, j'ai de la voix, |)ourt{uoi ne m'ajoutcriez-vous pas un couplet ?

— Monsieur, je suis connue pour ma jambe, et vous me faites jouer un rôle en robe longue !

— Monsieur, je danse comme personne, voulez-vous qu'au linale je fasse la chaloupe en détresse ?

— Monsieur !..

— Monsieur !..

— Monsieur !..

C'est à devenir fou 1

L'auteur d'une revue doit posséder la Clef (lu Caveau.

Les airs : Du Voyage de Dunanan, de l'Apothicaire, du Menuet d'Exaudet, de Saltarello, à' Asseyez-vous dessus, de Lauzun, de Cendinllon, du Pifferaro, du Billet de Loterie, de Titilariti, du Méli-Mélo, de Brididi, de iSa Majesté n^a plus sa tête, des Cinq-Codes, de i/'"« Favart, de Croquefer, de Turenne, de /^ow'e aux Idées, de i)/. F/c^or Chéri, du /^2e<, de /a Bonne Aventure, du /*as rfw Zéphyr, et( etc., sans compter les airs nouveaux d'opt rettes et des cafés-concerts, ne doivent point avoir de secrets pour lui.

— Monsieur, j'imite Offenbach! Vite couplet !

Air nouveau de Victor Chéri.

Le monde, paradis terrestre,

Grâce à moi, grâce au progrès,

Ne sera plus qu'un grand orchestre

Qu'pour cent mill' francs je conduirais I

Du fin fond de Philadelphie,

En venant de France d'abord^

A l'universelle harmonie

C'est moi qu'aurai donné l'accord.

— Utilisons-nous la petite qui demande à faire Kosiki ?

— Parbleu !

— Vite, écrivez :

Air : Enrékn.

Kosiki, la, la la [bis)

Kosiki. la. la, la.

Dieu vous bt^nisse.

Kosiki, la, la, la {bis) Etait un prince sans malioe, C'est le contraire d'Déïdamia.

Ulysse, T'avais par trop d'malice !

KOSIKI Air : Tic et coûte.

Xu coin de la ru' d'Bondy, Bondit, bondit chaque soir Un public qui ni'ajiplaudit.

Plaudit, plaudit, faut le voir!

Je chante comme un pinson, Pinson, pinson, plein d'attrait.

Aussi partout nie nomme-t-on Le plus beau des Japonais.

— Ajoutez-moi donc un couplet pour Duruûf, il m'a donné cinq cents francs.

— Voilà ! voilà I

Dini oi' Air : A/i ! zut alors !

Place, messieurs, c'est Duruofqui s'avance ! C'est l'épatant.

— ni —

C'ftst l' renversant !

Attention, je vais faire un' séance,

C'est rvrai moment, Donnez-moi vite un franc !

Pour un billet d'cent, Je vous promets une hallade,

Un voyag" sans pareil.

Vous verrez là la lune et 1' soleil ; Mais il se peut, après la promenade

Qu'vous vous plaignez D'avoir les os un peu broyés.

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