LA PRIMA DONA
On a fait la monographie du ténor, on a négligé celle de l'étoile.
Il nous tardait de réparer cet oubli.
L'étoile est un astre brillant de sa propre lumière. J'en appelle à tous les astronomes.
Elle commence à poindre, tantôt dans une
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.irrit-Te-hoiitifiue , tiiiit^tt dans les salons les inienx t'rt''([iu'nt(!'S.
C'est généralement aux Consen'atoires d'Europe qu'elles empruntent leur éclat, comme les astres du ciel empruntent leur lumière au soleil.
't II serait beau d'embrasser sous le regard << illimité de notre âme cette immensité pro- « digieuse, où rayonnent les créations de « l'éther : il serait beau de donner le dernier « coup au firmament des anciens, et, nous ■' dépouillant à jamais de Tantique illusion Il qui nous montrait les étoiles tournant à <i une égale distance autour de nous, de tra- <i verser par la pensée les espaces sans cesse « renouvelés où se succèdent les mondes stel- " laires. » {La Pluralité des mondes, de Camillo Flammarion.)
L'étoile la plus voisine do notre système est ta Patti. Parmi celles qui viennent ensuite, et dont la distance est connue, la plus proche est la Milsson; puis la Carvalho , VAlfjani et la Durand viennent après.
Ce sont les étoiles les plus voisines, celles qui se meuvent dans le même espace qiic nous.
Quant à la totalité des autres, aux centaines qui peuplent l'étendue, il nous est mathématiquement impossible de prendre aucune base pour mesurer leur éloignement.
Nous essaierons pourtant de donner une idée de ces distances successives , en prenant pour mesure la vitesse de la réputation.
Nous dirons pour cela que la notoriété lyrique, qui, comme la lumière, parcourt un nombre incroyable de lieues par seconde, ne met pas moins de dix ans à nous venir du Conservatoire de Paris, tandis qu'elle ne met souvent que sept ans pour nous venir de Madrid, cinq ans de New- York, trois ans de Vienne et six mois de l'Italie.
II y a des étoiles dont l'éclat diminue.
Azevedo disait, en parlant des étoiles de la salle des Italiens : « Elles sont précédées pur la plus belle de toutes : VAlboni. »
Or, maintenant, VAlboni ne domine plus en éclat les astérismes d'alentour.
Théophile Gautier écrivait, il y a trente ans : « La Frezzolmi est remarquablement belle. »
Elle est, aujourd'hui, de septième grandeur. Gastil-Blaze marqua la Viardot de première
-raiideiir; elle nest plus, maintenant, (jue de (|ualriènie.
Etc., etc.
Nous venons de tracer sommairement l'histoire de quelques-unes des transformations survenues <lans l'univers visible, et que l'on a observées d'ici; on sent que cette histoire n'est (juc l'indice de ce qui se passe journellement dans l'universalité des cieux de la musi(iue, mais elle suffit pour détruire en nous ridée ancienne de l'apparente immobilité d'un ciel solitaire.
« Perles splendides enchâssées dans Tim- " mense et mobile écrin de la i^n-avitation, .. sous les liens de cette loi universelle, les « étoiles s'en vont planant dans les espaces, « filles d'une même nation, sœurs d'une môme <c famille. Ici on les voit agglomérées par my- .. riades et suspendues dans l'espace, comme ,. un archipel diles Uottantes; plus loin, réunies en systèmes sidéraux, s'élever ou descendre autour d'un centre invisible. »
11 serait dangereux de croire (juc parce •lu'ane étoile n'est plus visible à la lorgnette, elle a complètement disparu do l'univers.
Les soleils ne meurent pas en sï'teignant.
En fouillant le monde , on les retrouve transformées en professeurs, en bourgeoises . voire en grandes dames.
L'astronomie les désigne sous le nom de Nébuleuses.
Elles vivent encore de leur éclat, ou rayonnent de celui des autres, éclat emprunté au titre d'un prince russe, comme aux réaux d'un comte espagnol.
C'est le cas des Planètes refroidies.
UN LIBRETTO ÉCOXOiMIQUE.
On comprendra facilement qu'avec de grands personnages comme ceux que nous venons de présenter, le directeur, étant obligé de se montrer plus que prodigue , se rattrape sur ses modestes pensionnaires, et leur fasse payer la gloire de ses premiers sujets.
Et n'allez pas croire que ces exigences datent d'hier, comme quelques-uns Timagincnt.
En 1778, c'est-à-dire sous Louis XVI, les artistes ayant afliché des prétentions par trop
— JOJ —
exagérées , Thomassin s'imagina d'écrire un opéra à deux personnages , qu'il jouait et iiiautait avec sa loninic, ce qui lui permit de licencier immédiatement sa troupe.
C'est eux également qui faisaient les chœurs.
Nous ne pouvons résister au désir de reproduire en entier ce livret que nous conseillons à bien de nos impressari.
D'abord l'argument :
Un jeune prince américain Est amoureux d'une jeune princesse.
Cet amant, i[ui \u-nl an milieu de la pièce. Par le secours de Dieu , ressuscite à la fin ! Ce sujet est tout neuf. Nous commençons enfin.
La mise en scène était, parait-il, d'une simplicité primitive, La toile se lève :