‹ Artistes et rapinsChapitre 2 sur 10 · LES RAPINS · texte numérisé non relu

LES RAPINS

a vocation. — Giotto charbonnait le profil de ses chèvres sous les yeux de Cimabué. Esclave de la tradition, le futur membre de 1 Institut trahira sa vocation artistique en griffonnant sur tous ses cahiers, en salissant tous les murs blancs de sa connaissance.

Malheureusement, la réputation nourricière des arts libéraux est loin

Phys ionomies Parisiennes.

d’être intacte. Les parents,, qu’avaient d’abord amusés les dispositions de Tentant, ne tardent pas à s’en alarmer; on impose des entraves au génie naissant; mais la vocation est la plus forte^ et le fameux « anch’io son jpittore » est jeté à la face de la famille consternée.

L’enfant a fait son entrée dans un atelier; le voilà rapin. Son noviciat est dur; plus d’un franc-maçon reculerait devant les épreuves auxquelles il est soumis. Qu’importe! L’amour de l’art le soutient. Il passe victorieux et meurtri à travers les abominables charges traditionnelles,, conquiert le droit de porter les coiffures les plus variées,, de négliger sa chaussure et de traiter avec mépris tout individu qui « n’est pas du bâtiment. '»

Il décide/ il tranche les questions avec une autorité indiscutable. Les fortes têtes de la famille sont matées par lui. Impossible de résister à une supériorité qui s’affirme si insolemment. Les critiques le font bondir.

Malheur à qui touche à l’arche sainte!

Il est foudroyé du coup.

e début. — Par une condescendance dont le favorisé ne semble pas comprendre tout le prix, l’intéressant élève a consenti à faire le portrait de son oncle. L’œuvre est exposée dans le salon,, aux regards des amis convoqués pour assister à cette petite fête artistique.

La chose ne ressemble à rien,, sinon à une effroyable croûte.

Physi c no mie s P a ris i en nés.

Un silence,, qu’il est impossible de supposer approbateur, règne sur toute la ligne. On semble se recueillir, comme sous le coup d’un malheur public.

Enfin le modèle se décide à parler :

— Eh bien !... qu’en dites-vous ?. . . Ernest assure que c’est frappant.

— Oui, oui... murmure un cousin,, gros marchand de vin à Bercy; mais c’est joliment noir tout de même. Moi je couperais cette couleur-là.

— C’est ce qu’il me semble aussi. — Ernest, pourquoi m’as-tu fait si noir que ça ?

Cette demande idiote amène sur les lèvres du peintre un sourire dédaigneux. — Voyez les maîtres,, répond-il sèchement : Ribeira,, Rembrandt, Ca-

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ravage, tous vigoureux, tous solides, tous culottés!...

— Et tu as tenu à me... culotter...

C’est très-bien. Seulement je voudrais savoir si ça me ressemble.

— Oh ! quant à ça, dit la maman, tu es parlant. Veux-tu en avoir la preuve? Faisons venir Nini; les enfants sont étonnants pour reconnaître les personnes.

Mademoiselle Nini est introduite et amenée cérémonieusement devant le portrait. Elle le regarde avec de grands yeux inquiets ; puis, tout à coup, elle pointe son petit doigt en s’écriant :

— Oh ! Croquemitaine, maman !

Les amis partent d’un éclat de rire imbécile. L’oncle est vexé, la maman est furieuse; seul, Ernest reste impassible.

Physionomies Parisiennes,

— C’est ce que j’ai fait de mieux, se contente-t-il de dire en roulant une cigarette, et vous comprenez bien que le jugement de mademoiselle Nini n’est pas sans appeL Tenez, j’ai là une copie faite d’après Théodore Rousseau^ un chef-d’œuvre incontestable; eh bien ! je vous défie de me dire, vous tous qui avez de l’âge, ce que ce paysage représente.

Il exhibe un panneau bitumineux, rayé au milieu par deux traînées lumineuses : l’une est censée représenter le ciel, l’autre le reflet dans l’eau.

— Hein? quelle note!... En voilà de la vigueur î Comme mon portrait dégringole à côté î — Est-ce assez vineux, cousin ? "

On admire de confiance, personne

ne se reconnaissant dans cette marmelade de pruneaux.

Cependant la mère du grand homme se risque : — Ernest?...

— Quoi, maman?

— Es-tu bien sûr que ton paysage est placé dans le bon sens?

— Parbleu!

“ C’est que... On dirait que l’eau — oh! je vois bien que c’est de l’eau — - est plus brillante que le ciel*

— Le ciel est sacrifié.

— Mais... pourquoi le reflet ne l’estil pas?

Cette réflexion^ qui ne manque pas de justesse,, frappe l’esprit observateur d’Ernest; il regarde son paysage et s’aperçoit en effet qu'il est à l’envers; alors; avec une déférence qu’on ne

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saurait trop louer^ il daigne le remettre à l’endroit.

— Tiens! c’est drôle > reprend la maman,, maintenant qu’il n’a plus la tête en bas,, je m’y retrouve encore moins... Si tu le remettais dans l'autre sens.

Ernest fronce le sourcil et secoue sa chevelure ondoyante : — Vous voyez,, s’écrie-t-il, voilà une œuvre de maître,, reproduite avec amour par un adepte,, et vous êtes incapables à vous tous d’en distinguer l’endroit d’avec l’envers!... Et vous voulez qu’un enfant soit juge d’un portrait? Allons donc!

L’art est chose sacrée,, interdite aux profanes. Hors du temple,, marchands sacrilèges! Vendez du calicot, du vin, des épices ^ mais inclinez-vous sans

comprendre devant la redoutable majesté du Beau!

Les parents se retirent sans savoir aré à Ernest de sa modération, et sans s’avouer qu’ils avaient droit aux coups de fouet du précurseur.

Lui, le génie méconnu, se venge noblement de ses contempteurs en donnant à plein collier dans tous les défauts des peintres à la mode : ses fonds sont plus lourds que ceux de Diaz, ses vues de Venise plus chiffonnées que celles de Ziem, et son réalisme ferait peur à Courbet! lia déclaré un jour, en pleine brasserie, qu’il avait regretté, en peignant un saumon avancé, que ses couleurs ne sentissent pas mauvais. Ce à quoi un ennemi a répliqué que sa couleur étant suffisam-

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ment mauvaise; une odeur désagréable aurait fait double emploi.

E RAPIN PIOCHEUR. — S’il

suffisait d’être exact et zélé pour devenir un grand peintre; Ravinet serait bientôt à tu et à toi avec la célébrité. Malheureusement la nature ne lui a donné que le désir de bien faire; elle a oublié le reste.

Il s’installe à l’atelier avant l’heure.

C’est toujours lui qui allume le poêle; toujours lui qui l’éteint. Jamais il ne laisse ses figures inachevées. Les méchants prétendent qu'il lui est arrivé souvent de mettre six orteils à un pied. Pour lui, il n’y en à jamais assez.

Le professeur l’estime; s'intéresse à

ses efforts et voudrait le voir percer. Il est si docile,, si peu raisonneur.

On a remarqué que les natures indépendantes^ les tempéraments , sont souvent mal vus par les maîtres. Il en est peu qui s’astreignent à respecter les penchants individuels de l’élève.

Ingres considérait comme une insulte toute tentative de couleur commise dans son atelier.

Le piocheur et le modèle de femme vivent rarement en bonne intelligence.

Leurs chicanes sur les repos sont interminables. L’un voudrait toujours travailler; l’autre se donne pour mission de ne poser que le moins possible. Arrangez cela.

“ Voyons,, Esther, restez donc tram qui’le.

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— Tiens! je n’ai peut-être plus le droit de me moucher?

— Vous ne faites que cela depuis ce matin.

— Est-ce ma faute si j’ai un rhume de cerveau?... J’en souffre a^sez,

— C’est convenu,, vous en mourrez.

En attendant, ne bougeons plus.

— Quel photographe que ce monsieur Ravinet!

- — Je ne vous demande pas ce que je suis; mais j’exige que vous posiez convenablement.

— Vous seriez joliment vexé si je posais convenablement.

— Et pourquoi, s’il vous plaît ?

— Parce que je serais habillée au lieu de... Mâtin! qu’il fait froid ici;.. Tenez; je suis pétrifiée.

Ravinet veut profiter de l’embellie pour déterminer le mouvement de son torse; malheureusement la pétrification du modèle n’est pas encore assez avancée.

— Finissez donc, Esther, vous vibrez comme une corde de piano.

— <le ne vibre pas> je grelotte.

— Et on étouffe, ici. Le poêle est rouge. '

— Connu ! on vient de peindre la porte avec du vermillon.

— Quelle bêtise !

— Il faut que j’aille voir ça.

— Esther, je vous somme de vous immobiliser !

— Oui; monsieur Ravinet, un marbre.

La statue descend de sa table et và

en trottinant s’assurer de l’état du poêle,, qu’elle gorge à faire éclater la fonte.

L’opération terminée,, Esther retourne à son poste en s’écriant :

— Est-ce mal outillé^ chez vous î Parlez-moi de M. Cabanel, à la bonne heure! Chez lui le modèle est entouré d’égards et de bouches de chaleur. Ah!

c’est bien la dernière fois qu’on me reprend à poser dans une baraque à élèves. Quelle cassinè! Sur quarante que vous êtes ici, je parie qu’il n’y a pas seulement deux millionnaires.,.

La peinture devrait être interdite aux gens pauvres; à quoi que ça leur sert?

à être plus panés encore.

— Mais taisez- vous donc! rugit Ravinet,on ne s’entend plus travailler.-

— Heureusement, réplique gracieusement le modèle, car ça ferait de fichue musique... Allons , bon! on vient encore de me cacher mon mouchoir.

L’entrée du professeur fait cesser le feu. Il passe derrière chaque élève en indiquant d’une phrase nette le défaut de la figure.

— Est-ce une femme ou un homme que vous avez voulu peindre, monsieur T ridon ? demande-t-il à un amoureux des primitifs.

— Monsieur, j’ai cru... j’ai cherché le style.

— Tâchez donc tout simplement de trouver votre bonne femme. Cela vaudra mieux que de charpenter une

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créature maigrelette qu’on habillerait avec un fourreau de parapluie.

Du continuateur de Memling, il passe à un fanatique de Rubens.

— Ah! mon Dieu! Qu’est-ce que c’est que ça £... Une cascade de chairs! une avalanche de muscles ! On vous a donc commandé une enseigne pour la femme colosse? Vous devriez vous entendre avec M. Tridon : — lui qui manque du nécessaire^ — il se trouverait bien de votre superflu.

Quand vient le tour de Ravinet, le professeur s’assied devant la toile en hochant la tête d’un air de satisfaction :

— Bien, très-bien... C’est cherché et trouvé. Monsieur Ravinet, vous êtes un exemple frappant de ce que peut

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un travail acharné. Vos dispositions étaient douteuses, et cependant vous êtes arrivé, à force de persévérance, à un résultat tout à fait satisfaisant. Si tous ces messieurs travaillaient comme vous, il n’y aurait plus assez de prix pour l’atelier... Malheureusement...

e cascadeur. — Le professeur a jeté un regard morne sur la toile du voisin de Ravinet, l’incorrigible Montagnon.

— ...Malheureusement tous vos camarades ne vous ressemblent pas, mon cher Ravinet. — Quel jour sommes-nous aujourd’hui, monsieur Montagnon ?

— Mercredi, monsieur, répond en

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souriant agréablement le cascadeur.

— Et votre figure n’est pas encore en place !

— C’est que j’ai recommencé l’esquisse plusieurs fois,, sans pouvoir me contenter. Je suis si difficile pour moimême...

L’aplomb du scélérat indigne le patron.

— Je vous trouve dur, même!...

Ah ça ! monsieur Montagnon^ quand aurez-vous fini de venir perdre votre temps ici ?

— Dame! monsieur... quand mes études seront complètes.

Le professeur brandit son appuimain avec colère.

— Il ose parler de ses études!

— Je vous jure^ monsieur...

L’ATELTE R

Tâchez donc todt simplement de trouver votre bonne femme. (P. 21.)

— Que le besoin de flâner est pour vous de première nécessité? Il n’est pas nécessaire de jurer pour me persuader cela. Je déplore, monsieur Montagnon, je condamne, je flétris votre paresse invincible. Vous le savez, pourtant, tous les grands peintres ont été de grands travailleurs. Trouvez-vous, monsieur, que Raphaël, Titien, Rubens aient assez produit ?

Montagnon ne répond rien.

— Je vous demande, monsieur, si l’œuvre de Raphaël vous paraît suffisant pour un homme mort à trentetrois ans ?'

— Ohî oui, monsieur... certainement.

— Et pensez-vous, lorsque vous serez arrivé à cet âge, avoir seulement

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terminé... la figure que voici? Je ne le crois pas, moi.

Cette facétie est accueillie chaudement par les élèves. Le professeur, satisfait de leur avoir prouvé que l’Institut trouve au besoin le petit mot pour rire^ s’en va sur son succès en se frottant les mains.

C’est qu’il est vraiment incorrigible,, ce diable de Montagnon. Les poils , les suifs qu’il reçoit du professeur, glissent sur lui comme là pluie sur une vitre. Il affecte bien sous l’averse un air contrit, résigné et souffrant qui désarme parfois le Jupiter tonnant; mais une fois hors de portée ou à l’abri j il recommence à se délasser de n’avoir rien fait.

— Maréchal, s’écrie-t-il en esquis-

sant un entrechat; passe-moi le tabac.

— Quel tabac ?

— Le tien.

— Fumé. J’allais t’en emprunter.

— Maréchal; mon fils ^ tu as dû prendre naissance dans un grand collecteur de la Basse-Normandie... vrai3 tu es trop rat !

Esther, heureuse d’avoir un prétexte pour se déranger, prend la parole :

— Monsieur Montagnon , voulezvous le mien ?

— Oui; jeune beauté contrôlée à la Monnaie; je veux le vôtre; de tabaC; et à charge de revanche; foi d’Assuérus !

C’est en échangeant leurs ce deux sous à fumer» que madame de Staël et Benjamin Constant ont jeté les bases d’une

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amitié inaltérable. Passez-moi votre caporal.

Le modèle fouille dans toutes ses poches pour trouver sa blague^ ce dont Ravinet se plaint avec aigreur.

— Aurez-vous bientôt fini ^ mademoiselle? Je vous le dis une fois pour toutes : Vous n'êtes pas ici pour fouiller dans vos poches !

— Du moment que ce n’est pas dans les vôtres , réplique Esther , qu’est-ce que vous avez à marronner ?

— J’ai à marronner que vous ne posez pas.

Assuérus^ qui tient à sa pipe^ se hâte d’intervenir :

— *Sois clément, ô Ravinet! Voilà une heure que je n’ai fumé et je me meurs de consomption;

— Il a servi à grand’chose le galop que tu viens de recevoir.

— Ingrat! je suis derrière toi en admiration de la façon dont tu beurres son torse,, et tu te plains? Je veux étudier ta manière; cela ne peut que faire du bien à la mienne.

Tout en fumant sa pipe,, le flâneur paraît suivre' d’un œil attentif le travail de Ravinet. Il murmure de petits mots approbateurs :

— Oh!.*. charmant U,, exquis !..* Chic, chic, chic!.*. Quelle patte et quelle pâte ! Esther !

— Monsieur.

— O e$t long dans pâte et bref dans patte. Retenez ce précepte, mon enfant, il vous servira dans les réunions mondaines de la rue de Nazareth...

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Ah! diable! prends garde^ Ravinet, prends garde !

— A quoi ?

-—Tu mets trop de cinabre dans tes chairs; on a rarement d’engelures au torse.

— Tu m’ennuies, toi, tu sais?

— Donnez donc des conseils aux gens! Ça ne fait riem je continue^ dussé-je encore être payéd’ingratitude..

Ah! sapristi! qu’est-ce que tu fais donc là; mon bonhomme ?

Ravinet ne répond rien. N

— Voilà que tu blaireautes mainte* nant. Mais^ cher ami, tu enlèves le grain,, le mat delà peau; ta poitrine devient trop luisante. Que diable! ce ne sont pas des boules de billard que tu peins là.

Indigné^ Ravinet sort des gonds et ordonne à son cauchemar de le laisser travailler en paix.

— C’est bon; on te laisse. On va jouer tranquillement au chat perché dans un coin de l’atelier.

La tranquillité de ce jeu ne tarde pas à dégénérer en un effroyable tohubohu. On monte sur la table du modèle; on grimpe sur le poêle; chaque échelon de l’échelle sert de perchoir à un élève; sur le point d’être pris; le terrible Montagnoii; pour sauver la situation; ne trouve d’autre moyen que de sauter sur les épaules de Ravinet; qui sacre à faire frémir.

L’exaspération du piocheur est au comble; et franchement il y a de quoi : sa toile a été crevée en trois endroits,

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sa boîte à couleurs renversée sens dessus dessous. On se jette des tubes à la tête. On arbore des morceaux de vieilles blouses aux appuis-main. Deux élèves,, montés à califourchon sur des camarades complaisants 3 s’élancent l’un sur l’autre au galop de leurs destriers^ en rompant leurs lances sur des boucliers représentés à' ravir par des toiles fraîchement peintes.

Debout, dans la pose du Romiilus de Y Enlèvement des Sabines de Poussin,, Montagnon organise le désordre. Il lance ses cohortes,, fait raser les chevalets,, démanteler les tabourets,, e^ à bout de munitions,, puise à pleines mains dans le baquet au charbon de terre pour repousser l’ennemi'.

La victoire est suivie d’une marche

triomphale. Élevés sur un pavois porté par les vaincus, Montagnon et Esther, toujours en négligé, font plusieurs fois de suite le tour de l’atelier aux accents généreux d’une musique guerrière.

Des hurlements acclament le cortège. Rien n’y manque, pas même l’esclave insulteur, admirablement représenté par Ravinet, qui vomit contre le triomphateur tout ce qu’il peut trouver de mieux en fait d’injures.

Au plus beau moment de la cérémonie, la porte s’ouvre et livre passage à un homme d’âge accompagné d’un éphèbe. C’est un père conduisant son fils à l’atelier pour la première fois ; il a voulu le présenter lui-même à ses jeunes émules.

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Le malheureux se croit dans une maison de fous; il veut rétrograder.

Trop tard! La porte s'est refermée derrière lui.

— Lasciate ogni speran\a ! leur crie Montagnon. Entrez, maudits , plus d’espérance! Gardes, emparezvous de ces hommes et que la torture leur arrache des révélations !

Les étrangers sont placés en équilibre sur des chaises veuves de tous leurs bâtons, et l’interrogatoire commence.

— Que venez-vous faire ici,, mouchards? leur demande poliment le vainqueur.

— Mais, monsieur, répond l’homme âgé, je ne sais pourquoi vous vous permettez...

— Avez-vous un mandat?

-t— Pourquoi faire ?

— Non? Alors vous êtes en pleine illégalité. Vous vous vautrez ^ vous pataugez dans l’illégalité ! Une fois^, deux fois, mettez-vous votre écharpe?

— Une écharpe ?

— Vous l’entendez^ fils de la nuit, ces gens viennent pour nous arrêter et ils n’ontseulementpasd’écharpeî Dans quel temps vivons-nous, mon Dieo, que des gens tranquilles,, de simples fauxmonnayeurs, puissent être arrachés à leurs familles par les agents d’un pouvoir occulte^ sans écharpe ? — Gardes, étranglez ces messieurs en prenant grand soin d’étouffer leurs cris. J’ai dit!

Un des bourreaux prend la parole :

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— Capitaine, je crois que nous nous trompons; ees messieurs me font l’effet de bonnes petites gens qui ne demandent qu’à passer leur chemin paisiblement.

— Mais certainement , gémit le papa.

— Alors que venez-vous faire ici, passants suspects ?

— J’amenais mon fils à l’atelier de M . Cabasson, pour le présenter comme élève.

— Ciel ! qu’avons-nous fait ? s’écrie Montagnon. Vous êtes une pratique du bourgeois, et nous allions oublier les égards qui vous sont dus ! Mort et passion ! Messeigneurs, la vie est chose précieuse et sacrée; si j’avais attenté â la vôtre, je ne me le serais ja-

mais pardonné de la mienne ! — Offrez des sièges convenables à ces messieurs. Voyons que peut-on vous servir ?

— Papa., allons-nous-en,, dit l’enfant dont la vocation a faibli.

— Oui, jeune condisciple vous vous en irez pour revenir demain à l’heure de la leçon; car vous êtes reçu> reçu à l’unanimité,, toutes boules blanches ! En attendant le moment où nous pourrons vous compter parmi nouSj jetez-vous dans mes bras pour y recevoir l’accolade fraternelle. — Gardes^ passez-moi l’enfant que je le couvre de baisers. — Et vous,, musiciens de l’avenir ^ entonnez avec moi ce chant de l’olivier :

Physionomies Parisiennes.

Heureux qui peut après la guerre, Réparer le- mal qu'elle a fait.

Heureux qui peut... après la guerre Réparer le... mal qu’elle a fait, (j Bis.)

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