E PORTRAITISTE A LA MODE
Pour lui la laideur n’existe pas ; les rides; cancans ; les pattes d’oie,, bruits qu’on fait courir. Sous son pinceau, madame Thierret deviendrait élégiaque, Pradeau tournerait au petit crevé.
On fait queue; on s’inscrit pour lui arracher un portrait; il n’y en a pas pour tout le monde. Sa complaisance envers ses modèles n’a d’égale que son adresse à peindre le satin. Le caprice d’une jolie femme est chose sainte contre laquelle ne s’élèvent que les
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impies,, et qu’il respecte servilement, lui.
— Vous me ferez ressemblante ; cher monsieur Dubois?
— Je m’y engage,, madame.
— Et je ne veux pas être flattée du tout, je vous en préviens.
— Je serai juste et sévère comme la vérité.
Le portrait se commence et suit son cours; il est charmant; son seul défaut est d’être un peu trop ressemblant.
— Sérieusement^ M. Dubois,, est-ce que j’ai la taille aussi grosse que ça?
— Peuh !... oui... oui... on en peut retirer.
— Beaucoup. Tenez...
La dame prend un crayon blanc et
indique sur la toile ce qu’elle veut avoir de largeur.
— Et encore, ajoute-t-elle, je me grossis.
Après le buste on passe à la tête.
— Dites-moi donc, cher maître ?
— Madame ?
— Est-Cè que je n’aurai que ça de cheveux ?
— Pardon, je vous en redois encore*
— Je me disais aussi, quelle mesquinerie!... Ah! par exemple, vous avez été généreux, trop généreux pour là bouche.
— Croyez-vous?
— J’en suis sûre.
— C’est que vous avez voulu sou-
rire.
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— On peut sourire sans ouvrir une bouche comme un four. Tenez.
Le modèle affile son sourire le plus délicat.
— En effet...
— Oh ! vous pouvez en retirer énormément, il en restera toujours assez.
Voulez-vous que je vous indique sur la toile ?
— Inutile, je vois ça d’ici.
— C’est laid une joue ébauchée.
— Mais... elles sont terminées, les vôtres.
— Pas possible ?
— Qu’y voyez-vous donc à reprendre ?
— Ce que j’y vois!... Pourriezvous me dire ce que c’est que ça ?
Elle montre deux lignes roses, en-
cadrant le nez et la bouche, qui tiennent lieu des deux rides( profondes dont la nature l’a gratifiée.
— Ceci, madame, est un pli de la peau.
— Oh ! je n’aime pas les plis. D’ailleurs ma peau n’en fait pas.
— Quelquefois ils donnent du piquant à la physionomie.
— La mienne n’en a pas besoin, elle en a à revendre. Nous supprimerons, n’est-ce pas ?
— Mais certainement.
Quand le portrait est sur le point d’être terminé, la dame, qui était brune, apparaît au malheureux peintre blonde comme les blés.
— Ah ! mon Dieu ! s’écrie l’arti ste
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en voyant son modèle ainsi transformd, quel changement !
— Ça me va bieiy, n'est-ce pas ?
— Sans doute... Mais je ne m’y retrouve plus du tout.
— Vous arrangerez cela. Ce sera l’affaire de deux ou trois coups de pinceau. Vous êtes si adroit.
Le ballon rose est à refaire ; mais il faut à tout prix contenter la pratique; seulement la note du portraitiste passera^ elle aussi, du brun au blond *
: PEINTRE... d’industrie. — Cet honorable Guzman d’ Alfarache avait trouvé jadis un
moyen coquet pour pousser à l’écouiiment de ses produits. Quand il avait,
dans un salon, jeté son dévolu sur un modèle , voici comment il préparait son coup.
— Ah l monsieur, disait-il au père avec un accent pénétré, permettez à un artiste enthousiaste de s’incliner devant la beauté splendide de mademoiselle votre fille.
— Vous voulez vous incliner? demandait le papa surpris.
— Oui, monsieur, oui, mon bonheur serait extrême si je pouvais obtenir de vous la faveur inappréciable de faire une étude, une simple étude d’après cette madone dont vous êtes l’auteur. Ce serait le diamant du salon.
On est toujours flatté d’avoir donné le jour à une madone. D’ailleurs le
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peintre est laid, d’une bêtise avérée, il n’y a donc aucun inconvénient à lui permettre de planter son chevalet devant la jeune fille.
Si, il y en a un et très-réel encore; quand l’image est finie, elle est envoyée au papa avec une facture où rien n’est oublié. On paie, de peur d’un scandale, et le chevalier de la palette passe àun autre exercice. Celui-ci :
Il s’arrange, beaucoup avec le palefrenier, un peu avec le maître, pour étudier les performances d’un cheval de prix; puis il renouvelle le jeu de la facture, toujours avec la même délicatesse et le même bonheur.
Ces histoires sont connues de tous.
Le premier venu vous dira le nom du monsieur, si vous l’ignorez.
A FEMME ARTISTE. Rosa
Bonheur, Henriette Brown, Léon Bertaux, Lefèvre-Deumier^ Marcello, tiennent vaillamment leur place dans l’art contemporain.
Leur talent... imberbe est reconnu et applaudi de tous.
Chez les gens du monde le succès de la femme artiste prend toujours des proportions trop grandes ; les artistes, au contraire, ont une tendance à le diminuer. La scie qu’ils font à leurs gracieux confrères consiste à dénoncer dans leurs œuvres l’intervention d’une main masculine.
— Avez-vous vu, cher monsieur, la statue que madame *** vient d’exposer au salon ?
IOO
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— Je l’ai trouvée même très-remarquable.
— Elle a un talent hors ligne.
— Oui, il en a beaucoup.
— Comment... il? Vous croyezdonc que cette dame se fait aider ?
— C’est évident.
— Je ne puis supposer cela.
— Naïveté qui vous honore, et que j’ai perdue depuis longtemps, hélas!
Dans le monde, c’est une autre histoire.
— Superbe! magnifique!! Écrasant !!!
— Je parie que vous parlez du chefd’œuvre de madame de *** ?
— Vous avez deviné. N’est-ce pas que c’est véritablement surprenant ?
— Inouï !
loi
— On vient de lui commander le couronnement de l’Arc-de-1’ Étoile.
— Bravo ! Elle aura l’honneur de mener à bien une tâche devant laquelle tant de sculpteurs ont échoué. •
— Est-ce que vous vous la figurez plongeant ses petites mains dans de grands vilains baquets remplis de terre glaise ?
— Difficilement. Mais ce qui est plus fort, c’est d’avbir étudié l’anatomie.
— Elle a eu ce courage ?
— II le fallait!
— Est-ce vrai qu’on l’a vue tricoter en se servant de tibias pour aiguilles ?
— Vous ne le saviez pas ?
— Je n’aimerais pas ca, moi.
— Tous les grands hommes ayant
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leurs manies, il doit en être de même des grandes femmes.
?E MEMBRE DE L’iNSTITUT. —
En voici le type : Il est âgé, mais vigoureux encore, modeste, bien qu’il soit un des plus grands sculpteurs du siècle; il ne parle jamais de lui, ne dit de mal de personne; et cependant !...
Quand on l’aura perdu, on regrettera amèrement de ne pas l’avoir accablé de travaux; ses moindres maquettes s’enlèveront au poids de l’or; ses bronzes seront peut-être les seuls objets d’art que la postérité acceptera sans bénéfice d’inventaire.
Et cet académicien... n’est pas de
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l’académie. Il s’appelle tout simplement Barye.
INVALIDE DE l’ïNSTITUT. —
Un odéon en douillette les jours de vieux répertoire.