‹ Arts appliqués et industries d'art aux expositionsChapitre 101 sur 126 · ACCRU · texte numérisé non relu

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Done, aussi bien l'Exposition projetée sera moderne dans tous ses détails, aussi bien son architecture doit-elle être elle aussi moderne absolument. Pas une pierre posée sur une aulre pierre, pas un percement dans le mur, pas un couronnement au Loit, pas un délail dans tout ce qui sera consiruit à l'Exposilion, sans que, résolument, l’architecte, rompant avec toute forme copiée ‘d’après le passé, ne se soit imposé l'obligation de créer, selon une optique con- Lemporaine en ulilisant et mariant au mieux tous les matériaux dont il dispose en notre temps. Aucune imilalion ne peul être tolérée dans celte encein£e à la la porte de laquelle les styles, rappels d’esthéliques périmées, doivent être formellement consignés. Seule, escorlée par la multilude des idées modernes qui participeront à celte fête de l'Art, la tradition aura le droit d'entrer.

La question se pose donc d'un contrôle extrêmement sévère sur les architeclures de l'Exposition des Arts décoratifs el, avant toute chose, d’un choix entre deux partis contradictoires :

1° Construire un énorme palais pour abriter toutes les sections exposantes ;

20 Morceler l'Exposition en peliles habitations bâlies selon des destinations mulliples et consliluant des types variés de demeures privées ou publiques: villas, hôtels particuliers, hôlels à voyageurs, maisons de campagne, logis ouvriers, etc., elc.

La République, en protégeant l'Exposition des Aris décoratifs modernes, en lui attribuant, pour qu'elle soit digne de notre pays, d'importantis crédits, ne doit pas commettre la faute d’aventurer des sommes énormes sur un seul risque. Le budget de construction ne pourra qu'être réparli entre les architectes de qui l’on peut allendre des solutions à ce grand problème d'un style architeclonique actuel, et l'Exposition, à cet égard, portera effet dans la plus large mesure, si l'on ne peut présenter au publie, côte à côle, des types de demeures modernes, variées, de caractère personnel, et ne conservant, dans leur discrédit, qu'un seul lien : celui d’être conçues toutes dans l'intention nettement résolue de satisfaire aux besoins actuels — lant esthéliques, que matériels — en mettant logiquement à profit toutes les ressources que l'industrie contemporaine apporte à l'architecte.

Dans ces habilätions, les Arts appliqués de toute nature trouveront naturellement un cadre excellent et approprié au mieux pour la mise en valeur des efforts qui dans tous les méliers concourent à la réalisation d’un Art moderne. Ce seront là autant de foyers, offerts en exemple au public, foyers dont l'intimité s’apparentera avec celle de nos demeures privées et où le visiteur, s’avançant de pièce en pièce, reconnaîlra l'ordonnance des lieux où lui-même a l'habitude de se venir reposer, parmi les siens, après les journées du labeur. La démonstration ainsi se fera plus éloquente et plus directe, que si, dans un vaste palais, tous les arts décoratifs étaient rassemblés, fût-ce en un ordre parfait. Rien ne pourra êlre plus édifiant, rien ne pourra mieux convaincre les incrédules, décider les hésitants, assurer la victoire de l'idéal moderne dans

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les esprits réfractaires encore, que ces réalisalions vivantes de Aomes tout aménagés, tout prêts pour recevoir leurs hôtes, vivants, en un mot. Dès le seuil, la ferronnerie de la porte sollicitera l’attention, et déjà la parure des murailles intérieures, le vitrail qui là-bas égaye l'escalier, la mosaïque du sol inciteront à pousser plus loin la visite, à vérifier. si l'Art moderne équivaut en confort, en charme, les Arts qu’il prétend détrônér. EL silôt une autre porte ouverle, ce sera le salon avec ses meubles, avec ses tentures, ses tapis, sa peinture incorporée à l'architecture, l'originalité de ses baies par où affluera la lumière. EL partout, sous la main, la curiosité du bibelot inédit.

Arts du vêtement et de la parure, Art du théâtre, arrangements de nos intérieurs et de nos vètements, Art de la rue, Art des jardins, M. Roblin étudie rapidement les différents aspects de l'Art décoratif, et adoptant la classification proposée par la Commission d'étude des délégués des Associations artistiques francaises, il la reproduit dans son entier et en fait, pour ainsi dire par avance, le programme de la future Exposition.

Au moment où il paraît si nécessaire d'encourager l’action de nos arlistes décorateurs, de nos arlisans, de nos ouvriers et de nos industriels d'art, l'opporlunilé d'une Exposition d'Art décoratif moderne ne peut être discutée. Mais ne serait-il pas possible à des particuliers, à des inilialives.irdividuelles, à des groupements libres de diriger l’œuvre à accomplir ? Nous le croyons pas. Evidemment, des tentatives ont dû êlre faites çà et là, mais leur portée a été restreinte, leur action limitée, leur résultat incertain. Ce que nous voulons, c’est un effort d'ensemble, large el fécond. Comme l’a si b'en résumé M. Mezzara, il est nécessaire « que l'Exposition ait un caractère officiel ».

Il est certain que l'Exposition projetée devra êlre sincèrement imprégnée d'art, mais, avant tout, elle aura, comme préoccupation première, la sauvegarde des grands intérêls économiques français : c'est dire que le Ministre du {Commerce est obligatoirement appelé à y jouer un rôle de premier plan.

Il serait contraire à toutes nos vues et à toutes nos idées de prétendre que le Département des Beaux-Arts doive être tenu à l'écart. Bien loin de là : par son organisalion même, par ses relations journalières, le Déparlement des Beaux-Arts est particulièrement qualifié pour diriger l’orientation artistique de notre pays.

Ceux qu'il faut atteindre, entraîner, ce sont les industriels, et le Ministère du Commerce seul peut avoir une aclion sur eux. Seul, à a sur eux une influence el une influence considérable. En liaison directe avec tous les grands groupements économiques qui ont quotidiennement besoin de son intervention ou de sa collaboration, il est qualifié pour prendre la direction d'une Exposition d'Art décoratif, ne serait-elle que francaise.

L'organisation a une importance capitale, et M. Roblin y insiste avec raison.

Le Ministère du Commerce nous paraît désigné pour prendre la téle de l'organisation de l'Exposition.

A COXXANIIN

C'est, du reste, le seul qui possède un service des Expositions. 1l est armé pour réaliser administrativement le projet qui nous occupe. Il a une personpalité propre qui lui est définilivement acquise. C’est le Ministère de la « production nationale». A ce titre, il devrait être parmi les premiers, alors qu'il n’est considéré que comme secondaire et que les grands intérêts dont il a la garde ne disposent chez lui que d'organismes pour la plupart insuffisants : le service des Expositions en est un exemple frappant.

Quoique faible dans ses ressources el n'ayant que peu de moyens, il a su toujours être à la hauteur de sa lâche. Mais, en raison du nombre croissant des Expositions et de l'importance de plus en plus grande des intérêts qui y sont engagés, à apparait comme indispensable de renforcer ce service en le complétant el en le rendant aulonome.

Il devrait pouvoir assurer une direction d'ensemble à l'occasion de toutes les Exposilions qui ont lieu aussi bien en France qu'à l'étranger. Il devrail être à même de renseigner le public à chaque instant et irès rapidement sur toules ces manifestations.

Dans un avenir prochain, la nécessilé nous amènera à modilier complètement ce service et à le mettre en concordance avec nos besoins.

Presque tous nos Ministères, d’ailleurs, sont intéressés par une Exposilion d'Art décoralif : l'Instruction publique pour l'Enseignement, les Finances pour les intérêts du Trésor public, le Travail pour tout ce qui concerne les ouvriers, les Colonies pour faire connaître les productions locales, les Affaires étrangères pour les relalions avec toutes lesnations, bref, chacun de nos Départements aura à produire son eflurt et sa collaboration.

11 apparliendra au Commissarial général, sous la haute autorité du Ministre du Commerce, de grouper toutes les bonnes volontés.

A côté de l'État, la ville de Paris se doit à elle-même d'apporter son concours à l'œuvre projetée. Elle ne saurait y manquer, étant donnés les intérêts considérables que représentent pour elle les Arts décoratifs. Dans toutes les branches de ces Arts, c'est par milliers qu’elle compte les patrons, les ouvriers, les artisans. Paris est le centre, le foyer de notre production qu’il résume à l'étranger. De nombreux visiteurs seront allirés par l'Exposition de 1916 et apporleront un profil immédiat à nolre capitale. Au point de vue moral et au point de vue matériel, on n’aurail pu comprendre que Paris n’apportât pas son concours à l'État.

Il y aura lieu de meltre un vaste emplacement à la disposition du Comité d'organisation et du Ministère du Commerce, à qui incombera cerlainement le soin de préparer celle grande manifestation. Le moment venu, nous ferons à ce sujet des propositions précises qui devront êlre éludiées par les Commissions compélentes.

Pour aujourd'hui, je vous demanderai simplement d'émettre le vœu suivaut dont les considérants sont ceux-là mêmes qui ont été adoptés à l'unanimité par les représentants qualifiés de Loutes les Sociétés d'Arts décoratifs et qui ont élé repris dans la proposilion de loi présentée au Parlement :

RO TANINEEE « Le Conseil,

» Préoccupé du développement de nos Arts décoralifs ;

» Conslatant que les conditions économiques actuelles rendent nécessaires pour nos industries d'Artl’élablissement de modèles nouveaux et leur diffusion ;

» Estimant indispensable pour stimuler les efforts des artistes, des industriels el des ouvriers d'art, une manifestation internationale spécialisée à tous les Arts décoratifs et réservée à des œuvres d'une inspiration nouvelle, à l'exclusion de Loute copie ou pastiche du passé,

» Émet le vœu:

» Qu'une Exposition inlernaticnale des Arts décoratifs modernes soil organisée et ouverte à Paris en 1915. »

A la séance du Conseil municipal de Paris, une discussion s’engagea, et M. Aucoc demanda la suppression du mot moderne dans le vœu.

Malgré l'intervention de M. Aucoc, le vœu de M. Dausset fut adopté.

Le vote du Conseil municipal est des plus précieux.

Le choix d’un emplacement est primordial pour une Exposilion. La surface nécessaire est de 25 à 30 hectares dans un cadre approprié, point trop loin du centre, d'accès facile et rapide, de communications commodes. Plusieurs combinaisons ont déjà élé suggérées, qui Loules nous semblent devoir répondre de façon satisfaisante aux nécessités envisagées. Tout le monde com;rendra que nous ne pouvons pas nous expliquer davantage sur ce point, car il appartient au Gouvernement de prendre à cet égard des inilialives nécessaires. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que la question d'emplacement sera aisément résolue ou mieux d'accord avec la Ville de Paris.

D’après Le vote du projet de résolulion que nous avons rapporté, il est certain que la Ville de Paris ne nous marchandera pas son concours financier. Les frais d’une Exposition internationale d'Art décoratif moderne ne sauraient êlre très élevés, eu égard aux intérêts en jeu. Il nous est toutefois dilfcile, au point de vue budgétaire, d'ap;orter des précisions qu'il ne nous appartient pas de donner. Toutefois, nous cetimons que toules les cpérations financières qu'occasionnera l'Exposilion devront être soumises à un contrôle très sérieux organisé sous la surveillance d’un fonctionnaire responsab'e el d'après des règles précises el délerminées.

Consiruira-l-on plusieurs pelils pavillons ou édifiera-t-on un immense palais ? Tout en voulant laisser la queslion entière, il nous semble qu'il serait peut être préférable d'avoir recours au premier syslème, qui permettrait de créer pour un groupe d'artistes des cadres appropriés à leur conception. Les petits pavillons auraient l'avantage d'offrir au publie « moyen » des modèles qui pourraient se répandre.

Le prix d'un grand palais serait plus élevé.

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