‹ Arts appliqués et industries d'art aux expositionsChapitre 15 sur 126 · OO · texte numérisé non relu

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plus à classer les productions des artistes par catégories ; la pensée qui les a mises au jour en fait seule la valeur. Les Salons annuels ouvrent leurs portes aux applications de l'art à l’industrie, et le Musée du Luxembourg leur réserve une place parmi les collections de l’art contemporain. N'oublions pas que ce dernier projet remonte à M. de Chennevières, alors Directeur des Beaux-Arts, qui, dès 1874, se préoccupa de créer au Luxembourg une section des objets d'art moderne qui serait comme Ja continualion du Musée du Louvre. La tentative échoua, mais l'idée avait déjà été émise officiellement, démontrant qu'il n'y avait ni grands arts ni arts mineurs et qu'il n'existait d'autre hiérarchie entre les artistes que celle qui était imposée par le talent. Il a fallu cependant près de vingt ans pour qu'un musée acceplât, de nos modernes artisans, vases de verre ou d'argile, ustensiles d'argent ou coupes de bronze, plaques d'émail ou bracelets d'or; et ces objets d'usage familier frappent l'imagination de quiconqueles admire, au même degré qu'une aquarelle, qu'une toile de maître ou qu’une statue, et concourent également à renouveler en chacun la source d'émoion qu'il vient y chercher.

Tous ceux qu'intéressait la renaissance des industries artistiques suivaient passionnément ces questions et prirent part au deuxième Congrès des Arts décoratifs qu'organisèrent en 1894 l'Union centrale et Georges Berger, son nouveau et actif président.

Eugène Guillaume présida ce Congrès; deux XLVIHT.—Société nationale des ministres, Spuller et Georges Leygues (une Méca CE

S \ aquette gravée crise ministérielle étant survenue pendant la par Alexandre Charpentier. durée des sessions), présidèrent, l’un la séance d'ouverture, l’autre le banquet de clôture, et tous deux développèrent les mêmes idées. « Ce qui fait la valeur d'une œuvre d'art, e’est la conceplion et l'élévation ou la délicatesse de la pensée unie à la perfection de la forme. Un objet qui remplit ces conditions, quelle que soit sa destination, quel que soit le nom qu'on lui donne, est un objet d'art. » Le Congrès, auquel assistèrent près de quatre cents délégués, arlistes, savants, industriels, écrivains, fonctionnaires, se subdivisa en trois sections, dirigées chacune par Gustave Larroumet, le sénateur Bardoux et le vice-recteur Gréard : 1° dé- veloppement des arls décoratifs en France; 2° législation; 3° enseignement du dessin el histoire de l’art. Parmi les questions disculées, signalons notamment l'imilation en matière d'art et d'industrie, l'obligation du dessin au certificat d’études primaires, le rôle de la femme sur l'avenir artistique de notre pays, la création de Musées d'Arts décoralifs dans les départements,

la fondation d'une chaire d'histoire de l'art appliqué aux métiers, l’organisation d’un service d'inspecteurs d'art décoratif, la refonte dela loi sur la propriété artistique et industrielle, la situation des ouvriers d'art devant les dispenses militaires, ete. Le Congrès de 1894, comme le disait Eugène Guillaume, « affirmait une fois de plus l'unité de l’art et conquérait pour l’art décoratif le droit de vie et de cité dans la grande fédération de l'art français. »

Ce Congrès, si complet qu'il fût, ne put malheureusement résoudre la question du Musée des Arts décoratifs, et notre pays devait en rester privé pendant encore plus de dix années.

Mais l'évolution de l’art moderne s'accentue de plus en plus. D'abord, très réalisies, nos artistes, libérés des préjugés du grand art, se souviennent que les styles du Moyen Age et du dix-huilième siècle lirent leur charme, non pas de l'imilation rigoureuse de la nature, mais de sa libre interprétalion; ils demandent à la flore et à la faune des formes nouvelles, qu'ils parent d'une ornementalion où la figure est présentée avec tout son agrément; ils savent harmoniser la ligne et le modelé et demander toute sa gaielé à la couleur et à la lumière.

Nous avons constaté, en 1889, l'œuvre des Gallé, des Grasset, des Chérel, des Chaplet, des Dammouse, des Delaherche.

En 1891, peu importante est la première section d'Art décoralif, acceptée au Salon de la Sociélé nalionale des Beaux-Arts; celle de 1892 voit pour la première fois les élains de Desbois, de Baffier, d'Alexandre Charpentier; lorsque la Socrélé des Artistes français, tout d’abord réfractaire, cède partiellement en 1895, et accorde une sous-section aux «ouvriers d'art industriel », c'est René Lalique qui apparait d'un coup dans toute sa splendeur, émerveillant les visiteurs par ses bijoux et joyaux, où se mélangent, de façon tout inattendue, pierres précieuses, mélaux et émaux.

A la fin de cette même année 1895, S. Bing inaugure rue Chauchat un hôtel-magasin que l'architecte Louis Bonnier a décoré suivant son titre : l’Arl nouveau, pendant que dans la presse, spéciale ou non, discutent et combattent Roger Marx, Victor Champier, Marius Vachon, Arsène Alexandre, Henry Havard, Frantz Jourdain, Maillet, Emile Berr, Thiébaut- Sisson, et que le public intéressé suit les nouvelles créations artistiques de Gallé, Grasset, Plumet, Selmersheim, de Feure, Eugène Gaillard, Colonna, elec.

Cette même rénovalion artistique se fait jour à l'étranger el ses progrès n'y sont pas moins considérables. En Anglelerre, où la statuaire n a jamais existé, c’est dans la décoration intérieure et le mobilier que le mouvement se fait surtout sentir. Ruskin, dans ses Pierres de Venise (1851-1853), a formulé son esthétique dans les trois prescriplions suivantes : « 1° n'encouragez jamais la fabrication d’un objet dans la production duquel l'invention n'a pas de part ; 2° n’exigez jamais un fini minulieux pour le fini lui-même,

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