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alors Alfred Ancelot, président; L. Couvrevr, Emile Dupont, Fauré Le Page, Georges Hartmann, Lucien Layus, Charles Legrand, vice-présidents: G.-Roger Sandoz, secrélaire général ; Maurice Eslieu, trésorier; Barbier, Blondet, Debain, Lamaille, Noirot-Biais, Walter, Dubouloz, Paul Simon, secrélaires.
Le Comilé, dès son origine, avait compris de façon concrète et moderne que la « diplomatie du droit » commence à s'affirmer devant la « diplomatie de la force » et que, dans les relalions extérieures, la partie économique et commerciale est appelée à prédominer chaque jour davantage ; à Barcelone,
L et LI. — Exposition française de Moscou, 1891. Médaille d'admission gravée par O. Roty.
1888, à Chicago, 1893, à Bruxelles, 1897, il fait sortir notre gouvernement de son inerlie; il prend des initiatives précieuses à Moscou, 1891, à Glaswow, 1901, et quand, reconnu comme établissement d'utilité publique en 1901, il aura fusionné en 1903 avec l'ancienne /?éunion des Comités el Jurys, présidée par Georges Berger et Charles Prevet, nous verrons quelle fut son œuvre aux grandes Expositions qui commencent le vingtième siècle. Mais n'anlicipons pas et constatons seulement dès maintenant la place que, dès l'origine, le Comité français des Expositions à l'étranger a tenu à réserver aux Beaux-Arts, aux Arts décoratifs et aux Industries d'art.
L'Æxposilion française de Moscou, 1891, fut particulièrement réussie; nos aris industriels y eurent un réel succès; il ne reste malheureusement aucun rapport sur celte importante manifestalion française qui précède de quelques années une alliance destinée à rétablir l'équilibre européen.
C'est à Chicago, en 1893, que devait avoir lieu la plus grande Æxposi-
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tion de celte période pour fêter le quatrième centenaire de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb.
L'Exposition de Philadelphie, 1876, avait laissé un mauvais souvenir : l'élévation des droits de douane, l'absence de garanties, les difficultés de toutes sortes, les agissements du jury contrôlant, augmentant ou supprimant les récompenses après le départ des étrangers, ne semblaient pas d'abord devoir encourager nos'‘industriels à prendre part en grand nombre aux fêtes de Chicago. C’est sur les bords du lac Michigan, dans le Jacksan- Park, que s'étendit l'immense foire aux palais blancs : entreprise privée, subventionnée et patronnée par l'Etat et la ville : on avait copié, mais en plus colossal, notre Galerie des Machines. L'Exposition fut ouverte le
LII et LIII. — Exposition universelle et internalionale de Chicago, 1893. Plaquette de la Section française, gravée par O. Roty.
dimanche, ce que l’on n'avait pu obtenir à Philadelphie. Quant au nombre des exposants, notre Commissaire général, Camille Krantz, l'évalue à environ 45000 dont 2762 pour la France, mais nos exposilions collectives ne comptaient que pour une unité et cet usage ne fut pas général pour toutes les sections étrangères.
La France avait adhéré la première et voté près de 4 millions de subventions; son rôle y fut {rès brillant; notre section fit même quelque peu le succès de l'Exposition.
La classification était d'une fantaisie bien souvent amusante : les tombeaux et mausolées voisinaient avec l'ameublement et les lapisseries. Comme à Philadelphie, le jury n'offrait aux étrangers aucune garantie, et le gouvernement français dut mettre notre seclion hors concours.
Si le succès matériel était minime, les leçons rapportées étaient précieuses et prouvaient bien le but commercial des Etats-Unis : par des tarifs protecteurs élevés, obliger compatriotes ou élrangers à créer chez eux les
industries qui leur manquaient, mettre en valeur tout le sol et s'imposer ensuite au vieux monde. Mais comme chez les Américains tout est alors énorme, disproportionné et incohérent dans son faste même, à Chicago le goût français triomphe tout particulièrement; si ce succès ne se {raduisit pas par des ventes immédiates, il eut, comme après Philadelphie, une véritable influence sur l'Américain du Nord et de l'Est et contribua à développer son goût pour nos industries parisiennes et à lui rappeler le chemin de la France.
« Mais les raffinements du confortable ne constituent pas la civilisation. Le peuple américain, obligé à l'origine d'être dur pour lui-même et pour les choses, a conservé une rudesse caraclérislique dans ses goûts et dars ses
LIV et LV. — Exposilion universelle de Lyon, 1894. Médaille gravée par A. Paley,
œuvres. Il considère comme des progrès incomparables le {éléphone, la lumière électrique, le phonographe, et il jouit avec une évidente satisfaction du bien-être, mais il ne saurait soutenir aucune prétention au point de vue artistique. L'art est indépendant du luxe avec lequel l'Américain le confond sans cesse. Préoccupé avant tout de l'ulile, il ne fait pas les choses pour le plaisir de les faire, il les fait uniquement pour le but qu'il se propose. Or, dans toute question d'art et de goût, il y a un élément désintéressé : l'idéal, que caressent avec amour aussi bien le public à qui l'œuvre s'adresse que l'artiste qui l'exécute. Ce besoin d'idéal, la volonté ne suflit pas à le créer; il naîl gradueliement par une sorte de courant sympathique qui va du publie à l'artiste inspiré, et de l'artiste à un public capable de partager ses impressions. » Ce jugement, extrait du rapport de Victor Legrand, marque bien la mentalité américaine de cette époque.
Les raisons qui font que les Américains mêlent « confortable et artis-
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tique » sont très simples : ils ont des fabriques, nous avons des ateliers; leurs clients ne sont pas des collaborateurs, mais des acheteurs, tandis qu'en France, les amateurs, plus nombreux et éclairés, sont des inspirateurs qui savent commander avec goût, certains de trouver quelqu'un pour comprendre et exéculer.
Aussi les Etats-Unis nous empruntent nos idées et nos œuvres en même lemps que nos artistes, nos arlisans et nos ouvriers. Mais tous, dans cette vie fiévreuse, oublient leurs facultés d'invention, leur goût créateur : ils ne s'acclimalent pas; et, s'ils ne viennent pas chaque annte se retremper en
LVI et LVII. — Union centrale des Arts décoratifs, fondée en 18063. Plaquette gravée par O. Roty.
France, leurs belles qualités sont perdues. Cette constatation est celle de plusieurs rapporteurs français de Chicago.
Notre céramique est la première, malgré les droits élevés qui entravent les marchés. Dans la verrerte, furent particulièrement remarqués Emile Gallé, Léveillé avec ses vases gravés en branches et fleurs, et les frères Daum avec leurs paysages d'hiver aux saules blancs de grésil.
Sinos hronzes d'art, avec Barbedienne, Thiébaut, Colin, soutiennent leur vieille réputation, il n’en est pas de même pour les bronzes d'ornement et d'ameublement : ici c'est encore le pastiche. Pour l'éclairage, Eugène Piat a modelé pour le bronzier Gagneau girandoles et appliques d'un beau mouvement. Le zinc d’art, appelé « bronze d'imitation », reste malgré Hottot et Eugène Blot, « par rapport au bronze, ce que le carton-pâte est à la sculpture sur bois ».
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Mais les Etats-Unis, par la contrefaçon de nos modèles, l'ont alors un Lort énorme à nos éditeurs d'art et surtout déprécient nos «œuvres. Déjà,
EVIL e6 LIX. - - Société d'encouragement à l'Art et à l'Industrie, fondée en 1889. Plaquette gravée par O. Roty.
en 1588, Louis Hottlot avait fondé une Lique pour la protection de la pro-
LX et LXI. — Comité français des Expositions à l'étranger, fondé en 1890. Plaquette gravée par Louis Botte.
priélé arlislique aux Etals-Unis, et, en 1891, une loi permettait de pour-
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suivre les contrefaçons lorsque deux modèles de l'original avaient été déposés à la bibliothèque du Congrès de Washington. Le rapporteur de la Classe 23, Albert Susse, a fait à l'Exposition un relevé des bronzes français surmoulés par les fabriques américaines.
în orfévrerie et en bijouterte, les rapports d'André Bouilhet et d'Henri Vever sont Lrès complets : en 1889, nous avons commencé la décoralion par la plante; ce n'est pas assez, il laut créer, et à la théorie joindre la pratique. Nous n'avons fait que des essais, il faut faire de l'industrie d'art qui, elle, est toujours belle, et non de l'industrie de mode toute de convention et qui nous apparait ridicule dès que la vogue a cessé... Les rapports de la bijouterie et de l'orfévrerte sont illustrés, de même que le Zapport général administralif du Commissaire général Krantz; ils sont parmi les premiers qui aient accompagné le texte d'illustrations, complément indispensable pour bien faire voir et comprendre. Enfin, il nous faut signaler encore le rapport de Victor Legrand dont un chapitre est consacré aux conditions du travail aux États-Unis, le rapport de Victor Ghampier où l’on trouve din= téressants renseignements sur les écoles d'art créées en Amérique et surles qualités décoralives de certaines des industries de ce pays, et le volumineux rapport des délégalions ouvrières qui mérite d'être consulté.
A Chicago, nos industries d'art ont conservé leur suprémalie parce qu'elles ont pour elles le goût que le comte de Laborde, en 1851, appelait de celte belle expression «le plus adroit des commerces et le premier des méliers », parce qu'elles ne peuvent pas «se transplanter comme une industrie simple et mécanique, qui relève d'une consommalion courante, et quil leur faut, pour vivre et se développer, un ensemble de {radilions que l'intelligence la plus éveillée ne peut acquérir en un jour. »
Il en sera de même aux Exposilions d'Anvers, 1894, d'Amsterdam, 1895, et à celle de Bruxelles, 1897, qui eut pour Commissaire général Maurice Monthiers. La section française fut décorée par Georges Rémon, et nos industries d'art s’y trouvèrent brillamment représentées, au centre, les bijoux et joyaux ainsi que l'or/évrerte avec les vitrines des maisons Boucheron, Vever, Louis Aucoc, G.-Roger Sandoz, Chnislofle, André Aucoec, Boin-Taburet, Debain, Savard, Piel, Fornet, Murat ; René Lalique y paraît pour la première fois dans une exposilion universelle et inlernalionale. Siot-Decauville, Soleau, Susse, représentent dignement le bronze. Et nous ne saurions oublier dans la Zrosserie, la tabletlerie et la maroquinerie, Emile Dupont, les frères Amson, Genty, les frères Leloir, Maurey-Deschamps; les papiers peints de Félix Follot, d'Isidore Leroy, de Jouanny; les meubles el tapisseries de Damon, Pérol, Soubrier, Blondet, Braquenié, Hamot, Cornille, Ternisien, Poteau, P.-H. Rémon; les céramiques de Brault, Harant, Hache, Lœbnitz; les verreries de Gallé, Daum, Le Rosey, [larant, Appert; les mosaïques de Guilbert Marün; les belles éditions de Delagrave, Doin, Hetzel, Le Vasseur, Lucien Layus, Masson, Belin, ete.
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Il n'y a pas eu de rapports de Classes à l'Exposition de Bruxelles, mais seulement un Æapport général écrit par Charles Legrand, pour le Comité français des Expositions à l’élranger, comme devait l'être peu après le rapport de M" Pégard, l’organisatrice de l'Exposition française — limitée, mais fort jolie, — de Saint-Pélershourg, 1899, où se trouvaient réunies nos premières maisons dans les cinq groupes de l'Ameublement, des Arts du mélal, de la Céramique, de la Toilelle et des Arts graphiques.
LXII et LXIIT. — Exposition nationale et coloniale de Rouen, 1896. Médaille gravée par ©. Roty.
Le monde entier se préparait alors à prendre part à l'Exposition universelle el internalionale de Paris, 1900. Comme les précédentes, cette grande manifestation s’annonçait sous de sombres auspices : guerres sino-japonaise et hispano-américaine, malentendu franco-britannique, luttes intérieures politiques et sociales. Mais sous l'intelligente direction du Ministre du Commerce Millerand et de ses chefs directs, le Commissaire général Alfred Picard, les Directeurs généraux Delaunay-Belleville, Stéphane Dervillé, Jules Bouvard, grâce au dévouement des Comités et des exposants, l'Exposition de 1900 a montré la vitalité de cette « Grèce moderne », la France, qui a su, après de si douloureux moments, reconquérir sa siluation dans le monde, conslituer un second empire colonial, marcher dans la voie du progrès et conserver la première place à la tête de la civilisation.
L'Exposilion de 1900 a doté Paris d’une grande voie et embelli les Champs-Élysées de la magnifique perspective qui s'ouvre sur le dôme des Invalides. 11 en a subsisté le Pont Alexandre, œuvre des architectes Cassien- Bernard et Cousin et des ingénieurs Résal et Alby; le Grand et le Petit
— EXNXVI — Palais, dus l'un aux architectes Deglane, Louvet et Thomas, et l'autre à Girault.
La disparition de la plupart des monuments en carton-pâle, qui composent surtout les Expositions, ne doit pas cependant nous faire oublier la grande Porte de Binet sur la place de la Concorde, si bien comprise et si joliment polychromcte; le superbe alignement des Palais des Nalions, qui décoraient la rive gauche de la Seine et la rue de Paris, égayée par les fantaisies de Jean Veber, Albert Guillaume, Lucien Métivet, Bellery-Desfontaines, Lucien Gros, Ibels, Francis Jourdain; le Pavillon Bleu de Dulong; les Palais des Forêts, Chasses et Péches, et le Cabaret de la Belle-Meunicre, par Tronchet: les Serres et Passerelles de Ch.-A. Gautier ; le Pavillon Roumain, de Formigé et Lucien Magne; le Théälre de la Loïe Fuller, par Henri Sauvage et Pierre Roche. Si la plupart de ces constructions étaient trop uniformément blanches, et manquaient de la Jolie polychromie de 1889, on a pu dire sans exagération qu'elles avaient nécessité une véritable «orgie statuaire ». Rappelons parmi les meilleures œuvres de nos sculpteurs, les figures allégoriques de Gustave Michel pour le pont Alexandre; le « Travail », haut-relief de Guillot, pour la porte de Binet ; la jolie frise d’Allard pour le palais du Génie civil; le fronton de Théodore Rivière, les « Mineurs »; dans le palais des Forêts, « la Ghasse », haut-relief de Jean Baffer,
La décoralion des classes avait été mise sous l’heureuse direction de Louis Bonnier, qui sut admirablement stimuler l'imagination et l'invention de chacun; et l'on se souvient encore, entre autres, des installations gracieuses et très étudiées des architectes Sorel (papeterie), Bénouville et Félix Aubert (pharmacie el cuirs), Frantz Jourdain (parfumerie), Plumet (décoralion fixe), Arfvidson (bijouterie-joaillerie), Jacques Hermant (instruments de musique). Quant aux Salons rétrospeclifs du costume et de la dentelle, ils étaient décorés par Grasset, de même que la lapisserie l'avait été par Steinlen; un superbe panneau de Besnard garnissait le salon de la Parfumerie Piver; quant aux vitrines, elles étaient pour la plupart très modernes et exécutées en bois naturels. |
Regreltons, cependant, que l’on n'ait pas fait appel, alors déjà, aux talents d'artistes comme Toulouse-Lautrec, Maurice Denis, Bonnart, ete.
De nombreux livres ont été écrits, sans compter les articles de presse et de revue, sur cette question primordiale de l’applicalion des arts à l’industrie à l'Exposition de 1900; aucun de ceux qui sy intéressent n'ignore certainement le remarquable ouvrage de Roger Marx : la Décoration el les Industries d'art à l'Exposition unwerselle de 1900 ; nous avions eu déjà recours pour les pages précédentes à ce magistral travail, mais, comme rien de mieux n'a encore élé fait, nous nous excusons par avance si, dans les lignes qui vont suivre, nous lui faisons encore de nombreux emprunt(s.
— LXXXNIL — Dans la classification de 1900, les Arts appliqués et Industries d'art appartiennent aux groupes suivants :
Groupe II : OEuvres p’arr : Enseignement spécial, industriel et commercial (CI. 6); Peinture, Cartons, Dessins (CI. 7); Gravure et Lithographie (CI. 8); Sculpture et Gravure en médailles et sur pierres fines (CI. 9); Architecture (CI. 10).
Groupes III : INSTRUMENTS ET PROGÉDÉS GÉNÉRAUX DES LETTRES, DES SCIENCES ET DES ARTS : Typographie, Impressions diverses (CI. 11); Photographie (CI. 12); Librairie, Éditions musicales, Reliure, Journaux, Affiches
LXIV et LXV. — Exposition universelle et internationale de Paris, 1G00. Médaille gravée par J.-C. Chaplain.
(CI. 13) ; Monnaies et Médailles (CI. 15) ; Instruments de musique {Cl. 17); Matériel de l’Art théâtral (CI. 18).
Groupe XII : DécoRATION ET MOBILIER DES ÉDIFICES PUBLICS ET DES HABITAmoxs : Décoration fixe des édifices publics et des habitations (CI. 66); Vitraux (CI. 67) ; Papiers peints (CI. 68) ; Meubles à bon marché et Meubles de luxe (CL. 69); Tapis, Tapisseries et autres Tissus d'ameublement (Cl. 70) ; Décoration mobile et Ouvrages du tapissier (CI. 71); Céramique (Cl. 72); Cristaux, Verrerie (Cl. 73).
Grocre XIII: Fixs, issus, vèremexrs : Blanchiment, Teinture, Impression et Apprèt des matières textiles (CI. 78); Fils et Tissus de coton (CI. 80); Lin, Chanvre (CI. 81); Laines (CI. 82) ; Soie (CI. 83); Dentelles, Broderies et Passementerie (C1. 8%); Confection et Couture (CI. 85); Industries diverses du Vêtement (CI. 86).
Groupe XV : Ixousrries piverses : Papeterie (Cl. 92); Coutellerie (CI. 93);
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Orfèvrerie {CI. 94); Joaillerie, Bijouterie (CI. 95); Horlogerie (CI. 96); Bronze, Fontes et Ferronnerie d'art, Métaux repoussés (CI. 97); Brosserie, Maroquinerie, Tabletterie et Vannerie (CI. 98); Bimbeloterie (CI. 100).
La classificalion, très étudiée, était due à Alfred Picard qui s était inspiré des principes de Le Play ; mais l’affluence des exposants et le morcellement des emplacements empêchèrent qu'il y eût harmonie, comme en 1867, entre la classification, l'installation et les nationalités : les produits exposés ne purent donc pas être groupés d'après le système rayonnant, par nature et par pays d'origine; en outre, chaque nation avait exigé d'avoir son palais particulier; de là vint que les groupes disséminés et les nations séparées les unes des autres ne donnèrent plus l'impression d’un vaste ensemble; il y eut exagération des forces, manque d'un véritable ensemble, et l'on eut trop souvent l'impression d'une multitude d'expositions particulières entre lesquelles la cohésion faisait défaut.
De l'Exposition de 1900 se dégase cependant cette impression
LXVI et LXVII. — Exposition universelle générale que chaque industrie d'art et internationale de Paris, 1900.
fait alors un effort énorme pour se délivrer des formes convenlionnelles et surannées; on veut s’arracher à limitation nostalgique du passé; un désir se manifeste, d'innover et surlout de créer quelque chose de gai, de normal, de franchement vivant; comme le dit Roger Marx, « la convoitise de beauté est devenue un besoin social, chacun espère d'elle le souverain réconfort qui élève l'âme, la distrait et la console ». C’est bien en somme la mise en pratique de la belle devise de l'historien Michelet : « Inventer ou périr ». Pour beaucoup, il n’y a plus antipathie entre l'objet et la matière; et de plus l'objet créé s'adapte souvent bien à l'usage auquel on le destine.
Le goût commence à reprendre sa place et un style nouveau d'art cherche à s'épanouir. On peut lui reprocher ses fautes, ses erreurs, ses défaillances. On peut trouver qu'il manque quelquefois de sobriété et de simplicité et que par besoin de nouveauté il arrive à fatiguer l'œil; les créateurs sont sujets à se tromper, mais mieux vaut encore une audace qu'on taxera de révolutionnaire, que celte exubérance d’imitations auxquelles on nous avait trop longtemps habitués.
Pour mieux mettre en lumière l'effort tenté, les progrès accomplis, avec
Insigne commémoratif, gravé par Daniel Dupuis.
les noms de ceux qui furent les artistes de ces œuvres, nous ne saurions trouver de meilleurs guides que les rapporteurs des différentes classes.
Dans la Classe 11, {ypographie et impressions diverses (A. Lahure, rapporteur), Peignot expose un nouveau type d'alphabet dû à Grasset, quelquefois trop oublié aujourd'hui par les disciples et élèves qu'il a formés ; ce fut un novateur bien intéressant avec son illustration étrange et puissante des Quatre Fils Aymon; son influence est alors « flagrante en toutes les classes de l’art décoratif ». N'oublions pas son bel ouvrage, la Plante et ses applicalions ornementales, qui a donné à beaucoup de créations industrielles leur orientation nouvelle.
D'ailleurs, dans le domaine des Ar{s graphiques proprement dits, la fin du xix° siècle marque le point culminant des procédés photomécaniques. Citons parmi ceux qui ont su en faire le meilleur usage arüstique : le graveur Charles Gillot, qui a exécuté les Quatre Fils Aymon, de Grasset, les Danseuses, de Renouard, et encore Reymond, Ruckert, Victor Michel, Dujardin, Marotte.
Tout en uniformisant les productions, les procédés mécaniques ont cependant poussé les graveurs d'interprétation à assouplir leur facture ; parmi ces derniers, les frères Florian savent traduire sur le bois une tête de Léonard de Vinci pxvrr. — Ron NE aussi bien qu'un croquis de Forain, et quelle xerselle et internationale pléiade d'artistes originaux et d'illustrateurs DR ACRENS 100 qu'Auguste Lepère, Vallotton, Daniel Vierge, M UT EE Renouard, Amiot, Pierre Roche, Victor Prouvé, (ce modèle légèrement réduit, servit
Rochegrosse, L.-0. Merson, Raphaël Collin, CRC RAR US en Steinlen, Bellery-Desfontaines, que Giraldon et Auriol, ces vigneltistes charmants, que ces humoristes originaux qui s’appellent Chéret, Willette, Léandre, Rivière, Morin, Maurice Neumont, Forain, Hermann Paul, Jean Veber, Ibels, Albert Truchet, Métivet, Abel Faivre, Albert Guillaume, André Dewambez, Mesplès, Roubille, Sem, Poulbot, etc. Dans la Classe 13, librairie (rapporteur Mainguet), les éditeurs continuent la tradilion des beaux livres; ce sont Manzi. Plon-Nourrit, Firmin- Didot, Larousse, Berger-Levrault, Mame, Le Vasseur et Layus, Lahure, Motteroz, Hérissey, Chaix, Ludovic Baschet, dont le fils René Baschet conünuera l’œuvre à l'{llustration, Ferroud, Pelletan, Hachette, Masson, Delagrave, Émile Lévy, Hetzel, Laurens, Gauthier-Villars, Conquet-Carteret, Doin, Champenois, Minot, Engelmann, Sirven, Floury, elc., et les éditeurs de musique Heugel, Enoch, Lemoine, Hartmann, Choudens.
La reliure elle-même, ce vêtement du livre, doit à ces praliciens : Gruel, Marius Michel, Engel, Carayon, Prouvé, de beaux chefs-d'œuvre mosaïqués et colorés qui sont l'honneur d'une vitrine. La papelerie de luxe obtient un beau succès avec les maisons Stern, Weil, Dewambez. Quant aux affiches des Musées cenltennaux, qui mirent leur éblouissant coloris et leur franche gaieté sur la tristesse de nos murailles, elles étaient dues à Jules Chéret, à Carrière, à Grasset, à Léandre, à Willette, et avaient été éditées par Chaix et par de Malherbe.
Dans le Groupe XIL : décoration el mobilier des édifices (Arsène Alexandre, rapporteur de la classe 66), nous ne pouvons oublier le bien curieux pavillon de Binq avec le salon ct les affiches de de Keure, le panneau de José-Maria Sert et la salle à manger due à Eugène Gaillard; le joli pavillon du Printemps, orné par Marcel Ruty, et dont le plafond de Jules Chéret atlirait tous les regards. N'oublions pas non plus le Paurllon de l’Union centrale des Arts décoratifs, dont le grand panneau d'Abel Besnard, « l'Ile enchantée », est actuellement au Musée des Arts décoratifs. Quant à sa décoration si bien entendue, elle avait été dirigée par Georges Hoentschel.
Les papiers peints (CI. 68, rapporteur .J. Petitjean), dont la suprémalie longtemps appartint à l'Angleterre, sont bien représentés en France depuis que les fabricants ont fait appel au concours de Ruepp, Couty et Bigaux ; les papiers à couleurs tendres et larges frises à motifs alternés, l’'emportent sur les (entures qui donnent l'apparence du cuir ancien ou de l’étolfe pelucheuse. L'artiste qui a le plus aidé à ce succès, c'est Félix Aubert : papiers peints, issus, Lapis, broderies ou dentelles, il a prodigué également partout sa verve et son talent. Fa stylisation de la flore est élégante, simple et Jolie. N'oublions pas enfin, parmi tant de fabricants intéressants, les noms d'Isidore Leroy, de Félix et Charles Follot, de Jouanny, etc.
Dans la Classe du mobilier (Cl. 69, rapporteur Pol Neveux), le maître indiscuté est encore Emile Gallé. L'Exposition de 1889 nous a montré lartiste lorrain remportant un fier succès, mais alors son cas état isolé et passa pour anormal, tandis qu'en 1900 nous le retrouvons entouré de disciples qui s'engagent résolument dans la voie qu'il a tracée, et nous nlaurons pas de meilleur guide ici que Gallé lui-même, qui écrivit dans le recueil de Victor Champier : les Industries d'art à l'Exposition de 1900, un article sur le mobilier contemporain orné d’après la nature.
Le meuble d'art doit d'abord être construit logiquement, pratiquement d’après les exigences de la matière employée, le bois. Son décor doit avoir de l'expression, êlre sincère, joyeux puisque l'artisan qui le conçoit, l'interprète, ne copie pas, mais y traduit intelligemment sa pensée. Le meuble aura non pas un style, mais du caractère. « Le style n’est, comme l'a dit Gustave Geffroy, qu'une définition historique faite après coup lorsque les temps sont révolus, et lorsqu'il est possible d'envisager les résultats d'un long travail humain. » On a confondu hâtivement les meubles prétendus
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nouveaux, mais géométriques et conçus dans le silence du cabinet, et les meubles vivants, francs, libres et artistiques; on a mis de pair le décor bizarre, mal pastiché, grossièrement démarqué et le décor sain, logique, juste, d’un Gallé ou d’un Majorelle; et voici les principes, — non les excès — que conseille le maître lorrain : 1° un meuble doit être fait pour servir, une chaise n’est point créée pour s'exhiber, mais pour procurer repos ct assielle à une humanité qui a reins, jambes et dos ; 2° il faut que la construction réponde à la destination de l'œuvre, au matériel d'exécution, et qu'elle soit aussi simple, aussi logique que possible ; 3° que cette construclion saine ne soit masquée par rien et qu'elle reste bien évidente; 4° le
LNIX et LXX. — Exposition universelle et internationale de Paris, 1600. Plaquette commémorative, gravée par O. Roty.
décor de l'œuvre peut s'inspirer des formes de la flore et quelquefois de la faune. Et ne dites pas que la nature offre des assemblages sans variété : tout se renouvelle sans cesse par la force des choses; il ne suffit que d’observer, de raisonner, d'adapter.
Et voici la conclusion que donne Gallé : « C’est la traduction pas à pas des artifices décoratifs de la nature elle-même... Notre style, c'est la mise en beauté des organes utiles de nos muets servileurs, les meubles, les vases, les tentures, de la même façon que nous voyons la charpente osseuse el les muscles de l'animal revêtu de chair... Le meuble (railé comme un corps nu, orné du bon équilibre de sa structure, de ses organes épanouis comme ceux de l'animal ou du végétal, en leurs nerfs, en leurs chairs, pelages, plumages, tissus, membranes, écorces, en leur bourgeonnement, floraison, fructification, voilà le labeur de statuaire, l'œuvre d'intellectualité, de vérilé, de liberté, que nous préconisons.…. »
Gallé ajoute encore à ses meubles, des ferrures et bronzes déduits de la plante : la frissonnante libellule, immobilisée un instant, a prêté ses ailes à
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la statique des consoles, l’entr'ouvert de son corselet d'acier à des entrées de serrure en fer ciselé, incrusté, violacé et bleui à la flamme : « Un perceneige devient un gland de tiroir, une pensée sert à végétaliser une clef de vitrine. » é
Que de modèles il faudrait citer, dus à Eugène Gaillard, de Feure, Colonna! Une bibliothèque de la maison Dumas emprunte encore à des applicalions d'ombellifères ses colonnes et rampes d'escalier, ses lambris, portes vitrées et bureaux ; un mobilier par Épeaux s'inspire des branches du pommier en fleur; un buffet d'Alexandre Charpentier se couronne aux lambris de pampres de houblon et s’égaie sur ses volets de sarments de vigne et de gerbes d'épis.
Les meubles de Majorelle, particulièrement bien compris, attestent une originalité vraiment moderne et un heureux emploi de la sculpture sur bois; il n’est pas jusqu'aux pianos, dessinés par Rupert Carabin pour Herz, qui ne subissent l'influence nouvelle, bien quil y ait exagération dans la marqueterie et réel abus de sculpture. Enfin, si de grandes maisons, comme Kriéser et Damon, Jemont, Schmit, Jansen, Mercier, Pérol, restent attachées aux anciens styles, elles n'en ont pas moins donné une preuve d'intérêt et un gage de sympathie à cette transformation de l’art, en créant, elles aussi, quelques meubles nouveaux.
Les (apis et lapisseries (CI. 70, rapporteur K. Leborgne) délaissent la facile imitation de Smyrne; Jorrand se plait à décorer la plus humble moquette. Grâce à la compétence de son éminent administrateur Jules Guiffrey, la Manufacture des Gobelins n'hésite pas à demander des cartons à Gustave Moreau, Jean-Paul Laurens, René Binet, Félix Aubert et Jules Chéret. Et cependant, il n’est pas de métier dans lequel la technique offre de plus grandes difficultés. La tapisserie, rajeunie et rénovée par ces artistes, n’est donc pas une industrie morte, on peut la faire vivre, et la preuve en est dans ces essais, mais à la condition de bien choisir des modèles conformes aux lois de son art.
La rénovation des Arts de la lerre date d'avant 1889, et nos pièces flammées que décorent le feu ou l'émail rivalisèrent avec celles d'Extrême- Orient. Chaplet, Delaherche, Carriès obtinrent des effets inattendus; la mode s’en mêla et des copistes reproduisirent à saliété leurs modèles ou s'inspirèrent hâtivement de leurs procédés. Mais ils imitèrent plutôt qu'ils ne créèrent, sans compter que le feu a des caprices et que l’art en partage le mérite avec la science. On se soucia souvent plus des couleurs que des formes, plus d’une jespure ou d’une cristallisation que de l'ordonnance de la composition.
La céramique (Cl. 72, rapporteur G. Vogt) n’a pas été assez utilisée pour la décoration extérieure et l’embellissement de nos maisons, comme Formigé l'avait tenté en associant les Lerres cuites et les faïences émaillées sur certaines façades de l'Exposition de 1878. On remarque cependant de
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curieux revêtements dus à l'habileté des techniciens Lœbnitz, Muller, Utzschneider. Alexandre Bigot se spécialise dans la céramique et parvient à égayer la monotonie de quelques maisons de pierre par des pilastres, colonnes, frises, balustres, cheminées ou briques émaillées.
Les grès flammes sont loujours aussi amusants de couleurs imprévues : Delaherche reste maître en cet art avec Michel Cazin. N'oublions pas T'axile Doat, qui associe le grès à la porcelaine et au biscuit, et oblient ainsi de jolis contrastes de luisant et de mat. Albert Dammouse excelle à composer ces décors et à créer ces vases en pâle d'émail d'un charme prestigieux. La faïence enfin, longtemps dédaignée, est remise en honneur par Elienne Moreau-Nélaton, qui illustre ses vases d'une forme variée de feuillages champêtres, de branches et de fleurs.
Les pâtes de verre sont restituées par Henñi Cros, Albert Lammouse et Ringel d'Illzach.
Les émaux, disséminés dans les Classes de la céramique (72) et des crislaüx (73), sont hautement appréciés; très beaux sont ceux d'Alfred Meyer, Grandhomme, Garnier, Hirtz et Georges Jean.
Thesmar est le restaurateur de l'émail translucide ; mais c'est l'Américain Louis Tiffany qui remporte le plus franc succès ; ses irisalions opalines ou males, ses colorations fuyantes simulent le frisson ocellé d’un plumage de paon, les nuages en fuite ou le reflet des eaux argentées. Il emploie les mêmes procédés pour le vitrail (CI. 67, rapporteur L. Daumont-lournel), et oblient une opulence de coloris que rchaussent encore les plissements et les froissements de la pâle. Le dessin s'exprime et se figure par les sertissures du plomb ou les accidents du verre. Aussi bien, la France a toujours des peintres verriers qui défendent leur vieille réputation : Grasset collabore avec Gaudin, Besnard avec Carot, H.-L. Magne avec Leprévost, et nous pouvons regreller, comme Roger Marx, que Tiffany, qui a rénové l'art du vitrail, n'ait pas montré en 1900 les belles verrières du Salon de 1895, qui avaient été exéculées d'après les cartons de Besnard, Toulouse-Lautree, Maurice Dems, Rousset, Ibels, Vallotton, Sérusier.
Dans la verrerie industrielle, Ernest Leveillé s'attache à varier, par la trouvaille d'une forme neuve, l'aspect suranné des services de table et même des simples flacons.
Mais le plus extraordinaire artiste de cette Classe des crislaux el verreries (CI. 73, rapporteur Eugène Houdart), c'est toujours Emile Gallé : émailleur, il a créé des camées et des intailles et produit des émaux nacrés sur porcelaine de verre; il se renouvelle encore et cherche de nouvéaux procédés de décors : en soumetlant la pâle malléable au contact des poussières sèches ou graisseuses, il a obtenu ces ellets de brouillard, ces teintes superficielles, neigeuses, opacihées, écumeuses, ou bien il ineruste sur l'épiderme de ses vases des fragments ensuite repris et gravés, -« véritable marqueterie où le robuste relief s'enclôt, se réchauffe et s'anime sous les
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nuances qui le recouvrent, assoupies et délicates. Le vase devient un vrai joyau, par lequel un paysage translucide, une fleur symbolique traduisent un vers de poèle ou une pensée ».
Faisons enfin une place à part à la Manu/aclure de Sevres : avec son administrateur Emile Baumgart, et Alexandre Sandier, son directeur des lravaux, elle s'est décidée à se libérer du passé : elle a fait appel à tous les artistes, même en dehors de son établissement. La fabrication s'est perfectionnée, on y connaît maintenant la pâle tendre, et on y fabrique le grès pour l'architecture ; on y sait l'art de « reproduire dans l'émail des cubes, des aiguilles, les arborescences fines et soyeuses du givre... ». Les Driscuils offrent des figurines, des slatueltes, des surlouts modelés par Frémiet, Jules Chéret, Léonard, Rivière, Desbois, Paul Roussel. Mais toute œuvre ne s'accommode pas de ces {ransposilions et telle statue est belle en marbre, qui n'est qu'enfantine en biscuit. Des vases, dont le profil et le décor dérivent de la flore, sont d'une coloration et d’une vie nouvelles : une potiche de Bicuville aux ramures enchevêtrées ; une urne de Fournier où erimpe un feuillasce de vigne vierge; un vase de Simas, formé de pétales Juxlaposés en éventail, caractérisent celle rénovalion. La Manufacture de Copenhague n’a pas élé sans influence sur notre ellort ; elle aussi se renouvelle et fixe en décor sur ses porcelaines, dans des nuances gris-bleuâtres et mourantes, le charme des forêts danoises ou de sa mer fleurie de récifs.
Les dissus 1mprimés de colon, lin et laine (CI. 80-82; rapporteurs II. Déchelette, E. Faucher, Ch. Marrau) et ceux de sote (Cl. 83, rapporteur : J. M. Piotet) deviennent eux aussi plus modernes, ct les fabriques de Duplan, à Lyon, et de Besselièvre, à Rouen, en offrent une abondante variété. Félix Aubert présente une «stylisalion de la plante, à la fois claire, sans sécheresse et élégante, sans redondance » ; il a de jolis modèles pour cretonne, chez Scheurer et Lauth. Nos élo/ffes d'ameublement tissées ont à leur service des artistes qui renouvellent les modèles. Mais leurs dessiualeurs spéciaux sont (rop fidèles au passé et prisonniers de la routine : aussi Grasset (pour Leclercq), Karbowsky (pour Leborgne), Couty et Verneuil (pour Saurel), Sandier, Mie Rault, M1 Duprat (pour Cornille), Dufrêne et Paul Follot (pour Chatel et Tassinari), de Feure, Colonna, Gillet, enfin, sont parmi ceux auxquels on demande des idées neuves, et voici des rideaux senre velours de Gênes sur fond de salin, dont les tilres seuls suffisent à montrer la nouveauté : « les Angéliques, les Tulipes, les Narcisses ». Il n'est pas jusqu'aux rubans et aux {a/felas, qui n'aient recours à la générosité des artistes. La ville de Saint-Étienne y demeure sans rivale avec les Maisons Béraud, Troyet, Brossy-Balouzet et Marcoux-Châteauneuf.
La broderie (CI. 84; rapporteurs H. Hénon, G. Marlin et G. Sébastien), abimée et perverlice par l'abus du procédé mécanique, commence à vivre de sa vie propre en redevenant simple, en retrouvant sa naïvelé par le {travail manuel; la machine a l'avantage de produire beaucoup et plus vite, mais
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elle se répète; seuls les doigts, habiles et délicats, peuvent exécuter ces berthes en point de France de la Maison Lefébure, ces dentelles de soie mêlée d'or, dessinées par Félix Aubert, parce que chaque détail se précise, chaque point se nuance. N'oublions pas de mentionner les hrodertes, rideaux, tulles des Maisons Warée, David et Adhémar, Ancelot, Bellan.
Les splendides dioramas de la couture (C1. 85; rapporteur Léon Storch) maintiennent sa vieille réputation d'élégance et de bon goût. Si l'honneur en revient à L. Perdoux, président de la Chambre syndicale, le succès est dû aussi aux maisons qui ont rivalisé de talent arlislique : Bonnaire, Boué sœurs, Callot sœurs, G. Dœuillet, Félix, Margaine-Lacroix, Ney sœurs, Paquin, Raudnitz, Aine Montaillé, Laferrière, Lebouvier, Redfern, Roulf, Worth...
Dans l’orfévrerie (CI. 9%; rapport d’Armand-Calliat, terminé par Henri Bouilhet), le style nouveau a une place d'honneur chez Cardeilhac et chez Debain; l’argenterie s’y inspire franchement de la nature et se revêt d'une curieuse originalité : le pavot ou le mimosa, le trèfle ou le chardon, l’anémone ou l’ancolie sont les originaux d'où l'artiste dégage ses modèles. Chez Boin-Taburet, Falize, Boucheron, André Aucoc, Froment-Meurice, on remarque de belles pièces d'orfèvrerie de conception nouvelle quoique très classique.
Les frères Keller nous offrent une belle orfèvrerie unie. Quant à la Maison Christofle, dirigée par Paul Christofle, Henri Bouilhet, F. de Ribes-Christofle et André Bouilhet, elle conserve ses succès passés, s'inspirant parliculièrement de la flore : un surtout de Rozet s'intitule « Air et Eau » ; un autre de Larroux offre une scène de « Vendanges » ; un encore de Mallet reproduit simplement des betteraves. À côté, ce sont les plats de Joindy, les couverts de Roty, les médailles de Vernon.
Dans la même Classe, nous rencontrons l’art religieux, qui continue à être dignement représenté par Poussielgue-Rusand et par les Lyonnais Armand-Calliat, père et fils : s'ils ont recours à l'archéologie, c'est moins pour s'en inspirer que pour s'y instruire; ils rajeunissent et modernisent ce genre qui semble voué à d’éternelles répétitions du passé. Poussielgue- Rusand utilise les créations des artistes Corroyer, Sauvagcot, Génuys, Camille Lefèvre, Lelièvre frères. Les Armand-Calliat, de leur côté, nous montrent un magnifique surtout de table, « la Curiosité », fait spécialement pour le député Aynard; un calice modelé d'après un lis; une crosse en bois sculpté d'immortelles en argent patiné; la crosse de Mgr de Tarbes, fleurie de roses symboliques, et des buretles sacrées; des émaux couleur d'ivoire et de turquoise; citons enfin la superbe chasuble exposée par Biais et Noirot.
Dans la Dijoulerie-joaillerie (CI. 95 ; rapporteur Paul Soufflot), la France s'affirme au premier rang. « Dès qu'un art, a-t-on dit souvent, se consacre à la femme, le Français est assuré d'y exceller », maïs jusqu'alors Îa fan-
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taisie de l'artiste était trop souvent exclue de la mise en valeur de Ja gemme; le prix de la pierre l’emportait sur l'intérêt de la monture; on rapprochait les pierres les plus disparates, quitte à violer l'harmonie et à blesser la vue pourvu que l'objet coûtât cher. Dans son rapport spécial de 1889, Massin avait démontré qu'il était urgent de transformer l'art de la joaillerie. C'est au maître René Lalique que devait revenir l'honneur de celte rénovation arlistique. Ce fut sa gloire d'intervertir les rôles et d'obliger l'esprit à reprendre le pas sur la matière en utilisant les Lechniques des dilférents métiers. Sa connaissance du passé, sa cullure, son savoir technique et professionnel sont venus s'ajouter à sa supériorité naturelle, et c'est ainsi qu'il est devenu le créateur poétique, coloriste et modeleur.
Fantaisiste, René Lalique a remis en honneur, en les modernisant, chimères, dragons et monstres marins, et tous ces profils de femmes légendaires dont le corps est insecte, poisson ou fleur : car, c'est un poète qui sait incarner dans ses œuvres l'apparence et la forme de ses rêves. Amoureux fervent de la nature, il a tiré de la faune et de la flore des paysages et des motifs qui deviennent d'eux-mêmes des joyaux : un coq debout dans un tourbillon de plumes, des hirondelles en plein vol, un corps nu de femme: Tour à tour peintre, méduailleur, graveur, slaluaire, il sait enchässer les pierres précieuses ou banales, les perles, les émaux translucides ou peints, approprier les teintes au métal. Tout ce qu'il touche se métamorphose entre ses mains : les objets les plus usuels sont vivants, gais, agréables. Epingles ou boucles, bagues, broches, pendants, colliers, diadèmes, peignes lui appartiennent, et, comme si ces œuvres ne suflisaient pas à distraire ses jours et à occuper son imaginalion, il a, maître orfèvre, ciselé dans l'argent des coupes, des surtouts, des cendriers où les chauves-souris voleltent et où les poissons lumineux glissent sous un flot d’émail.
Comme Massin le fit pour la joaillerie en 1867, Lalique a rénové complètement la bijouterie à la fin du dix-neuvième siècle. Aussi, nombreux sont ses disciples, quoique beaucoup sachent garder leur originalité propre. Les parures ciselées par Georges Fouquet, d’après les dessins de Mucha, encore que trouvées un peu barbares, par leurs casques, chaînes et anneaux, témoignent d’un louable effort de nouveauté ; quant aux bijoux de Paul et Henri Vever, dont beaucoup dessinés par Grasset, ils sont d'un goût très moderne et méritent bien leur faveur : brillants qui se nuancent sur l'émail mat ou dépoli, diadème en plumes de paon ou pendentif à ancolie. Dans la Joarllerie pure, l'ensemble le plus complet de modèles nouveaux inspirés de la flore se trouve chez les Vever : toujours la monture est là pour exaller la couleur et la forme d'une gemme, et les pierres rares ne s'opposent ou ne s'associent que pour plaire au regard. Les objets présentés par Boucheron sont d’un goût très sûr et d'une fabrication merveilleuse. Coulon, les frères Falize, Chaumet, G.-Roger Sandoz obtiennent un
franc succès, ainsi que Louis Aucoc, Paul Templier, les frères Marret. Lucien Gaillard excelle dans le bibelot d'argent, dont il a rénové les patines. Citons parmi les principaux collaborateurs et créateurs de modèles de ces classes : Grasset, Vernon, Louis Bottée, Lucien Hubert, Charles Marie, Menu, Robin, Desbazeille, Nocq, Leture, Duval, Jacta, Bled, Hirtz, Becker, Colonna, Dufrêne, Marcel Bing, Paul Follot, Liénard, Bourgeot, etc.
La ferronnerie (CI. 97; rapporteur H. Vian) suit le mouvement de rénovation générale: les travaux de Bardin et Bergeotte, les balcons d'Emile Robert, la grille ornée de pavots « assouplie » par le Rouennais F. Marou, et surtout les lustres électriques de Jean Dampt pour la Maison Beau, retiennent l'attention. Fontaine utilise le talent d'Alexandre Charpentier pour créer dans un goût nouveau et très moderne : serrures, plaques de propreté, boutons de portes et verrous. Le bronze d'éciairage forme dans cette elasse une industrie nouvelle : plafonniers, lampes et appliques deviennent des œuvres d'art auxquelles se consacrent les fabricants Gagneau, Soleau, Raingo, Guinier. Rien n'est plus gracieux que ces tiges ondulées et flexibles, à l'extrémité desquelles éclôt, fleur lumineuse de cristal, une violette ou une orchidée.
Quant à l'élain, « ce Clair de lune de l'argent », comme l'appelait Rodenbach, remis en honneur depuis 1889 par Brateau, il soulient sa nouvelle renommée avec Pierre Roche et Laporte Blairsy.
Les rapports des différentes classes que nous venons de voir si rapidement nous ont montré un réel eflort pour se libérer du passé, un besoin d'innover. Mais on avait encore l'impression plus nette de ce progrès et de celte évolulion quand l'on s'arrêtait dans les Musées rélrospeclifs el centennaux, qui formaient comme la prélace de chaque profession et préparaient le visiteur à mieux comprendre j'industrie actuelle. Ces expositions spéciales étaient sous la direction de François Carnot; jointes à l'Exposition contemporaine, elles devaient surtout montrer les progrès accomplis de 1789 à 1889, dans chaque branche de production. L'idée n'était pas nouvelle, mais jamais elle ne fut réalisée sur un plan aussi vaste.
Sous le litre de mobilier el décoralion (rapporteur Le Corbeiller), le Musée centennal des Classes 66 (décoration fixe), 69 (meubles), 70 (tapis), 71 (décoration mobile), 97 (bronzes) présentait à lui seul un résumé des industries d'art, une synthèse rapide de l’art décoratif pendant le dix-neuvième siècle. On y retrouvait, se suivant par époques — par styles peut-être, — des intérieurs Louis XVI, Directoire, Empire, Reslauralion, Louis-Philippe, second Empire. Reconslilulions amusantes et d’un charme singulier qui permettaient de mieux juger le passé, de comprendre la valeur d'un décor, ou la beauté ressuscitée d'une pendule, d'un tapis, d’une table ou d'un bibelot. Les chambres étaient meublées, parées pour une réception, vivantes en Jeur silence et leur demi-jour discret, et il semblait parfois que tout allait s’animer, qu'il ne manquait que les hôtes disparus dans ces
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demeures éphémères du souvenir. Portraits aux murs, livre ouvert sur un guéridon, lunettes sur un coin de cheminée ajoutaient à l'illusion: Les objets familiers mis à leur place donnaient à l'ensemble des détails intimes et charmants; on regardait, on élait élonné, séduit ; on reconnaissait presque les choses. et l'ombre des gens qui avaient élé leurs lointains compagnons. Très complet, le beau rapport de Le Corbeïller consacre aux arlistes du Mobilier du dix-neuvième siècle des notes d'une érudition très sûre et altachante. :
Le Musée rétrospectif du costume et de ses accessoires : ombrelles, gants, lorenetles, éventails, chapeaux (CI. 85 ct 86), élait encore une reconstilulion curieuse. Ces ajustements fanfreluchés, passementés, enrubannés aux couleurs claires, aux fleurs multicolores; ces costumes de théâtre au velours brodé d'or, portés par Napoléon ou Talleyrand; ces éventails à imagerie avec leurs petites branches d'ivoire ou de bois sculptés sont le côté joli et fémivin des industries d'art; le rapport qu'ont rédigé G. et M. Cain, J: Clarelie, L. Duchet, Fr. Flameng, H. Lavedan, M. Leloir, et J. Robiquet, est une étude remarquable d'érudition pittoresque et de littérature élégante.
Les autres Classes liennent plutôt de la collection. Iei (CI. 68), ce sont les papiers peints avec leur histoire reconstituée par Félix Follot, à l’aide de panneaux, d'échantillons, d'arrêts du Conseil d'Etat, de médailles, ete: Sarriau nous raconle l'histoire de la céramique (CI. 72) et nous l'ait assister à la lente évolution de la porcelaine tendre ou dure et de la faïence fine, opaque ou slannifère; chaque manufacture y ressuscite avec quelque modèle ancien de vase, de tasse ou de bibelot; on y suit les défaillances artistiques de la Restauration et du règne de Louis-Philippe, et on y retrouve déjà tous les grands noms de la céramique moderne : Chaplet, Dammouse, Delaherche, Carriés.
La Classe 84 (rapporteur E. Lefébure), avec les dentelles, les broderies, les soces, les tissus de soie, les fils, les tissus de laine, groupe des collections documentaires intéressantes : beaux chiffons un peu fanés aux (eintes décolorées et jolies, qui sont, ayant subi le caprice des femmes et la fan- Laisie de la mode, de vicilles choses dans l'oubli et le passé.
La Classe 65, applicalions usuelles du métal el produits de la pelite mélallurgie, réunissait les collections les plus curieuses : serrures, clefs, verrous et largelles, marteaux de porte, enseignes, ustensiles servant au feu, plaques de cheminée, objets de cuivre, de bronze ou d'élain, sonnettes, clochettes, elc., et le rapport dû à P. Larivière, H. D'Allemagne, L. Magne, et J. Doumergue, gardera longtemps son intérêt.
Pourquoi ne pouvons-nous que mentionner l’amusant rapport de Henry D’Allemagne sur les jouets d'autrefois (CI. 100) que deux volumes sur Les Jeux complètent si heureusement? celui de Mathieu Planchon, sur l’horlogerie (CI. 96) ; le rapport sur les monnaies et médailles (CI. 15), de IT. Sarriau ; les trois beaux volumes de Henri Bouilhet sur l’or/évrerte fran-
çaise (CI. 94%); la librairie, par Lucien Layus ; hijoutiers-joailliers el expositions, 1789-1870 (CL. 9), par G.-Roger Sandoz.
Richement illustrée et très soigneusement imprimée par les frères Belin, la collection des Zapports rélrospectifs el centennaux de l'Exposition de 1900 constitue une série de précieuses monographies, qui a malheureusement
élé lirée à un trop pelit nombre d'exemplaires cet que s'arrachent aujourd'hui les bibliothèques du monde entier.
C’est ainsi que l’Exposilion de 1900 a donné la synthèse complète de l’activité humaine pendant le dix-neuvième siècle.
Elle en a vraiment marqué l’achèvement et l'apogée, mais il nous faut loyalement le reconnaitre : l'immensité même de cette foire du monde était presque paradoxale pour un peuple qui ne doit pas confondre quanlilé et qualité.
Celle date marque donc un arrêt dans l'évolulion des grandes xposilions françaises, et la difficulté même de leur trouver un emplacement lorce désormais les générations actuelles et futures à les limiter ou à les spécialiser.
L aurore du XX: siècle
Régression des Arts appliqués à l'Industrie après l'Exposilion de 1900 el retour aux slyles classiques. — La mode et le snobisme. — La Société des Artistes décorateurs ct ses Salons annuels.— L'Union Centrale installe définitivement le Musée des Arts décoralifs au Pavillon de Marsan. — Le Comité français des Exposilions à l'étranger et la Société d'encouragement à l'Art et à l'Industrie soutiennent les Artistes décorateurs aux Expositions de Saint-Louis, 1904; Liége, 1905; Milan, 1905; Londres, 1908, —L'Exposilion française d'Artdécoratif de Copenhague, 1909, réunit pour la première
fois dans ane action commune artistes et industriels. — Expositions de Bruxelles, 1910, et Turin, 1911. — Progrès des Arts décoratifs à l'étranger. — Le Salon d'Au-
Lomne invile les Artistes décorateurs munichoiïs à son Exposition annuelle de 1910. — L'Union provinciale des Arts décoratifs. — Réforme de l'Enscignement du Dessin.— Société française de l'Art à l'École.— Nouvel effort pour la création d'un style
français contemporain. — La Socialisation de l'Art. — Nécessité de coordonner les efforts de l'artiste, de l'industriel, de l'artisan, de l'ouvrier d'art. — Projet d'une Exposition internationale des Arts décoratifs modernes à Paris. — Pour réussir
il faut unir les Associations intéressées, les Syndicats et toutes les bonnes volontés en une vaste Fédération française des Arts appliqués à l'Industrie, qui devra vouloir et agir, d'accord avec l'État.
Quel qu’ait été le réel désir d’un style vraiment adapté aux besoins et aux aspirations de la vie moderne, quelque succès qu'aient obtenu les grands promoteurs que furent les Gallé, les Lalique, l'Exposition de 1900 devait être suivie en France d’une véritable régression dans les Arts appliqués à l'Industrie.
C'est que l’évolution du goût publie n'était malheureusement pas encore accomplie, quand les industriels choisirent leurs modèles pour l'Exposition de 1900 : beaucoup s'étaient adressés à des Jeunes gens n'ayant qu’une éducalion arlistique incomplète et manquant de {radilion; ces derniers ne cherchèrent qu'un gain immédiat et dédaignèrent bien souvent le but et l’exécution de l’objet qu'ils étaient chargés de créer, abusant de cette ornementalion graphique si facile, importée d'Allemagne et de Belgique. Combien de ces modèles, mal conçus, mal adaptés à la malière employée, furent rapidement délaissés, d'autant plus que la plupart des exposants s'étaient trop limités à l’exéculion de bijoux, de bibelots, d'objets d’art uniques, de
meubles, sans s'astreindre à composer les ensembles et les décors nouveaux nécessaires à des objels neufs.
En outre, aucun grand maitre ès arts ne s'impose, et, à part quelques exceplions, l'entente manqua entre architectes et décoraleurs comme entre décorateurs et industriels.
Les exagéralions macaroniques, les excès même du modern slyle devaient porter un coup terrible au style moderne de la fin du dix-neuvième siècle. Collectionneurs et marchands d'antiquilés surent aussi prendre vivement leur revanche ct ridiculiser les œuvres nouvelles ; le snobisme s'en mêla, sans compter l'influence de la mode, si prépondérante en France. Elle y est plus
LXXI et LXXII. — Exposilion internalionale de Glasgow, 1901. Plaquette de la Section française, gravée par F. de Vernon.
vive que nulle part ailleurs, puisque, pour beaucoup d'industries de luxe, notre pays fournit les modèles que l'étranger achète el répand.
Mais cet arrêt dans la marche de l'Art décoralif moderne, si malheureux fût-il, allait opérer une juste sélection parmi les créaleurs de modèles, rapprocher les vrais arlistes rénovateurs, et les faire soutenir par une élite.
A l'appel d’un Jeune avocat de valeur, René Guilleré, la Sociélé des Arlistes décoraleurs se fonde en mars 1001 : elle a pour but :
1° L'organisalion en France et à l'Etranger d’exposilions de tendances neuves ;
2° Le relèvement des Arts appliqués;
3° La participation active à toutes les manifestations et à toutes les me-
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sures, publiques ou privées, intéressant, à quelque titre que ce soit, tout ce que l’on désigne habituellement sous les noms d'Art décoratif, d'Art industriel et d'Art appliqué;
4° L'étude de toutes les questions d'enseignement, de législation, de propriété artistique, de défense des intérêts collectifs ou privés.
Ses principaux membres sont, au début : Bastard, Becker, Besnard, Bonvallet, Dammouse, Decœur, Dufrêne, Paul Follot, Eugène Gaillard, Géauys, Grandhomme, Grasset, Guimard, Lambert, Marius-Michel, Mezzara, Sandier, Selmersheim, Tourette, Vernon, elec.
Sous les présidences successives de Guillaume Dubufe, Edme Couty, Emile Vernier, puis de René Guilleré, nous la verrons figurer dans toutes les manifestalions où sa présence est utile, participer aux Expositions de la reliure, de l'ivorre, de la dentelle, du fer, du cuivre et de l'élain, de la soie, de la porcelaine, de la parure de la femme, du grès et de la faïence en ce Musée Galliera, que dirige si bien Eugène Delard, après Formenün, et enfin avoir chaque année son Salon annuel au Musée des Arts décoratifs.
Car le Musée des Arts décoratils est enfin ouvert : en effet, grâce à la ténacité des chefs de l'Union centrale, Georges Berger, Henri Bouilhet, Jules Macict, si bien secondés par Raymond Kæchlin, Lefébure, Félix Follot, Sainsère, Georges Boin, Peytel, Léon Appert, Maurice Fenaille, Arthur Martin, Henri Vever, André Bouilhet, Metman, Mercier, Deshairs, ete., cette grande Associalion, ballottée de l'ancien Palais de l'Industrie à la place des Vosges, puis à la Chancellerie d'Orléans, a pu enfin installer définitivement au Pavilion de Marsan ses collections ct sa bibliothèque.
C'est le 27 mai 1905 qu'eut lieu l'inauguration du Musée des Arts décoralifs ; il y avait un demi-siècle que le comte de Laborde en avait demandé la créalion; près de vingt-cinq ans qu'Antonin Proust avait obtenu du Parlement une première convention; vingt ans qu'Eugène Guillaume s'écriait au II° Congrès des Arts décoratifs : « La France est la seule nation qui soit privée d'un pareil instrument de travail! »
Nous nous étions laissé devancer dans celle voie par l'Angleterre et son South Kensington, devenu aujourd'hui le Musée Victoria and Albert, par ‘Allemagne et les Xunstgewerbemuseum de Berlin, de Hambourg, de Leipzig, de Munich, qui font une part si large aux productions du présent.
Dès son installation, le Musée des Arts décoratifs a su exposer les œuvres des styles anciens et modernes avec un goût ct un raffinement qui lui attirent aujourd'hui legs et donalions. Dans la grande nef ont lieu chaque année des exposilions spéciales, anciennes ou modernes, françaises ou élrangères, très diverses, très éclecliques, dans un triple but d'émulalion, d'éducation et de consécration.
Mais il est indispensable que l'Union centrale des Arts décoratifs pensévère dans cette voie; il faut qu'elle ne se laisse pas déborder par l'amateur
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et par le collectionneur — comme cela faillit arriver, il y a quelques années, au South Kensington —et que le Musée des Arts décoratifs ne risque pas de devenir un musée presque exclusivement consacré aux Arls et Métiers du passé.
Et, avant de quitter le Palais da Louvre, émettons le vœu que la troisième République en élimine rapidement le Ministère des Finances, comme elle a fait de la Préfecture de la Seine et du Ministère des Colonies, qu'elle adjoigne au Musée des Arts décoratifs un YMusée du Costume, et fasse enfin de l'illustre demeure de nos anciens souverains le Palais de l’Arl que réclame l'éducation du peuple français.
Cependant de grandes Exposilions avaient lieu à l'étranger, et l'Italie avait l'honneur d'organiser à Z'urin, en 1902, la première Exposition inlernalionale des Arts décoratifs modernes ; son règlement slipulait : « On
LXXIII et LXXIV. — Exposition d'Hanoï, 1902-1903. Médaille commémorative, gravée par O. Roty.
n'acceptcera que les ouvrages originaux qui montreront une tendance très marquée au renouvellement esthétique de la forme. Les imitations d'anciens styles et les productions industrielles dénuées d'inspiration artistique ne seront pas admises. » Celle manifestation fut intéressante ; mais la France y fut à peine représentée. La Commission spéciale qui s’élait formée à Paris ne réussit pas à s'entendre avec les organisateurs turinois, et le Comité français des Expositions à l'étranger, qui n'avait pas voulu entrer en concurrence avec des compatriotes, fut prévenu (rop {ard quand: cette Commission se relira.
Reconnu comme élablissement d'utilité publique en 1901, pendant qu'il participait à l'Exposition de Glasgow, accueiliant l'année suivante les membres de l'ancienne Z?éunion des Jurys et Comilés des Expositions universelles présidée par MM. Georges Berger et Charles Prevet, le Comité
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français des Expositions à l'étranger, d'accord avec l'État, organisait successivement la participation française aux Zxposuions de Saint-Pétershourg,
LXXV et LXXVI. — Exposilion universelle ct internalionale de Saint-Louis, 1904. Plaquette de la Section française, gravée par Louis Bottéce.
LXXVII et LXXVIII. — Médaille commémorative du transfert au Louvre du Muste des Arts décoratifs, le 29 mai 1905.
Bucarest, 1906: Dublin, 1907; Londres, 1908; Saragosse, 1908; Copenhague, 1909; Bruxelles, 1910; Buenos-Aires, 1910; Turin, 1911, ete. Nos
seclions y tinrent la première place, grâce à des directeurs et à des commissaires généraux comme Fernand Chapsal, Michel Lagrave, Marcel Jozon,
EXXIX. — Exposition universelle et internationale de Liège, 1905. Face de la plaquette de la Section française, gravée par F. de Vernon.
Baudouin-Bugnet, Pierre Baudin, Stéphane Dervillé, grâce à des chefs
LXXX.— Exposition universelle et internationale de Liége, 1905. Revers de la plaquette de la Section française, gravée par F. de Vernon.
et à des délégués comme Emile Dupont, Alfred Ancelot, A. Pinard, Alfred