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exactement le contraire de ce qu'il faudrait. Ajoutons que de regrettables conflits peuvent se produire entre le Commerce et les Beaux-Arts en matière d'exposition hors frontières. Tout s’en ressent. Ni l'Exposition de Turin, naguère, ni celles de Liége, de Saint-Louis et de Milan hier n’ont été des succès complets pour nous.
En conséquence et en présence du mouvement qui ramène tous les arts à leur destination première, celle du décor, devant le développement remarquable de l’art appliqué à l'étranger, et en vue d’encourager nos architectes et quelques-uns de nos décorateurs à la création d’un style vraiment moderne en rapport avec nos goûts et avec les conquêtes les plus récentes de la science et de l'hygiène, à parait utile soit de préparer officiellement une Exposition internationale d'Architecture ct d'Art Décoratif, soit d'encourager l'initiative privée en vue d’une organisation de ce genre.
L'architecture, le mobilier, les objets usuels dans leur expression décorative reflètent manifestement les arts et les goùts de leur époque. Aujourd hui la maison d'habitation, bâtisse à loyers, petit hôtel ou villa, est devenue la principale préoccupation des constructeurs. Autour de nous, on s'efforce d’en agrémenter les aspects, d'y rendre la vie plus commode, plus saine, plus agréable. Partout s'élèvent des essais de maisons populaires, de maisons ouvrières, de maisons à bon marché. Partout la nécessité se fait sentir d'un ameublement à la fois esthétique et peu coûteux. Le développement des notions d'hygiène a contribué à répandre à tous les degrés de la population des besoins nouveaux auxquels la science et le machinisme devraient répondre par des créations simples, mais harmonieuses, à Ja porlée des bourses modiques. Il faut montrer au peuple comment on peut décorer à peu de frais le logis, quel qu’il soit, et inciter les fabricants à produire des mobiliers harmonieux dont le prix de revient ne soit pas supérieur à celui des horreurs que l’on rencontre dans tant de logis ouvriers et bourgeois. Les meubles peuvent être en bois commun; cela ne doit pas empécher leur forme d’être pratique et équilibrée, c'est-à-dire belle. Le papier des murailles peut coûter quatre sous le rouleau et n’en être pas moins agréable. Le vilain « chromo » pendu dans maints logis peut être remplacé par des estampes murales dont le prix n’est pas plus élevé.
Il faut encourager nos artistes dans cette voie du décor pratique et populaire. A dire toute la vérité, nous sommes encore les premiers au milieu de la concurrence mondiale, lorsqu'il s’agit de la création des objets de luxe. Nul pays ne saurait nous opposer un Majorelle ou un Lalique, par exemple; mais il faut avouer que les étrangers commercialisent nos modèles de haut prix avec une activité qui nous menace de plus en plus. Pourquoi l'iniliative de nos commerçants et de nos décorateurs, si ingénieuse lorsqu'il s’agit de l'invention et de la fabrication d’une pièce unique, ne se porterait-t-elle pas vers une rénovalion des modèles de vente courante répandus à un nombre d'exemplaires illimité? Une Exposition Internationale d'Art Décoratif bien préparée serait pleine d'enseignements à cet égard (1). Elle mettrait en valeur les ressources d'imagination, de gout, de conscience dans le travail et d’habileté dans le savoir de nos arlistes et de nos ouvriers, et l'annonce même du projet déterminerait dans certains milieux une féconde ardeur et une émulation certainement riche en résultats. En outre, il importe de créer une école nationale du mobilier dans une ville où les influences artistiques extérieures viennent se greffer sur un tempérament de race originale ct créatrice; et parmi d’autres il est un centre d'art qui semble tout désigné à l'aitention de l'Etat : c’est la patrie de Jean Lahor, de Daum et de Gallé, c'est Nancy...
(1) Nous croyons devoir rappeler ici l'article consacré par Roger Marx à l'Exposilion de Milan (Gazetle des Beaux-Arts, 1906, t. IT), où il dit : « Le projet de commémorer par une Exposition le cinquantenaire de la Troisième République ne s'admet chez nous qu'à la condilion de réduire le plan à de justes proportions, et d'éviter la mmégalomanie par quoi la portée des enseignements se trouva en 1900 si regreltablement compromise. »