‹ Arts appliqués et industries d'art aux expositionsChapitre 55 sur 126 · UN · texte numérisé non relu

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pour le présent une production exclusivement réservée à une élite fortunée ; l’accession à l’art du quatrième état met hors d'usage ces désignations restriclives; envisagé dans ses rapports avec la vie de l'individu et de la cullectivité, cet art est l’art de la nation entière, c'est l’Ar6 social. Répond-il à sa mission, nous voyons en lui l'expression fidèle de la civilisation ambiante; cesserait-il d'évoluer avec la société ont il émane, il se dérobe à son obligation la plus impérieuse et sa décadence est certaine.

Instruits des causes qui associent l'accroissement de la richesse à la prospérilé de l’art social et guidés par un souci bien entendu de leurs intérêts économiques, des pays moins artistes que la France, mais d'esprit plus positif — l'Angleterre, l'Allemagne par exemple — ont compris cette loi fondamentale du renouvellement nécessaire; ils se sont mis en mesure d'y satisfaire en suppléant à l'insuffisance de Jeur goût natif par les suggestions de l'exemple et les bienfaits de l’enseignement. Pendant ce temps, notre génie est resté inféodé aux stvles illustres qui lui ont valu depuis deux siècles une suprématie mondiale; au lieu d'innover, selon l'esprit de la race, il languit et s’atrophie dans l'évocation stérile d’un passé aboli. Les mœurs, les usages, tout a pu changer autour de nous; les constructeurs n'en continuert pas moins de bâtir selon les modes d'autrefois; le danger d'un pareil anachronisme est d'autant plus inquiétant que l'architecture est l’art social par excellence et que d'elle dépend, pour une bonne partie, le sort des industries d'art — n'est-ce pas dire l'état de nos exportations? On s'occupe à bon drait de réformer l'enseignement du dessin, de modifier l'enseignement technique, de parer aux inconvénients de la crise de l'apprentissage, et il faut applaudir à toutes les initiatives qui prépareront une génération d'artisans mieux armée pour l'exercice intel ligent et loyal des métiers; mais par-dessus tout on doit répandre la notion de l’effort à accomplir en vue d'adapter les dons fonciers de notre invention et de notre goût à l'expression harmonieuse d'idées et de be<oins nouveaux.

Comment parvenir à ce résultat ? Comment exercer une action décisive sur l’opinion et sur la production, sur le publie qui juge, qui commande, qui choisit, et sur le créateur qui exécute, qui réalise ? Et d'abord quelle est, au vrai, la situation? Après 1889, un mouvement semblait prèt à se produire. Dutert venait d’édifier cette Galerie des Machines qu’on se déshonorera demain à détruire, tandis qu'il siérait de la classer au nombre des monuments historiques du dix-neuvième siècle; Formigé avait suscité le rève éphémère de ses palais de fer et de terre, aux tons de turquoise et de corail pàli; l’un après l’autre, sur nos instances, les Salons s'étaient ouverts indistinctement aux arts purs ou appliqués... Ce fut pour les activités une occasion rare de se donner libre carrière; elles le firent avec quelque hûte, comme il arrive pour un début, sans coordination des efforts et peut-être sans un souvenir assez présent de la tradition nationale. D’où l'avortement de tant d'essais et d'intentions souvent louables en soi. Tout est à reprendre; mais il ne paraît pas malaisé de découvrir les voies propres à favoriser une renaissance, pour peu que l’on tienne compte des inclinations du tempérament français, lequel n’aime point à peiner de facon incertaine, dans l'ombre et sans honneur. Seule une Exposition spéciale, au programme restreint ct nettement défini, peut provoquer l'élan utile, stimuler les énerxies, rallier les volontés éparses aujourd'hui mieux disciplinées ct édifiées par l'expérience sur les moyens à adopter et le but à atteindre.

Cette exposition d’art social, on la voudrait änfernationale, afin de mettre à profit les lecons de l'étranger; on la voudrait moderne, c'est-à-dire prévenant les retours sur le passé et proscrivant, aux termes de son règlement, toute imitation de l’ancien. Si la peinture et la statuaire n’v intervenaient dans la limite de leurs applications ornementales, l'architecture au contraire y tiendrait un rôle prépondérant. La matière y apparaitrait transformée par l'industrie humaine selon les aspirations et les ressources particulières à chaque classe; l’humble poterie ne s'y

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verrait pas accueillie avec moins d’égards que le bijou précieux. Une telle exposition libérerait de l’entrave du préjugé : elle marquerait la fin du mépris voué à la machine; elle ferait cexser l’antagonisme séculaire entre l’ingénieur et l'architecte; elle grouperait, selon une classilication méthodique et d’après la même idée d’ensemble, des manifestations jusqu'alors arbitrairement disséminées dans Ja cohue des expositions universelles; ni le théâtre, ni la musique, ni la danse n'en seraient exclus; l’art de la cité, l’art de la rue, l’art des jardins, l’art des fètes populaires lui devraient leur remise en honneur.

Si ia troisième République persiste dans son projet de célébrer par une exposition le cinquantenaire de sa fondation, il ne semble guère que l’on puisse souhaîïler une commémoration plus apte à réjouir notre idéal humanitaire et à seconder notre amour du progrès ; par elle s'onvrirait dignement une ère nouvelle — l'ère sociologique de l'art qu'ont depuis longtem2s annoncée les philosophes de l’école positiviste, Augusle Comte, Prou ihon et, après eux, Guyau.

Roger Marx.

LE MUSÉE. — Décembre 1909.

Réponses aux propositions de ROGER MARX

Les propositions émises par Roger Marx dans les Idées Modernes de janvier 1909 et le Matin du 27 février 1909 suscitaient immédiatement l'attention qui doit s'attacher à toule question d'ordre vital pour le pays.

Ua débat s’instituait dans la presse et dans les revues : nous signalerons plus spécialement dans la presse quotidienne, les articles de Vauxcelles (La Crise des Arts décoratifs en France, Gil Blus du 3 février), de Paul Ginisty (l'Art social, Petit Parisien du 4 février), de Pierre Gauthiez (Pour la beauté, Echo de Paris du 16 février), de A. Liesse (l'Art social, Journal des Débats du 21 février), de Grandigneaux (le Radical), de Luciphar (le Fiyaro, le Siècle), ete. ; dans les revues, les études d'Alphonse Germain (l’Occrdent, janvier 1909), de Pierre Hepp (la Grande Revue, 25 mars), d'André Fontainas (Mercure de France, 16 avril), de Pascal Korthuny (l'Architecture moderne, 1°* mai), de M. A. Yvon (l'Architecture, 1°° et 8 mai), de Joseph Lenot (Revue des Lettres et des Arts, juin), de Henri Duhem ({e Musée, novembre 1909, elc.…..).

D'autre part, Roger Marx recevait de nombreuses lettres acceptant ou refusent de s’associer à ses conclusions.

Dans la revue {le Musée, de décembre 1909, il remercie de leur bienvellent intérêt ses correspondants : Boutroux, louillée, Charles Gide, Schuré, Beauquier, Edmond Picard, Destrées, Bonnier, Davies Magne, Sézille, Chedanne, ‘Bodin, ainsi que le pasteur Charles Wagner...

Parmi les lettres recues, le Musée publiait celles, approbatives où non, qui pouvaient inviter à l'étude du problème et en hàter la solution, notamment celles de Francois de Curel, Paul Desjardins, Maurice Pottecher, André Chevrillon, Christian Cherfils, H. Bergson, Francis Jammes, Emiie Verhacren, Auguste Rodin,

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René Lalique, la Princesse Marie Tenicheff, E.-M. de Vogüé, Vaudremer, Charles Plumet, Maurice Mæterlinck, Albert Resnard, Maurice Denis, E.-A. Bourdelle, A. Le Chatelier.

Roger Marx, pour la publication de ces lettres, les a « sériées selon l’idée dominante, inspiratrice de l’opinion exprimée ».

Y a-t-il un Art social, et quelles sont les conditions de son évolution

en France ?

Je suis en complète conformité de pensée avec vous. Si la condition matérielle du plus grand nombre est allée en s’améliorant, il est certain que l'alimentation spirituelle n'a pas suivi la même progression. Tout ce qui pourra servir à combler ce vide ou à suppléer ce qui ne peut plus exister fournit la matière d'une œuvre infiniment féconde. Vous indiquez un commencement de mise en pratique qui semble séduisant...

François pe CUREL.

Autant que je puis, après une lecture, dégager les propositions essentielles de votre article, ce sont celles-ci :

41° L'art ne doit pas être considéré comme un luxe qui se superpose à la vie, mais bien comme une manifestation de la vie même, qui s'y inclut, de sorte que l'œuvre d'art soit empreinte d'un caractère de nécessité autant que les productions de la nature;

2° La vie quise manifeste dans l'œuvre d'art, qui la commande ct l'anime, est une vie sociule ; toute la société y coopère, toute la société doit en pouvoir jouir, et si ceux qu'on appelle inexactement «les hommes du peuple » en paraissent aujourd'hui exclus, c'est qu'il sont exclus aussi du peuple, je veux dire de la communion des esprits par où une collection d'individus se fond en une réelle unité, et cette question ne relève déjà plus de la sociologie esthélique, mais simplement de la justice ;

3° La société dont la vie s'exprime par l’œuvre d'art avec un caractère de nécessité est la société immédiate actuelle, celle qui moule notre sensibilité comme notre activité; — ct l’art rétrospectif, avec ses musées, ses mobiliers « de style », ses ressouvenirs et ses «simili», ne sera jamais qu'un artifice auquel la beauté manquera parce qu'v manque l'empreinte (le nécessité. Il faut donc que la civilisation présente se replie sur elle-même pour enfanter, dans la conscience de l'artisan sincère, l’art irréalisé encore qui lui correspond.

Si telles sont bien vos thèses, je ne crois pas qu'on puisse les contester : quant à l'opportunité d une Exposition internationale d’ « Art social », quelques-uns feront des réserves; une exposition n'a pas en soi la vertu de promouvoir un art original : elle ne peut que le constater ; il est vrai qu’elle le consacre et donne, par l'exemple, aux germes latents, l'audace de poindre.

Paul DESJARDINS.

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L'idée d'une Exposition telle que vous la limitez me paraît intéressante et bonne : cette exposition servirait à déterminer les étapes de l’art en son évolution sociale ; elle pourrait donner aux producteurs, avec la conscience de l'effort collectif, une hardiesse et une confiance qui leur manquent parfois, — peut-être aussi une discipline.

Ces mots un peu barbares, «la Socialisation de l'Art», inspirent de la méfiance et de Pantipathie à de vrais artistes que je sais ; cependant c'est un fait et qui ne signifie rien contre l'individualité nécessaire de l'artiste dont la pensée restera tuujuurs indépendante, et même en réaction contre le milieu social qui tend à la comprimer, comme sa vie restera toujours à quelque degré solilaire..….

Pour l’imitation, je suis d'avis, comme vous, qu'elle n'est à aucun degréun facteur de l’art, et qu’elle est la négation de l'artiste, — bien que la piupart des artistes professionnels ne vivent que d'imitation. L’imitation formelle du passé est d'autant plus vaine qu'elle s'applique à des choses mortes. Mais l'imitation d'un objet d'art ou d’une forme d'art présent, c’est-à-dire né depuis peu et encore tout chaud de la mole, n’est pas moins répugnante. L'art étant sinon une imitation, du moins une transposition de la nature, qu'est-ce que l’imitation d'une chose déjà imitée ou transposée ?

Par contre, vous admettez certainement que le lien entre le passé et l'avenir ne peut se rompre, qu'il n'y a pas en réalité de brusques sauts dans l'Art, non plus que dans la Nature, et que l'étude consciencieuse, réfléchie et vraiment aimante du passé, pour en pénétrer l'esprit, en revivifier, en quelque sorte, en soi toutes les inventions, peut être aussi féconde pour l'intelligence, que l'est pour les sens l'observation directe de la vie, de la nature, du monde, qui nous entoure.

Et à mon sens, le désir d'une trop grande originalité, qui étonne et qui s'impose, mème par le scandale, est aussi néfaste à la solidité et à la durée d’une œuvre, d’une forme d'art, d’un style, que l'hostilité des conservateurs et la résistance intéressée des marchands.

En somme, tout se ramène à un patient équilibre, à cette sage et difficile mesure dont les Grecs avaient le sentiment si ferme et rotre dix-septième siècle le goût un peu étroit ; cette mesure que les étourdis dédaignent parce qu ils la confondent avec la médiocrité. S

Etant d'accord sur ces points, nous nous entendrons sur l'utilité d'élargir, de plus en plus, l'art dans la vie et dans le peuple, en essayant d’éveiller ou de réveiller, dans le peuple, le goût d'une beauté non distincte de l'utile et d’une grandeur s’alliant avec la simplicité.

Maurice POoTTECHER.

Que le renouvellement de l’Art social est la condition de son progrès.

Toujours, ou du moins depuis trois siècles, la France, grâce à son goût sûr entre tous, a fixé les styles. Il faut donc que ce soit chez elle, dans une Exposition faite à Paris, que tous les novateurs soumettent leur travail à l’attention publique. Comme elle l’a fait jadis, elle éliminera, adoptera, choisira et enfin composera.

Emile VERHAEREN.

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Je sens qu'il y a une erreur initiale. Il n’y a pas aujourd hui de mode qui ne soit inspirée du passé, pas de produit qui ne soit une copie, nécessairement inférieure, d’un style antérieur. Après les plagiats du grec et du Moyen Age, voici aujourd'hui les pillards du japonais, du persan.

Rien de personnel, rien que faiblesse. Ah! si nous avions la force, si nous savions regarder et étudier la nature! Alors un cordonnier saurait suivre la forme d’un pied, le modeler avec son cuir. Or, montrez-moi un soulier, même de « bonne maison », qui ne soit inspiré seulement de la convention de la mode? Encore est-il à parier que l'amateur, l'acheteur de ce produit rationnel, travail intelligent et artistique, serait à trouver. Cherchez l'amateur.

Il faudrait que les artisans d’aujourd'hui, comme ceux d'autrefois, fussent les juges, les seuls « arbitres de nos élégances ». Mais, pour commencer, il faudrait qu’ils en fussent capables. Pour en être digne, il faudrait que l’ouvrier redevint l'inventeur d'autrefois.

Or, les faits démontrent et une exposition ne pourra que témoigner le néant de ce genre d'invention.

Est-ce la faute du machinisme ? C’est possible, mème probable. Cette grave question de la déchéance de nos industries d’art est-elle liée à tous nos problèmes et nos soucis politiques et économiques ? C'est à redouter.

A supposer qu'une Exposition révèle l'étendue et la gravité du mal, elle n’en

apportera pas le remède.

DB P Auguste Ronix.

Dans un texte restreint, vous avez embrassé la question si complexe de la détresse de l'Art décoratif en France avec la sérénité d’un noble esprit qui ne veut envisager les choses que dans leurs grandes lignes, dédaignant de s’attarder aux détails. Et cependant vous avez tout dit.

Les causes de l’état de choses que nous déplorons ensemble sont bien celles que vous signalez : les producteurs ont perdu l'habitude de l'effort. Il est plus aisé ‘le copier un fauteuil Louis XIV que d’en créer un d'une égale beauté, plus en accord avec notre temps.

Que serait-il advenu pourtant si les ateliers dans lesquels, depuis vingt ans, s’exécutent sans relâche des pastiches des styles anciens, avaient eu à leur tête, au lieu de spéculateurs occupés de leurs intérêts, des artistes convaincuset avant (OUPEOUE eux de belles formes”? Peut-être l’Art social eût-il repris dé) à en France son éclat de jadis!

Mais il est dans notre société une classe qui veille soigneusement à ce qu'un semblable progrès ne se puisse accomplir : les collectionneurs d'objets et de meubles anciens, pour la plupart marchands. Trafiquants impudents et snobs, ils s’érigent en éducateurs de la riche bourgeoisie, pour le plus grand profit de leurs affaires, sans se soucier de l'avenir de l'Art, dans ce pays dont ils étouffent sans scrupules toutes les énergies créatrices — inconscients, semble-t-il, de l'œuvre abominable qu'ils poursuivent, ignorants souvent et incapables de reconnaître la beauté si elle n’est pas cataloguée dans quelque collection fameuse ou si une date authentique ne leur permet pas d'orienter leur jugement.

Espérons pourtant que, malgré le tort qu’ils lui ont causé déjà, l'Art social moderne affrmera avec éclat sa réelle valeur, dès que, selon votre vœu, on lui en donnera les moyens par l'Exposition dont, pour ma part, je souhaite l'organisation prochaine.

Les artistes de notre payset des autres nations, résolument secondés jar vous et, je n'en puis douter, par tous les véritables amateurs d'art, concourront ardemment à prouver qu'ils pourraient, pour peu qu ‘ils y soient encouragés, égaler les maîtres d'autrefois ct doter leur siècle d'un Art où la France retrouverait son prestige passé.

René LariQue.

RCENNRESS

De la prééminence de l'Architecture dans l’Art social.

Je recois votre article, aimable rappel du bon combat que nous combattions côte à côte il va vingt ans! Quelques-unes de nos espérances ont été trompées. L'Architecture,comme vous le marquez fortement, est génératrice et régulatrice de toute grande poussée artistique ; il ne m'a point paru qu’elle ait continué ou renouvelé, à l'Exposition de 1900, les tentatives pleines de promesses des Dutert et des Formigé. D'une facon générale, il me semble que l’effort de 1889 a marqué le point culminant d’une courbe, plutôt que le point de départ d'une échelle ascendante. Vous êtes un peu plus optimiste ; puissiez-vous avoir raison !

Votre projet d'Exposition internationale, limitée à l’Art social, peut ètre fécond : cela dépendra pour beaucoup des hommes qui lui donneront vie et forme. L'expérience nous a montré qu'une Exposition c'est un homme, une pensée heureusement ou maladroitement réalisée.

Combien vous avez raison de rappeler nos contemporains à la souree-mère, à cet incomparable travail de Léon de Laborle ! Il vous eùt approuvé, encouragé; et ce suffrage posthume a un bien autre prix que le mien.

E.-M. ne Vocüé.

Depuis longtemps, nous sommes dans un grand trouble, grâce à l'application irraisonnée de formules toutes faites, au manque d'initiative, à l’asservissement aux styles du passé, lesquels, venus à leur heure, avaient leur raison d'étreet sont aujourd’hui sans objet. Ainsi que vous le dites fort bien, ce serait aux architectes de réagir. Malheureusement, les efforts réalisés sont demeurés trop isolés pour avoir une action efficace, et nous assisterons à des exhibitions surannées et incohérentes, tant que nous ne mettrons pas d'accord la forme avec la fonction, ävec la structure et la nature des matériaux employés. Toute tentative dans le sens raticnnelne peut donc qu'être souhaitée.

Une Exposition d'art appliqué, en réunissant tous les efforts avec le concours des étrangers, provoquerait certainement un mouvement sérieux, et l’on ne saurait trop tendre à le voir se réaliser, pourvu, comme vous le dites avec grande raison, qu'il s'agisse, non d'une Exposition universelle, mais bien d’une exposition d'un caractère tout spécial et bien déterminé. Vous rappelez à propos les spécimens envoyés en 1900 par les étrangers, meubles, ferronnerie, peinture décorative, verrerie, etc., etc., qui avaient vivement intéressé par leur originalité, par leur rationalisme, et dont nous n'avons pas assez profité. Puissions-nous ne pas différer indéfiniment la solution et réaliser enfin une Exposition d’Art appropriée à notre milieu, basée sur la logique et la raison. Il n’est que temps d’aboutir.

VAUDREMER.

Notre rôle aujourd'hui est donc de nous débarrasser tout d’abord de l'influence qu’exerça sur nous l'étude des anciennes époques, dont, du reste, nous n'avons su voir que les manifestations extérieures, sans avoir pu nous élever jusqu'aux idées générales, si pleines de qualités de vie et d'adaptation.

Ensuite, nous devrons étudier les matériaux nouveaux et les plus récents moles de production mis à notre disposition par le machinisme.

— CLXVIE —

C'est avec ces seules bases que l'artisan moderne — architecte, ingénieur et artiste tout à la fois — fera œuvre utile ct créera logiquement un style moderne.

Mais l'évolution est lente, si elle est logique, un style ne peut être créé ni par un individu, ni même par une génération, peut-être; il importe de déterminer aujourd hui des idées générales.

Certes, on n’arrivera à un résultat qu'après bien des tätonnements ; les styles anciens aussi s’élaborèrent lentement ; mais les artistes doivent avoir la foi et eroire que, si incomplets que soient leurs efforts, — si ces idées générales sont fortement ancrées en eux, — quelquechose restera de leur labeur affranchi et qu'on n’a pas le droit de dire que ce labeur fut inutile.

Charles PLuMer.

L'Art social en France et à l'Etranger.

Je viens de lire votre étude sur l’Art social. Vous avez magistralement et définitivement exprimé ce que nous pensons tous sur ce sujet. Il est temps que la France n'ignore plus les efforts merveilleux, mais souvent désordonnés, qui se font autour d'elle. C’est elle qui saura mettre toutes choses au point. Mais qu'elle se hâte. Les éléments qui doivent former la beauté que nous attendons ne demeureront pas longtemps malléables. Votre appel était nécessaire ; joignons-y tous notre voix.

Maurice MærenLiNeR.

J'ai lu avec bien de l'intérêt votre étu le sur la nécessité, pour notre Art national, (le réagir devant l'énergie de ceux qui nous regardent sans doute avec anxiélé. Je veux parler de nos voisins d’outre-Manche ou d'outre-Rhin, ou encore d'au delà des Alpes. Une grande chose m'inquiète pour le relèvement que vous souhaitez : c'est la multiplicité des aspirations qui, on n'en pourrait douter, gênent les réalisations. D'autre part, je suis sûr, et cela est réconfortant, que le Franeais ne perdra jamais le goût de la chose bien faite sur laquelle le guide son clair cerveau.

Nous sommes un peu dans l'alternative des fils d'hommes de génie. On a tant et si magnifiquement produit dans les temps passés, nous avons lant vu de réalisations, nous nous souvenons de tant de choses, on nous a tant enseigné! Seul un berger de génie pourrait faire oublier tout cela, ou plutôt le recommencer. Mais Juan ce ne serait que pour secouer cette satisfaction irritante où vit le producteur français, l'Exposition, dont vous indiquez la nécessité, devrait ère décrétée.

Albert BEsxann.

Centralisation à outrance, élatisme et surtout timidité des capitalistes français, ‘epuis longtemps connue, mais actuellement augmentée du malaise politique. En Allemagne, les sommes consacrées à la création des Kunstgeverbeschüle et dues à l'initiative privée sont considérables...

On s'illusionne sur la généralité de l'effort allemand. Ce qui domine encore Jà-bas dans le peuple, c’est le goût que Barrès décrit dans Colette Baudoche. — Mais il y à une aristocratie audacieuse : allez à Weimar et faites-vous montrer l'établissement de Van de Velde; c'est le comte Kessler, aidé d’cne grande-duchesse et de quelques grands seigneurs, qui est l’auteur de tout cela.

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