AVANT - PROJET
But de l'Exposition. — Par la collaboration de l'artiste, de l'industriel et de l'artisan, réunir en une Exposition internationale tous les arts décoratifs : architecture, arts du bois, de la pierre, du métal, de la céramique, du verre, du papier, etc, sous toutes leurs formes, qu'ils s'appliquent à des objets d'utilité ou à des œuvres puremeut somptuaires ; dans toutes leurs desiinalions : parure de la personne, décoration extérieure et intérieure des édifices rublics, de la maison, de la rue, du théâtre, du jardin,
Tous pastiche ou copie des styles du passé seraient rigoureusement refusés à cette Exposition.
Place serait faite aussi à l'Enseignement artistique, technique et professionnel, et à des sections ouvrières.
Emplacement. — Le Grand Palais paraît être l'endroit le plus pratique, à condition, toutefois, que l’on puisse y adjoindre éventuellement le Cours-la-Reine et l'Esplanade des Invalides.
Dute. — L'année 1913 paraît être la plus indiquée, le Grand Palais des Champs-Elysées étant retenu en 1914 pour le Salon du Mobilier et deux grandes Expositions étant projelées, en 1915, à San-Francisco, et à Tokio en 1917.
Organisation. — L’Exposition serait organisée sous le contrôle de l'Etat, sur l'initiative de l'Union Centrale des Arts décoratifs, de la Société d'Encouragement à l'Art et à l'Industrie et de la Société des Artistes décorateurs, par les soins d'un Commissaire général et d'un Comité supérieur d'organisation. Ce Comité serait autonome ; il nommerait dans son sein une Commission exécutive.
Les Comités d'admission et d'installation, et éventuellement les Jurys des récompenses, seraient nommés par le Commissaire général et la Commission exécutive d'accord avec l'Etat.
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Toutes les commissions, quelles qu'elles soient, seraient composées par liers, d'artistes exposants, d'industriels exposants et de personnalités s'intéressant à l'Art décoratif moderne.
Budyet. — Les frais de l'Exposition pourraient être assurés par les versements des exposants pour leur emplacement, et par des subventions avec affectations spéciales, qui seraient demandées au Gouvernement, au Parlement, à la Ville de Paris et aux Municipalités.
Les bénéfices, s'il en existait, pourraient ètre en partie attribués à des sociétés ou œuvres s'intéressant à l’Art décoratif et en partie ristournés aux exposants.
Recrutement et admission des exposants. — Le recrutement des exposants serait fait par invitation.
L'admission ne serait définitive qu'après examen de l'objet on de l’ensemble présentés à l'Exposition.
Installation. — Elle devrait tendre, autant que possible, à créer des groupements harmonieux.
Les artistes, comme les industriels, seraient tenus de donner les noms de leurs principaux collaborateurs, avec indication de leur part de collaboration.
Sections étrangères. — Les invitations aux divers pays leur seraient adressées par l'intermédiaire du Gouvernement français. Chacune des Sections étrangères serait autonome.
Récompenses. — Il y aurait lieu d'examiner ultérieurement s'il serait attribué des récompenses aux exposants.
CIAMBRE DES DÉPUTÉS jre SÉANCE DU 30 MARS 191!
Discussion générale du budget des Beaux-Arts. Discours d’Albert Sarraut, Rapporteur.
(Journal officiel du 31 mars 1911)
Je ne connais pas, présentemeut, dans le domaine des arts, de question qui, au double point de vue des intérêts moraux et matériels d'un pays comme le nôtre, mérite davantage d'appeler l'attention et de retenir la sollicitude de ses représentants [que celle du rôle et de l'importance des Arts décoratifs].
J'exprime ainsi une conviction très profonde et je serais heureux de la voir partager par tous mes collègues. (Trés bien! {rès bien!)
Voici bien des années, Messieurs, que nous assistons à ce spectacle, moralement, économiquement et socialement très intéressant, d'un vaste mouvement de rénoyation, d’une large renaissance des arts du foyer ct de la vie, qui suscite partout, à l'étranger comme en France, les efforts les plus remarquables, les initiatives les plus harlies, et, l’on peut le dire désormais, les manifestations les plus fécondes.
== CEXXVL —
De tous les côtés, dans tous les pays, une pléiade chaque jour plus nombreuse d'artistes décorateurs, d'industriels, d'artisans, d'ouvriers d'art, à la recherche de formules et de styles qui apportent l'expression esthétique de leur temps, s'ingénient et s'emploient à régénérer notre sens moderne de l’art, à affiner, à accroître uotre goût soit des visions extérieures, des grandes surfaces décoratives, des monu= ments publies, des ornements de la rue, soit des ambiances familières de la maison, du fuyer et de la vie intime.
Ce n’est le lieu ni le moment de rappeler ici, en ce qui concerne la France, les origines, les étapes. les luttes, les erreurs ou les succès de cette évolution, qui a été désignée des noms les plus divers, quelquefois les plus mal choisis — art nouveau, art moderne, art populaire, ete., — et qui est tout simplement... ce que M. Roger Marx appelle excellemment la renaissance des Arts de la vie par la nature et selon la tradition nationale. (Très bien! trés bien!)
Ce mouvement, qui était déjà sensible à l Exposition de 1889, devait dégager une très puissante aflirmation dans celle de 1900...
M. Dujardin-Beaumetz, en 1900 [dans son rapport sur le budget des Beaux- Arts], soulignait avec joie Les riches promesses que l'on pouvait d'ores et déjà recueillir dans ce grand mouvement de rénovation, dans la renaissance de cet art appliqué et décoratif, par lequel, attestant l’éternelle vitalité du génie créateur de notre race, l'effort de nos arlistes et de nos dévorateurs renouait la chaîne trop longtemps interrompue de cette admirable tradition qui, pendant des siècles, fit la gloire incomparable du goût français. (Trés bien! rés Lien!)
Est-ce que ces espérances se sont réalisées? Ces belles promesses de l'Exposition de 1900 sur l'avenir de notre Art Décoratif ont-elles élé tenues”?
Messieurs, je réponds catégoriquement : oui. Certains ont paru en douter et peut-être trouverait-on encore l'expression et l'écho de ce doute dans certains documents qui vous ont été soumis.
Je regrette pour ceux qui ont formulé cet injuste sentiment qu'ils n'aient pas pris la peine, ou plutôt le plaisir, de parcourir et d'examiner avec soin les Expositions d'Art décoratif qui sont périodiquement organisées dans ce pass, et notamment celle qui était ouverte, il y a quelques jours encore, dans cet admirable Musée des Arts décoratifs du pavillon de Marsan, dont il est impossible de parler sans évoquer et saluer en passant d’un juste hommage la mémoire de notre distingué et regretté collègue, M. Georges Berger. (Applaudisséments.)
Cette Exposition récente de la Société des Artistes décorateurs, si complète, si instructive, si harmonieuse et si française, vraiment, comme il faut remercier ses organisateurs d'en avoir montré non seulement au public français, mais aux visi= teurs étrangers, la magnifique lecon et le très haut enseignement !
Nous pouvons ètre profondément fiers de l’œuvre ainsi accomplie par nosartistes, nos artisaus, nos ouvriers d'art, nos techniciens. Je tiens à le déclarer à cette tribune, afin que cette admirable pléiade de travailleurs en reçoive l’encouragement qui permet de poursuivre avec plus de confiance et d'ardeur la grande æuvreentreprise.
Et combien faut-il les admirer, en vérité, quand on sait à travers quelles difficultés et quels obstacles, au prix de quels sacrilices et de quelles abnégations, avec quels trop faibles encouragements ils ont pu obtenir des résultats tels que ceux qu'ils nous ont montrés! Car c'est là ce qu'il faut dire et c’est là ce qu'il faut voir, afin d'y trouver la leçon de l'effort de demain, afin d'y chercher la mesure et la forme de l'appui que ces artistes sont en droit d'attendre d’un pays dont ils défen lent la glorieuse tradition et dont ils accroissent la richesse. Les obstacles, ils les rencontrent partout! Au sein même de la Cité des Arts, où pourtant tout devrait être harmonie et où le culte de la mème beauté devrait ouvrir vers eux le geste solidaire de toutes les mains fraternelles, que de résistances opposées encore à ces décorateurs par certains artistes purs obstinés au préjugé suranné de l’antique hiérarchie des Arts!
— CEXXVIL —
De la part des pouvoirs publics, que d'hésitations à leur consentir de généreux et nécessaires encouragements.
M. Emenne RoGxox. — Ils ne recoivent que 4 p. 100 des fonds d’encouragement.
M. re Rarponteux. — Quelle parcimenie et quelle négligence à leur égard avant l’arrivée du ministre qui, fidèle à l'opinion du rapporteur de 1900, s'efforce aulant qu'il le peut, avec des ressources, hélas! trop modestes, d'encourager la production et le goût de ces œuvres nouvelles, comme il a été le premier, par une témérité heureuse et dont je le félicite, à imposer dans les achats de l'Etat les expressions hardies des esthétiques indépendantes! (Très Lien! trés bien!)
Mais chez les industriels surtout, qui sont pourtant les collaborateurs tout indiqués, qui devraient être les auxiliaires les plus énergiques de nos artistes décorateurs — à côté de très nobles et clairvoyantes exceptions qu'il faut saluer d’un juste hommage, que d'inerties, que de routines, quelle méconnaissance encore trop grande de l’œuvre et de l'effort de ces artistes! Méconnaissance, d'ailleurs, qui n’a d'égale pour ces industriels que la méconnaissance profonde de leurs intérêts. {Très bien! très bien!) Car, ceux dont je parle n’aperçoivent pas, dans la concurrence étrangère qui se fait de jour en jour plus hardie et qui ne devrait avoir qu'une valeur d'émulation et de comparaison, le danger qui vient, qui menace et qui grandira chaque jour jusqu'à l'heure où la vague qui monte sans cesse aura entouré et submergé, sans qu'ils aient levé la tête, les copistes attardés au plagiat stérile des vieux styles! (Applaudissements.)
En vain ces industriels essaient-ils de prétendre qu’ils sont obligés de tenir compte de la résistance du public, de son éducation, de ses préjugés, de son engouement pour lés formules du passé. La réponse est, en vérité, trop facile. Car si notre public francais, si accessible à toutes les formes du progrès, à toutes les manifestations et à toutes les révélations de l’art et du goût, est aussi rebelle que les industriels le prétendent aux conceptions nouvelles de l'Art appliqué et décoratif, comment expliquer alors que tant de maisons étrangères, que tant d’industries étrangères de la décoration envahissent nos boulevards et les grandes artères de notre capitale, surgissent et s'implantent, chaque jour plus nombreuses, au cœur de Paris et de nos grandes villes et viennent ravir, presque sans effort, une clientèle que nosindustrie!s n’ont pas su ou n’ont pas voulu garder?
Et alors, voici désormais posé devant l'Etat le problème, la grave question qu'il ne peut pas éluder. Son devoir politique, son devoir d'éducateur, comme son intérêt économique et son intérêt financier lui commandent avec la même force d'encourager l'action de nos artisans, de nos ouvriers d'art. Je dis que c'est pour l'Etat un devoir politique.
Or, dans la cité moderne, dans la société moderne, toute remplie des rumeurs de l’évolution sociale, remuée des aspirations chaque jour plus ardentes et plus vasles d’une foule qui veut plus de bonheur, plus de clarté, plus de justice, qui sans cesse a plus de désirs, plus de besoins, plus d'idéal aussi, le mouvement d'Art dont je parle vient répondre à l’un de ces besoins qui se fait chaque jour plus sensible sinon plus impérieux : le désir d'une vie meilleure et plus ornée, le désir de la beauté dans la vie de chaque jour, le désir, à côté d'un plus grand bien être matériel, d’un bien-être esthétique sans lequel l’autre ne serait que l’humble et l’insuffisante satisfaction des instincts. (Très bien! trés bien! Applaudissements.)
Oui, Messieurs, c'est là un grand vœu social de notre temps, une revendication profonde de notre époque, et qui l’honore! Et n'y eüt-il que cette raison, l'Etat, celui qui représente la Cité, qui recueille et doit réaliser les aspirations, aurait le devoir d'encourager ces artistes qui embellissent la vie et la font plus douce à
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vivre, de les traiter comme des collaborateurs utiles de sa tâche. Car leur Art n'est plus aujourd'hui la chose dont on peut se passer, il n’est pas le superflu, il est le nécessaire, il est une partie essentielle de l’action humaine en essor de progrès et la Satisfaction d’un besoia profond qui traduit et qui exprime la dignité sans cesse accrue de l'être humain.
Ainei, au point de vue politique comme au point de vue économique, c'est le devoir étroit, rigoureux, impérieux de l'Etat de soutenir cette renaissance d'Art et ces artistes, de lutter avec cux, par eux, pour lui comme pour eux, contre la double invasion qui menace à la fois le goût francais et la richesse nationale.
Que faut-il faire dans ce but? Je n'ai pas besoin de vous le dire, Monsieur le Sous-Secrétaire d'Etat; vous le savez mieux que moi, puisque vous vous efforcez chaque jour de l’accomplir. Vous savez quelle part plus large il faut accorder aux arlistes décorateurs dans les commandes, dans les achats, dans les subventions, dans les bourses de voyage, dans les constructions, dans l’ameublement et l’ornementation des futurs édifices publics; vous savez aussi quelle part plus grande Woit leur être réservée dans la constitution de ces grands conseils et de ces comités qui présilent aux destinées des arts français et où il faut également faire une place, à côté des artistes, à leurs collaborateurs les ouvriers, les artisans, les techniciens.
Mis lorsque l'Etat aura ainsi prèché d'exemple et agi pour son compte personnel, je considère qu'il n'aura pas terminé sa tâche. Je parlais tout à l'heure des industriels. Il faut, à mon sens, que l Etat se retourne vers eux, quil les stimule, qu’il les presse, qu'il les sollici‘e, qu'il les engage à imiter son propre exemple. Il peut influer sur eux; ct, s’il le peut, il le doit.
Hier, j'ai recueilli avec plaisir, de la bouche du Ministre du Travail, la promesse et l'espérance qu'une triple collahoration de son ministère, du vôtre et de celui du Commerce, conjuguerait et unirait les efforts nécessaires pour l’encouragement et le développement des Arts décoratifs. Mais, en attendant que cette action bienfaisante puisse s'exercer, ne pensez-vous pas, Monsieur le Sous-Secrétaire d'Etat, puisque nous ayons un Ministère de l’Industrie et du Commerce, et que son titulaire sympathique nous parait accessible à des suggestions comme celle que nous formulons, qu'on pourrait lui demander, au nom de l'intérêt national, son intercession auprès d’industriels qui ne peuvent plus ignorer aujourd’hui que désormais assagi, équilibré, épuré des erreurs et des extravagances primitives, notre Art décoratif et appliqué, notre Art national est tout prèt à soutenir contre quiconque la belle lutte pour les droits du goût et du génie français ? (Applaudissements.)
Et, lorsque cela sera fait, la tâche ne sera pas encore terminée; car à ces créateurs, à ces artistes décorateurs, il faut que chaque jour s'ajoutent de nouveaux créateurs, et à côté d’eux des ouvriers, des artisans, des techniciens : il faut renouveler, élargir la source où s’alimenteront les besoins de l'Industrie nouvelle, préparer le recrutement des travailleurs manuels qui collaboreront à cette renaissance décorative...
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Lettre adressée à M. Duijardin-Beaumetz, sous - secrétaire d'État des Beaux-Arts, par l’Union centrale des Arts décoratifs, la Société d'Encouragement à l’Art et à l'Industrie, et la Société des Artistes décorateurs
Paris, le 10 avril 1911.
Monsieur le Ministre,
Lors de la dernière discussion du budget des Beaux-Arts, M. le Rapporteur et vous, déclariez à la Chambre, dans des discours qui furent applaudis avec un sentiment unanime de patriotique ferveur, que l'Etat devait aujourd hui considérer comme un devoir urgent de se préoccuper activement de nos Arts décoratifs ct d'assurer le maintien menacé de leur ancienne suprématie.
C'est à ces fins, Monsieur le Ministre, et encouragés par l'accueil bienveillant que vous nous avez déjà marqué dans ce projet, qu'au nom de nos trois Associations : l'Uuion centrale des Arts décoratifs, la Société d Evcouragement à l'Art et à l'Industrie, la Société des Artistes décoraleurs, nous avons l'honneur de vous prier de vouloir bien demander au Parlement de voter le principe d'une Exposition internationale d'Art décoratif, qui aurait lieu à Paris en 1914.
Ce moment nous semblerait particulièrement opportun. Une plus longue attente, et quoi que d'aucuns ohjectent, risquerait d'énerver des forces justement impatientes et dont nous pouvons vous assurer qu'elles sont dès à présent très prêtes. Ajouterons-nous que nous estimons que, par le concours indispensable de l'Etat, avec la collaboration de nos trois Associations solidaires, de tous les éléments, de toutes les compétences, de toutes les bonnes volontés que nous appellerons et saurons srouper, le succès se trouverait assuré.
Cette Exposiliun viendrait à son heure pour stimuler, par l'émulation de la présence étrangère, tous les talents, tous les efforts et réaliser l'univn nécessaire de l'artiste, de l'industriel et de l'artisan. En manifestant dans son harmonieuse totalité un Art dont l'expression neuve répondrait aux aspirations et aux besoins de notre époque, c’est dans toutes les formes, à tous les legrés de la vic sociale qu'elle ferait pénétrer avec plus de bien-être une plus grande somme de beauté.
Veuillez agréer, ele.
Pour la Socièté d'Encouragement Pour l'Union centrale à l'Art et à l'Industrie des Arts décoratifs Le Secrétaire général Le Président G.-Roger Saxnoz 1 Cor
Pour lu Socièlé des Artistes décorateurs L2 Président
R. Guirreré
— CLANX —
LE MATIN. — Mardi 11 Avril 1911.
L'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels s'ouvrira à Paris en 1914 ou 1915.
Quatre membres du gouvernement se déclarent prêts à en prendre l'initiative.
M. Sreec, Ministre de l'Instruction Publique, la considère comme une nécessité; M. Massé, Ministre du Commerce, y voit le moyen de résoudre le problème de l'Enseignement technique et la crise de l'Apprentissage ; M. Paur-Boxcoux, Ministre du Travail, suggère l'idée de convoquer, à celte occasion, une Conférence des gouvernements pour la limitation internationale des heures «de travail ; M. Dusarpix-Braumerz espére que l'Exposition fixera le style du vingtième siécle. £
Quelques heures à peine étaient passées depuis la publication de notre article sur la nécessité d'une Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels à Paris, et déjà l’idée était à demi réalisée.
Quatre membres du gouvernement en effet la faisaient leur. Et justement ceux auxquels, de par leur fonction, revient la charge d'organiser cette grande rencontre de peuples.
Il faut pour le succès de cette Exposition, qui doit réaliser l'accord des artistes, des artisans et des industriels, le concours de trois Ministères : celui de l' Instruction Publique, celui du Commerce et celui du Travail. La logique veut que le soussecrétariat aux Beaux-Arts, qui devrait d'ailleurs, dans une démocratie bien ordonnée, être rattaché à ces trois Ministères à la fois, réalise, en cette occasion du moins, l'unité et l'accord des services. ;
Nous avons été voir les trois ministres et M. Dujaridin-Beaumetz. Tous sont d'accord pour proclamer que ce projet doit être exécuté à Paris et dans la forme même qui fut indiquée hier par le Mutin.
M. Srrec, Ministre de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts. — « Je considère cette Exposition comme une nécessité, nous dit M. Stceg. Les besoins mêmes de notre vie nationale l'exigent. Notre population ne se développe pas, et par conséquent notre main-d'œuvre ne peut pas se multiplier. Nous ne pouvons pas répandre sur les marchés du monde des masses énormes d'objets ; ce n'est pas par la quantité que nous pouvons triompher, c'est par la qualité.
» Une Exposition comme celle-là fera valuir toutes les qualités francaises. Elle montrera que le sens de la perfection est notre vérilable sens national ; que, si ailleurs on fabrique les mêmes objets, chez nous on ne les fabrique pas de la même manière ; que, si on veut sortir du médiocre et du banal, il faut venir en Krance, parce que tout, mème l’objet le plus humble, y revêt, gràce aux talents de nos artistes, une forme précieuse.
» Et puis, en même temps que nous montrerons cette espèce d'élévat:on de
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l'Industrie francaise, nous donnerons enfin à L'Art un caractère démocratique. Nous ne sommes plus au temps où la fortune des artistes dépendait des élites. C'en est fait des aristocraties. li faut donc étendre le nombre des consommateurs ; il faut que chaque citoyen puisse acheter sa part de beauté, que chaque foyer puisse avoir sa parure.
» Créer de nouveaux besoins et les satisfaire aussitôt créés, c'est la formule mème du progrès. Le besoin d'Art est comme les autres, il est aujourd'hui plus répandu que jamais. Mais parce que les artistes et les artisans sont séparés, parce qu'on en est demeuré encore à la mode de l’art cher, les modestes demeurent condamnés au logis triste dont les murs sont nus et les meubles sans gràce.
» Une Exposition des Arts décoratifs et industriels nous permettra de changer tout cela : elle nous donnera l’Art à meilleur marché, le fera contribuer ainsi à l'éducation de notre démocratie, à son bien-être et à sa dignité. Oui, il faut faire l'Exposition internationale des Arts décoratifs à Paris. Et nous la ferons ! »
M. Massé, Ministre du Commerce. — Le Ministre du Commerce est d'accord avec son collègue de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts. Ce qui le préoccupe plus particulièrement, lui, c'est le développement de l’enseignement technique.
« Je suis profondément partisan de cette Exposition, nous déclare-t-il dès l’abord. Sans doute, toutes les grandes écoles professionnelles du monde y enverront l’exposé de leurs méthodes. Ce sera pour nous un précieux résumé, où nous irouverons plus d’un enseignement.
» En second lieu, un merveilleux effort se poursuit en ce moment dans nos instituts spéciaux, dans nos écoles régionales. Cet elfort n'est pas assez connu, encouragé. On en verra toute la portée quand l'Exposition lui permettra de se déployer à tous les regards.
» Enfin nous en finirons avec le préjugé ruineux des Arts supérieurs, de ceux qu'on appelle les Beaux-Arts, pour les distinguer des autres, comme s’il pouvait y avoir des arts qui ne soient pas beaux. On ne saura jamais tout ce que coûte à notre commerce, à notre exportation cette conception funeste d'un art aristocratique, au nom de laquelle les artistes se défendent de donner des modèles à l'Industrie. Beaucoup d’entre eux se croiraient déshonorés si leurs œuvres étaient reproduites. Quelle erreur ! Créer des modèles, c'est donner du travail aux artisans, permettre aux inlJustriels le progrès. Rien de plus nécessaire. Un Etat, surtout un Etat républicain, n’a pas accompli sa mission d'art quand il a entr'ouvert à la foule la porte des musées. Il faut qu'il ait fait sortir l’Art des musées, convaincu les artistes qu’ils ne doivent pas réserver leur talent pour la statue de marbre ou pour la toile uniqu2, orgueil &u collectionneur; mais que, plus généreux de leurs dons, ils doivent les faire servir à embellir les objets les plus humbles et les demeures les plus pauvres, afin de fuire mieux comprendre à tous le prix de l'existence.
» Ajoutez à tous les avantages de l'Exposition, celui-ci. C’est qu'elle offrira un vaste terrain d'étude à tous ceux que préoccupe la crise de l’Apprentissage. »
lei, M. MAssé se rencontre avec
M. Paur-Boncour, Ministre du Travail. — « Catte Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels à Paris s'impose, nous dit celui-ci.
» Outre qu'elle permettra de créer des types modernes de maisons ouvrières, qu’elle réveillera dans les organisations professionnelles l'amour des métiers, elle nous sera une occasion nécessaire de porter remè.le à la crise de l’Apprentissage, si menacante pour ce pays.
» Depuis Les lois qui ont limité les heures de travail dans les ateliers où les apprentis travaillent près des adultes, les apprentis ont été mis hors l'usine, rejetés à la rue.
» Peut-on revenir sur ces lois, les défaire ? Non certes !
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» Quelle est done la solution ? Limiter les heures de travail des adultes. La France peut-elle le faire seule ? Je compren ls que cette expérience lui semble difficile et dangereuse. La concurrence internationale nous guette. Ruiner nos industriels, ce n’est pas le moyen de donner du travail à nos ouvriers. Il faut adopter une autre taclique. La mrilleure, et celle qui honorerait le pius le Gouvernement français, consisterait à inviter tous les Gouvernements, en même temps qu'à participer à une Exposilion des Arts décoratifs, à se faire représenter dans une grande Conférence où ils étudieraient en commun les moyens de limiter les heures de travail dans tous les pays.
» S'ils acceptaient, cette Exposition pourrait être une grande date dans l'Histoire, inaugurer pour tous les prolétariats une ère meilleure, où ils connaîtraient de plus près le bonheur et la beauté. »
Ainsi parla M. Paur-Boxcour.
M. Dusarnix-BeacMerz, sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts, n'est pas moins enthousiaste.
« L'Exposition dont vous voulez bien me parler, nous dit-il, qui réunirait l'effort de nos artistes, de nos artisans d’Art décoratif, de nos ingénieurs et de nos industriels, aurait ce premier résultat de renouer la tradition qui a fait la force et la gloire de l'école française dans le passé, en rétablissant pour notre démocratie moderne l'unité de l’Art.
» C’est, en effet, l'alliance intime de l’artiste et de l’artisan, de l'idée créatrice et de l'outil qui la réalise, qui à donné à notre Art francais son caractère et sa portée.
» En reprenant cette mé.hode nationale, nous effacerons la fameuse distinction entre les arts majeurs et les arts mineurs, qui a pesé si lourdement.sur l’art décoratif du dix-neuvième siècle. Est-il besoin de rappeler qu’au dix-septième siecle, dans notre beau Versailles, les maîtres de la peinture, de la sculpture étaient en même temps les créateurs de tous les motifs d'ornementation, et que dans notre dixhuitième siècle, dont de tous côtés actuellement l'art moderne s'inspire, des hommes comme Watteau, Boucher et tant d’autres étaient à la fois les inspiraleurs, les soutiens et les guides des décorateurs.
» Cette Exposition aura encore une autre conséquence. En élevant jusqu’à l’Art le niveau de tous les métiers, elle inspirera à tous le sertiment de la recherche, du caractère, du goût et de la grâce. Elle contribuera à résoudre le problème de l'apprentissage, sans la solution duquel les industries décoratives périront ; elle montrera la nécessité d'associer, dans l'éducation des apprentis, l’étude artistique des formes et des colorations à l’étude pratique de toutes les réssources du métier, au milieu de l’atmosphè:e mème de l'atelier.
» D'autre part, il importe que l'esprit moderne, qui s’affirme depuis vingt années par tant d'initiatives hardies et d’inventions magnifiques dans toutes les branches de l’activité industrielle et scientifique, trouve un moyen d'affirmer aussi sa personnalité dans le domaine de la création arlistique.
» En un mot, après que nos artistes et nos artisans ont donné à travers l'Histoire toute cette admirable succession de styles français où s’exprimait si bien la pensée des époques diverses, il est nécessaire qu'ils formulent, pour notre démocratie moderne, le style du vingtième siècle.
» N'oublions pas non plus que l'art est un grand créateur de richesse. Si la France, par la beauté de ses sites et la splendeur de ses monuments, attire sans cesse et de plus cn plus l'étranger, elle peut aussi, par ses créations d’art, par le goût de ses modè:es, par la forme élégante qu’elle sait donner aux objets les plus modestes, étendre le prestige de notre industrie et augmenter notre fortune nationale. Enfin, à l'heure où nous voulons implanter définitivement dans notre pays les institutions de liberté, il est bon, il est nécessaire de créer pour tous le