CANNES
beau dans l’utile et d'apprendre à la démocratie tout entière cette « joic de vivre » que le dix-huitième sièele réservait à une aristocralie. »
Ainsi tous les membres du Gouvernement que nous avons vus, c'est-à-dire ceux que leurs fonctions appellent à organiser l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels, se sont déclarés prèts à en prendre l'initiative.
D'autre part, dans la soirée d'hier, les trois grandes Sociétés d’Art décoratif ont adressé à M. Dujardin-Beaumetz la leltre suivante :
A M. Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts. Monsieur le Ministre,
« Lors de la dernière discussion du budget des Beaux-Arts, M. le Rapporteur et vous, déclariez à la Chambre, dans des discours qui furent applaudis avec un sentiment unanime de patriotique ferveur, que l'Etat devait aujourd'hui considérer comme un devoir urgent de se préoccuper activement de nos Arts décoratifs et d'assurer le maintien menacé de leur ancienne suprématie.
» C'est à ces fins, Monsieur le Ministre, et encouragés par l'accueil bienveillant que vous nous avez déjà marqué dans ce projet, qu'au nom de nos trois Associations, l'Union centrale des Arts décoratifs, la Société d'Encouragement à l’Art et à l'Industrie, la Société des Artistes décoratcurs, nous avons l'honneur de vous prier de vouloir bien demarder au Parlement de voter le principe d'une Exposition internationale d'Art décoratif qui aurait lieu à Paris en 1914.
» Ce moment nous semblerait particulièrement opportun. Une plus longue attente, et quoi que d'aucuns objectent, risquerait d’énerver des forces justement impatientes et dont nous pouvons vous assurer qu'elles sont dès à présent très prêtes. Ajouterons-uous que nous estimons que par le concours indispensable de l'Etat avec la collaboration de nos trois Associations solidaires, de tous les éléments, de toutes les compétences, de toutes les bonnes volontés que nous appellerons ct saurons grouper, le succès se trouverait assuré.
» Cette Exposition viendrait à son heure pour stimuler par l'émulation de la présence étrangère tous les talents, tous les efforts, et réaliser l'union nécessaire de l'artiste, de l'industriel et de l'artisan. En manifestant dans son harmonieuse totalité un Art dont l’expression neuve répondrait aux aspirations et aux besoins de notre époque, c'est dans toutes les formes, à tous les degrés de la vie sociale qu'elle ferait pénétrer, avec plus de bien-être, une plus grande somme de beauté.
» Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’assurance de notre haute considération. »
Pour la Sociélé d'Encow'agement Le Président de l'Union centrale à L'Art et à l'Industrie des Arts décoratifs, député Le Secrétaire général : François CArxor
G.-Roger Saxnoz Le Président de la Sosiété des Artistes décorateuwrs René GuizLeré
Ce document prouve que le monde des Arts et de l'Industrie réclame avec nous cette grande manifestation de l'énergie et de la grâce françaises. Maintenant il ne reste plus qu’à agir.
Henry DE JOUvENEr..
MELXANINE——
CONSEIL MUNICIPAL DE PARIS Séance du Jeudi 13 Avril 1911.
(Bulletin municipal officiel du Vendredi 14 Avril 1911.)
47.— Adoption d'un vœu en faveur de l'organisation d'une Exposition d'Art décoratif à Paris.
M. Lawpué. — Messieurs, des consultations fuites dans les milieux les plus différents il semble résulter que, pour des raisons sérieuses, toute idée d'une vaste Exposition universelle en 1920 soit définitivement écartée.
Par contre, il semble d'autant plus nécessaire d'encourager toutes les manifestations devant avoir pour résultat de provoquer un essor de notre Art et de notre Industrie, d'établir et de mieux faire apparaître leur supériorité dans le monde, de favoriser leurétroite union.
Le Conseil municipal, toujours soucieux du prestige et de la prospérité de Paris, s'intéresse plus que jamais à ces questions.
En effet, ces questions d'Art décoratif, d'Art industriel, préoccupent tous les pays. Partout on multiplie les efforts pour accélérer leur développement. Dans les grandes villes de l'étranger, on crée des musées, on enrichit ceux qui existent déjà. On ouvre des écoles pour former avec méthode des apprentis, puis des arlisans. On organise des expositions pour éduquer le goût publie, pour déterminer chez les artistes un effort de recherches et de créations, pour attirer les visiteurs étrangers et leur faire connaitre la production nationale.
Il ya deux ans, c'était Munich qui onviait le monde à une Exposition d'Art décoratif et suscitait dans toute l'Allemagne un effort dont nous avons ressenti jusqu’à Paris le retentissement.
Cette année, c’est Turin qui a pris cette initiative.
Alors que les autres pays s'ingénient à encourager et à mettre en valeur les créations de leurs artistes, à renouveler leur Industrie par des moilèles nouveaux, à attirer la clientèle internationale, la France n’a encore rien fait pour défendre, dans cette lutte, sa supériorité, plus ancienne et jusqu à présent indiscutée.
Mais les progrès réalisés par les autres nations, la méthode qu’elles apportert dans l’enseignement ces Arts décoratifs, l'énergie persistante qu'elles montrent pour la diffusion de leurs produits, nous font un devoir, non seulement d'apporter tous nos soins à l'éducation professionnelle de nos artistes et de nos artisans, mais aussi d'encourager toutes les manifestations qui doivent avoir pour résultat de maintenir, au dedans comme au dehors, la supériorité de l’Art décoratif français.
C'est dans ce but et pour ces raisons que j'ai l'honneur de vous proposer l'adoption du vœu suivant :
AU
Le Conseil,
Reconnaissant combien il serait utile de provoquer un nouvel essor de notre Art et de notre Industrie el de faire connaître au monde les créations magnifiques résultant de leur étroite collaboration,
Emet le vœu qu’une Exposition internationale d'Art décoratif soil organisée à Paris pour 1914 ou 1915, et se déclare prêt à s’associer à toute initiative qui pourrait être prise à cet effet.
Signé : Lamrué, Reseicrarn, Devicce, RoBAGzrA, Causse, ROLLN, Henri Gazur, Frédéric BRUNET, P. QUENTIN-BAUCHART, Roger LamBezwN, Paul KLEUROT, PETITIEAN.
M. Louis Dausser. — Messieurs, je me rallie pleinement à la proposition de mon collègue M. Lampué. Je suis en effet convaincu qu'après s'être prononcé très nettement contre le projet d'Exposition universelle internationale en 1920, le Conseil ne saurait donner trop d'encouragements aux projets d'organisation d'Expositions internationales spécialisées. Celle dont il s’agit est intéressante au premier chef. Le goût se perfectionne chaque jour et toutes les industries, même les plus pratiques, les plus terre à terre, tendent à se rapprocher de l'Art décoratif.
M. Ambroise Rexou. — Ne confondez pas l'Art ancien avec l'Art nouveau,
M. Louis Dausser. — Bien entendu. Mais vous avez pu constater par vousmêmes l'effort réalisé, l’année dernière, à Bruxelles, par d'autres pays.
Il est de toute nécessité de ne pas nous laisser distancer par les nations concurrentes.
Une Exposition qui comprendrait l'Art industriel sous toutes ses formes, depuis le bijou jusqu’à la facade et la décoration intérieure de la maison, serait d’un excellent enseignement pou: nos artistes, nos artisans et nos écoles professionnelles qu'il ne faut surtout pas oublier.
Elle en‘ouragerait leurs efforts et, à l'heure où l'étranger ne recule devant aucun sacrifice pour s'assurer la suprématie, notre industrie y trouverait un nouvel élément d’activité et de perfection.
Je m'associe donc pleinement à l'idée de M. Lampué. Je crois que le Conseil doit l'étudier de très près et chercher, avec les pouvoirs publies, les moyens financiers de la réaliser avec toute l’ampleur qu’elle mérite.
Il y aura lieu d'en reparler et je demanle le renvoi de la proposition de notre collègue avec avis très favorable aux Commissions compétentes.
M. Ambroise Rexou. — N'oublions pas que nos styles du dix-septième ct du dix-huitième siècle sont encore les modèles du monde entier.
M. Aucoc. — J'appuie également la proposition de M. Lampué, car je suis un de ceux qui ont préconisé les Expositions internationales spécialisées qui, seules, peuvent rendre des services à l'Industrie francaise et aux Arts industriels.
Je fais, toutefois, une réserve en ce qui concerne la date de 191%, car je sais qu'il y a déjà, pour cette année, une Exposition spécialisée qui doit se teuir au Grand Palais.
M. le Présinexr. — Je mets aux voix le projet de vœu déposé par notre collégue M. Lampué.
Le projel de vœu est adopté.