‹ Arts appliqués et industries d'art aux expositionsChapitre 84 sur 126 · EXPCRAIL DU RAPPORT ANNUEL · texte numérisé non relu

EXPCRAIL DU RAPPORT ANNUEL

Le souci de l’année qui vient ne nous empêche pas de songer à un avenir plus éloigné. Si tant d'efforts divers se produisent maintenant, si les initiatives les plus variées se manifestent, si les artistes et le public sont d'accord pour sortir de la routine, il est nécessaire de grouper toutes les bonnes volontés, d'unifier les efforts, pour éviter les pertes de force qui naissent de la dispersion et pour hâter une renaissance si importante pour le renom et pour la prospérité artistique de notre pays. Du moins quelques-uns de nous l'ont cru, et votre secrétaire général au courant de conversations qu'il a eues avec MM. Guilleré, Mezzara et Paul Follot, président, vice-président et trésorier de la Société des Artistes décorateurs, a envisagé avec ces Messieurs le projet d'organiser à Paris, vers 1915, cette Exposition internationale d'Art décoratif moderne déjà réclamée en 1906 par notre ami M: Couyba dans son Rapport sur le budget des Beaux-Arts, et si étudiée à plusieurs reprises en 1909 par notre éminent collègue M. Roger Marx.

Il semble que cetie importante question d'une Exposition internaticnale d'Art décoratif s'impose plus que jamais à notre attention, en ce moment où notre distingué collègue M. le sénateur Emile Dupont a pris l'initiative de soumettre au gouvernement un projet éventuel d'Exposilion universelle en 1920 à Paris. Nous avons ici le devoir de remercier M. Emile Dupont d'avoir créé le mouvement d’opinion grâce auquel les pouvoirs publics et le pays se rendent compte, aujourd'hui, que la France doit prendre une décision, tant au sujet des Expositions universelles que des Expositions spéciales.

Dans sa séance du 28 mars, votre Conseil, sur la proposition de MM. L. Layus et G.-Roger Sandoz, a donné sa pleine adhésion au projet d'Exposition internationale d'Art décoratif. Il a acccrdé tous pouvoirs pour le suivre à MM. H. Roujon, président ; L. Layus, premier vice-président, et G.-Roger Sandoz, secrétaire général. Une somme de 5 000 francs a été mise à leur disposition au cas où une avance de fonds serait nécessaire, étant bien entendu que la Société d'Encouragement à l'Art et à l'Industrie n’agirait que d'accord ct solidairement avec l'Union centrale et la Société des Artistes décorateurs, et que l'organisation éventuelle de cette Exposition devrait passer, le moment venu, à un Comité spécial d'organisation.

Et vous vous rappelez, chers Collègues, avec quel enthousiisme vous avez aceucilli, à la réunion qui suivit, le discours de notre distingué sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts, M. Dujardin-Beaumetz, lequel, mis au courant, adoptait immédiatement ce projet.

Quelques grands journaux en comprenaient bien vite l'importance et publiaient

CCM

la leltre adressée par les trois Sociétés à M. Dujardin-Beaumelz en même temps que des interviews de nos Ministres de l’Instruction Publique, des Beaux-Arts, du Commerce et de l'Industrie, du Travail et du Rapporteur du budget des Beaux- Arts au Parlement. En outre, notre cher collègue M. Couyba faisait adopter parle Sénat un vœu favorable à ce projet.

Mais il fallait créer un grand mouvement en faveur de ce projet d'Exposition internationale des Arts déccratifs modernes. L'Union centrale, la Société d'Encouragement, la Société des Artistes décorateurs constituaient, sous la présidence de M. Trangois Carnot, une Commission d'étude qui faisait appel à toutes les bonnes volontés et condensait son travail en un Rapport dù surtout à la plume de M. Guilleré, rapport qui vient de paraître et a été distribué au Parlement, à l'Administralion, aux Municipalités, aux Chambres de Commerce, aux grands groupements syndicaux, à toutes les Associations et à toutes les personnalités intéressées.

La discussion est aujourd'hui ouverte sur ce rapport qui à été signé par les délégués de toutes les grandes Associations s'intéressant à l'Art, soit par ordre alphabétique :

Société des Artistes décorateurs ;

Société des Artistes francais ;

Société d’Encowragement à l'Art et à l'Industrie ; Société nationale de l'Art à l'École ;

Société nationale des Beaux-Arts ;

Société du Sulon d'Automne ;

Union centrale des Arts décoratifs ;

Union provinciale des Arts décoratifs,

lesquelles ont adopté les vœux suivants :

« Les Associations soussignées,

» Préoceupées du développement de nos Arts décoratifs, titre d’une gloire séculaire pour la France,

» Après avoir constaté que les conditions économiques actuelles rendent nécessaires pour nos Industries d’Art, source considérable de richesse nationale, l'élablissement de modèles nouveaux et leur diffusion.

» Estiment indispensable, pour stimuler les efforts des artistes, des industriels el des ouvriers d'Art, une manifestation internationale,

» Spécialisée à tous les Arts décoratifs, appliqués à l'architecture, au mobilier et à la parure,

» Réservée à des œuvres d'une inspiration nouvelle, à l'exclusion de toute copie ou pastiche du pas:é.

» Et, en conséquence, émettent le vœu que le Parlement et le Gouvernement, s'inspirant de ces considérations, décident l'organisation et l'ouverture à Paris, en 1915, d'une £æposilion internationale des Arts décoratifs modernes. »

En terminant notre rapport, l’an deruier, chers Collègues et Amis, nous vons disions combien nous désirions voir aboutir un jour ce granliose projet, et voici que sa réalisation s'annonce plus prochaine que nous ne l'espérions. Soyons persévé= rants et tenaces dans notre effort ; restons unis avec toutes les grandes Associations intéressées ; nul doute alors que nous n'atteignions notre but et que nous n’arrivions enfin à réaliser dans notre chère France celte collaboration si nécessaire de l’artiste, de l'industriel et de l'artisan. é

G.-Roger Sannoz et Pierre Marcer.

— CONII —

CHAMBRE DES DÉPUTÉS

ire séance du 6 décembre 1911.

Discussion générale du Budget des Beaux-Arts, Discours de M. Etienne Rognon.

(Journal Officiel du 7 décembre 1911)

M. Etienne RoGnon. — Messieurs, comme je l'ai fait l’année dernière, comme je serai probablement obligé de le faire l’année prochaine, je suis obligé de revenir encore sur la même question; je vais vous rechanter cette vieille chanson; si elle ne vous amuse pas, je la recommencerai quand même, jusqu'à ce que nous ayons abouti enfin à revivifier un Art essentiellement francais qui, depuis le moyen âge jusqu’à nos jours, était considéré comme l'apanage artistique de la France, je veux parler de l’Art décoratif. (Très Lien! Très Lien!)

L'année dernière, j'ai signalé cette situation lamentable. Elle n’a pas varié. Nous avons entendu de belles promesses.

Nous avons tous reconnu qu'il y avait quelque chose à faire et là se sont bôrnées nos manifestations. Il est vrai que dans le rapport de celte année de M. Simyan il v a des propositions nouvelles en ce qui concerne la méthude d'enseignement général, appliquée à ce que l’on dénomme le grand Art.

Pour mon compte, si je trouve intéressante son idée d'introduire dans l’enseignement des Beaux-Arts des ateliers indépendants, je crois que nous ne pouvons pas attendre de cette mesure le relèvement de l'Art décoratif en France; je crains fort — c'est un peu par expérience et par observation — que cette pénétration des ateliers indépendants à côté de l’enseignement olficiel de l'Ecole nationale des Beaux- Arts n'ait pour conséquence souvent d’exagérer ct de faire dévier dans une voie fausse des jeunes gens qui auront la pré‘ention de se croire plus forts que leurs professeurs; nous en arriverions à use dégénérescence morale de l'Art et à ce fait que nous constatons aujourd hui, trop souvent, que des élèves, qui auraient peut-être fait de très bons ouvriers de métier, ne font que de mauvais artistes produisant des œuvres phénoménales comme celles que nous avons vues aux Indépendants et à 1 Exposition du Salon d'Automne (Très bien! très Lien! sw divers bancs. — Mouvements divers.)…

Je considère que tout est à refaire au point de vue de l'enseignement de l'Art, comme dans l’enseignement en général.

On se trompe étrangement et c'est souvent parce que ceux qui discutent de ces questions n'ont malheureusement pas vécu assez de la vie de métier.

Si on arrivait à ce résultat que ie professeur s'en tienne purement et simplement à l'enseig ement de l'Art, s’il restait professeur dans son école, ce serait plus désustrenx encore, à mon avis.

L'Allemagne a fait l'expérience — et elle la fait tous les jours — que l’enseiguement artistique ne peut être séparé de l’enseignement pratique quotidien. Dans

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